<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208</id><updated>2012-02-27T09:38:36.408+01:00</updated><category term='Roman noir'/><category term='Fantasy'/><category term='Biographie'/><category term='Roman historique'/><category term='Fantastique'/><category term='SF'/><category term='Anticipation'/><category term='Récit'/><category term='Littérature francophone'/><category term='Histoire'/><category term='Thriller'/><category term='Polar'/><category term='Polar historique'/><category term='Littérature étrangère'/><title type='text'>Appuyez sur la touche "Lecture"</title><subtitle type='html'>"Il va falloir un jour qu'enfin je me décide à lire les livres que, depuis trente ans, je conseille à mes amis de lire". (Sacha Guitry)</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>112</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-1432034224285360606</id><published>2012-02-26T20:39:00.000+01:00</published><updated>2012-02-26T20:38:59.386+01:00</updated><title type='text'>Un grand plongeon dans l'inconnu...</title><content type='html'>Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'emblée, je vous le demande : soyez indulgents !! Je découvre complètement cet univers des blogs et j'avance à tâtons dans une pénombre qui, je l'espère, va s'éclaircir petit à petit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La seule chose dont je suis certain, c'est qu'on va parler de lecture ici. De lectures au pluriel, même, car il y aura là des présentations d'ouvrages très différents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à mon ambition, elle n'est pas seulement de soliloquer, mais de partager mes lectures. Et, plus fou, plus présomptueux encore, de vous donner envie de lire ces livres qui m'ont (plus ou moins, soyons honnêtes) captivé, intéressé, marqué, ému, amusé et encore plein d'autres participes passés dont je vous fait grâce !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vos commentaires, tant sur le fond que sur la forme de ce blog sont attendus avec une impatience fébrile...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est maintenant l'heure de lancer sur la coque de ce frêle esquif qui rêve de devenir paquebot une bouteille de champagne millésimé pour le baptiser sous les meilleurs auspices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bienvenue sur le blog de Joyeux-Drille et, quand vous entrez ici, appuyez sur la touche "Lecture" !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-1432034224285360606?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/1432034224285360606/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/08/un-grand-plongeon-dans-linconnu.html#comment-form' title='27 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1432034224285360606'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1432034224285360606'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/08/un-grand-plongeon-dans-linconnu.html' title='Un grand plongeon dans l&apos;inconnu...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>27</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4645426636805852091</id><published>2012-02-26T20:37:00.000+01:00</published><updated>2012-02-26T23:19:25.523+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature étrangère'/><title type='text'>Les ambitions de l'Obscure Nation.</title><content type='html'>J'aurais pu choisir comme titre de ce billet une phrase de John Milton : "mieux vaut régner dans l'Enfer que servir dans le Ciel". Présente dans le livre, elle est sans doute un excellent résumé du roman dont nous allons parler. Mais, j'ai été frappé par l'expression "Obscure Nation", utilisée par l'auteur pour qualifier, non pas la communauté afro-américaine dans son ensemble, mais cette élite noire, qui s'est constituée alors même que la ségrégation était encore la norme aux Etats-Unis. Stephen Carter, l'auteur en question, voit son troisième roman sortir en France, une troisième saga consacrée à ces élites noires qui, dans leur quête d'indépendance et de pouvoir, commettent bien souvent les mêmes erreurs et acquièrent les mêmes défauts que les élites blanches... Car, une nouvelle fois, dans "un roman américain" (en grand format chez Robert Laffont), Stephen Carter sait se montrer critique, tant sur l'Amérique dans son ensemble que sur ces élites noires, en particulier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Un roman américain" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv14806855.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eddie Wesley n'a qu'une ambition dans la vie, devenir un romancier célèbre. Au point de devenir plus un observateur qu'un acteur de la société qui l'entoure. Pourtant, en ce milieu des années 1950, c'est une Amérique en pleine métamorphose qui se présente à lui : le pays, depuis la fin de la guerre, est devenue une superpuissance qui connaît une prospérité sans précédent. La guerre froide se met en place, avec, comme étendard, tout un système de valeurs à promouvoir. Et puis, le carcan de la ségrégation raciale, toujours en vigueur dans le pays, commence à céder, dans la foulée&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Brown_v._Board_of_Education"&gt;de l'arrêt de la Cour Suprême "Brown v. Board of Education"&lt;/a&gt;, rendu en 1954.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Eddie Wesley a d'autres idées en tête. Et en particulier, Aurelia, jeune femme originaire de Cleveland devenue une des demoiselles en vue du Harlem qui chante et qui pétille. Mais, à la grande déception du jeune homme, Aurelia, malgré leur tendre complicité, va choisir d'épouser un autre homme, un des partis les plus en vue de l'Obscure Nation, Kevin Garland.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est le soir de leurs fiançailles, dans l'une des plus importantes propriétés d'Harlem, que la vie d'Eddie, et de beaucoup d'autres à sa suite, va basculer : alors qu'il a quitté une soirée où il a montré plus d'aigreur et de rancune que ne le permet la bienséance, il trébuche sur un corps inanimés. Malgré l'obscurité, il en est certain, c'est bien un cadavre qui a causé sa chute... Un homme blanc, qui tient une croix de Saint-Pierre en or dans la main, avec une énigmatique inscription gravée dessus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'homme, Phil Castle, est un avocat en vue et prospère. Que signifie ce meurtre ? Et cette croix ? Eddie, qui a signalé anonymement sa macabre découverte, mais ne s'est pas éternisé sur place, n'a pas vraiment le temps de réfléchir à ces évènements : quelques moi après ces évènements, la petite soeur d'Eddie, Junie, étudiante brillante à Harvard et promise à un brillant avenir, disparaît soudainement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eddie n'aura alors plus qu'un seul objectif : la retrouver. Une quête presque désespérée dans laquelle il va emmener, impliquer plutôt, Aurelia, au risque de mettre en péril son statut de femme mariée à un homme influent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car c'est bien de cela qu'il est question : d'influences, d'ambitions, de volonté de pouvoir. Derrière la mort de Phil Castle et la disparition de Junie, ce sont de sombres (obscures ?) rivalités politiques qui sourdent... Entre la radicalisation des mouvements pour les droits civiques, l'avènement de mouvements contestataires, la paranoïa anti-communiste, l'alternance entre administrations républicaines et démocrates, aux objectifs pas toujours aussi évidents, les présidences contestées de Johnson puis Nixon, le début de la guerre du Viet Nam, etc., ces 20 années qui servent de cadre à ce roman sont riches en la matière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au-delà du simple contexte historique, et même si on y croise Hoover, les Kennedy et surtout Nixon, au-delà de l'intrigue qui entremêle différents complots possibles, il y a un homme aux prises avec ses sentiments, son amour pour sa soeur et pour celle qu'il considère comme la femme de sa vie, que tous les évènements ont rendu impossibles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment évoquer la partie complot du roman, qui est quand même au coeur du livre, sans trop en dire ? Au tout début de ce roman américain (titre qui dénote tout de même un certain manque d'inspiration, je trouve) , on assiste à l'arrivée d'un avocat, qui s'avérera par la suite être Phil Castle, à une réunion secrète d'un "Grand Conseil". Puis, sans rien avoir vu de cette réunion, on le voit ressortir abasourdi, en colère, rageant contre ce à quoi il a assisté et l'on comprend que les décisions annoncées lors de cette réunion l'effrayent autant qu'elles le hérissent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout repose donc sur la composition et les objectifs de cette mystérieuse société secrète. Voilà ce que Eddie et Aurelia, chacun de leur côté, puis ensemble, vont essayer de découvrir. Mais il faudra du temps, échapper aux chausse-trappes, trahisons, alliances secrètes, retrouver aussi bien la trace d'un document laissé derrière lui par Castle que celle de June, désormais traquée après avoir dirigé un mouvement radical et violent en faveur des droits civiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, vous le savez, j'aime bien ne pas juste vous raconter un roman, ni donner un simple avis, mais regarder entre les lignes, m'intéresser aux thématiques, aux contextes... Et là, c'est encore le cas, car "un roman américain" compte près de 600 pages étalées sur 20 ans, il n'est donc pas évident de s'en tenir juste au récit. En revanche, on peut plus largement évoquer ici les personnages, l'arrière-plan historique et quelques réflexions sur ma perception de ce roman, qui tient plus du roman noir que du thriller ou du "page-turner" qu'on nous présente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eddie est un personnage très intéressant. Observateur de son temps plus qu'acteur, je le disais plus haut, il a un sens aigu des évolutions de la société de son pays. Il les anticipe, les explique tant dans ses livres que ces articles de presse. Mais, lui qui, finalement, est le moins engagé de tous les personnages, est perçu différemment par l'Amérique qui croit voir dans ses positions successives, un lent mais sensible glissement de la gauche vers la droite de l'échiquier politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'abord considéré comme porte-parole d'un certain progressisme, il finit par apparaître comme un conservateur de plus en plus endurci. Lui qui travailla à la Maison-Blanche sous Kennedy va finir par être considéré comme un proche de Nixon, en qui il a vu "l'Américain-type" (c'est-à-dire pour qui "gagner la partie compte plus que l'honneur, l'intégrité et toutes les valeurs" que son pasteur de père a transmises à Eddie).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En cela, Eddie lui, est l'afro-américain-type : historiquement, la communauté, lorsqu'elle a pu avoir une audience politique, a penché côté démocrate dans sa majorité. Mais, lorsqu'elle son influence s'est étendue, le vote noir s'est beaucoup plus également réparti, tandis que la frange contestataire se diluait, se divisait, s'affrontait, perdait de vue ses objectifs premiers (analyse très intéressante que fait Eddie dans le roman). Eddie, en cela, a suivi le déplacement de sa communauté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, tout en voulant toujours rester extérieur à ces questions qui ne l'intéressent pas, il s'est retrouvé au coeur de la machine politique américaine pendant ces 20 années, de Eisenhower à la démission de Nixon, en passant par les mandats démocrates, et pourtant si différents, de Kennedy et Johnson. Une machine que sa détermination à retrouver sa soeur va faire trembler, entraînant des réactions en chaîne de la part des différents camps (aux contours bien flous jusqu'au terme du livre).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, au final, c'est sans doute sa volonté à se tenir à l'écart de ces affaires peu reluisantes, qui lui sauvera la vie. Parce que ses nombreux ennemis auront compris que sa vocation est tout sauf celle d'un révolutionnaire ayant l'ambition de renverser les forces en place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aurelia, l'autre personnage central, elle aussi est remarquable. Elle est femme, d'abord. Or, en ces périodes où le mot émancipation prend son sens, tant pour les afro-américains que pour les femmes, elle en est une digne représentante. Le choix de son mariage relève sans doute d'une volonté première d'asseoir une position sociale, d'entrer vraiment dans cette Obscure Nation. Mais ensuite, c'est son intégrité qui frappe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les doutes qu'elle nourrit sur son époux la motive à se lancer dans une enquête parallèle à celle d'Eddie pour comprendre qui est vraiment Kevin Garland. Devenue veuve, mère de jeunes enfants, elle va prendre son indépendance, repoussant tous les prétendants, y compris Eddie, faisant fi de toutes les rumeurs mal intentionnées qui la viseront. A l'image de l'élite "harlémite" qui va se dissoudre au fur et à mesure de ces années dans la société américaine, Aurelia va peu à peu abandonner le décorum qui fut le sien pour revenir à une vie aisée mais aux aspirations plus simples, presque terre à terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle aussi a cette soif de comprendre les évènements douloureux qui se succèdent dans sa vie. Elle en a besoin aussi pour comprendre dans quel camp son rôle d'épouse dévouée la place. Les mystères et les messes-basses qu'elle surprend de temps en temps, la conforte dans cette curiosité alors qu'elle n'arrive pas à comprendre si son implication lui vaut d'être menacée ou protégée...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En rejetant elle aussi les codes sociaux inculqués par sa fréquentation de "l'Obscure Nation", elle s'écarte de l'engagement traditionnel de sa classe pour choisir une autre voie : celle de l'enseignement, dans une université racialement mixte. Protégeant sa famille plutôt que de privilégier comme d'autres autour d'elle ses intérêts politiques ou sa position sociale, elle détonne par cette absence d'ambition (mais, peut-on lui en vouloir, quand on voit ceux qui ont de l'ambition à sa place pour elle et sa progéniture ?).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son expérience fait d'elle une femme libre. Sans son veuvage précoce, sans doute aurait-elle été une épouse et mère modèle aux côtés de son époux, digne successeur des "Tsarines" qui régnaient sur Harlem pendant la précédente génération. Mais, "libérée", d'une certaine manière, par la mort de son époux, elle a repoussé le carcan social de la soumission féminine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eddie comme Aurelia sont devenus, en 20 ans, des Américains, et plus seulement des noirs Américains. Leur évolution personnelle, sociale, politique au long du roman est remarquable et symptomatique. Tout comme l'est l'évolution des Etats-Unis que nous décrit Stephen Carter. Celle d'un pays vainqueur, surpuissant, sur de lui, qui va, par des choix contestables, se compliquer la vie, connaître une crise de confiance, et particulièrement envers ses élites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début du roman, "l'Obscure Nation" est marginale, classe supérieure d'une caste encore et toujours intouchable et exclue. Mais, 20 ans après, les élites noires ont su gagner leur place dans toutes les catégories sociales du pays, ont su prendre une part du gâteau, ont su tutoyer le pouvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La force du regard de Carter, à la fois sur son pays et sur sa communauté d'origine, c'est de savoir se montrer critique. Le déclin de son pays est très bien montré, amorcé avec Johnson, poursuivi avec Nixon (dont le portrait essaye de balayer quelques idées reçues) et pas franchement enrayé ensuite, même si, sans rien dévoiler, le pire est sans doute évité. Quant à "l'Obscure Nation", si elle s'est imposé, c'est aussi au prix de compromissions en totale contradiction avec les valeurs affichées par le pays et auxquelles il était normal d'aspirer de temps de la ségrégation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En s'alliant avec des élites blanches peu regardantes sur les méthodes du moment que ça mène au pouvoir, les élites noires ont, aux yeux de Carter, souillé le rêve qui était celui de bien des Afro-américains, ce rêve américain auquel ils peuvent enfin accéder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des méthodes que n'acceptent pas Eddie Wesley et, à travers lui Stephen Carter, pour qui, ce qui nous ramène à Milton, l'Amérique est devenu, après ces deux décennies charnières, un paradis perdu.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Oo"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4645426636805852091?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4645426636805852091/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/les-ambitions-de-lobscure-nation.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4645426636805852091'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4645426636805852091'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/les-ambitions-de-lobscure-nation.html' title='Les ambitions de l&apos;Obscure Nation.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-8387207080540369029</id><published>2012-02-20T21:50:00.000+01:00</published><updated>2012-02-20T22:01:07.742+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature étrangère'/><title type='text'>Bas les masques !</title><content type='html'>De la littérature indienne au menu aujourd'hui. Mais de la littérature métissée, aussi, car il va être beaucoup question de judaïsme... Le roman dont nous allons parler, comme tous ceux de son auteur, fait en effet se rencontrer ces deux cultures ancestrales. Rencontrer et cohabiter. Et par la force des choses, puisque Esther David, romancière indienne, appartient à cette petite communauté juive qui vit encore en Inde. Originaire de la ville d'&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmedabad"&gt;Ahmedabad&lt;/a&gt;, une des principales ville de l'Etat du&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Map_Gujarat_state_and_districts.png"&gt;Gujarat&lt;/a&gt;, région du nord-ouest de l'Inde, frontalière avec le Pakistan. C'est dans cette ville que se déroule l'action de son dernier roman, "Shalom India Residence", que viennent de publier les éditions Héloïse d'Ormesson.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Shalom India Residence" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv20202880.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 2002, la ville fut frappée par de violentes émeutes qui, en à peine 3 jours, vont faire plus de 2000 victimes. Principales victimes : les membres de la communauté musulmane de la ville, attaqués par les Hindous suite à une accusation sans fondement proférée par des médias locaux à l'encontre des musulmans. La petite communauté juive locale n'a pas été épargnée non plus par cette violence, puisque les Hindous, pour reconnaître les musulmans, vérifiaient la circoncision des hommes et ne firent aucune distinction entre musulmans et juifs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour éviter à nouveau de se retrouver pris dans ces combats qui ne les concernent pas, les Juifs de la ville décidèrent alors de se regrouper dans des quartiers et même dans des résidences où ils vivraient, non pas en autarcie, mais entre eux, ouvertement, à l'écart des quartiers à risque. Voilà comment fut construit la Shalom India Résidence, un lieu de vie rassemblant les habitants de deux immeubles. Mais la communauté juive d'Ahmedabad est si réduite que ses membres ont pu s'installer dans le seul bâtiment A, les appartements du bâtiments B ayant été loués ou vendus à des personnes d'autres origines culturelles et religieuses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà planté le décor de ce roman choral qui met en scène les habitants de ce fameux bâtiment A. Prenant pour pivot une soirée de fête religieuse au cours de laquelle les habitants de la résidence se retrouvent pour un concours de déguisements destinés aux enfants et adolescents, Esther David nous dresse le portrait d'une vingtaine de personnes de 3 générations différentes vivant en ces lieux. Des portraits mais aussi les difficultés, les problèmes, les espoirs ou les aspirations de ces hommes et de ces femmes. Et, à travers eux, c'est la vie de chacun de ces foyers que l'on découvre, la vie de cette petite communauté juive, intégrée à la population indienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une communauté finalement très conservatrice, appliquant coutumes et traditions à la lettre, pratiquant assidûment la religion, conciliant les deux cultures dans lesquels ils ont été élevés. Sauf qu'au delà des apparences, il y a des personnes que ce regroupement communautaire étouffe un peu. Et puis, la modernité fait son chemin aussi et les femmes, en particulier, on des envies d'émancipation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Esther David fait alors tomber les masques, non pas ceux portés par les enfants lors du concours, mais ceux derrière lesquels tous ces personnages, adultes, qu'ils soient d'âge mûr ou dans la force de l'âge, et adolescents, se cachent afin de se conformer aux normes de la communauté alors qu'ils rêvent de couper le cordon ombilical qui les y ancre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Homosexualité, mariage et divorce, vocations professionnelles, questions religieuses, relations extra-communautaires, autant de sujet qui viennent se heurter au mur familial, étayé par les interdits religieux, les coutumes issues des deux cultures, juive et indienne, aux réticences des uns et des autres et à la peur du regard d'autrui, si présent sitôt que l'on vit en vase clos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec une certitude, lorsque le monde et ses valeurs changent, lorsque la vie quotidienne évolue, l'attraction croît parallèlement, l'envie de découvrir autre chose que l'univers restreint dans lequel on a toujours vécu. Par exemple, pour ces juifs, pourtant si loin de la Terre Sainte, aller en Israël, voire quitter l'Inde pour y migrer définitivement, laissant derrière soi sa terre natale, est une vraie question.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S'évader de sa famille, de sa communauté, voir du pays, rencontrer d'autres personnes, d'autres cultures, parfois se mêler simplement à la globalisation, voilà ce qui pousse ces hommes et ces femmes à agir. On remarquera toutefois, et en cela, "Shalom India Résidence" est, pour moi, un roman féministe, que ce sont les femmes qui prennent les décisions les plus radicales et surtout, qui tergiversent le moins dans ces décisions pourtant très difficiles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut dire que, dans cette communauté, la prédominance masculine est totale, et même veuve, séparée ou célibataire, la femme ne dispose de pas grand chose si elle ne prend pas sa vie en mains. Alors, avec courage, souvent par amour contre les mariages arrangés, envers et contre tous ceux qu'elles aiment, elle font des choix et les assument. Et tant pis pour les apparences et les traditions !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ne vous méprenez pas, "Shalom India Résidence" n'est pas qu'un pilonnage en règle contre ce communautarisme que Esther David jugerait obsolète. Non, car la pertinence du roman montre que ce lieu si particulier peut aussi devenir un refuge lorsque des revers de fortune viennent mettre à mal cette belle indépendance conquise souvent de haute lutte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La communauté, lorsqu'on va mal, lorsqu'on perd ses repères, lorsque la réussite fuit, c'est aussi une matrice douillette où l'on peut retrouver du confort et une certaine sécurité pendant le temps, plus ou moins long, où l'on pansera ses blessures. Certains des personnages, après s'être éloignés, parfois après avoir coupé les ponts, seront heureux de retrouver ce havre où ils ont grandi, ont été éduqué, auquel ils sont finalement irrémédiablement attachés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce lieu a cela de magique qu'il imprime sa marque à tout ceux qui y passent un peu de leur vie. Une marque spirituelle et culturelle indélébile malgré le temps, la distance, les changements de vie, les voies suivies, etc. Un lieu où des racines, finalement métissées, par la force des choses, s'enfoncent profondément dans une terre accueillante (malgré les maux évoqués plus haut, qui ne visent pas directement cette communauté) où la vie peut s'avérer moins difficile qu'en Israël.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, en se mettant elle-même en scène, à travers le personnage de Hadasah, dernier personnage à avoir son chapitre, Esther David va mettre en évidence une réalité troublante : à la "Shalom India Residence", la judaïté repose avant tout sur la religion :&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mezouza"&gt;"mezzouza"&lt;/a&gt;&amp;nbsp;(sic) à l'entrée des bâtiments et portrait du prophète Elie (chose remarquable car elle contrevient à la loi judaïque qui bannit les représentations de ce genre) dans chaque foyer. Ce qui rassemble, ce sont les rites religieux, les fêtes religieuses et finalement, peu d'autres choses, si ce n'est l'appartenance commune à cette foi, plus ou moins chevillée au corps selon les personnes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une culture commune qui a traversé les temps presque sans accroc. Or, Esther/Hasadah a une vision bien plus laïc de sa judaïté, une vision marqué également par une histoire plus récente et au combien tragique, la Shoah... Les juifs d'Inde, qui n'ont pas eu toujours la vie facile, mais qui ont aussi été à l'abri de ce terrible évènement, semblent peu marqués voire concerné par la Shoah. Au point de faire du jour de commémoration des six millions de morts de la Shoah une fête joyeuse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hasadah est non pratiquante, ou le strict minimum, ouverte, humaniste, féministe... en un mot, moderne, au sein d'une communauté qui peine, voire refuse, de s'adapter au monde qui l'entoure. Elle ne rejette pas son héritage culturel mais elle voudrait bien que le carcan qu'il représente s'assouplisse pour qu'il ne devienne pas une cause d'isolement, de réclusion, presque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La leçon qu'elle va donner sur la Shoah permet aussi de rappeler que l'identité juive, en ce début de XXIème siècle, c'est aussi et peut-être surtout cela, plus, finalement que les rites. La Shoah unit les juifs du monde entier bien plus que la religion dans une culture commune, un culte de la mémoire renouvelé. Les deux ne sont pas forcément antagonistes, Hadasah respecte d'ailleurs ses coreligionnaires, mais pense qu'un trop grand respect de cette tradition peut aussi être un lourd handicap au moment d'affronter la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle est "le chaînon manquant" entre les générations, celle qui boucle la boucle entamée (dans le livre) avec le prophète Elie, personnage à part entière du livre. Entre elle et lui, une culture vivante qui évolue sans renier ses racines, une foi qui ne prime pas sur l'humain, une conscience d'appartenir à l'humanité, sans restriction de race, de sexe ou de religion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et la "Shalom India Residence", un lieu serein qui se révolutionne en douceur, même s'il y a encore du pain sur la planche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà un roman plein d'exotisme et de dépaysement, un plongeon dans des cultures que je connais mal, mais aussi d'humanisme et de tolérance, avec, finalement, des personnages qui ne sont ni blancs, ni noirs, simplement des êtres humains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une dernière précision : ce roman a été publié dans sa version originale en 2007. En 2008, la ville d'Ahmedabad a de nouveau été victime d'une brutale vague de violence quand 16 attentats simultanés ont éclaté dans un quartier résidentiel de la communauté hindoue. Sans doute des représailles aux émeutes de 2002. Un lourd bilan, encore... Difficile de dire comment les habitants de la "Shalom India Résidence" ont vécu ce nouveau drame, mais le choix de se rassembler y a sûrement trouvé une justification, quoi qu'on puisse en penser.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7IF"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-8387207080540369029?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/8387207080540369029/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/bas-les-masques.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8387207080540369029'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8387207080540369029'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/bas-les-masques.html' title='Bas les masques !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-7754174779453692246</id><published>2012-02-19T22:20:00.000+01:00</published><updated>2012-02-19T22:30:07.592+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Histoire'/><title type='text'>Le flou du Roi.</title><content type='html'>Bien sûr, si vous êtes des fidèles de ce blog, vous aurez compris que je me nourris surtout de fictions, d'histoires, avec un h minuscule. Mais l'Histoire avec un H majuscule nous offre aussi des récits et des pistes de réflexion tout à fait passionnants. Alors, lorsque s'est présenté sur Livraddict, la possibilité d'un partenariat avec &amp;nbsp;la collection Histoire des éditions Folio (grand merci d'avoir accepté ma candidature !), je suis allé regardé ça de plus près... Varennes ? Comme la fuite à Varennes ? Mais comment écrire près de 500 pages sur une anecdote assez secondaire de la Révolution ? Voilà ce que je me suis dit en découvrant la quatrième de couverture du livre de Mona Ozouf, "Varennes, la mort de la royauté". Mais, à y regarder de plus près, Mme Ozouf, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de cette période historique si particulière, propose une vision différente de cet évènement. Et ça, ça m'intéressait. Alors, j'ai dit : "banco" et me voilà lancé dans ce partenariat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Varennes : La mort de la royauté (21 juin 1791)" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv22485636.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, pour les cancres, les matheux ou les amnésiques, nous sommes le 21 juin 1791. Alors que l'Assemblée Constituante peine à accoucher d'un texte définitif, Louis XVI, Marie-Antoinette, leurs enfants et quelques autres proches, dont le fameux Fersen, quittent nuitamment les Tuileries, en route vers l'est du Royaume. Même si la famille royale n'est pas officiellement prisonnière du château parisien, force est de constater que leur situation ressemble fort à une assignation à domicile. C'est donc sans l'assentiment du peuple et de ses représentants que le Roi a pris la route.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un voyage clandestin qui va s'achever à Varennes, aujourd'hui Varennes-en-Argonne, dans le département de la Meuse. Le convoi royal y est arrêté après que le roi eut été reconnu par le citoyen Drouet lors d'un contrôle à Sainte-Menehould (prononcez "menou"), qui avait vu le royal visage sur un assignat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais où se rendait donc l'équipée royale en ce début d'été ? Louis XVI n'en démordra jamais : l'objectif, c'était la forteresse de Montmédy, où il souhaitait passer quelques jours afin d'y prendre du recul et de mieux embrasser la situation complexe de son royaume. Mais beaucoup vont voir dans ce périple une tentative de fuite vers l'étranger, avec l'idée de fédérer l'aristocratie française qui a émigré en nombre et les monarchies voisines, afin de constituer une armée pour renverser la Révolution et rétablir l'ancien régime...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment ce départ avorté, dont on ne saura jamais vraiment à quoi il aurait mené ses protagonistes mais aussi tout le royaume, devient, pour Mona Ozouf, un évènement charnière de cette période troublée, l'acte qui va relancer une révolution qu'on pouvait penser terminer et, par conséquent, aboutir, quelques mois plus tard, au renversement de Louis XVI, son procès, son exécution et l'avènement d'un nouveau régime, en lieu et place de la monarchie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mona Ozouf ne s'attarde pas sur les faits eux-mêmes, aujourd'hui bien connus et sur lesquels il y a peu de débat. Mais ce qui l'intéresse, c'est d'expliquer les causes et surtout les conséquences, à différents niveaux, de ce qu'on ne va pas tout de suite qualifier de fuite, même si ce mot est dans toutes les têtes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec un élément fondamental qu'il faut avoir en mémoire : en ce milieu d'année 1791, les idées républicaines sont plus que minoritaires. Même les plus radicales des figures emblématiques de la Révolution, Marat, Robespierre, Danton, restent favorables au maintien de la monarchie, mais une monarchie constitutionnelle, et non plus de droit divin, où l'égalité des citoyens doit remplacer les privilèges et le mérite, l'hérédité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, une fois Louis XVI ramené de Varennes presque comme un prisonnier de droit commun, la situation va changer sensiblement. D'abord sur un plan juridique : jusque-là, le Roi est inattaquable, tant dans sa fonction que dans sa personne. Or, après Varennes, son infaillibilité, à titre personnel, est remise en cause. Doit-on alors dissocier le statut et la personne du Roi ? Voilà qui ouvrirait de nouvelles considérations quant à l'incarnation du pouvoir exécutif (déjà dissocié du pouvoir législatif par la Révolution).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, les explications sur les débats constitutionnels tiennent à la fois du droit, de la philosophie, de la politique et peuvent paraître fastidieux, mais Mona Ozouf anime devant nous l'effervescence de cette époque mouvementée où la classe politique naissante ne cesse de se diviser (au lieu de s'assembler, si on peut dire), où les leaders, de "droite" et de "gauche", les modérés comme les radicaux, essayent de mettre en place un nouveau système de gouvernance, non sur des ruines d'un système mis à bas, mais sur une structure préexistante qu'on essaye de ravaler de fond en combles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec un phénomène nouveau que l'on voit se développer au cours de ces évènements, ce que l'on appellerait aujourd'hui, l'avènement d'une ère d'hyper-communication : le rôle de la presse est en pleine expansion (une presse d'opposition très... vindicative), tout un jeu de correspondances, parfois destinées à rester secrètes, mais où s'échangent idées, projets, questionnement, ambitions, craintes... Enfin, les différents partis de la Constituante reposent sur des réseaux au maillage de plus en plus serrés, capables de relayer très rapidement idées, opinions, informations, et de faire circuler dans tout le pays les positions des différents courants révolutionnaire afin de fédérer le plus grand nombre de citoyens possibles autour de ces idées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pays est en pleine métamorphose et Louis XVI, sur lequel on a colporté beaucoup d'idées fausses, est tout sauf un monarque à poigne (le seul, depuis longtemps, qui ne prendra jamais la tête de son armée au cours de son règne...) va, par ses atermoiements et la position inconfortable dans laquelle on l'a mis mais qu'il n'a pas su refuser, contribuer à la confusion générale. Et sa "fuite" (je laisse des guillemets, mais c'est bien le terme consacré) va encore un peu plus brouiller les cartes, fragilisant une monarchie bousculée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et comme les temps sont incertains, c'est la peur qui domine partout (et, à ce moment encore, une certaine paranoïa...) : la famille royale a peur d'être sacrifiée, l'aristocratie a peur de l'instauration d'un nouveau régime, mais aussi du peuple, les constituants redoutent la réaction des émigrés et l'intervention des pays voisins pour rétablir l'ordre...&amp;nbsp;Et la peur fait bouger les positions des uns et des autres, comme des plaques tectoniques, ce qui, forcément, provoque des séismes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En filant à l'anglaise, ou presque, Louis XVI et sa famille vont redistribuer complètement les cartes politiques et focaliser sur eux les inimitiés et les méfiances, y compris dans leur propre camp (Provence et Artois, les deux frères de Louis XVI, terriblement ambitieux, se verraient bien succéder à Louis XVI, victimes expiatoire des colères de la plèbe ; l'aristocratie émigrante jugeant majoritairement que c'est la faiblesse et l'incompétence du roi, sans parler de ce qu'ils pensent de la reine, qui ont conduit le pays à cette situation désastreuse...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, évidemment, "Varennes" ne se lit pas comme un thriller, il demande du temps, de la concentration, l'approfondissement des connaissances, la consultations de nombreuses notes. Mais on y découvre des personnages loin des idées reçues, des images d'Epinal que véhicule l'imaginaire collectif. On y découvre l'imbroglio politique qui essaye de marier les philosophies des lumières et la gouvernance, dans une volonté d'oeuvrer pour le bien commun, à des années-lumière de la folie qui s'emparera du pays sous la Terreur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un travail remarquable, qui repose sur une bibliographie extrêmement abondante et qui va bien au-delà de la simple semaine de vadrouille de la famille royale. Mona Ozouf réussit à nous montrer que ces quelques jours, si souvent considérés comme anecdotiques, ont eu, non seulement, comme conséquence directe de relancer une révolution que beaucoup, même parmi ses instigateurs, considérait comme terminée, mais aussi, qu'elle est devenue une véritable hantise dans notre histoire politique (Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe fuiront leur trône, parfois plus pitoyablement encore et même le général de Gaulle aura droit à la comparaison avec Varennes, lors de son escapade à Baden-Baden...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On regarde différemment la période révolutionnaire après cette lecture, où l'auteur ne fait de concession à personne. On réalise que le projet révolutionnaire, dans sa dimension institutionnelle, était une mission quasi impossible et que, finalement, dans cette quête d'idéal, la monarchie, et surtout le roi, vont devenir des obstacles à abattre pour pouvoir les franchir. Avec Varennes, et même s'il n'y avait derrière ce projet sans doute irréfléchi, mal réalisé et révélateur (aux yeux du roi, d'abord, mais à nos yeux de lecteurs aussi, par la même occasion) de la désunion totale qui régnait dans le royaume, au-delà des limites d'un Paris pas du tout représentatif, Louis XVI a donné l'argument manquant et décisif à ceux qui, un an et demi plus tard, l'enverront à l'échafaud.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après Varennes, ce sont les prémices de la Terreur que l'on voit poindre et l'on commence à comprendre comment, de ce maelström, la France va basculer dans la folie, dès les semaines qui suivent l'affaire de Varennes... Une confiance rompue entre un souverain et son peuple, un peuple qui prend son autonomie, une nouvelle classe politique qui se déchire pour imposer ses conceptions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, finalement, je comprends mieux ce qui justifiait la rédaction de 500 pages autour de ce "micro-évènement". Et je ne regrette pas une seconde de m'y être plongé. J'ai même envie de retrouver très rapidement cette période historique, sous quelque forme que ce soit, car elle est à la fois fondamentale dans notre Histoire (indépendamment des idées de chacun), dramatique et particulièrement romanesque.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Iu"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-7754174779453692246?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/7754174779453692246/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/le-flou-du-roi.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7754174779453692246'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7754174779453692246'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/le-flou-du-roi.html' title='Le flou du Roi.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-8306767254246342683</id><published>2012-02-15T23:12:00.000+01:00</published><updated>2012-02-15T23:22:29.183+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fantastique'/><title type='text'>Le larbin des dieux déchus.</title><content type='html'>Zone Franche, eh oui, encore, mais non pas avec de la SF, cette fois, mais du fantastique. Une nouvelle fois, il s'agissait de lire un auteur avant de le retrouver pour une table ronde à Bagneux. Mais ce fut aussi une excellente occasion pour découvrir une maison d'éditions. En plus, l'idée du livre me semblait assez amusante, ce qui ne gâche rien. Je me suis donc lancé sans crainte dans la lecture du roman de Franck Ferric, "les tangences divines", publié aux éditions du Riez, une jeune maison basée en Bretagne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Les Tangences divines" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv39442226.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Théodule est égoutier, à Paris. Pas franchement la gloire, mais un boulot bien pépère. Son épouse, qui travaille dans la pub, sans compter ses heures et mue par une grande ambition, le considère avec un certain dédain, une déception de le voir étranger à cette pression sociale actuelle qui veut que tout soit brillant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Théodule, tout ça, il s'en moque. On ne va pas dire qu'il aime ce boulot d'égoutier, parce que aimer avoir les deux pieds dans une gadoue puante et gluante, ça semble compliqué. En revanche, il se satisfait sans problème de cette vie en grande partie souterraine et il assure dans son activité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cette existence bien tranquille va connaître un tournant, si j'ose dire, quand, au coin d'un des égouts qu'il est chargé d'entretenir, Théodule va tomber nez à nez avec un être qu'il aurait mieux fait de ne jamais apercevoir... Face à lui, une espèce de vieillard aussi clochard qu'alcoolique... La peur est telle que Théodule s'en retrouve allongé dans les boues nauséabondes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hallucination ou mauvaise rencontre (dans un lieu où, rappelons-le, on n'a pas le droit de se promener sans autorisation...) ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Placé en arrêt de travail, Théodule ne va pourtant pas longtemps rester à glander dans le canapé devant la télé. Ce curieux bonhomme l'obsède, il veut savoir s'il a rêvé ou non et, dans ce cas, qui est l'étrange gnome qui lui a causé une telle frayeur ? Il n'est pas au bout de ses surprises... Car, quand il remet la main sur le clodo (en fait, ce serait plutôt l'inverse...), celui-ci lui explique qu'il s'appelle Silène (rien à voir avec l'auteur du livre précédemment chroniqué sur ce blog... Enfin, je ne crois pas...) et qu'il est un dieu du panthéon grec. Certes, il a connu des jours meilleurs, au point de devoir errer dans les égouts de Paris, ses camarades de l'Olympe aussi ont eu quelques revers de fortune, mais sinon, ils possèdent encore quelques pouvoirs bien utiles pour se sortir des mauvaises situations qu'on rencontre ici-bas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Théodule rimant avec incrédule, il a bien du mal à gober les explications du nabot quand la preuve de ses dires lui est donné par quelqu'un que l'égoutier croyait pourtant au dessus de tout soupçon : son collègue Montaigu, un colosse à la peau noir, grand amateur de blues, égoutier de grande valeur, bref, ce qui se rapproche le plus d'un ami pour Théodule. Lui aussi est un dieu déchu, du genre homme de main qui rigole moyennement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et ces deux énergumènes qui semblent s'entendre comme chien et chat sont bien décidés à enrôler Théodule afin de lui confier une mission délicate, voire dangereuse : retrouver Pan, qui, profitant des fameuses tangences divines, ces lieux où se rejoignent et s'intersectent les zones d'influences des différents panthéons, a pris... la tangente, justement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà notre égoutier propulsé (le mot n'est pas trop fort, croyez-moi) dans des sphères bien éloignées de ses égouts chéris, quoi que, parfois tout aussi glauques... Seul humain au milieu de dieux colériques, vindicatifs, ou carrément cinglés, qui tous ont l'air d'avoir des raisons de mettre la main sur ce sacré Pan, Théodule va en voir de toutes les couleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, à force de s'entendre dire qu'il a un destin, que lui aussi, peut-être, pourrait avoir des origines divines, il va finir par se prendre au jeu. Comme si retrouver Pan allait lui permettre de mieux accepter les aventures rocambolesques et de plus en plus incroyables (fantastiques, disons-le) qu'il traverse soudainement, au point d'y laisser sa vie modeste et plan-plan, son mariage en pleine déréliction et son métier d'égoutier, jusque-là son unique horizon...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, c'est surtout une question d'orgueil : parvenir au but, et donc retrouver Pan, en grillant la politesse à toutes ces divinités décadentes et prêtes à en découdre finalement pour pas grand chose, voilà qui serait un succès... divin, pour l'égoutier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec, à terme, l'acceptation de cette réalité troublante : les dieux sont bel et bien descendus parmi nous...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Décidément, après Neil Gaiman et ses "American Gods" ou encore le "Vegas Mytho" de Christophe Lambert (prochainement en poche), les romanciers de l'imaginaire ont vraiment envie de rabaisser les dieux jusqu'à l'humaine condition, pour voir comment prend la greffe... Franck Ferric aussi choisit de tourner ces "braves" dieux en ridicule, s'accrochant désespérément à leurs derniers attributs divins, acceptant aussi mal leur déchéance que Théodule leur existence à notre bas niveau...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le passage en revue des différents panthéons est réussi et bien amené, nous permettant de croiser des dieux grecs, nordiques, égyptiens, celtes, vaudou et même le dollar, devenu une divinité en ces temps incertains... Tous ont bien du mal à conserver un semblant d'autorité transcendante sur ces incorrigibles et insupportables humains qui ne croient guère plus en eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ambition, par vengeance, ils sont prêts à semer une pagailles de tous les dieux sur une terre qui n'a pas besoin de ça., car les nouvelles idoles auxquelles l'Homme s'est voué ne lui ont pas vraiment montré la voie de la sagesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Courses-poursuites, batailles rangées, baston générale entre dieux, Théodule, lancé dans ce paysage comme la boule d'un flipper, va, par sa persévérance, reprendre les rênes de son existence. Et, laissant ses divins acolytes régler leurs divins problèmes en familles, il va réussir là où ils échouent depuis des temps immémoriaux : retrouver Pan. Un Pan bien changé par rapport à l'image d'Epinal que l'on a de lui : un satyre hirsute et ricanant au corps plus proche du bouc que de l'homme, à l'énergie sexuelle débordante et à l'influence néfaste sur le commun des mortels (le panique, c'est lui !!).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le Pan que nous donne à découvrir Franck Ferric est un Pan bien différent : le voilà devenu le plus humain des dieux, le seul qui a accepté son sort, pris son parti de sa déchéance et qui s'est rapproché de ses nouveaux frères humains pour, d'une façon très originale, leur parler de la vie, de son sens, et surtout, de sa finitude (oui, c'est un vrai mot, pas un néologisme de politicien en campagne !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Théodule, désabusé dans sa vie quotidienne, désarmé devant la vendetta menée par Silène et Orcus (alias Montaigu), perplexe devant le tour que prend sa vie depuis ses divines rencontres, révolté par la médiocrité générale de ceux qui devraient friser la perfection, si ce n'est l'incarner, va, après s'être émanciper de ses "maîtres", trouver enfin une forme d'épanouissement ou plutôt d'accomplissement auprès de Pan. Une meilleure perception de ce qu'il est humain à 100%.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l'image d'une fable, "les tangences divines" commence par un développement très drôle, plein de trouvailles et de fantaisie. Ces divinités parfois fofolles mais toujours désorientées, en permanence prêtes à se faire des crasses ou à manigancer un mauvais coup, sont très bien mises en scènes. Mais, toujours comme une fable, après les rebondissements, c'est une véritable morale que nous propose finalement Ferric. Une morale qui s'impose aussi bien aux personnages du romans, dieux comme humains (et dieux surtout, en fait), qu'aux lecteurs (qui, a priori, ne sont qu'humains, même si, après cette lecture, on ne peut jurer de rien).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le tout, sous la houlette de Pan, dieu protecteurs des bergers et des troupeaux... Une métaphore qui ne déplairait sans doute pas aux Uniques, le nom péjoratif que les dieux les plus anciens ont donné aux monothéismes terrestres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il s'agit aussi d'une fin plus sombre, que j'ai trouvée plutôt pessimiste. Cependant, à la réflexion, cette fin, très surprenante eu égard au véritable cirque qui la précède, n'est peut-être, après tout, que l'expression d'un réalisme brut. Avec une certitude, en tout cas, celle que nous ne sommes que des humains, mais que c'est très bien ainsi !&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Hx"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-8306767254246342683?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/8306767254246342683/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/le-larbin-des-dieux-dechus.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8306767254246342683'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8306767254246342683'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/le-larbin-des-dieux-dechus.html' title='Le larbin des dieux déchus.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4075077452538635268</id><published>2012-02-15T00:02:00.000+01:00</published><updated>2012-02-15T00:12:34.920+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='SF'/><title type='text'>Les voyagent forment la jeunesse.</title><content type='html'>Je ne suis pas un grand amateur de littérature jeunesse. Que voulez-vous, j'ai dû perdre mon âme d'enfant en route, mais où ? Bref, il est plus que rare que je me retrouve avec un livre étiqueté "littérature jeunesse" entre les mains. Pourtant, lorsque j'ai su que j'aurai Silène comme intervenante pour l'une des tables rondes qui m'a été confiée au festival Zone Franche de Bagneux, je n'ai pas hésité un instant avant de me plonger dans son roman "la saveur des figues" (aux éditions du Jasmin), premier volet d'une série consacrée à la jeune polynésienne Moana. L'idée d'une Polynésie sous les glaces et d'une quête apparemment impossible a aiguisé ma curiosité. Et je n'ai pas été déçu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Moana, tome 1 : La Saveur des figues" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv48179831.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moana va avoir 12 ans et vit en Polynésie, donc. Précisions de taille, tout de même : on ne parle pas de la Polynésie paradisiaque qui nous fait tous rêver aujourd'hui, mais d'un archipel enneigé, appartenant aux derniers territoires à ne pas avoir été pétrifiés par les glaces après un violent changement climatique intervenu un demi-siècle plus tôt. 80% de la population mondiale a disparu lors de cet épisode effroyable et la majeure partie de l'hémisphère nord est dorénavant inhabitable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les survivants se sont donc installés dans les terres les plus australes et se sont organisés pour essayer de recréer une humanité conquérante. La capitale a été installée à Pondichéry, en Inde, un pouvoir autoritaire (totalitaire ?) a été instauré et la décision de faire table rase du passé a été prise pour concentrer tous les efforts des Hommes vers l'avenir : l'histoire n'existe plus, seules comptent les activités utiles et l'augmentation rapide du nombre d'habitants est un objectif privilégiée. En conséquence, les enfants de 12 ans sont mariés avec mission d'être heureux mais surtout d'avoir beaucoup d'enfants ; seule exception, les enfants les plus doués sur le plan intellectuel, qui sont éloignés de leurs familles et envoyés à Pondichéry pour y suivre des études poussées et rejoindre par la suite les élites de l'humanité renaissante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, parce que cette population mondiale n'a ni le temps ni les moyens matériels de subvenir aux besoins de ses vétérans, décision a été prise d'envoyer toutes les personnes âgées de 60 ans dans des "maisons du souvenir", des endroits où l'on recueille les témoignages des anciens, mais d'où ils ne ressortent jamais...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille de Moana accepte mal cette politique. Pour preuve, voilà des années que l'aïeule de la famille, Mémine, vit cachée pour échapper au sort commun des aînés. Octogénaire, elle dispense à ses arrières-petits enfants, et particulièrement à Moana, ses souvenirs, ceux d'avant le froid. Très complices, la vieille dame et l'enfant s'enrichissent l'une l'autre. La seconde apprend, découvre, cultive sa curiosité, son envie d'apprendre et, surtout, rêve. Elle rêve de connaître un jour ce que son aïeule avait la chance de connaître et que le froid a désormais rendu inaccessible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à Mémine, transmettre donne un sens à sa vie, lui permet de trouver l'envie de vivre encore malgré l'âge et la clandestinité mais surtout d'entretenir un espoir secret : se rendre au rendez-vous que l'homme de sa vie et elle se sont fixés. Mais un rendez-vous fixé il y a bien longtemps et dans un lieu bien éloigné de la Polynésie. D'autant plus éloigné que l'être cher n'a plus donné signe de vie depuis l'avènement du froid et que se déplacer d'un point à l'autre du globe n'est guère commode désormais, a fortiori quand on est un vieille femme de 80 ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré tous ces obstacles, apparemment infranchissables, Mémine et Moana vont pourtant quitter le cocon familial pour se lancer dans une odyssée dont l'objectif est à la fois de fuir le carcan de cette société planétaire qui ne laisse aucune liberté mais aussi d'honorer enfin ce fameux rendez-vous, pour rétablir la linéarité entre passé, présent et futur, rompue par les évènements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le moins qu'on puisse dire, ces que ces deux femmes, que trois générations séparent, n'ont pas froid aux yeux et une détermination sans faille. Au cours de leur voyage, elles seront confrontées à de réels dangers et à l'hostilité et l'hypocrisie du monde qui les entoure. Mais ça vaudra le coup, ne serait-ce que pour permettre à Mémine de tenir sa promesse et à Moana de savoir enfin quelle saveur ont ces mystérieux fruits que sont les figues...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec des situations et un vocabulaire simple et donc facilement accessible, Silène propose à ses jeunes lecteurs un roman d'anticipation et d'aventures dans lequel les pistes de réflexion ne manquent pas : le dérèglement climatique, qui conditionne tout le contexte de "la saveur des figues" ; la famille, seule institution encore intacte dans cette nouvelle société, mais sans doute pas pour longtemps, avec ces mariages forcés pour les ados et la mise au rebut des anciens ; sujet voisin, la transmission de la culture, du savoir et des valeurs d'une génération à l'autre au sein de la famille, justement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille de Moana est fondée sur le matriarcat. Moana n'a ni père, ni grand-père, ni arrière-grand-père, mais les trois générations de femmes qui vivent à ses côtés lui apportent toutes quelque chose. Mais, c'est le savoir, à la fois si réel et si théorique, de Mémine qui la fascine, la transporte loin de cette vie quotidienne qu'on veut tracer pour elle et dont elle ne pourra plus jamais s'évader une fois son mariage célébré. L'intrépide Moana va voir surgir une opportunité unique se présenter à elle : fuir cette morne existence vouée à la perpétuation de l'espèce et faire de ces rêves la plus douce des réalités malgré la dureté du monde dans lequel elle vit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mémine, elle, se reconnaît en Moana. Sans doute croyait-elle ne jamais retrouver ce caractère et cette insoumission dans sa famille après la résignation de sa fille et de sa petite-fille. Alors, malgré son âge avancé, elle aussi se doit de saisir l'ultime opportunité de renouer avec son passé, avec le passé d'une planète entièrement habitable, avec les racines et les souvenirs qu'on veut mettre en conserve désormais, mais surtout pas partager avec les générations présentes et à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour elle, la saveur des figues agit comme une madeleine de Proust et c'est cette sensation qu'elle va parvenir à transmettre à Moana qui, pourtant, n'a même jamais vu une figue. Son refus de voir Moana à son tour condamnée à une vie de fée du logis ou, en cas de départ pour Pondichéry, de bon petit soldat, est autant un acte de grandeur qu'un geste un peu égoïste : une fois parties, elles ont toutes deux conscience qu'elles ne reviendront jamais en Polynésie. Mais, même pour sauver une enfant de 12 ans, doit-on la déraciner, la priver de famille ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, la force de l'écriture de Silène, c'est de transposer au réel ce qu'elle propose dans le roman : la possibilité de créer des liens, de susciter le dialogue, l'échange, la transmission entre les jeunes lecteurs et leurs parents qui auront là une belle idée en accompagnant leur progéniture dans cette lecture. Tous les thèmes que j'ai abordés là, et d'autres encore, certainement, méritent un approfondissement personnel. Ainsi, à la moindre difficulté de compréhension, l'aîné apportera son soutien au plus jeune et "la saveur des figues" sera bien plus qu'une simple lecture détente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, chapeau à Silène pour l'émotion qu'elle parvient à faire passer dans ce roman. Pas facile, là encore, dans le contexte de l'anticipation et dans le feu d'aventure, de ménager une place à l'émotion. Mais, grâce à ces deux personnages attachants (malgré quelques défauts et le prisme déformant du regard d'une enfant sur un parent adoré et respecté), on vit, on souffre, on a peur, on se détend, on se sent soulagé, jusqu'au dénouement qui touchera forcément petits et grands.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et ce n'est qu'un début. Moana poursuit ses aventures dans un second volet déjà paru et le troisième paraîtra bientôt. L'occasion de voir grandir Moana, de la voir mûrir et poursuivre sa découverte du monde et des relations humaines. L'occasion pour l'adolescente de mettre en pratique les enseignements reçus de Mémine depuis sa jeune enfance et de montrer ainsi que cette initiative n'était pas vaine.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Hs"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4075077452538635268?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4075077452538635268/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/les-voyagent-forment-la-jeunesse.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4075077452538635268'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4075077452538635268'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/les-voyagent-forment-la-jeunesse.html' title='Les voyagent forment la jeunesse.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5706030896453347407</id><published>2012-02-13T22:02:00.000+01:00</published><updated>2012-02-13T22:25:15.193+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='SF'/><title type='text'>"L'honneur, (...) c'est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie portée jusqu'à la plus pure élévation et jusqu'à la passion la plus ardente" (Alfred de Vigny).</title><content type='html'>Quelques jours sans billet nouveau, c'est vrai, mais pas sans lecture. Car, si je me suis éloigné un peu de ce blog, c'était pour mieux préparer les tables rondes que j'ai animées ces trois derniers jours à Bagneux, à l'occasion du festival Zone Franche (un grand merci à toute l'équipe, au passage !). Ces prochains jours, je vais rattraper le retard pris en vous proposant des billets des livres lus pour ce festival, en commençant par un roman de SF, un vrai space opera (normal, c'était la thématique centrale de Zone Franche cette année) : "quand il ne reste que l'honneur...", de P.J. Hérault, publié aux éditions Rivière Blanche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;img alt="Couverture Quand il ne reste que l'honneur" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv69564087.gif" /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un lointain futur, sur Beta XII une planète de la constellation du Burin, située aux confins d'une galaxie qui pourrait être la nôtre. La fédération burinoise est en guerre contre son homologue de la Colombe (eh oui, l'oiseau n'est plus vraiment un symbole de paix, dans ce futur belliqueux). Sans qu'on en connaisse ni les causes, ni les motivations, ni l'état des forces, nous nous retrouvons donc plongés en plein conflit, alors que vient d'être lancée une opération d'infiltration menée par une unité appartenant à la Xème force d'Alpha XX de Wezn, et donc, à l'armée de la constellation de la Colombe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette unité est commandée par le capitaine Morgad Carlach', un officier exemplaire qui possède une véritable expérience du terrain, loin des stratégies toutes théoriques des états-majors. Mais Morgad, en bon meneur d'hommes, entretient une relation personnelle très forte avec les hommes qu'il a sous ses ordres. Il n'est pas juste un chef coupé des réalités envoyant à la mort une masse anonyme ; il se considère comme responsable du sort de ses subordonnés et veille sur eux presque comme un père de famille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pourquoi, malgré la réussite de son opération, les lourdes pertes occasionnées à son détachement, réduit à moins d'une dizaine d'hommes et de femmes, vont particulièrement marquer Morgad. Mais les survivants ne sont pas au bout de leurs peines. A peine ont-ils le temps de se réjouir d'avoir détruit dans l'oeuf la terrible arme secrète que se préparaient à utiliser les burinois qu'ils prennent un sacré coup de massue sur le crâne : les appareils chargés de venir les récupérer sont injoignables et le détachement de Morgad se retrouve coincé en plein territoire ennemi, traqué par une armée qui crie vengeance et ne fera aucun quartier s'ils les rattrapent et les capturent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commence une longue fuite où la ruse va se substituer à la science militaire, la rage de survivre, au respect des ordres et de la mission à effectuer, le système D, à l'intendance traditionnelle. Parallèlement, Morgad et ses camarades essayent d'entrer en contact avec leurs compatriotes ce qui se révèlent plus que compliqué. Lorsqu'ils y arrivent enfin, c'est pour apprendre que les vaisseaux qui devaient venir les chercher ont été anéantis lors d'une féroce bataille spatiale. Conséquence de ce désastre militaire : plus personne n'est au courant de leur mission, pour leur propre camp, ils n'existent plus...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La chance de Morgad, c'est que son interlocuteur, lorsqu'ils vont enfin réussir à contacter leurs compatriotes, s'avère être un de ses amis, Kovicj. Morgad et lui se connaissent bien, ont une vision identique de la chose militaire, des aspirations proches et surtout une confiance mutuelle. Un élément fondamental, car Kovicj est le seul capable de convaincre son camp de venir en aide à Morgad et sa troupe. A lui d'apporter des éléments suffisamment convaincants pour que les officiers supérieurs acceptent l'idée que ces hommes et ces femmes sont bien des leurs et de leur envoyer des secours avant qu'il ne soit trop tard...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant ces tractations, le petit groupe, livré à lui-même, va pourtant réussir à damer le pion aux troupes ennemies pendant un bon moment jusqu'à se retrouver acculé dans une région montagneuse, sans possibilité de fuite. Terrés, enterrés, même, ils tiennent bon mais doivent endurer un nouveau coup dur : les deux camps ont entrepris des pourparlers de paix. Morgad et ses hommes, par conséquent, ne sont plus des héros, mais une épine dans le pied de leur propre camp.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, par leur présence sur le sol ennemi, par leur action commando réussie mais ordonnée par des officiers désormais disparus, par leur résistance indispensable à leur survie, par cette simple survie, même, ils peuvent provoquer l'échec des pourparlers...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les voilà donc au coeur même d'un jeu diplomatique où ils ne sont plus que des pions sur un échiquier. Leurs vies ne pèsent plus grand chose en comparaison des enjeux politiques gigantesques au centre des discussions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Face à ces manigances où chacun essaye d'imposer sa volonté à l'autre, où la confiance ne repose que sur des paroles qui s'envolent et des écrits qui restent... lettre morte, Morgad va opposer une notion abstraite, c'est vraie, vieillotte, obsolète, à nos yeux d'humains du XXIème siècle, mais que ce militaire de carrière sans avoir la vocation, tient pour essentielle, indispensable, au-dessus de tout : l'honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, si, à ce point de l'exposé, vous me demandiez ce que j'appelle l'honneur, je dois en toute franchise reconnaître que je serais bien en peine de vous en donner une définition précise... J'ai donc cherché, mais les dictionnaires ne me satisfaisant pas, je suis allé "pêcher" une phrase qui me semble la meilleure pour expliquer la conception de l'honneur de Morgad. Elle sert de titre à ce billet et c'est dans l'oeuvre d'Alfred de Vigny qu'on la trouve ; dans un ouvrage au titre qui résume encore mieux la situation du livre de P.J. Hérault : "Servitude et grandeur militaires".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, appliquée à notre situation, comment envisager cette notion ? Quelle est la conduite la plus honorable à tenir pour Morgad et sa poignée de survivants, à qui il ne semble rester que cet "honneur", à la fois si puissant et pourtant totalement inutile ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et si, dans leur situation périlleuse, voire désespérée, la solution était la mort ? Possible, mais quelle mort ? En combattant jusqu'à la dernière once d'énergie du dernier combattant, en essayant d'emmener avec soit dans la mort le plus d'ennemis ? Oui, mais on remet alors en cause le processus de paix... Une vraie trahison. Une action pas très honorable, en somme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Se laisser capturer pour sauver la paix, alors ? Leur sort en serait scellé et, franchement, la reddition a quelque chose de lâche qui sied mal à l'honneur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste la possibilité de se suicider pour ne pas être pris vivants par l'ennemi. Une solution prévue par les règles militaires, puisque chaque soldat a, dans son équipement de base, une pilule à avaler pur en finir vite et ne pas laisser à l'ennemi le plaisir de la capture (et de toutes les charmantes attentions prévues ensuite, en général...). Une pilule au nom tout à fait clair : "la pilule de... l'honneur" !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, foin de tout cela, Morgad, lui, n'a qu'une seule et unique conception de l'honneur : ramener au bercail tous ceux qui ont survécu à l'assaut. Et, pour préserver ce groupe de moins d'une dizaine d'êtres, il est prêt à tout, y compris remettre en cause des décisions émanant des hautes sphères de commandement. L'honneur, pour Morgad, ce n'est pas être le dindon d'une sinistre farce. L'honneur, pour Morgad, est à double sens : ses hommes et lui ont su mener à bien leur mission, à ceux qui les ont envoyer là de leur rendre la pareille, en venant les tirer de leur bourbier fissa...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'honneur, pour Morgad, c'est sauver la vie des siens, devenus plus que des subordonnés. Des amis. Un amour, même, en la personne de Jil, jeune femme membre de son équipe. Tous deux, en se côtoyant dans ces circonstances extraordinaires, vont découvrir un sentiment nouveau, inconnu jusque-là, dans une société qui régit et aseptise tout, décide de tout, a placer l'utilitaire avant l'humain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'honneur, enfin, pour Morgad, c'est la droiture, l'intégrité, la franchise, le franc parler. Et tant pis s'il s'adresse à un supérieur, un diplomate ennemi, un politique allié... Il dit ce qu'il a à dire, parce qu'il est certain que c'est la meilleure chose à faire. Il ne s'embarrasse pas de courbettes et de cirage de pompes... Tout comme Kovicj, d'ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et les deux soldats, les deux anonymes, les deux "sans grade" présents au milieu de ce jeu de puissants, ces deux hommes de terrain qui ont la science et l'intuition du combat, vont donner la leçon à ceux dont le métier est d'envoyer leurs prochains servir de chair à canon, leur faire comprendre, hélas sans doute provisoirement, que la valeur de la vie humaine était bien supérieur à leurs magouilles si gonflées d'importance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le cas Morgad va d'ailleurs faire bouger les alliances et devenir une priorité. Il faut sauver le soldat Morgad, a-t-on presque envie de dire... D'une paix précaire émergera alors un règlement bien plus ferme de la situation, où la duplicité des burinois sera dénoncée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et l'honneur sera sauf... comme Morgad et son unité.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Hm"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5706030896453347407?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5706030896453347407/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/lhonneur-cest-le-respect-de-soi-meme-et.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5706030896453347407'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5706030896453347407'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/lhonneur-cest-le-respect-de-soi-meme-et.html' title='&quot;L&apos;honneur, (...) c&apos;est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie portée jusqu&apos;à la plus pure élévation et jusqu&apos;à la passion la plus ardente&quot; (Alfred de Vigny).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-411808389795450596</id><published>2012-02-02T16:52:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:25:28.878+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='SF'/><title type='text'>Sex, drug and rock... the Casbah !</title><content type='html'>Voilà un roman déjà bardé de prix, et ce n'est peut-être pas terminé, puisque le voilà en lice pour le prestigieux GPI (le Grand Prix de l'Imaginaire). Un roman dont j'ai entendu dire beaucoup de bien depuis sa sortie au printemps dernier et auquel je me suis attaqué avec envie et gourmandise. Et il faut de l'appétit car les 700 pages de "Rêves de Gloire", de Roland C. Wagner (en grand format chez l'Atalante), ne se dévorent pas d'une traite mais vous nourrissent pendant plusieurs jours. Une lecture dense, intense, complexe mais passionnante, un roman choral qui revisite 50 ans d'une histoire contemporaine de deux pays pas encore totalement réconciliés, l'Algérie et la France. Une uchronie magistrale dont on ne sort pas indemne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Rêves de Gloire" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv12170758.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien... Comment raconter "Rêves de Gloire"... Pas facile... De nos jours, dans une ville d'Alger prise en étau entre la France et l'Algérie mais ayant su conserver une forme d'indépendance, vit un collectionneur de disques vinyles passionné, grand connaisseur du rock psychodélique de la deuxième moitié des années 60 et incollable sur les groupes ayant joué et vécu à Alger à cette époque si spéciale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, sur un site de vente en ligne, il découvre un 45 tours dont il n'a jamais entendu parler, lui qui pensait son savoir exhaustif sur la question... Enregistré à Alger à la fin des années 60, la pochette pleine de couleurs, ce disque a pour titre "Rêves de Gloire", chanson composée et interprétée par un groupe inconnu au bataillon (si j'ose dire) dont le nom a de quoi surprendre, voire choquer : "les Glorieux Fellaghas".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, le sang du collectionneur ne fait qu'un tour : ce disque oublié pourrait devenir le clou de sa collection, pourtant remarquablement fournie, mais surtout, pourrait se monnayer cher s'il parvenait à mettre la main sur l'un de ces exemplaires en bon état, qui ne doivent pas être légion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une quête commence alors, celle d'une galette de vinyle qui, à elle seule, concentre toutes les aspirations les plus profondes d'une époque au combien agitée, cette deuxième moitié des années 60 où les idéaux les plus divers sont entrés en collision pour le meilleur, le pire et l'utopie... Un disque qui attise les convoitises d'autres personnes, prêtes à tout, même à tuer, pour le posséder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une ville d'Alger mise en ébullition par les rumeurs de débarquement, soit français, soit algérien, pour mettre fin à l'embarrassante et insolente indépendance de la ville, le collectionneur va devoir apprendre à se méfier de tout et de tous s'il veut retrouver le disque des "Glorieux Fellaghas", sans y perdre la vie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pour le fil d'Ariane de roman, la partie contemporaine qui permet au reste de s'assembler petit à petit. Car, atour de l'histoire du collectionneur et de sa recherche, une foule de personnages vient nous raconter, directement ou indirectement, la genèse de ce disque si spécial, nous raconter la vie à Alger dans ces années-là, les conflits, les expériences politiques et utopiques, l'évolution d'une société qui renaît, les oppositions plus ou moins larvées entre générations, nationalités, races, religions, idéologies, qui toutes se retrouvent à cohabiter dans Alger, dont la Casbah est le coeur d'un incroyable bouillonnement sociétal et culturel autour de ceux qu'on appelles "les Vautriens", les cousins des hippies, de ce côté de l'Atlantique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, Wagner n'a pas voulu nous raconter l'Algérie naissante telle qu'on la croise dans nos livres d'histoire, mais une Algérie bien à lui, réinventée pour l'occasion. De Gaulle, assassiné en 1960 (eh oui, "Rêves de Gloire" est une uchronie, je vous le rappelle), ne joue aucun rôle dans son indépendance, prise tardivement et avec des contreparties, puisque Bougie, Oran et Alger sont restées françaises dans un premier temps. Des enclaves qui, toutefois, attisent les convoitises mais sont aussi une épine dans le pied d'une France devenue un temps communiste avant qu'un putsch militaires n'en fasse un Etat totalitaire en marge du reste du monde. Il y a donc, en permanence, une tension qui s'exacerbe par moment, sans qu'on sache si ces tensions viennent d'un camp, de l'autre ou encore des extrémistes favorables à une Algérie qui redeviendrait française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, au fil des pages et des témoignages, on voit se dessiner ce cadre historique qui sert de décor au roman, 50 ans d'Histoire particulièrement mouvementés. La petite histoire, celle d'hommes et de femmes à la recherche d'un monde meilleur, cette génération née à la fin de la IIème guerre mondiale ou juste après et qui cherche par tous les moyens à échapper au monde de leurs parents. Mais aussi ceux qui subissent les évènements, qu'ils soient arabes, kabyles, européens installés là depuis la colonisation, militaires français, combattants de l'indépendance, chrétiens, juifs ou musulmans, riches ou pauvres, épris de liberté ou juste d'une terre et de racines...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ces "swinging sixties", la Casbah d'Alger est devenu le centre d'une société nouvelle, en rupture avec les modèles des Trente Glorieuses en vogue dans le reste des pays occidentaux, individualiste, consumériste, sectaire, inégalitaire, belliqueuse, etc. La communauté instaurée par les Vautriens connaît alors aussi ses heures de gloire, dans tous les sens du terme. Car, d'une part, ce mode de vie, d'abord marginal, va attirer de plus en plus d'adeptes, mais, d'autre part, parce que cette vision nouvelle du monde, cette utopie bariolée est née dans l'absorption d'une drogue, la Gloire, distribuée dans le sillage d'une figure intellectuelle et contestataire, un certain&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Timothy_Leary"&gt;Timothy Leary&lt;/a&gt;, passé d'abord par Biarritz puis installé dans une villa algéroise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui prend de la Gloire semble soudain appréhender la vie différemment, découvrir un monde plus riche, plus coloré, plus profond. Une perception nouvelle sur laquelle des idéaux d'entraide, de non-violence, de tolérance, de liberté, sexuelle et autres, d'émancipation des carcans que peuvent être la morale, la religion, l'économie, la famille, etc. A tel point qu'un des groupes de musique remarquables de cette époque, les Déserteurs, n'hésite pas, par exemple, à "affirmer que l'association de la musique et de la Gloire peut devenir une arme de combat politique".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, avec la Gloire, un nouveau monde semble possible, semble même se mettre en place. Au point d'imaginer fonder une commune d'Alger sur le modèle de la commune de Paris. Mais, de tels comportements ne peuvent que déranger ceux qui pensent au pouvoir, au contrôle, et l'utopie algéroise, comme son inspiratrice parisienne, va bientôt se retrouver dans le collimateur de forces idéologiques très violentes et à la merci des barbouzes de tous poils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difficile de vous en dire plus, il faut se plonger dans ce pavé à la construction complexe, c'est vrai, mais dans laquelle on trouve vite des marques. Tout y est volontairement flou, en terme de chronologie, de personnalité des narrateurs, on est soi-même transportés dans cette parenthèse enchantée, pleine de joie, malgré les incertitudes du quotidien, pleine de paix, malgré les bruits de bottes permanents, pleine de musiques démentes et de guitares distordues, malgré la proximité du chaos, pleines de drogues, aux effets aussi libérateurs que dévastateurs (quand "la blanche" va succéder à la Gloire), dans une réalité qui incite peu à l'optimisme, pleine d'amour libre et de solidarité, d'amitié et d'émerveillement permanent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprend mieux la provocation que recèlent le titre du 45 tours autour duquel tourne tout le roman et le nom de ses interprètes : "Rêves de Gloire", par les Glorieux Fellaghas... De quoi s'attirer les foudres de tous les bords confondus...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, "Rêves de Gloire", le roman, cette fois, c'est, outre ce chant contestataire et utopique, véritable hymne à la liberté individuelle et collective, une déclaration d'amour à une époque (la deuxième moitié des années 60), à une musique, ce rock halluciné que Wagner appelle psychodélique, et à une ville, Alger (Wagner est né à Bab-el-Oued et sa famille sera rapatriée en métropole lors de l'indépendance en 1962).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bizarrement, car Wagner est né en 1960, il était donc très jeune lorsqu'il a quitté l'Algérie mais aussi lorsque les années psychédéliques ont déferlé, j'ai ressenti une puissante nostalgie à la lecture de "Rêves de Gloire". Comme si Wagner cherchait à renouer avec des racines géographiques et temporelles rompues trop tôt et trop brutalement. Avec beaucoup de pudeur, mais aussi avec un engagement vigoureux dans le sens de l'utopie qu'il développe, il nous offre un roman complexe, pas facile à lire, car la multiplicité des narrateurs dont on &amp;nbsp;ne connaît pas l'identité oblige à une attention accrue mais magnifique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque paragraphe de chacun des narrateurs est un fil de couleur différente qui sert à tisser la trame (jamais ce mot n'a été si juste) du récit, dont on ne découvre l'ampleur qu'une fois la dernière page tournée. Un tour de force littéraire qui peut dérouter, j'en conviens, mais qui mérite aussi que le lecteur s'accroche et accepte ces contraintes pour se laisser porter sur la vague suscitée par la Gloire et ses hérauts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, je voulais terminer en parlant de la figure tutélaire, dont l'esprit flotte sur ce livre : Albert Camus. Lui aussi est présent dans ce récit, sous la forme d'un dialogue tout à fait uchronique lui aussi avec Wagner lui-même, je pense. Un dialogue passionnant et très drôle, avec le recul, où deux écrivains parlent de leur sujet commun : l'Algérie. Tous deux ont une passion pour ce pays et ont su en faire un personnage à part entière de leurs livres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, finalement, j'en suis arrivé à cette idée étrange (et toute personnelle, attention !) que "Rêves de Gloire" était le négatif, dans le sens photographique du terme, bien sûr, de "la Peste". Comme si Camus et Wagner était deux auteurs totalement dissemblables mais réunis par cette terre au magnétisme si particulier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sous la plume de Wagner, on ne voit pas apparaître une ville blanche, écrasée de soleil, gangrenée par la maladie, comme Oran dans "la Peste", mais une ville d'Alger colorée, vivante, entraînée par le rythme déjanté et libéré des guitares électriques et des pédales de distorsion, et qui devient le berceau d'une harmonie doucement contagieuse. Mais, a contrario de cet optimisme, si on peut parler de d'optimisme dans le contexte si particulier dépeint par Wagner, la fin laisse entrevoir des lendemains qui déchantent pour Alger, l'Algérie et même la France, alors que, chez Camus, à la fin du roman, la peste a cessé, laissant derrière elle des dégâts irréparables, mais la vie peut reprendre son cours malgré tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, oui, on pourra jouer longtemps à ce jeux des différences. Il n'empêche que cette filiation, non, ce parrainage de Camus est évident et que c'est Wagner lui-même, malgré des univers à des années-lumières (oui, on parle quand même de SF !), qui vient de lui-même se placer respectueusement sous cette égide, cette figure quasi sanctifiée (un saint laïc, évidemment).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, "Rêves de Gloire" n'est pas un livre évident, il demande de la concentration et de la persévérance, mais, pour l'univers historique alternatif qu'il met en place, pour la musique qui accompagne cela et que Wagner nous donne presque à entendre, pour l'Algérie et pour mieux comprendre l'incroyable complexité que représentait cette région au moment de son indépendance et même après, pour les idéaux qui y fleurissent et prolifèrent au milieu des mauvaises herbes et pour la dénonciation implacable du colonialisme avec finesse, nuance et respect des opinions et des origines de tous, il mérite d'être lu, conseillé et récompensé (mais pour ça, on ne m'a pas attendu !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, le titre de cet article évoque un célèbre slogan, mais aussi une chanson des Clash. Mais, c'est à une reprise de ce titre que je pensais en écrivant cet article, une reprisé métissée par un autre enfant de l'Algérie,&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=xJkGQps1lrs"&gt;Rachid Taha&lt;/a&gt;.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7F4"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-411808389795450596?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/411808389795450596/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/sex-drug-and-rock-casbah.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/411808389795450596'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/411808389795450596'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/02/sex-drug-and-rock-casbah.html' title='Sex, drug and rock... the Casbah !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-6333129180175030965</id><published>2012-01-28T19:31:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.196+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Tu as l'détonateur juste à côté du coeur" (Téléphone, "La bombe humaine").</title><content type='html'>Disons-le tout net, quand on lis en 2 jours un thriller de 660 pages, c'est, généralement, un premier gage de qualité. Il faut dire que le livre dont nous allons parler bénéficie depuis quelques mois déjà d'échos plus que favorables et que l'idée de départ, à condition d'y adhérer, est particulièrement séduisante. Alors, quand, par la traditionnelle voie d'approvisionnement paternel, j'ai pu mettre la main sur "Non stop", le nouveau roman de Frédéric Mars (en grand format chez Hachette, mais dans une collection jeunesse, Black Moon, ce qui, franchement, est assez curieux, tant ce roman pourra plaire à un public adulte et habitué du genre), je ne me suis pas fait prier pour m'y attaquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Non Stop" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv24162127.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;New York se prépare à une commémoration exceptionnelle, à quelques semaines des élections présidentielles : dans 48 heures, le président Stanley Cooper et son futur adversaire, le maire de Big Apple, Edgar Wendell inaugureront, 11 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001, la Tour de la Liberté, le nouveau bâtiment qui doit se dresser sur Ground Zero, à la place des tours jumelles du World Trade Center, ainsi qu'un mémorial aux victimes du drame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, en ce matin du 9 septembre, c'est une journée bien peu ordinaire qui commence, lorsqu'une explosion se produit dans le métro new-yorkais. Sam Pollack, capitaine au sein de la police de la ville, veuf depuis les attentats de 2001, se trouvait par hasard dans cette station et, forcément, à peine remis du choc, il essaye de comprendre ce qui a pu se passer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, rapidement, l'ampleur de l'évènement exige l'intervention du FBI, mais aussi du Homeland Security, service créé après les attentats de 2001 et qui chapeaute les douanes, les gardes-côtes, mais aussi les transports, comme le métro, donc. Or, Pollock connaît bien les agents qui sont envoyés sur place : Liz McGeary, du Homeland Security, fut son amour de jeunesse, tandis que Francis Benton, du FBI, est son ennemi intime depuis des années.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas du tout prêt à laisser tomber, comme il le devrait, cette enquête, Pollock est celui qui va apporter les premiers indices menant aux premières pistes, en repérant, sur des vidéos de surveillance, le malheureux usager qui a provoqué l'explosion... Mais comment et pourquoi ? Voilà des questions... délicates.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'autant plus délicates qu'on commence à signaler, non plus seulement à New York, mais dans tous les Etats-Unis, des explosions similaires en nombre croissant. A chaque fois, une personne anonyme, ne ressemblant pas à l'image d'Epinal du terroriste, a explosé, sans raison apparente, faisant dégâts et victimes, mais surtout, commençant à susciter une panique croissante dans le pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, de telles coïncidences ne pouvant exister, il faut se résoudre à accepter une terrible évidence : c'est une nouvelle attaque terroriste, inédite dans son ampleur autant que par les moyens utilisés, qui s'abat sur le pays, encore traumatisé par l'effondrement des tours jumelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Pollock et McGeary, une course contre la montre s'engage afin de comprendre ce qui provoque ces explosions, si l'objectif des terroristes est de faire des victimes au hasard, de créer une panique monstre ou bien, de savoir s'il y a des cibles et des objectifs plus précis à ces explosions. Enfin, bien sûr, de remonter la piste des commanditaires, puisqu'aucune revendication ne semble accompagner ces attentats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bientôt, l'enquête va mettre au jour un plan machiavélique et terrifiant : toutes les victimes souffrent de problèmes cardiaques et ont dû se faire implanter des pacemakers. Apparemment, c'est l'objet qui a été piégé et il explose quand son porteur... s'arrête de marcher ! Voilà donc des milliers de personnes condamnées à marcher "non stop", jusqu'à ce qu'une solution efficace soit trouvée. Ou alors, à la moindre pause, au moindre relâchement ou lorsque l'épuisement est trop grand, c'est une fin inéluctable qui les attend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Non Stop" est un thriller pur, évidemment, puisqu'on suit le travail difficile des enquêteurs pour comprendre ce qui se passe et trouver des moyens de mettre un terme au calvaire des victimes. Mais Frédéric Mars signe là également un très intéressant thriller de politique fiction, autour du sujet toujours brûlant du terrorisme international.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On voit comment l'administration américaine doit réagir, à la fois pour maintenir la sécurité sur son sol mais aussi pour trouver des commanditaires qu'elle imagine très vite agir depuis l'étranger (avec une préférence marquée pour le Moyen-Orient...). Les ennemis sont nombreux, bien sûr, mais ils pourraient aussi servir de boucs émissaires commodes et de coupables idéaux... Et si les apparences étaient trompeuses ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En mettant en scène un président Cooper qui ressemble beaucoup à Barack Obama, mais qui n'est pas l'actuel président, Mars (comme le dieu de la guerre ?) aborde la problématique terroriste sous un angle très intéressant : comment réagirait une administration démocrate, plus libérale, moins va-t-en-guerre que l'administration républicaine précédente, soumise à une crise comparable à celle du 11 septembre ? Comment les idéaux résistent-ils lorsqu'ils se heurtent à la raison d'Etat ? Comment un président élu sur une image immaculée, presque iconique, va-t-il s'en sortir une fois qu'il aura mis les mains dans le cambouis et pris des décisions forcément difficiles, voire contraires à la sacro-sainte constitution des Etats-Unis ou pire, contraires à sa propre conscience ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les sujets connexes abordés dans ce livre, il y a la concurrence entre les services de police américains. Lorsque les rivalités personnelles viennent s'y ajouter, ça devient parfois complexe à gérer et, forcément, ça nuit à l'avancée de l'enquête, chacun tirant la couverture à lui, gardant des informations primordiales pour lui, etc. Mais surtout, on comprend que les mesures prises après le fiasco de 2001 et censées "améliorer" la situation, ne sont qu'un cache-misère pas franchement efficace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pollock est "le gentil flic", en tout cas le plus humain, le plus déterminé à mettre un terme à ce nouveau massacre, lui qui a subi de plein fouet les conséquences du 11 septembre et qui se retrouve de nouveau personnellement impliqué, à travers sa fille adolescente. Benton, lui, est "le méchant flic", l'agent au coeur de pierre, prêt à tout, en terme d'action comme de procédure, sans remords ni regret, sans sentiment ni empathie. Au milieu, l'agent McGeary fait le pont (même si elle choisit vite son camp), prototype du flic ambitieux qui a su saisir l'opportunité de la création d'un nouveau service pour monter en grade et qui voit dans cette histoire un nouveau tremplin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme la série 24h, à laquelle on ne peut que songer (Mars fait même tout pour cela, allant jusqu'à séparer ses pages en deux, comme la série divisait l'écran de télévision), tout au long de la lecture, on suit en parallèle l'évolution de l'enquête, les décisions politiques qui doivent être rendues, avec les conséquences qu'elles peuvent entraîner, mais aussi la vie personnelle des protagonistes, directement chamboulée par ces évènements pour certains d'entre eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On découvre le portrait très contrasté d'une super-puissance soumise à l'imprévisible, l'incompréhensible. Un pays "contradictoire, aveugle quand cela l'arrange, et si volontairement volatile", écrit Mars. Un pays qui redoute autant qu'il hait un islam qu'il ne connaît pas, finalement, et qu'il assimile un peu trop vite au terrorisme, tout en se choisissant une Miss America musulmane. Un pays composé d'une mosaïque de "courants opposés, de haines tenaces et de fantasmes, de peurs absurdes et de menaces parfois bien réelles". Une citation quasi intégrale de 3 paragraphes du roman, pour montrer quelle complexité se dresse devant le gouvernement en place, dans une situation bien inconfortable...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difficile de ne pas évoquer le président Stanley Cooper. Pas totalement, car son rôle dans l'histoire nécessite quelques cachotteries, mais il apparaît humain, concerné, loin des tours (encore !) d'ivoire dans lesquels bien des politiques sont enfermés. Et pourtant, on le sent évoluer au cours de ces 48 heures décisives, prendre conscience de certaines choses, à commencer par sa condition d'homme. Il gagne en sincérité tout au long du récit, restant quand même un politicien habile et remarquable communicant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, chapeau à Frédéric Mars pour la complexité de son intrigue, il brouille les cartes avec une grande habileté. Son complot tient la route sur 660 pages, avec des fausses pistes, des impasses, des pièges tendus aux enquêteurs et un jeu de faux-semblants admirablement orchestré. En géopolitique, les amis peuvent devenir nos pires ennemis en moins de deux s'ils y trouvent leur intérêt. Mais, les ennemis d'hier et d'aujourd'hui sont toujours à l'affût de ce qui peut nuire. Alors, qui croire ? La théorie du rasoir d'Ockham, qui veut que les hypothèses les plus simples sont souvent les plus vraisemblables, peut-elle s'appliquer ici ? Pas si sûr...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré tout, on est pas dans le style parfois empesé, didactique, des maîtres du genre que sont Tom Clancy, Frederick Forsyth ou Robert Ludlum. On est dans l'action pur, sans temps mort et pour cause : au moindre arrêt, boum ! Du coup, le lecteur se retrouve presque comme ces "death walkers", ces "marcheurs de la mort", sortent de zombies malgré eux et qui errent en attendant qu'on trouve le moyen de les sortir de ce piège infernal...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Non Stop" est un livre d'action extrêmement, redoutablement efficace. Quand on s'y plonge, on ne peut plus en sortir, on veut connaître le fin mot de l'histoire, le sort que l'auteur, en divinité créatrice omnipotente et parfois cruelle, a réservé à ses personnages, comprendre qui et pourquoi on a trafiqué ces pacemakers, objet de vie transformé en objet de mort...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Eg"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-6333129180175030965?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/6333129180175030965/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/tu-as-ldetonateur-juste-cote-du-coeur.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6333129180175030965'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6333129180175030965'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/tu-as-ldetonateur-juste-cote-du-coeur.html' title='&quot;Tu as l&apos;détonateur juste à côté du coeur&quot; (Téléphone, &quot;La bombe humaine&quot;).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4102657804500164153</id><published>2012-01-26T12:00:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.115+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"La vengeance est une justice sauvage" (Roger Bacon).</title><content type='html'>Un livre recommandé par James Ellroy et bientôt adapté au cinéma par Oliver Stone, en voyant ça, on se dit d'emblée qu'on a affaire à un roman sans doute très noir et qui doit dépoter. Ames sensibles, s'abstenir ! Voici "Savages", titre original conservé par la maison d'édition française, un livre signé par l'auteur américain Don Winslow et publié en grand format par les éditions du Masque. Un livre dont la couverture va vite vous faire entrer dans le vif du sujet ou, en tout cas, vous donner une idée plus précise de ce qui est au coeur de cette histoire violente et bien déjantée, servie par une écriture haletante et inventive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Savages" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv54180242.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ophelia, surnommée O, aurait tout d'une bimbo basique telle que la Californie du Sud nous en offre en nombre... Fille d'une mère ultra-possessive, qui change de mari aussi souvent qu'elle change d'activité principale pour canaliser son oisiveté... L'argent n'est donc pas un problème pour O qui, sous des faux airs de gourde frivole et dépensière, cache un tête bien pleine et un caractère bien trempé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très portée sur le sexe, à la limite de la nymphomanie, O fréquente deux garçons aussi différents que complémentaires et qui, chacun dans son genre, la satisfont sur bien des plans, et pas seulement physiquement. Non, O aime également ces deux hommes, Ben et John, qu'elle a surnommé Chon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chon est un ancien combattant qui a fait l'Afghanistan dans le prestigieux corps des Marines. Autrement dit, c'est une espèce de brute qui n'a rien oublié de tout ce qu'on lui a appris sur le terrain et ailleurs. Légèrement dénué de sentiments, en tout cas en apparence, il laisse très peu paraître ses émotions et ne refuse pas la castagne lorsque cette possibilité se présente. Taciturne, il a pour expression favorite une expression on ne peut plus claire pour exprimer ce qu'il pense la plupart du temps : "fuck you"...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ben, lui, est issu de la grande bourgeoisie juive et libérale (au sens américain du terme, donc à l'aile gauche du parti démocrate). Ses deux parents sont psychanalystes et ont donné à leur rejeton la meilleure éducation possible, même si Ben a aussi profité de la plus grande liberté (libéralité ?) pour s'épanouir et devenir un jeune homme extrêmement prometteur, détenteur de deux doctorats, le premier en marketing, le second en botanique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfait reflet de son milieu social d'origine, Ben a, d'une certaine manière, répondu aux attentes parentales en devenant très tôt millionnaire et en utilisant cette fortune à très bon escient : il passe le plus clair de son temps dans des régions ravagées par les guerres, les épidémies ou la famine pour y monter des fondations venant en aide à ces populations en détresse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais d'où vient donc cette fortune ? D'une petite affaire florissante qu'il a mise en place avec son amie Chon, pour la partie logistique, une petite entreprise qui ne connaît pas la crise, comme dit la chanson, car le marché qu'il a choisi de conquérir est en expansion permanente et, avec son savoir-faire, tant en terme de marketing, pour promouvoir sa production, qu'en terme de botanique pour mettre au point le meilleur produit possible, il a su accroître rapidement ses parts de marché pour devenir le number one en Californie du Sud.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, son produit, c'est la meilleure herbe de tout l'Etat, de l'hydro, en fait, un cannabis cultivé hors-sol, dont Ben est capable d'ajuster parfaitement les teneurs en principe actifs pour répondre idéalement aux attentes de sa clientèle. Et, apparemment, cette came-là, elle déchire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des monde pour le trio O/Ben/Chon, jusqu'au jour où les garçons reçoivent une vidéo peu sympathique par mail : on y voit des corps décapités et les têtes qui vont avec... Une menace à peine voilée de la part d'un concurrent bien moins regardant sur les méthodes et la discrétion que Ben &amp;amp; Chon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, mis au parfum des produits proposés par les garçons, ainsi que des colossaux bénéfices qu'ils en retirent, le cartel de Baja, un cartel mexicain qui entend s'implanter durablement en Californie et, au passage, éliminer la concurrence par n'importe quels moyens, même violents, a décidé de faire main basse sur la florissante petite entreprise... Un projet simple : Ben et Chon continuent à produire la meilleure herbe possible, le cartel ramasse les bénéfices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une proposition inacceptable pour Ben &amp;amp; Chon, qui déclinent l'offre malgré la menace larvée, et vont jusqu'à envisager de changer de vie pour ne pas laisser de possibilité au cartel de tirer profit de l'affaire qu'ils ont montée pacifiquement et pour le bien de leurs clients, et non, dans le but de faire de cette clientèle des esclaves accros prêts à se ruiner pour leur dope favorite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, le cartel de Baja prend ombrage de ce refus catégorique. Et, pour montrer qu'on ne plaisante pas avec ses offres, il passe à la vitesse supérieure, kidnappe O et menace de la décapiter elle aussi si les deux garçons ne cèdent pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut dire que la Californie du Sud est un marché juteux qui attisent les convoitises de nombreux narcotrafiquants mexicains qui se font une concurrence sans merci et particulièrement sanglante de l'autre côté de la frontière... Le cartel de Baja, l'un des plus anciens de la filière, se voit pris en tenaille par de nouveaux et ambitieux concurrents. De quoi inquiéter sérieusement le chef de ce cartel, Elena la Reina. oui, une femme, voilà une autre originalité dans cet univers ultra-macho. Mais, le cartel appartient depuis longtemps à sa famille, elle n'entend pas s'en séparer si facilement et le marché sud-californien serait une aubaine pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, en choisissant de prendre O en otage, choix pourtant logique pour faire plier Ben &amp;amp; Chon, la Reina a commis une erreur fatale : O est tout pour les deux garçons, prêts à faire n'importe quoi pour la sauver. Y compris partir en guerre, à deux contre tout un cartel, contre les ravisseurs de la jeune femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà comment cette "OPA" hostile va tourner en un jeu de massacre où aucun des camps ne fera de quartier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas étonnant que Oliver Stone s'intéresse à ce livre, il y a du "Tueurs Nés" dans cette histoire où la morale n'a guère de place, surpassée par une sorte de code de l'honneur reposant sur l'orgueil, le pouvoir et la cupidité. "Savages", c'est un roman noir américain dans la fidèle tradition de ce genre, avec la touche cynique qui va bien, sans doute plus appuyée encore que chez les maîtres du genre que sont Chandler ou Hammett.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un roman noir hyper violent, avec des fusillades dans tous les sens, des règlements de comptes en veux-tu en voilà, du sang qui coule à flot, etc. Bref, de quoi justifier ce titre : "Savages", les sauvages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais c'est aussi une satire de la société américaine actuelle, une société qui ne repose que sur le matérialisme, l'hédonisme, l'argent facile, qui ne croit plus en rien si ce n'est à l'argent roi, une société qui a érigé ses propres idoles, et tant pis si elles ne sont pas franchement portées à l'humanisme et même carrément nuisibles à un système de valeurs plus traditionnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Outre la question de la drogue, ce mode de vie s'incarne en la mère d'O, qu'elle surnomme RAPU (comprenez Reine Agressive Passive de l'Univers), la caricature de la riche oisive qui ne sait plus quoi faire pour ne pas s'ennuyer dans ce monde sans idéal, parce que l'argent ne peut acheter qu'un bonheur matériel, et rien de plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais tous les personnages du livre, des plus importants aux plus secondaires, vivent tous pour essayer, par n'importe quel moyen, de gagner de l'argent, vite, bien et beaucoup... Ou, au pire, de sortir de leur condition sociale pour accéder à des catégories supérieures, chose essentielle pour certains Mexicains, dont la communauté est devenue une des nouvelles têtes de turc de l'Amérique. Mais, tout cela se conjugue pour donner l'impressionnante concentration de traîtres, de taupes, de corrompus, de lâches et de gens sans scrupule présente dans ce livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même la philanthropie de Ben, pourtant sincère, bien que reposant sur le trafic de drogue, est tournée en dérision par l'auteur, et même en ridicule par Chon, qui porte un regard décapant sur ces activités si généreuses et sur la culpabilité très judéo-chrétienne dans laquelle vie Ben, jusqu'à en être paralysé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Disons-le, "Savages" est un livre très drôle, en particulier par la manière dont Winslow raconte son histoire et malgré un dénouement dramatique. Car, pour servir son histoire de vengeance et de règlements de comptes sans fin, Winslow installe un style très inventif, tant sur le plan de la syntaxe que sur celui de la typographie. Des éléments qui en dérouteront certains : ponctuation parfois absente ou bizarrement placé, sauts de ligne en milieu de phrases, alinéas aux tailles variées, des chapitres très courts (le premier ne comprend que deux mots : fuck you)... Autant de trucs qui concourent à une écriture haletante, saccadée, qui laisse le lecteur en permanence sous tension.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De la même façon, ces chapitres apparemment digressifs, viennent de temps en temps donner directement le point de vue de son auteur en plein coeur de son histoire, comme cette visite de O dans un centre commercial qui se résume, sous la plume de Winslow, à une énumération de marques d'une page et demi, par ordre alphabétique, avec quelques commentaires savoureux distillés au gré des lignes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ca défouraille de partout, dans ce livre, mais pas seulement les personnages de fiction à qui Winslow donne vie, mais l'auteur lui-même dont la plume confine à l'artillerie lourde contre la société dans laquelle il vit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au final, en voyant tous les personnages se mouvoir dans ce gigantesque jeu de chamboule-tout, de Ben &amp;amp; Chon, jusqu'aux membres du cartel, Elena comprise, sans oublier O, tous vont voir, dans cette guerre sans merci qui se déchaîne, rejaillir, quelquefois malgré eux, leur sauvagerie, comme si elle était tapie en eux, comme à l'intérieur de tout être, attendant son heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils font, chacun à leur tour, la démonstration que nous sommes tous le sauvage de quelqu'un d'autre, pour parodier une formule connue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais surtout, ils confirment ce que pensent Ben &amp;amp; Chon alors qu'approche le dénouement, une phrase que Winslow qualifie de truisme et de cliché, mais qui est surtout le constat du malaise ressenti par les deux garçons (et sans doute certains des autres personnages de l'autre camp) devant ce qu'ils sont en train de devenir presque malgré eux :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"on devient ce que l'on hait".&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7DT"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4102657804500164153?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4102657804500164153/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-vengeance-est-une-justice-sauvage.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4102657804500164153'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4102657804500164153'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-vengeance-est-une-justice-sauvage.html' title='&quot;La vengeance est une justice sauvage&quot; (Roger Bacon).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4346341564682912099</id><published>2012-01-23T20:20:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:33:42.438+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Polar historique'/><title type='text'>Nicolas Le Floch, première !</title><content type='html'>Eh oui, il en est des livres comme des trains, parfois, on les rate... Aujourd'hui, je fais amende honorable : oui, je suis, pendant une décennie, passé à côté des romans de Jean-François Parot et de son héros, Nicolas Le Floch. Mais l'an passé, apprenant la participation de Monsieur Parot à un festival qui m'est cher, j'avais essayé de rattraper cet oublie en lisant, avec grand plaisir, d'ailleurs, "le noyé du Grand-Canal" (en poche chez 10/18). Et puis, patatras, un imprévu, pas de M. Parot au festival... Mais une découverte pour moi, que ces polars ayant pour cadre le XVIIIème siècle. Aussi, me suis-je dis que ce ne serait pas si mal de poursuivre l'expérience plus loin, en s'attaquant à toute la série? Ne soyez donc pas étonnés si vous retrouvez Parot et Le Floch de temps en temps sur ce blog ! Et comme toute série a un commencement, voici donc un billet sur le premier roman mettant en scène Nicolas Le Floch : "l'énigme des Blancs-Manteaux" (dans sa version poche, chez 10/18).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'Énigme des Blancs-Manteaux" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv4080624.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà 15 mois, en ce début d'année 1761, que Nicolas Le Floch est arrivé à Paris. Enfant trouvé à Guérande, il a grandi sous la protection du chanoine Le Floch, qui lui a donné son nom, et sous le parrainage d'un aristocrate breton, le marquis de Ranreuil. Il n'a manqué de rien, si ce n'est de parents, a bénéficié d'une éducation chez les jésuites, s'est formé au droit et est devenu clerc. C'est dans cet état de clerc que son parrain a décidé de l'envoyer à Paris, où il l'a recommandé comme il se doit au Comte de Sartine, le lieutenant général de la police.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment Nicolas a modestement fait ses débuts dans une profession qu'il ne s'attendait pas à exercer, la police. D'ailleurs, grâce à Sartine, et après avoir passé les premiers moments de sa vie parisienne dans un couvent, le voilà logé chez le commissaire Lardin, un policier chevronné et de bonne réputation. Il y a là Guillaume, le commissaire en personne, donc, sa seconde épouse, Louise, et Marie, fille née du premier mariage de Guillaume. Sans oublier Catherine, la cuisinière et femme à tout faire, avec qui Nicolas va vite devenir complice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, le jeune homme va devoir rentrer quelques jours au pays. Là-bas, en Bretagne, le chanoine Le Floch se meurt. Nicolas fait donc le voyage, juste à temps pour assister aux derniers instants de celui à qui il doit tant. Un voyage bouleversant, qui fait définitivement basculer Nicolas dans l'âge adulte. D'autant que plus rien, pas même la fille du marquis de Ranreuil, dont il était épris, ne le retient plus en Bretagne. Le voilà prêt à devenir un parisien à part entière et à entrer dans une carrière à laquelle rien ne semblait le destiner...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A son retour, après, pourtant, une absence de quelques jours seulement, beaucoup de choses ont changé... A commencer par son logeur, le commissaire Lardin, qui a disparu sans laisser de trace... Et, à sa grande surprise (et sans doute à celle de bien des policiers plus aguerris), c'est à Nicolas que Sartine confie la mission d'élucider la disparition de Lardin. Si tôt, une telle mission, quel honneur ! A lui de faire ses preuves en menant à bien cette enquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une enquête où le jeu, le libertinage, l'adultère et la corruption vont bientôt faire mauvais ménage... Des vols et des meurtres vont s'accumuler, des menaces et des agressions vont directement viser Nicolas, pour lui intimer l'ordre de renoncer à son enquête. Autant de péripéties qui ont un point commun, un lieu vers lequel tous les éléments de l'enquête semblent inlassablement ramener Nicolas : la maison des Lardin, sise en plein coeur de Paris, rue des Blancs-Manteaux, juste en face de l'église qui porte le même nom...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une enquête bien plus complexe et dangereuse qu'il n'y paraît, d'autant que certaines motivations ont été dissimulées au jeune homme, car ses ramifications pourraient bien toucher de près le roi Louis XV en personne, ou plutôt, sa favorite, la si jalousée, si critiquée, si haïe Madame de Pompadour...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne vous en dirait pas plus sur l'enquête en elle-même, qui vous fera découvrir la Villette, le Châtelet, à la fois morgue et prison, la Bastille et même Versailles et sa cour... Juste un mot sur le dénouement final, lorsque Le Floch réunit tous les protagonistes de l'affaire (enfin, les survivants...) pour leur raconter par le menu toute l'affaire et révéler le ou les coupables, qui rappelle furieusement les romans d'Agatha Christie. Le Floch y fait son Poirot...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne dirai rien non plus de l'épilogue de ce premier roman, lors duquel Nicolas (et nous avec) découvre la vérité sur ses origines, dernière étape avant de pouvoir laisser le passé définitivement derrière lui et se tourner résolument vers un avenir plus facile à envisager dans ces conditions. Mais, puisque nous avons là une série déjà bien lancée et que vous êtes sûrement nombreux à déjà connaître, évoquons ses personnages et son contexte historique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commençons par Sartine, un des véritables personnages historiques que l'on croise dans cette série. Fin politique, plus fin courtisan encore, il est sans doute bien moins frivole qu'on ne l'imaginerait si on s'arrêtait à sa collection de perruques. Il prend sous son aile Nicolas, mais on saisit d'abord mal s'il le manipule ou s'il le protège (c'est sans doute un peu les deux...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une chose est certaine, avec Nicolas, ils sont faits pour s'entendre, l'un apportant son travail sur le terrain à l'autre qui peut lui ouvrir bien des portes dans cette société aristocratique très fermée à laquelle ses origines ne lui permettent pas de se mêler aisément. Et l'on voit vite que, si, dans un premier temps, Nicolas a mené une enquête en trompe-l'oeil pour un Sartine soucieux de politique plus que je justice, ensuite, le finaud Sartine a pressenti le talent inné du garçon pour mener des enquêtes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bourdeau, maintenant. Un policier d'expérience que Nicolas va se choisir d'emblée comme adjoint. Un choix judicieux, car, s'il s'avère être un parfait complément à son fougueux collègue, il en est aussi le parfait contraire : marié, père de famille, bon vivant, amateur de bons repas, mais aussi roublard, expérimenté et de bon conseil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la plus grande qualité de Bourdeau, c'est d'avoir compris immédiatement que le jeune homme tout juste débarqué de sa province, mal dégrossi et terriblement impétueux, n'était pas un obstacle à sa carrière mais, au contraire, une opportunité. Et le voilà aussitôt qui, sans arrière-pensée, se met au service de Nicolas, lui, mais aussi tout son réseau d'informateurs, aussi fourni qu'efficace. Il est l'alter ego idéal pour apprendre à Nicolas les subtilités de son nouveau métier et à canaliser son énorme énergie. Le tandem a déjà des automatismes et une grande confiance mutuelle ; il est fait pour durer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, Nicolas... Solitaire, introverti, mais également courageux au point d'en frôler parfois l'inconscience et de se mettre en danger de façon inconsidérée, et d'une grande naïveté parfois. Il a des qualités innées d'enquêteur, l'observation, la méticulosité, la perspicacité. Il sait aussi bien écouter que faire parler, témoins comme suspects, et commence même à maîtriser certaines ruses...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est encore un peu trop "chien fou", mais avec l'expérience, l'âge et un coup de main de Bourdeau pour vraiment prendre conscience de ce qu'on peut et ne peut pas faire au cours d'une enquête, on a là une graine de héros, attachant, intègre, idéaliste... Et qui saura parfaitement évoluer dans des sphères aristocratiques où les amitiés, comme les inimitiés se nouent durablement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puisque l'on évoque le contexte historique, finissons avec lui. Nous sommes sous Louis XV, roi surnommé le Bien-Aimé. Et pourtant, on commence à voir les prémices de ce qui va advenir près de 3 décennies plus tard : la Révolution. Entre les idées des Lumières, Voltaire en tête, qui gagnent du terrain sur la religion, un peuple qui se sent abandonné, livré à la famine et à la pauvreté, loin des fastes versaillais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le meilleur exemple en est l'interrogatoire de Bricart, un des hommes de main arrêtés par Nicolas. Enrôlé sans en avoir ni le choix, ni l'envie, dans les armées royales, il a été blessé à la bataille de Fontenoy et laissé une jambe sur le champ de bataille. Du coup, retour à la vie civile et incapacité à exercer un quelconque métier... Voilà comment il est devenu malfrat. Pour vivre, tout simplement, comme il l'explique à Nicolas. Comme beaucoup de ses compatriotes, il en est réduit à des extrémités terribles pour survivre dans une précarité de plus en plus intolérable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans oublier la description de la vie dans les maisons closes, pas toujours des plus reluisantes, malgré la haute qualité des clients. Là encore, avec Antoinette, une "connaissance" de Nicolas, on découvre cette orientation comme unique moyen de s'en sortir lorsque l'on n'a pas un nom, une charge ou des appuis solides.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Parot, parallèlement, nous offre aussi un formidable portrait des classes les plus aisées de la société, qu'elles soient bourgeoises, aristocratiques ou détentrices de charges. Comme l'ancien procureur Noblecourt, nouvel ami et surtout logeur de Nicolas se retrouve chassé de chez les Lardin. Une opulence qui, malgré l'évidente bonté d'âme de l'ancien magistrat, ne l'en coupe pas moins de certaines réalités quotidiennes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Parot excelle aussi à la description de la vie de cour. Dans ce premier roman, Le Floch fréquente peu Versailles, il sera amené à y revenir voire à y enquêter, mais là, il est encore bizut, si j'ose dire. Ce qui ne l'empêche pas de découvrir des us et coutumes que même la fréquentation régulière dans sa jeunesse du marquis de Ranreuil n'a pas pu lui enseigner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, comment ne pas terminer un billet sur un roman de Jean-François Parot sans parler de nourriture ? Car, dans les enquêtes de Nicolas Le Floch, on mange souvent et, la plupart du temps, très bien. Ce premier opus regorge d'idées de recettes alléchantes et l'on se prend à saliver à certaines pages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela peut paraître anecdotique, mais c'est en lien avec ce que nous évoquions juste avant : le royaume est alors dirigé par une classe plus préoccupée par les plaisirs des chairs (et ces deux pluriels sont bien là à dessein) que par les affaires de l'Etat...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec notre recul, tirons-en un plaisir certain à ces repas pantagruéliques, certes, mais passionnants également, pour juger des goûts gastronomiques de l'époque (et mieux comprendre pourquoi la goutte était l'un des maux les plus répandus du siècle !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant de vous souhaiter un bon appétit et de bonnes lectures, je le redis, j'ai hâte de retrouver Nicolas Le Floch et toute cette époque si particulière...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7DA"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4346341564682912099?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4346341564682912099/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/nicolas-le-floch-premiere.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4346341564682912099'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4346341564682912099'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/nicolas-le-floch-premiere.html' title='Nicolas Le Floch, première !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-8904335353280288012</id><published>2012-01-21T19:20:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.225+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"La folie engendre le désespoir. Le désespoir engendre la folie."</title><content type='html'>Cette citation est l'amer constat fait par Eytan Morgenstern, alias Morg, à la fin de sa deuxième aventure, dont nous allons parler quelques instants. Car revoici notre colosse découvert il y a un an dans "le projet Bleiberg" (aux éditions Critic et désormais disponible en poche chez 10/18), reparti en guerre contre les grands criminels de ce monde (et, notez-le bien, un troisième volet est déjà annoncé !!). Après les dérives nazies, David S. Khara envoie son héros sur la trace d'autres crimes de guerre impunis aux conséquences terrifiantes dans "le projet Shiro" (aux éditions Critic).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le Projet Shiro" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv42083704.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que Morg compte bien se reposer un peu, histoire aussi de soigner quelques blessures contractées à la fin de sa précédente aventure, il va vite déchanter... A peine a-t-il eu le temps de remettre Elena, la seule autre personne survivante, à part lui-même, à avoir reçu le traitement de Bleiberg, aux mains du Mossad... La jeune femme, qui semble être son parfait négatif, sur le plan du caractère et des convictions, lui a donné bien du fil à retordre et n'a cesse de clamer son envie de le tuer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pas de repos pour le guerrier. Tout juste rentré chez lui, il apprend la disparition d'Eli, son supérieur et son ami. Celui-ci a été enlevé par le mystérieux consortium, dont Morg a démantelé une des principales installations à la fin du "projet Bleiberg". Mais, à la grande surprise du colosse, ce qu'on lui propose en échange de la libération de son ami ne ressemble pas vraiment aux habituelles orientations (pas franchement philanthropiques) du consortium.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A lui de retrouver ceux qui ont volé, dans un laboratoire ultra-secret, et censément ultra-protégé, une arme bactériologique terrible, arme qui vient de faire ses preuves dans le métro de Moscou et dans un village de République Tchèque décimé jusqu'au dernier de ses habitants. Toutefois, Morg devra dans cette mission aussi spéciale que personnelle, composer avec une condition supplémentaire : faire équipe avec Elena, qui servira, une fois tout rentré dans l'ordre, de monnaie d'échange pour récupérer Eli sain et sauf.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà donc notre improbable duo de tueurs implacables et légèrement surhumains, qui se détestent cordialement l'un l'autre, obligés de s'allier pour enquêter sur ces attentats meurtriers. De la République Tchèque au Japon, ils vont remonter la piste d'une vengeance qui prend sa source plus d'un demi-siècle plus tôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difficile de vous en dire plus sur l'enquête en elle-même car l'intrigue est assez "ramassée" et il faut vous laisser lire "le projet Shiro". Mais, sachez que Morg va tout de même se retrouver dans son élément : lui, l'impitoyable chasseur de nazis, va de nouveau côtoyer "l'oeuvre" morbide de criminels de guerre sans remords.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Le projet Bleiberg" avait remporté un vrai succès, poussé par certains acteurs médiatiques, et, s'il avait été pour moi une découverte, il n'était pas le coup de coeur vanté haut et fort par beaucoup. Pas mal de petits défauts ne m'avaient permis de voir dans cette première aventure autre chose qu'un début très prometteur. J'avais été bien plus emballé par l'autre roman, plus gothique, de David S. Khara, "les Vestiges de l'Aube" (dont j'attends également la suite avec impatience...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, avec "le projet Shiro", là, je suis comblé. Ca va à toute vitesse, les fioritures inutiles du premier opus ont été gommées, la partie historique vient s'intégrer au poil dans l'histoire, malgré des époques et des lieux différents, les scènes d'action sont efficaces et plutôt de facture originale grâce à quelques idées intéressantes qui évitent d'avoir en main un énième thriller synonyme de boucherie. On a beau être assassin, on peu avoir de l'éthique ! Et c'est le cas de Morg, ce qui en fait un personnage à part, je trouve, et terriblement attachant (sans doute aussi du fait de son histoire personnelle si... étrange).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le duo entre le géant débonnaire mais coriace et la jeune femme, superbe mais teigneuse et impitoyable, fonctionne parfaitement. Ils sont si différents, leur animosité est si palpable que l'on prend plaisir à les voir mettre leurs propres différends de côté pour s'allier le temps d'empêcher un nouveau massacre de se produire. Et, bien sûr, on s'attend à voir cette relation évoluer, mais là encore, Khara sait ménager ses effets (et, sans doute, préparer le troisième volet de sa série...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puisqu'on évoque les personnages de ce roman, mention spéciale à Branislav, ce journaliste tchèque, témoin accidentel de l'attentat perpétré dans son pays. Il va devenir un allié aussi utile que naïf et maladroit de Morg et Elena. &amp;nbsp;Garçon timide et introverti, plus spécialiste de foot que de terrorisme international et profondément gentil, il se retrouve embarqué dans cette galère qui le dépasse complètement... Mais, j'ai trouvé qu'il apportait une touche de fraîcheur dans une première partie à l'atmosphère très lourde et chargée de menaces diverses. Un vrai second rôle, pas absolument essentiel dans l'histoire (quoi que...) mais dont on se souvient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Venons-en au coeur de l'histoire, aux questions morales et politiques qui sous-tendent ce roman, qui, comme "le projet Bleiberg", mêle épisodes historique et action contemporaine. Bleiberg évoquait la démence des médecins nazis et de leurs expérimentations. Avec Shiro, on reste dans la question scientifique et de l'expérimentation humaine. Mais dans un cadre et des objectifs somme toute assez différents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autres différences avec Bleiberg : le théâtre des opérations, qui quitte l'Europe pour l'Asie, et les horreurs commises là-bas par les Japonais, mais aussi la question du traitement réservé aux criminels de guerre à partir de 1945. Ou comment les Nations vainqueurs, et surtout les deux superpuissances américaine et soviétique, se sont partagées les dépouilles des pays de l'Axe, récupérant les forces vives qui pouvaient leur être utiles sans s'embarrasser de questions de justice ou d'éthique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, on connaît les procès fleuves de Nuremberg ou de Tokyo, mais combien de scientifiques, tout aussi coupables de crimes de guerre monstrueux que les dirigeants et officiers qui furent condamnés lors de ces évènements soigneusement mis en scène, ont-ils échappé à toute sanction pour intégrer des laboratoires américains ou soviétiques afin d'y dispenser leur précieux savoir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà ce que Khara met en avant dans ce "projet Shiro", où les effets néfastes de la "realpolitik" qui suivit la chute de l'Axe se font ressentir de nos jours. En tout cas, pour ce qui concerne la partie historique. Une époque où la folie de certains hommes a engendré le désespoir d'un immense nombre d'autres hommes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le constat que Khara fait de nos sociétés contemporaines, n'est guère plus reluisant... Une société droguée à l'image et à l'émotion instantanée, mais à la mémoire très courte et aux capacités de concentration quasiment nulles.&amp;nbsp;A tel point que, lorsque l'on veut à tout prix faire parler de soit, il faut savoir se montrer prêt à tout, y compris au pire. Même lorsque l'on défend une cause juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà comment le désespoir engendre la folie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Dn"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-8904335353280288012?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/8904335353280288012/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-folie-engendre-le-desespoir-le.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8904335353280288012'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8904335353280288012'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-folie-engendre-le-desespoir-le.html' title='&quot;La folie engendre le désespoir. Le désespoir engendre la folie.&quot;'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5478432618380462797</id><published>2012-01-18T16:21:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:36:28.929+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman historique'/><title type='text'>"Naviguer n'est rien d'autre que raconter".</title><content type='html'>Cette phrase, c'est Bartolomé Colomb, frère cadet de Christophe, qui la prononce, ou plutôt, Erik Orsenna la place dans la bouche de Bartolomé dans son roman "l'Entreprise des Indes" (disponible au Livre de Poche). Un roman historique plein d'histoires et de voyages, comme souvent avec cet auteur (membre de l'Académie Française, doit-on le rappeler ?), qui nous offre-là un portrait inattendu de Christophe Colomb, évitant le récit battu et rebattu de ses voyages, pour ne s'intéresser qu'à la genèse de son projet insensé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'Entreprise des Indes" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv46014807.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sentant la fin de sa vie proche, Bartolomé Colomb est revenu sur l'île d'Hispaniola (l'actuelle île qui se divise aujourd'hui entre Haïti et la République Dominicaine), dont il fut le premier gouverneur après sa découverte par son frère. Nous sommes en 1512 (Bartolomé mourra en 1514) et les premières voix se font entendre quant au traitement réservé par les colons espagnols aux autochtones des territoires caribéens. Cette "fronde" est menée par l'ordre des Dominicains (curieux paradoxe quand on sait que cet ordre est celui dont dépend l'Inquisition et qu'il a mené, en Espagne, une féroce répression contre les juifs...), ordre auquel appartient un prêtre nouvellement ordonné,&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bartolom%C3%A9_de_Las_Casas"&gt;Bartolomé de las Casas&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Celui-ci, qui sera toute sa vie le défenseur des indigènes d'Amérique, jusqu'à déclencher la fameuse controverse de Valladolid, a été chargé de recueillir le témoignage de Bartolomé, non pas sur sa vie, mais bel et bien sur celle de son frère Christophe, évidemment, membre le plus célèbre de cette fratrie génoise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Bartolomé, plutôt que de revenir sur les récits des voyages de son frère, décide de raconter au Dominicain et à son scribe, Jérôme, sa propre vie, des liens de la famille Colomb avec la mer et comment il a été le témoins discret de l'élaboration par son frère, du rêve à la réalisation, de ce qu'il appelait "l'Entreprise des Indes", autrement dit, la navigation par l'ouest pour atteindre les Indes, mais aussi tout le continent asiatique, par la voie maritime, plus rapide que la voie terrestre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Christophe et Bartolomé sont aux antipodes l'un de l'autre : Christophe est flamboyant, exubérant, sûr de lui, séducteur, marin aguerri, plein d'orgueil et d'ambition mais également un rêveur. Car son entreprise relève d'abord du rêve fou d'un seul homme contre le reste du monde connu, si je peux m'exprimer ainsi... De son côté, Bartolomé est beaucoup plus introverti, discret, préférant la sécurité de son bureau de cartographe au pont des bateaux, vivant dans une sphère plus réaliste, celle des récits de marin de retour de voyage apportant de nouveaux éléments à reporter sur ses cartes, pour reproduire, améliorer une réalité déjà connue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là où Christophe manie le mensonge et assène ses vérités pour arriver à ses fins, Bartolomé, lui, contrefait les vérités qu'il est chargé de mettre noir sur blanc sur le papier. Car, en cette époque d'expansion territoriale et économique, ces cartes, si rares, si imparfaites encore, sont les nerfs d'une guerre diplomatique et commerciale entre couronnes ibériques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille Colomb est donc originaire de Gênes, en Italie. Une ville cernée de montagne dont on ne peut s'évader que par la mer, ce qui explique pourquoi tant de Génois deviennent marins. Installés à Lisbonne, les frères Colomb ne se côtoient guère, Christophe étant le plus souvent sur la mer, tandis que Bartolomé travaille à terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce séjour lisboète permet à Bartolomé de voir évoluer le monde dans lequel il vit, un monde qui, longtemps, s'est arrêté à ses côtes, mais qui, désormais, commence à apprivoiser la mer. Et cette politique nouvelle entraîne évidemment bien des changements dans la société des villes portuaires : l'activité économique, directe ou indirecte, de la construction navale, bien sûr, jusqu'à la prostitution, est radicalement modifiée par cette nouvelle soif de découverte et de conquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, pour l'Afrique, par exemple, continent connu à défaut d'être encore totalement cerné, les navigateurs se contentent encore de cabotage, sans vraiment oser s'aventurer plus loin que les côtes déjà explorées. Voilà ce que va révolutionner l'idée que va soumettre à son frère Christophe Colomb : tracer sur mer des routes, exactement comme l'homme le fait depuis la nuit des temps. Et, dans son immense orgueil, il se voit déjà surpassant Marco Polo par ses récits et la descriptions de ces routes maritimes, qu'il imagine jalonnées d'îles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Christophe rêve et il est bientôt rappelé à la réalité. Sa théorie a besoin d'être étayée et, pour cela,c'est sûr Bartolomé que Christophe compte. D'abord, en l'envoyant à Strasbourg, berceau de l'imprimerie naissante, à la recherche du fameux&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Imago_mundi_(litt%C3%A9rature)"&gt;"Imago Mundi"&lt;/a&gt;, ouvrage de référence de l'époque pour tout voyageur au long cours. Finalement, c'est à Louvain que Bartolomé trouvera l'objet convoité qu'il rapportera à son frère et qui jouera un rôle très important dans son odyssée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, toujours dans ce soin porté au projet de Christophe,&amp;nbsp;les frères Colomb vont reprendre leurs études et se lancer à la conquête du "peuple hautain et mystérieux" des nombres. Car, sur la mer comme pour le commerce, il est important de bien compter pour réussir. Ainsi muni de calculs censés prouver que la voie maritime par l'ouest est bien plus courte que la voie terrestre par l'est, il en reste plus à Christophe qu'à convaincre les scientifiques de son temps. Ceux de la cour du Portugal n'y croiront pas du tout et mettront leur veto, obligeant Colomb à aller ailleurs chercher protection en financement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Christophe partagera les tâches et, pendant que Bartolome reprendra la route, pour la France puis l'Angleterre, son frère se chargera de l'Espagne, dont il convaincra finalement les jeunes souverains... Ainsi, une nouvelle fois, la lumière sera sur Christophe, amiral de cette expédition vers l'inconnu, tandis que Bartolome, même pas convié, ne sera pas de ce premier voyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pour ce récit, évidemment plus développé et plein d'anecdotes et d'histoires savoureuses, racontées avec gourmandise par un Orsenna à la plume toujours aussi évocatrice quand il s'agit de nous parler de voyages. Mais il nous propose aussi deux beaux sujets de réflexion (sûrement plus de deux, mais je vais m'arrêter sur ces deux-là) : une comparaison fascinante entre navigation et littérature ; une réflexion sur les horreurs qui ont suivi les découvertes de Colomb.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La comparaison entre navigation et littérature, évidemment, est illustrée par la phrase que j'ai choisi comme titre. Elle va plus loin, même, puisque Bartolome étend la comparaison à l'inspiration, qui serait comme le vent qui pousse les bateaux dans la bonne direction. Tout au long du récit de Bartolomé, l'écriture, le livre, l'idée de récit est omniprésente. Comme si la mer, en cette fin de XVème siècle, était une page blanche sur laquelle tout était encore à écrire. Orsenna y tisse une nouvelle fois ce lien qui unit ses deux passions. Et nous, lecteurs dociles, nous rêvons, en nous laissant porter, au gré des pages, comme le navire au gré du vent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, arrive le second sujet de réflexion, qui vient achever le livre, en le ramenant "au présent", à cette année 1512 où apparaît une nouvelle cause à défendre, celle des indigènes, massacrés, exploités comme des bêtes de somme et nullement considérés comme des êtres humains (à l'image de ce qui se passe déjà depuis un moment en Afrique). A la fin de sa vie, Bartolomé déchante : la beauté des découvertes et la richesse de ces lieux ne peuvent lui faire oublier la cruauté dont les Espagnols font preuve sur ces terres annexés d'office.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rappelons que les Colomb n'ont que très peu profité des retombées des découvertes de Christophe. Celui-ci est mort en 1504, dans la pauvreté la plus crasse et l'oubli le plus total. Bartolomé et lui ont en effet très vite perdu le contrôle d'Hispaniola, renversés et emprisonnés par de plus ambitieux, de plus cupides.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Bartolomé ne peut s'empêcher de se poser la terrible question : Christophe était-il conscient des conséquences épouvantables, inhumaines, de sa découverte ? Le massacre des indigènes était-il inéluctable ? Et Bartolomé de se rappeler que son frère a embarqué pour son premier voyage le 3 août 1492, date limite fixée par la couronne espagnole aux juifs du pays pour se convertir, partir ou... mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là où l'iconographie moderne voit en Colomb le premier des grands découvreurs, malgré son erreur (erreur qui ne sera d'ailleurs démentie que longtemps après sa mort !), un aventurier qui sut aller au bout de ses idées folles, Bartolomé voit une autre facette, sans doute sous-estimée : Christophe Colomb était si sûr de lui et de sa réussite que, pour son frère, il ne pouvait se voir qu'en prophète, accomplissant une volonté divine. Suivant les voies de Dieu, il ne pouvait se perdre, ni échouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quid alors des éventuels autochtones croisés en route ? Eh bien, sans doute, ils seraient à considérer comme les juifs en Espagne ou comme les peuples africains : des créatures inférieures, sans âme, des quantités négligeables... Et cela chagrine, torture même, Bartolomé sur ses vieux jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bartolome, les deux pieds solidement ancrés dans sa réalité (je ne dis pas "la" réalité, car, en cette époque, celle-ci est fluctuante), ne peut se projeter comme le fit son frère vers cet inaccessible inconnu. Il n'a pas cette capacité de rêver. Encore moins depuis qu'il a découvert que, lorsqu'un rêve devient réalité, il peut vite tourner au cauchemar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot pour vous remercier, fidèles lecteurs et visiteurs de ce blog. "L'Entreprise des Indes" est le 100ème livre chroniqué sur ce blog. Ca s'arrose, non ?&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7CN"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5478432618380462797?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5478432618380462797/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/naviguer-nest-rien-dautre-que-raconter.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5478432618380462797'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5478432618380462797'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/naviguer-nest-rien-dautre-que-raconter.html' title='&quot;Naviguer n&apos;est rien d&apos;autre que raconter&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-2759350462085602826</id><published>2012-01-15T19:51:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.520+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>"La routine ça n'arrive qu'aux autres (...) et fauche les amants qui lui ont ouvert la chambre" (Franck Monnet).</title><content type='html'>Lorsqu'il y a quelques années, j'ai lu, par hasard la quatrième de couverture d'un roman intitulé "Pirates", je ne me doutais pas que je deviendrai un fidèle lecteur de son auteur, Benjamin Berton. Et pourtant, très vite, je me suis découvert des affinités, et pas seulement parce que nous avons le même âge à quelques mois près, des atomes crochus avec son univers, son cynisme, son mauvais esprit... Alors, après "Pirates", j'ai lu "Foudres de guerre" et "Alain Delon est une star au Japon" avec le même plaisir et les mêmes ricanements de sale gosse. Résultat : quand j'ai vu, l'été dernier, que son nouveau roman sortait, je savais qu'il ferait partie de mes lectures prochaines. Alors, voilà "la chambre à remonter le temps", le Berton nouveau (en grand format chez Gallimard)... Un roman qui, une nouvelle fois, se joue des codes, des genres et du politiquement correct.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture La chambre à remonter le temps" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv50795952.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme beaucoup de couples travaillant à Paris, Benjamin Berton et sa compagne, Céline, se sont installés en province, mais assez près de Paris, toutefois. Ils vivent depuis quelques années déjà au Mans, ville où travaille la jeune femme, tandis que Benjamin fait l'aller-retour à la capitale chaque jour par le TGV. Une petite vie tranquille, comme en rêvent beaucoup de couples trentenaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, sous la pression familiale, amicale et sociale, Céline et Benjamin se décident un jour à devenir... propriétaires. Fini, l'appartement loué près de la gare, direction un quartier périphérique et pavillonnaire. La recherche est longue, nos deux tourtereaux ne veulent pas d'un choix à la légère, mais cherchent la maison de leurs rêves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils vont finir par la trouver rue Ambelain, à 10 minutes à pied de la gare. La maison est grande, comprend un jardin, a été rénovée entièrement il y a peu de temps. L'endroit idéal. Le couple qui vivait là, a choisi de vendre et dé partir dans le sud, après quelques moments difficiles, la perte d'un enfant et la maladie de la femme. Des évènements douloureux, certes, mais pas de quoi refroidir Céline et Benjamin qui emménagent là rapidement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Céline annonce à Benjamin, le soir même de la signature de l'acte de vente, qu'elle est enceinte... Et voilà nos deux protagonistes parents, d'une charmante petite Ana. Oui, vraiment, ces deux-là ont vraiment tout pour être heureux...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi que... L'arrivée d'Ana change un peu la donne : le rythme de vie s'accélère, les responsabilités augmentent, la fatigue s'accumulent, l'intimité du couple y perd un peu... Et puis, peu à peu va s'installer le pire ennemi du couple : la routine... Les journées s'enchaînent, le schéma est immuable, l'ennui gagne du terrain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eloignés de leur famille et de leurs amis, Benjamin et Céline n'ont que leur travail et leurs voisins pour aller prendre l'air à l'extérieur de la bulle familiale. Du coup, la vie de couple s'avère de moins en moins idyllique, Benjamin et Céline deviennent irascibles, les disputes se font plus nombreuses, les désaccords aussi. Au point que, parfois, Benjamin déserte carrément le lit conjugal pour aller passer la nuit dans la pièce qu'il a aménagée en bureau. Cette pièce que les précédents propriétaires avaient surnommée "la chambre du milieu" et qu'ils tenaient en permanence fermée à clef.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Passé le moment de surprise devant ce fait, et la curiosité aidant, Benjamin et Céline n'ont pas poursuivi dans cette voie, réaménageant la pièce et lui redonnant donc une place à part entière. Mais, voilà que Benjamin y ressent de drôles de choses quand il y reste un peu trop longtemps... Un vague malaise et surtout, le sentiment que le temps ne s'y déroule pas tout à fait de la même façon qu'ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'impressions en indices notés ça et là, Benjamin en est persuadé, cette chambre a un pouvoir : celuinde voyager dans le temps. Pourquoi, comment, il n'en a aucune idée, mais il est certain des effets qu'à cette chambre et il entend bien les percer à jour...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entre sa vie conjugale qui s'étiole, ses sentiments pour Céline qui décroissent, ses recherches pour comprendre comment fonctionne cette mystérieuse chambre, les signes qu'il perçoit, conséquences de ses séjours dans la chambre, Benjamin s'éloigne progressivement de la réalité pour entrer dans une existence fantomatique, celle d'un "ectoplasme", comme il surnomme son alter ego, celui qui prend sa place pendant ses voyages dans le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une expérience paranormale qui lui fait ressentir de plus en plus péniblement sa vie de couple au point de tout faire pour la détruire, mais sans jamais oser rompre lui-même. De l'adultère à un comportement odieux à la maison, on sent Benjamin prêt à tout pour faire craquer Céline et la pousser elle, à rompre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'impasse, le drame semblent inéluctables. A moins que la solution ne se trouve là où tout s'est détraqué : dans la chambre à remonter le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, le titre se réfère directement à l'un des classiques de H.G. Wells, pionnier de la SF, auteur de "la machine à explorer le temps". Mais, fans de SF et de fantastique, soyez prévenus, on est loin, très loin d'une aventure spatio-temporelle. Car, "la chambre a remonter le temps" est une auto-fiction versant plus dans le récit fantasmagorique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Berton, avec cette irruption dans le monde merveilleux de l'auto-fiction, choisit de parler du couple. Un couple symptomatique de notre époque : trentenaire, bobo, diplômé et cultivé, mais aussi déraciné, auto-suffisant, sans réelles attaches ni amitiés. Seul le voisinage permet de sortir du rail du quotidien qui semble tracé à l'infini.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ca commence par une fête des voisins, à laquelle Benjamin se rend presque à contre-coeur, mais, au final, une soirée sympa pour prendre contact. Et ça va se prolonger, pour Benjamin, par une amitié virile, au sein d'un groupe de protection du quartier. Le côté milice de quartier ne lui dit rien qui vaille, mais traquer rôdeurs, vandales et tagueurs finit par lui permettre d'échapper à une existence de plus en plus morose et de créer enfin un lien social, loin du TGV-boulot-dodo anonyme qui rythme sa vie. C'est dire si la vie devient pesante, quand son seul plaisir semble être de tourner dans son quartier la nuit, une barre de fer à la main...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le reste, l'ennui empesé de cette vie de trentenaire bourgeois sans histoire finit par faire disjoncter Benjamin. Alors, oui, les autres couples de leur âge que sont amenés à rencontrer les Berton ont des vies plus atroces encore, pleines de malheurs alors que le calme plat règne sur leur propre vie. Mais justement, cette "pétole" a des effets pires encore qu'une bonne grosse tempête qui unirait le couple, le renforcerait dans l'épreuve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec son cynisme et son humour à déconseiller aux amoureux du politiquement correct, Berton flingue le couple et l'auto-fiction pour faire du premier un enfer et de la seconde une longue hallucination. Tout en prenant bien soin de laisser planer un doute (mince, pour un vilain sceptique cynique dans mon genre) quant à la véracité des faits, il nous offre un voyage au bout de l'ennui (pour ses personnages, hein, pas pour le lecteur), l'ennui qui rend fou et distend les liens, les relations familiales et sociales, les sentiments, tout jusqu'aux jours qui passent, qui passent, qui paaaassent...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En satiriste, il met le doigt là où ça fait mal, et met en lumière cet ennui semble-t-il intrinsèquement lié à notre vie contemporaine, où l'aventure ne se trouve même plus au coin de la rue, où l'individualisme a tout rongé, même la famille, le couple, la parentalité...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mal du siècle, c'est cet ennui... Alors, pourquoi, à condition d'en maîtriser le fonctionnement, ne pas tous nous aménager une pièce à remonter le temps pour s'échapper de temps en temps ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le titre de ce billet est extrait de la chanson&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=xmW7rkmP56w"&gt;"La routine", de Franck Monnet&lt;/a&gt;.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Cp"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-2759350462085602826?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/2759350462085602826/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-routine-ca-narrive-quaux-autres-et.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2759350462085602826'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2759350462085602826'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/la-routine-ca-narrive-quaux-autres-et.html' title='&quot;La routine ça n&apos;arrive qu&apos;aux autres (...) et fauche les amants qui lui ont ouvert la chambre&quot; (Franck Monnet).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-7135651245020003283</id><published>2012-01-13T15:30:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.595+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>Les vieux de la vieille 2, le retour.</title><content type='html'>Une nouvelle sortie aux éditions Héloïse d'Ormesson en ce début d'année et deuxième roman pour Viviane Chocas, plus de 5 ans après l'excellent "Bazar Magyar" (que je recommande vivement, surtout si vous êtes, comme moi, un incorrigible gourmand). Et pour ce deuxième livre, Viviane Chocas a choisi un titre qui devrais en intriguer plus d'un : "Je vais beaucoup mieux que mes copains morts"... Tout un programme pour une histoire qui devrait, enfin je l'espère, vous mener du rire aux larmes, grâce à une histoire qui oscille entre loufoquerie et drame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Je vais beaucoup mieux que mes copains morts" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv21188227.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Blanche a 27 ans. Cette jeune femme, dont on sait peu de choses de prime abord, est embauchée par une maison de retraite, la Maison des Roses, pour y proposer aux résidents, un atelier d'écriture. Les débuts sont pour le moins... poussifs. Peu de participants, une motivation minimale, une adhésion au projet toute relative. Pas de quoi réjouir la jeune femme qui ne ménage pourtant pas ses efforts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des efforts qui, petit à petit, vont finir par payer. Blanche gagne la confiance de la petite dizaine de fidèles qui reviennent régulièrement participer à son atelier et commencent à sortir de leur torpeur. Pardonnez-moi ce mot, ne l'interprétez surtout pas mal, Blanche apprivoise ces vieillards usés, abîmés par la vie et par l'âge, échoués dans cet établissement-mouroir comme des baleines sur un rivage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'ailleurs, pendant toute la première partie du roman, Blanche est la seule qui parle, se faisant, non l'interprète, mais le haut-parleur de ces vieux et de ces vieilles, venus d'horizons complètement différents. Un style particulier, parce qu'indirect, on se sent presque comme faisant partie de ce groupe de résidents, sensations bizarres...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu à peu, donc, Blanche réussit à faire s'ouvrir ces personnes devenues comme léthargiques, presque déjà mortes avant l'heure. Elle arrive à les faire parler d'eux, de leur vie passée, de leurs souvenirs... Elle les réveille de ce sommeil éternel qui semblait déjà les envelopper et leur redonne un but, un avenir, ramène littéralement à la vie ces Beaux et Belles au Bois Mourant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Blanche aussi, à leur contact, se sent revivre : son père est parti quand elle avait 5 ans, sa mère, jamais remise de ce départ, est morte 5 ans plus tôt, bref, c'est une famille, une tribu que reconstitue plus ou moins la jeune femme avec ce groupe de vieilles branches, fragiles mais pas brisées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qu'elle n'imagine pas, c'est qu'elle va aussi réveiller en eux un vent de révolte puissant dont elle va être la première "victime", emportée comme la Dorothy du Magicien d'Oz dans une aventure sur une route de briques vermeilles (comme la carte). Voilà que ces vieux s'animent soudain, une idée ancrée dans leurs vieilles caboches encore en état de fonctionnement. Ils reprennent même la parole, à partir de là, redevenant des êtres humains autonomes dotés d'une raison propre et de projet, de joie de vivre et de désirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kidnappée par ces vieilles ganaches décidément pleines de ressources, voilà notre Blanche au volant d'un improbable fourgon, embringuée malgré elle (ou pas) dans une quête aléatoire, folle, illusoire et pourtant si forte de symboles. Une quête qui, après quelques péripéties, va lui permettre, à son tour, de renouer avec son douloureux passé familial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Arrêtons-nous un instant sur Blanche. Elle aussi est blessé, je vous ai expliqué l'origine de ses blessures. Mais il en a résulté un vrai traumatisme qu'elle essaye de guérir en refusant tout attachement. Elle va d'aventure sans lendemain en aventure sans lendemain, cherchant d'abord une jouissance physique mais pas de sentiment, surtout pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne sait rien de sa vie en dehors de l'atelier d'écriture et des journées de travail à la Maison des Roses. On la voit juste profiter de moments torrides en compagnie d'un homme dont on ne connaîtra même jamais le prénom, dans une relation exclusivement physique jusqu'à ce qu'elle aussi, sans doute réveillée elle aussi à la vie par son aventure forcée avec ses élèves, ne prenne conscience qu'elle ne peut se satisfaire seulement de sexe, que la jouissance ne comble pas tous ses manques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Idem pour son passé, trop longtemps laissé dans l'ombre. La rébellion de ses têtes chenues sera le déclic pour enfin oser regarder sa complexe vie de famille en face et cesser de jouer les autruches. Pour elle aussi, après sa rencontres avec ces vieillards pas si indignes que ça, bien au contraire, la vie va recommencer, sur de nouvelles bases, pour profiter, on l'imagine, d'un avenir plus serein (mais, ça, c'est une autre histoire)...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, si elle pourrait être la petite-fille, voire l'arrière-petite-fille de certains de ceux qu'elle appelle "ses ouailles, ses élèves, ses enfants, ses compagnons de cavale", on lui découvre beaucoup de points communs avec eux. Ou en tout cas avec celle qui s'est le plus dévoilée, Renée, nonagénaire décomplexée, femme au combien moderne pour son temps, libre, émancipée mais si seule désormais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, la solitude, voilà la mal le plus violent qui frappe à la lecture de ce livre. Bien plus que le déclin physique dû au grand âge, bien plus que les soucis du quotidien quand on entre dans le troisième et même le quatrième âge. Oui, l'ennui, la solitude, voilà ce qui les bouffe, ces vieux. Ce que Blanche va leur apporter, c'est la possibilité de communiquer, et de communiquer entre eux, avant tout, compagnons de galère qui, finalement, vivaient ensemble sans vraiment s'en rendre compte, sans se connaître, murés dans le silence, presque coupables d'être encore de ce monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Blanche aussi est seule, mal à l'aise dans son époque, son monde. Prisonnière de son passé, jamais tournée vers son avenir. C'est justement Renée, la doyenne du groupe, mais aussi la plus riche, tant sur un plan social et matériel, qu'en terme d'expériences de vie, qui va lui faire comprendre qu'elle aussi doit retrouver le désir. Pas seulement le désir physique (qui ne disparaît pas avec l'âge, lui explique Renée, mais qui devient tabou, impossible), mais aussi le désir de vivre, de se projeter dans l'avenir, d'aller de l'avant quand il en est encore temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà la leçon principale que j'ai retenue de ce livre. Un "Carpe Diem" non plus inculqué aux élèves adolescents d'un quelconque club de poésie mais par des aînés membres d'un improbable atelier d'écriture... "Je vais mieux que mes copains morts" est un roman qui fait du bien, dont on ressort avec le sourire, même si &amp;nbsp;l'on passe, pendant la lecture, d'un bout à l'autre de la palette des émotions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le titre de ce billet renvoie au film de Gilles Grangier, dans lequel Gabin et Fresnay cabotinaient joyeusement et j'ai retrouvé ce pétillement, cette malice dans la partie du livre où nos vieux prennent la poudre d'escampette. Mais, la première partie, avec ces êtres inanimés dont on se demande s'ils ont encore une âme, est dure, déroutante, tandis que la dernière partie, révélation du passé de Blanche, est carrément bouleversante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dommage, j'aurais aimé revoir les vieux une dernière fois avant la fin du livre, savoir si leur relation avec Blanche pourrait se poursuivre. Mais, j'ai cru comprendre que leur réveil n'était pas éphémère et qu'ils allaient probablement encore en faire voir des vertes et des pas mûres au personnel de la Maison des Roses. Vieilles ganaches ou vieux potaches ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Viviane Chocas, elle, signe un deuxième roman dans lequel j'ai retrouvé la même sensualité qui m'avait tant plus dans son premier livre. Dans "Bazar Magyar", c'était par la nourriture que cette sensualité s'exprimait, ici, elle est beaucoup plus charnelle, mais elle s'incarne aussi dans la joie d'être en vie, dans la volupté qu'il y a à être vivant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce livre vous surprendra sûrement tant par sa forme que par son fond, mais c'est une lecture qui ne vous laissera pas de marbre et qui vous donnera un coup de fouet salutaire, un bol d'optimisme tout à fait bienvenu par les temps qui courent.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7C8"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-7135651245020003283?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/7135651245020003283/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/les-vieux-de-la-vieille-2-le-retour.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7135651245020003283'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7135651245020003283'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/les-vieux-de-la-vieille-2-le-retour.html' title='Les vieux de la vieille 2, le retour.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5191989001063879883</id><published>2012-01-12T14:14:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.158+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Pourtant, que la montagne est belle..." (Jean Ferrat).</title><content type='html'>L'hiver est bien doux, cette année, alors, pour retrouver quelques sensations de saison, pour frissonner, entendre crisser la neige sous ses pas mais surtout découvrir des paysages magiques et une ambiance propice à une histoire très noire et pleine de rancoeurs tenaces, en route pour les Pyrénées, cadre d'un premier roman qui se laisse agréablement lire... Un roman sobrement intitulé "Glacé" et signé par Bernard Minier (en grand format chez XO), un auteur qui connaît bien ces montagnes pour être lui-même originaire des Pyrénées...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Glacé" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv65781205.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce froid hiver 2008, à quelques jour de Noël, la paisible ville de Saint-Martin-de-Comminges va connaître un drame peu ordinaire... Alors qu'ils montent par le téléphérique jusqu'à la centrale hydroélectrique située dans la montagne, à plus de 2000 mètres d'altitude, des ouvriers découvrent, stupéfaits, un corps suspendus au portique du téléphérique. Pas le corps d'un homme, celui d'un cheval...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'émotion est grande devant la barbarie avec laquelle l'animal a été tué, mais justifie-t-elle pour autant qu'on fasse appel à la criminelle ? Voilà ce que se demande le commandant Servaz, à qui cette enquête inédite a été confiée. Alors qu'il enquête sur l'assassinat d'un SDF probablement par des adolescents, le voilà obligé de courir après un tueur de cheval...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, une fois sur place, Servaz va mieux comprendre l'empressement de ses supérieurs à l'envoyer au pied des montagnes pyrénéennes pour résoudre ce "crime" : le cheval appartient à Eric Lombard, descendant d'une famille de notable de Saint-Martin et devenu un homme puissant à la tête d'un groupe industriel multinational.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, ce qui va frapper Servaz, à peine arrivé, c'est la tension qui règne dans cette vallée encaissée, surplombée par ces montagnes aussi majestueuses que potentiellement hostiles. Que dis-je, la tension ? La peur. Mais peur de quoi ? Est-ce la présence voisine d'un établissement psychiatrique unique en Europe qui explique une telle inquiétude ? Car, derrière ces murs, dans ce bâtiment peu accueillant, sont détenus certains des criminels les plus dangereux du moment...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un établissement où tout est loin d'être aussi irréprochable que ses responsables voudraient le faire croire à l'extérieur. C'est ce que va découvrir très vite une nouvelle psy, originaire de Suisse, Diane Berg. Une jeune femme qui a bien du mal à s'habituer à ses nouvelles conditions de vie et de travail dans un lieu où le personnel lui paraît presque aussi bizarre que les détenus... Elle aussi, sans lien avec ce qui se passe à l'extérieur, va mener sa petite enquête pour essayer de mieux comprendre où elle a mis les pieds.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, eu égard aux conditions terribles du meurtre du pur-sang, Servaz et tous ceux qui ont eu accès à son cadavre, ne peuvent s'empêcher de songer à l'acte d'un de ces fous furieux, enfermés là-haut. Mais, Servaz, malgré son jeune âge (il va fêter prochainement ses 40 ans) est un flic à l'ancienne. Hypocondriaque, un poil trouillard, disons-le, en tout cas plus porté sur l'intuition que sur l'action, Servaz entend bien explorer toutes les pistes avant de conclure peut-être trop vite à l'acte d'un criminel déjà connu...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Epaulé par Irène Ziegler, jeune capitaine de gendarmerie, et par son adjoint, Esperandieu, le joliment nommé, Servaz va entamer une enquête qui va le plonger tête la première dans cette froide région de montagne, accueillante aux touristes, mais repliée sur elle-même, terreau fertile aux secrets de familles, aux rumeurs, aux rancunes de longue durée, aux jalousies...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, même si Servaz veut se donner du temps pour mener ses investigations dans différentes directions, bientôt, c'est justement le temps qui va lui manquer. Car le nouveau corps qui est découvert, lui aussi pendu en pleine montagne, est celui d'un homme. Voilà qui change considérablement la donne...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà donc un premier polar, car je me suis vraiment senti dans un roman à la Simenon, avec cette province étouffante et étouffée, cette météo qui rend la nature environnante hostile et les lieux peu accueillants et ces notables au bras longs, aux relations remontant à la cour d'école et qui, derrière leur statut social, ont bien souvent beaucoup à cacher...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, le point commun de tous ceux, qu'ils soient enquêteurs, témoins, suspects, qui gravitent dans cette enquête complexe où plusieurs histoires apparemment sans lien viennent s'entre-mêler, c'est le passé... Un passé marqué par des drames et qui influencent leur vie actuelle et les évènements violents qui se déroulent autour de Saint-Martin-de-Comminges. Difficile d'en dire plus sans dévoiler des éléments clefs de cette histoire... A part, évidemment, de ne pas trop vous fier aux apparences, car, comme Servaz, le lecteur est un étranger à ces lieux paradoxalement repliés sur eux-même alors qu'ils sont cernés par la nature et doit se faire aux us et coutumes de l'endroit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, et c'est aussi là que ce roman est intéressant, c'est qu'au parrainage de Simenon, il ajoute un clin d'oeil appuyé au "Silence des agneaux", avec la présence glaçante, c'est le cas de le dire, de Julian Hirtmann, ancien magistrat, arrêté dans un premier temps pour le meurtre de sa femme et de son amant. Au cours de cette enquête, on réalisera que derrière ce notable (encore !), se cachait en fait un tueur en série implacable et insaisissable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment il s'est retrouvé enfermé dans cet établissement pyrénéen, l'institut Wargnier, dont il est LE patient le plus célèbre... Et je dois dire qu'à la fois son rôle dans l'histoire et la nature de ses apparitions m'ont irrésistiblement fait penser au personnage d'Hannibal Lecter : raffinement, intelligence, culture, roublardise, perversité, sens stratégique... En tout cas, l'allusion fonctionne bien, ce personnage effrayant s'intègre parfaitement à l'histoire, offrant même aux enquêteurs (et à ceux qui voudraient voir cette affaire bouclée au plus vite) un coupable aussi idéal que commode.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Intéressant aussi de retrouver un enquêteur à l'ancienne, fonctionnant au flair et remontant les pistes grâce aux faits qu'on lui soumet ou qu'il découvre. On est loin des Experts en tous genres, leurs technologies aboutissant d'ailleurs à la découverte d'indices improbables et menant droit à des impasses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lecteur, lui, se retrouve pris dans une espèce de jeu de Cluedo (sans colonel Moutarde, bibliothèque ou chandelier) où chacun pourrait bien avoir des raison de tuer et de réaliser ces macabres mises en scène. Et l'on se prend au jeu, on échafaude des scénarios possibles, on esquinte la présomption d'innocence en se disant soudain : "ça y est, je sais qui est le, qui sont les coupables !". Et on se trompe, forcément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car "Glacé" bénéficie d'une histoire bien menée, aux mécanismes implacables. Les différentes pistes mènent à des histoires différentes qui se rejoignent dans cette vallée, sorte de boîte de Pandore, ouverte une nuit d'hiver. Mais, ce qui fait le sel de ce livre, ce faisceau de pistes, devient aussi, à mes yeux, sa principale faiblesse lorsque l'heure du dénouement arrive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous voici alors pris dans une avalanche de rebondissements, si je peux m'autoriser ce mot, qui me paraît adéquat étant donné le contexte pyrénéen. Quand il n'y en a plus, il y en a encore, car il faut bien trouver à chaque histoire sa chute, à chaque personnage la motivation de ses actes. Ca donne une fin "touffue", peut-être un peu trop, et un twist que j'ai trouvé un peu facile...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, je ne vais pas bouder mon plaisir, j'ai lu sans m'ennuyer ces 550 pages et j'ai découvert, avec Servaz et ses acolytes, des personnages que j'ai envie de retrouver dans de nouvelles enquêtes (ce qui sera le cas je crois, et j'espère, avec le capitaine Ziegler aussi, s'il vous plaît, Monsieur Minier...), de les voir évoluer (d'autant que l'épilogue de "Glacé" nous laisse entrevoir des situations pas ordinaires à venir entre Servaz et Espérandieu) et de retrouver aussi ces montagnes, pourtant si belles, comme le chantait Ferrat, mais aussi effrayantes et propices aux intrigues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Glacé" est un premier roman, ne l'oublions pas. Nul doute que tout va s'affiner avec l'expérience et les retours de lecteurs qui, à l'image du mien, semblent en majorité favorables, avec quelques bémols bien pardonnables.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7BH"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5191989001063879883?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5191989001063879883/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/pourtant-que-la-montagne-est-belle-jean.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5191989001063879883'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5191989001063879883'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/pourtant-que-la-montagne-est-belle-jean.html' title='&quot;Pourtant, que la montagne est belle...&quot; (Jean Ferrat).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-2999736580692491606</id><published>2012-01-09T11:44:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:41:40.210+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Anticipation'/><title type='text'>"Le rat est l'avenir de l'homme".</title><content type='html'>Rassurez-vous, ce titre n'est pas emprunté à une nouvelle chanson de Jean Fait-rat, mais un slogan que l'on trouve dans le courant du roman "L'année du rat", de Régis Descott (Lattès). Un thriller d'anticipation très différent de ce que nous a proposé Descott jusque-là, avec des thrillers psychiatriques passionnants. Là, dans "l'année du rat", la folie est ambiante, ce qui n'est guère plus rassurante... Un thriller efficace, qui ne révolutionne pas le genre mais qui procure un bon moment de lecture, malgré une fin un peu conventionnelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'année du rat" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv36888625.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un futur proche, le monde a été bouleversé par le Troisième Conflit, un évènement que l'on comprend peu à peu avoir été une guerre de religion très violente. La pollution est devenue très dense dans les pays développés au point que certains habitants doivent vivre en permanence avec des bouteilles d'oxygène sur eux. Le choc conjugué de ces évènements a provoqué un violent rejet de la mort dans la société occidentale et la science a pris une place énorme afin de retarder cette échéance fatidique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des laboratoires pharmaceutiques proposent désormais des produits miracles permettant de retarder le vieillissement du corps, aussi bien en apparence que physiologiquement. Des remèdes à base de manipulations génétiques qui coûtent très cher et ne sont donc accessibles qu'à un certain nombre de privilégiés. Quant aux laboratoires, ils ont profité au maximum de cette nouvelle obsession pour ces nouvelles fontaines de jouvence et sont devenus des puissances économiques phénoménales, aussi intouchables que peu soucieux de déontologie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chim' est flic au sein de la BRT, la Brigade de Recherche et Traque. Un flic intègre dans un monde de corruption. Un flic compétent et réfléchi dans un univers où la force et la violence sont devenues les principaux arguments policiers. Un flic à part qui vit seul depuis que sa compagne, Véra, l'a quitté, quelques années plus tôt, ne lui laissant, en cadeau de départ, qu'un rat domestique dans une cage...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, ce soir-là, Junior, le rat, est mort. De sa belle mort, rien d'inquiétant a priori. Mais, cela vient résonner avec une prédiction que lui a faite une vieille chinoise, au soir du départ en retraite d'un de ses collègues. "Aujourd'hui, la mort a pénétré chez toi"... Une prédiction qui laisse entendre que cette année ne sera pas une sinécure pour Chim'...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, il n'y croit pas, mais retrouver Junior, son seul compagnon véritable compagnon depuis 4 ans, mort, ça fait un choc. Dans la foulée, son chef, Colefax, une espèce de brute à l'autorité incontestable et aux méthodes expéditives, lui confie une enquête délicate : un septuple meurtre, d'une violence inouïe, dans une ferme isolée de Normandie. La mort étant "effacée" de la vie quotidienne, ce genre de faits divers fait tache et doit, évidemment, être traité au plus vite et dans la plus grande discrétion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, très vite, les premiers indices que Chim' récolte sur les lieux du carnage (indices qui prouvent que plusieurs individus ont participé à la tuerie) vont lui faire sentir que cette affaire est bien plus complexe que celles que l'on peut tranquillement balayer sous le tapis. Alors, il se lance à corps perdu dans cette enquête, contre vents et marées, dérangeant au passage des puissances qu'il conviendrait de ménager. Bref, il agit comme quelqu'un qui n'a plus rien à perdre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Guidé par la seule soif de comprendre pourquoi 7 personnes sans histoire ont été massacrées, il va s'orienter vers une piste délirante : celle de la génétique et de manipulation pas franchement réjouissantes. Et, dès cet instant, une seule question va tarauder Chim' jusqu'à ce qu'il réussisse à l'étayer : les tueurs qu'il poursuit sont-ils vraiment des hommes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Agissant bientôt en franc tireur, lâché par sa hiérarchie qui s'est fait remonter les bretelles à cause de son enquête, Chim' va tout mettre en oeuvre pour remonter la piste des tueurs mais aussi de ceux contre qui ils ont décidé de se rebeller.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour cela, il va voyager jusqu'en Norvège, afin d'y rencontrer des spécialistes capables d'éclairer sa lanterne et d'accréditer ses hypothèses démentes, il va plonger sous la Manche pour s'introduire dans un site ultra-sensible, gueule du loup (ou du rat) mais clef de son enquête, avant d'affronter un apprenti sorcier terriblement puissant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une puissance qui l'englobera quand il comprendra que, lui aussi, n'est qu'un jouet, une pièce sur un échiquier aussi gigantesque qu'effrayant. Et que, au final, c'est après lui-même qu'il a couru, qu'il a pris autant de risques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est amusant de voir qu'après "Obscura", son précédent roman, qui se déroulait à la fin du XIXème siècle, Descott a cette fois choisi de nous emmener dans le futur. Pour cela, l'auteur fait vibrer la corde sensible des peurs modernes de notre société pour fonder sa première incursion dans le thriller d'anticipation : choc des civilisations, pollution incontrôlable, manipulations génétiques... Pas forcément de grandes nouveautés dans les thématiques et les problématiques abordées, mais Descott sait faire dans l'efficacité. Ses scènes d'action s'enchaînent et le lecteur se retrouve embarqué à tout berzingue dans cette enquête et dans ce cauchemar qui se dessine progressivement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ajoutez à cela une figure tutélaire qui ne rassure guère, par ses nombreuses symboliques pas toujours reluisantes : le rat. Il est partout, omniprésent du début à la fin du livre, s'insinuant comme sait si bien le faire cet animal, dans tous les recoins, toutes les fissures, tous les conduits d'évacuation, toutes les galeries que nous sommes amenés à croiser à la suite de Chim'.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce n'est pas en chat que Chim' va devoir se métamorphoser (métaphoriquement parlant, bien sûr) mais bel et bien se mettre lui aussi à penser comme le ferait le rongeur afin d'anticiper les faites et gestes d'adversaires imprévisibles et sournois (qu'il s'agisse des tueurs, d'ailleurs, comme de ceux qui tirent les ficelles, ou croient les tirer).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chim', dès le moment où Colefax lui confie cette affaire, est fait comme un rat, selon l'expression bien connue. Il a pénétré dans un labyrinthe dont l'issue ne pourra que lui déplaire... Et, l'analogie entre Chim' et le rat va se prolonger tout au long de l'histoire, dans une construction très habile et qui reste efficace même si &amp;nbsp;l'on peut pressentir en partie le dénouement. Seule différence, mais elle est de taille, Chim' est seul et solitaire, même si on peut croire que cette solitude n'a pas toujours été choisie. Or, le rat est un animal des plus sociables qui agit en meute. Comme si l'individualisme était devenu la seule chose différenciant l'être humain de l'animal...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Descott, lui, a fait appel à quelques grands anciens en référence : HG Wells ("l'île du Docteur Moreau", pour les manipulations génétiques, plus utilitaires toutefois que chez Wells, où elles avaient avant tout un côté "décoratif"), George Orwell ("1984" ; Descott nous emmène dans un monde paranoïaque, fliqué à l'extrême, utilisant une novlangue pour cacher ce qui déplaît, comme le mot effacement qui a remplacé les mots mourir ou tuer) ou encore Daniel Keyes ("des fleurs pour Algernon", sauf que Charlie et Algernon pourraient bien n'être qu'un seul et même être coincé dans le labyrinthe de son existence).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé le rythme très rapide et très prenant de ce thriller que j'avais envie de lire depuis un certain temps, puisque Descott est un auteur que je surveille... Malgré tout, j'ai trouvé la fin assez conventionnelle, presque moralisatrice, là où le sujet pouvait laisser entrevoir une fin dramatique... Bizarrement, alors que Descott envisage apparemment notre avenir d'un oeil sombre et franchement pessimiste, il semble ne pas pouvoir s'empêcher de conserver une étincelle d'optimisme, de confiance en l'Homme qui lui permet d'alimenter la petite lueur au bout du tunnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, on peut aussi interpréter différemment cette fin et y voir la fin d'une civilisation et l'avènement d'une nouvelle société placée sous le signe du rat... Comme si "l'année du rat" qui sert de titre au roman, n'était que l'année zéro de l'ère du rat...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cette thèse est une extrapolation personnelle, Descott jouant l'ellipse sur certains évènements se déroulant en parallèle de l'enquête de Chim', presque comme s'il s'agissait d'une autre histoire. Une autre histoire qui lorgnerait du côté de l'oeuvre d'un Pierre Boulle, par exemple...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Bj"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-2999736580692491606?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/2999736580692491606/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-rat-est-lavenir-de-lhomme.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2999736580692491606'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2999736580692491606'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-rat-est-lavenir-de-lhomme.html' title='&quot;Le rat est l&apos;avenir de l&apos;homme&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4234140421763026464</id><published>2012-01-06T21:10:00.002+01:00</published><updated>2012-02-06T02:36:28.914+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman historique'/><title type='text'>On a clowné Cyrano de Bergerac !</title><content type='html'>Tout d'abord, un grand merci aux Editions Héloïse d'Ormesson qui m'ont permis de lire le roman dont nous allons parler avant tout le monde, ou presque. Si vous êtes des fidèle de ce blog ou si vous connaissez par d'autres forums mes goûts littéraires, vous savez sans doute déjà que Cyrano de Bergerac, en tout cas le personnage de la pièce d'Edmond Rostand, est mon personnage préféré, un personnage avec lequel je me trouve beaucoup de points communs. Je n'en dirai pas plus, même sous la torture... Alors, quand j'ai vu le titre du deuxième roman de Damien Luce, "Cyrano de Boudou", je me suis précipité dessus. Et je vous encourage à le faire aussi, puisqu'il vient tout juste de rejoindre toutes les bonnes librairies, comme on dit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Cyrano de Boudou" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv13198530.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Auguste Gustave exerce le métier de souffleur, au théâtre. Et, en cette année 1913, il a l'insigne honneur d'être le souffleur le soir de la 1000ème représentation parisienne de "Cyrano de Bergerac", avec, dans le rôle titre, Charles Le Bargy (l'acteur qui a succédé dans le rôle à son créateur, le fameux Coquelin). Un Le Bargy traqueur, victime d'un trou de mémoire dans la fameuse tirade des "Non merci !"... Sauf qu'à ce moment fatidique, Auguste s'est endormi dans son trou et Le Bargy va devoir se dépatouiller seul pour retomber sur ses pieds (ceux des alexandrins de Rostand, bien sûr)...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A partir de cet incident presque anodin, Le Bargy et Auguste vont se rencontrer, découverte improbable, qui aurait pu se solder par une grosse colère du comédien à l'apogée de sa carrière, contre ce petit bonhomme presque transparent qui aurait pu, par son incompétence, provoquer son humiliation...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant ce ne sera pas le cas car cette rencontre va prendre une tournure bien plus personnelle, amicale, même, on peut le dire, malgré leurs différences : chacun des deux hommes va aider l'autre à se découvrir, à se connaître lui-même, à savoir ce qu'il a au fond de son être, de son coeur, de son âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parce qu'Auguste n'est pas qu'un souffleur qui s'ennuie. Auguste, dans le civil, est clown... Et lorsqu'il place sur son propre nez (tiens, tiens...) le fameux postiche rouge, il se métamorphose. Il devient alors un personnage singulier, bien plus extraverti que ne l'est Auguste, bien plus doué et charismatique, un alter ego qu'il a baptisé Boudou, comme sa commune natale, située près de Montauban.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà, lorsque Le Bargy découvre Boudou, Auguste garde pour lui tous ses talents cachés (acteur burlesque, ventriloque, marionnettiste, jongleur, etc.) et n'en tire ni fierté, ni profit. Car, Boudou, c'est juste son moi intérieur, son double rêvé, presque un idéal. Le personnage de Boudou, derrière le masque duquel il abrite sa timidité, habite Auguste, lui transmet de la confiance en lui, en fait un autre homme, un clown, son clown.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, nous avons tous en nous un clown, notre clown. Reste à le découvrir. Voilà ce que l'on découvre dans ce roman très poétique et joliment drôle (ou drôlement joli, d'ailleurs). Mais, Auguste / Boudou va aller plus loin : aidé par un escroc nommé... Louis Jouvet, il va se lancer dans sa propre aventure théâtrale, en parallèle de son boulot de souffleur. Une aventure aussi gonflée qu'originale : mettre en scène Cyrano avec Boudou et son nez rouge dans le rôle principal... Le tout, dans un nouveau théâtre parisien, le Vieux-Colombier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut lire ce livre pour mieux découvrir Boudou, Auguste et tous ceux qui gravitent autour de lui (d'eux ?) et dont, la plupart, sont des personnages réels, dont la plupart n'ont pas encore réalisé les exploits ou la carrière qui leur permettra d'atteindre une certaine postérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au-delà de l'histoire, le style de Damien Luce nous plonge dans un univers gentiment absurde qui rappelle évidemment les univers clownesques, avec ce mélange de grotesque et de tendresse qui mène le lecteur du rire au larmes. Un roman plein de références historiques et culturelles de l'époque habilement utilisées, plein de douceur, de rêve et d'imagination. Plein d'amour aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un un joli tour de force, car, nous avons en parallèle deux versions de Cyrano qui se jouent, mais ce que vit Auguste/Boudou dans son quotidien se rapproche aussi par bien des aspects de la pièce, même si le déroulement des scènes est différent. La relation aussi entre Auguste/Cyrano, Emma/Roxane et Jouvet/Christian diffère elle aussi, même si Luce nous offre une version originale et très touchante de ce curieux trio.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais "Cyrano de Boudou", c'est un hommage aux comédiens, à tous les comédiens, qu'ils soient vedettes ou anonymes, comédiens issus du Français ou autodidactes, comédiens sur les plus grandes scènes ou en pleine rue... Le Bargy et Auguste sont deux aspects très différents d'un même métier, mais ils vont échanger leurs savoir-faire respectifs pour s'enrichir l'un l'autre et devenir de meilleurs comédiens mais aussi, gageons-en, de meilleurs hommes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Boudou oscille en permanence entre l'Auguste (le clown, hein, pas le prénom du personnage) et le clown blanc. Il est aussi un exemple pour nous apprendre à relativiser les choses : le seul port du nez rouge le protège du regard des autres, l'exempte du ridicule... Il l'aide à être libre, tout simplement. Et, pour enfin citer Cyrano, en étant son clown, on peut :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"chanter, rêver, rire, passer, être seul, être libre,&lt;br /&gt;avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,&lt;br /&gt;mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,&lt;br /&gt;pour un oui, pour un non, se battre - ou faire un vers !&lt;br /&gt;Travailler sans souci de gloire et de fortune,&lt;br /&gt;à tel voyage auquel on pense, dans la lune !&lt;br /&gt;N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,&lt;br /&gt;et modeste, d'ailleurs, se dire : mon petit,&lt;br /&gt;sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,&lt;br /&gt;si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !&lt;br /&gt;Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,&lt;br /&gt;Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,&lt;br /&gt;Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,&lt;br /&gt;bref, dédaignant d'être le lierre parasite,&lt;br /&gt;lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,&lt;br /&gt;Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et quoi de mieux que l'imagination du clown pour monter le plus haut possible (jusqu'à la lune ?) et surtout, entraîner avec soi ce public qui regarde, au final, lui aussi, la lune et pas seulement le doigt de celui qui la montre ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui, j'oubliais l'hommage au "père" de Cyrano, Edmond Rostand, qui traverse le livre de sa présence, depuis son adolescence jusqu'à sa réforme au moment de l'entrée dans la guerre de 14. Un Rostand qui finit par ne plus s'exprimer qu'en alexandrins, même dans les conversations les plus quotidiennes. Savoureux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé ce roman lunaire et audacieux, loin des truculences qu'on prête habituellement à Cyrano, mais la sensibilité du personnage est bien là, intacte, et on s'attache à ce drôle de petit bonhomme, Auguste, qu'on aimerait voir être lui-même sans se cacher derrière son nez, comme Cyrano, en fait, qui sera sur le point de le devenir, grâce à l'amour de sa Roxane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, la vraie tragédie n'est jamais sur les planches. La vraie tragédie, c'est la vie. Et ni Auguste, ni Boudou n'y échappera.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, sachons profiter du rêve que nous offre le clown et de la liberté que nous offre "notre" clown pendant qu'il en est temps.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7B0"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4234140421763026464?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4234140421763026464/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/on-clowne-cyrano-de-bergerac.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4234140421763026464'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4234140421763026464'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/on-clowne-cyrano-de-bergerac.html' title='On a clowné Cyrano de Bergerac !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5029957161702792212</id><published>2012-01-04T21:25:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:43:40.944+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman noir'/><title type='text'>Le théoricien et l'activiste.</title><content type='html'>Non, il ne s'agit pas d'une fable méconnue de Jean de la Fontaine. En fait, il ne s'agit pas d'une fable du tout. Plutôt d'un cauchemar dont nous ne sommes pas forcément très loin. Ce cauchemar (mais en est-ce vraiment un ? Ca me semble un peu plus complexe, on y revient), ce cauchemar, donc, que j'ai résumé par ce titre lapidaire, est au coeur du nouveau roman de Jérôme Leroy, "le Bloc", sa première publication dans la mythique Série Noire (Gallimard).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le bloc" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv48775168.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En France, dans un futur proche, très proche, à quelques mois d'élections présidentielles décisives. Le pays a sombré dans le chaos, des émeutes aussi violentes que meurtrières se multiplient sur tout le territoire, les policiers n'hésitant plus à riposter de façon radicale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà que, dans ce contexte plus que tendu, alors que les chaînes d'information continue affichent en permanence le décompte des victimes des émeutes, le président en place décide de proposer des négociations au "Bloc Patriotique", le principal parti d'extrême-droite : son soutien contre des portefeuilles ministériels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les dirigeants du parti, c'est une aubaine, l'occasion de mettre le pied dans la porte et de ne plus la laisser se refermer. Un accès direct au pouvoir que le Bloc entend faire fructifier : d'abord en obtenant une dizaine de ministères, dont certains régaliens, commencer à mettre en place une politique de fermeté (doux euphémisme...) qui séduira le peuple et montrera ses aptitudes à gouverner face à ceux qui déstabilisent le pays et, dans l'élan, conquérir la présidence lors du scrutin à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pour le décor sinistre de ce roman noir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un roman qui met en scène deux personnages, deux amis que rien n'aurait pu rapprocher sauf une idéologie radicale comme celle du Bloc. D'un côté, Antoine Meynard, professeur, intello, cultivé, amoureux de littérature, issu d'une ville bourgeoise, Rouen, avec un grand-père résistant devenu communiste à la Libération ; de l'autre, Stéphane Stankowiak, dit Stanko, originaire du nord, d'un milieu ouvrier, celui de la sidérurgie, où le communisme se transmettait de génération en génération, un garçon qui a quitté l'école très tôt et est toujours resté en marge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux points communs principaux leur ont permis de se rencontrer, de se lier d'amitié et de devenir quasiment inséparables : un goût prononcé pour la violence et un rejet de leur modèle familial. Pendant que Antoine a inculqué un certain savoir à Stanko, l'autre a permis à son ami de participer à des actions violentes pour canaliser ce besoin de violence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, tous les deux occupent des fonctions importantes au sein du Bloc. Stanko est le patron du service d'ordre du parti, en tout cas pour son poste officiel ; car, sa fonction concerne également les actions clandestines musclées et les basses oeuvres du parti... Antoine est la plume du parti, celui qui trouve les formules qui font mouche, les slogans qui convainquent les nouveaux adhérents. Mais il est aussi et surtout le mari d'Agnès Dorgelles, la nouvelle présidente du Bloc, à la tête duquel elle a succédé à son père, le charismatique mais vieillissant Roland Dorgelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà, aujourd'hui, alors que les négociations avancent entre le Bloc et le gouvernement, les chemins de Stanko et Antoine vont diverger. L'un va accéder au pouvoir et l'autre va mourir... Tous les deux connaissent cette situation, tous deux s'y résignent car c'est l'avenir du Bloc qui en dépend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette journée pénible est l'occasion pour les deux hommes de tirer le bilan de leur vie d'homme qui se confond avec leur vie de militant d'extrême-droite, partis du bas de l'échelle pour arriver au sommet de la hiérarchie bloquiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Leroy nous propose un roman façon générique de la série "Amicalement Vôtre", avec les vies de ces deux hommes en parallèle, Stanko racontant son passé jusqu'à ce jour funeste et, petite subtilité, les chapitres consacrés à Antoine sont, eux, narrés à la deuxième personne (une particularité qui m'a rappelé un autre roman, "Tigre en papier", d'Olivier Rolin, dans lequel un ancien maoïste voyait sa vie de militant gauchiste racontée par un narrateur utilisant le tutoiement ; curieux parallèle, non ?). Un chapitre pour Antoine, un chapitre pour Stanko et ces parcours convergents et pourtant si différents se dessinent sous nos yeux de lecteurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des parcours qui, par petites touches, font progressivement apparaître le panorama de 40 années d'évolution et de construction d'une mouvance d'extrême-droite, jusqu'à son "adoubement" comme parti de gouvernement. Leroy y mêle roman et évènements réels, légèrement modifiés, toutefois, et nous propose un roman à tiroirs où l'on voit que le Bloc est loin d'être un élément aussi monolithique que ne le laisse imaginer son nom. On a un parti gangrené par les courants, idéologiques et religieux, qui s'opposent parfois brutalement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La force de Dorgelles fut de rassembler tous ces courants, mais l'âge venant, ainsi que quelques drames, le chef charismatique a perdu de l'influence, pris du recul et des fissures sont apparues... La marche sur l'Elysée ne s'est donc pas faite sans obstacle et, même en cette journée historique pour le Bloc, les dissensions et les guerres de clan menacent l'équilibre du parti.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A se demander comment il gouvernera, issue qui, sous la plume de Leroy, semble pourtant inéluctable (et sans gant de velours pour envelopper la poigne de fer...)... Mais c'est une autre histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici le moment d'une première sur ce blog : mettre en lien un page biographique d'un auteur... En effet, &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9r%C3%B4me_Leroy_(%C3%A9crivain)"&gt;Jérôme Leroy&lt;/a&gt;&amp;nbsp;a un parcours assez complexe qui mérite qu'on s'y arrête, car il semblé, à mes yeux, influer sur ce récit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la fin de ma lecture, je ne savais pas trop quoi penser de ce livre. Roman noir d'anticipation ? Politique fiction ? Cauchemar ou fantasme macabre ? Ou encore alarmisme de bon aloi ? Je penchais tour à tour pour l'une ou l'autre de ces propositions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà, Leroy est né à Rouen et amoureux de littérature, comme son personnage d'Antoine. Il connaît bien le Nord, région d'origine de Stanko, pour y avoir enseigné, bref, j'ai eu le sentiment que l'auteur mettait beaucoup de lui dans ces personnages pour le moins antipathiques (à moins de partager leurs idées extrémistes...). D'autant que le paradoxe Leroy ne s'arrête pas là : ce communiste convaincu travaille pour des médias plutôt étiquetés à droite, se passionne pour&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hussards_(mouvement_litt%C3%A9raire)"&gt;les Hussards&lt;/a&gt;, auteurs de droite radicale, bref, brouille les pistes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Attention, il n'y a aucune empathie pour l'extrême-droite et le parti que l'on reconnaît évidemment derrière le Bloc Patriotique. Mais, à travers ce roman, il me semble que Leroy essaye de comprendre comment tout un pan des classes populaires a migré ces dernières décennies du communisme vers l'autre extrémité de l'échiquier politique. Une forme de certitude que ce changement radical a suivi l'effondrement des valeurs traditionnelles qui constituaient la France éternelle et qu'on a foulées au pied, grosso modo, depuis l'après 68, quand, de la révolution avortée est née une société ultra-consumériste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne vais pas trop approfondir cette vision personnelle du livre, mais je pense que la clef du récit est là. Et surtout, je tire mon chapeau à Leroy car, même si on peut trouver qu'il force le trait parfois, il a le mérite de vouloir connaître son adversaire pour mieux le combattre au lieu de le diaboliser sans fin et de perdre en crédibilité. Je suis persuadé qu'on peut attaquer et déstabiliser l'extrême-droite sur le plan des idées, montrer que tout cela ne tient pas debout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Du "Bloc", il ressort aussi que, pour un parti qui affirme se présenter au peuple "tête haute, mains propres", il cache bien des secrets, bien des côtés obscurs, bien des errances, parfois, et surtout bien des inimitiés en interne. Autant de choses qui, une fois le voile de la fiction levé, pourrait bien posséder un fond de vérité pas très reluisant et pas franchement rassurant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Surtout à quelques mois de présidentielles où l'extrême-droite pourrait bien avoir un important rôle à jouer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans le relier forcément à l'actualité, "Le Bloc" est un roman noir efficace, une descente macabre dans des bas fonds sur lesquels poussent des idées les plus dures, violentes, remplies de haine, autant de soi que des autres. Des idées qui meublent la paranoïa ou l'errance, qui permettent, en se regroupant, de se sentir moins seul face à un monde qu'on ne contrôle plus et qui exclut lui aussi à tour de bras.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Ar"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5029957161702792212?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5029957161702792212/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-theoricien-et-lactiviste.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5029957161702792212'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5029957161702792212'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-theoricien-et-lactiviste.html' title='Le théoricien et l&apos;activiste.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-1474460662140055919</id><published>2012-01-03T13:18:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.076+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>Après le techno-thriller, voici le thriller techno !</title><content type='html'>Bien que grand amateur de musique, et dans des genres plutôt éclectiques, je dois reconnaître que la musique techno et tout ce qui l'entoure, la culture techno, si l'on peut dire, ce n'est pas franchement ma tasse de thé. En revanche, en tant que lecteur, l'idée d'un thriller plongeant dans ce milieu précis, à la réputation trouble, sorte de terra incognita pleine de légendes urbaines mais aussi de coins sombres, était une idée plutôt excitante. Mais, et nous y reviendrons, reconnaissons à ce roman "le chant des âmes", signé Frédérick Rapilly (en grand format aux éditions Critic), qu'il ne se cantonne pas à la seule musique techno mais nous emmène dans une lecture très musicale pour une enquête pleine de BPM et&amp;nbsp;de fureur !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le Chant des Âmes" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv67207859.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque le corps épouvantablement mutilé d'une jeune femme est découvert attaché à un arbre de la forêt de Borcéliande, les gendarmes sont sur les dents et les médias sur le pied de guerre. Voilà un fait divers bien juteux qui devrait faire de ce début d'été une période faste pour la presse à sensation !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi ces titres en quête de scoops retentissants, il y a &lt;i&gt;Paris-Flash&lt;/i&gt;&amp;nbsp;(le poids des mots, le choc des photos, c'est eux... ou presque). L'hebdomadaire espère dénicher des infos qui lui feront retrouver les ventes records de la grande époque, quand l'affaire Grégory faisait la une, par exemple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Patrick Boudou, l'un des rédacteurs en chef de &lt;i&gt;Paris-Flash&lt;/i&gt;&amp;nbsp;doit, pour réussir son coup, tenter un pari : faire revenir dans le jeu médiatique un de ses meilleurs hommes, Marc Torkan. Revenir, car, Torkan est retiré des affaires depuis 5 ans et un drame terrible. Seulement, il vit désormais retiré sur la côte bretonne et donc pas loin du tout de la forêt légendaire où le corps a été découvert crucifié à un arbre. Il va donc falloir le convaincre de sortir de sa retraite et de revêtir encore une fois ses habits de grand reporter, bouffés aux mites depuis tout ce temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Boudou dispose d'un autre atout sur place : Katie Jeckson. Une jeune américaine, photographe de talent, qui se trouvait en Bretagne pour un autre reportage et qui a réussi à "shooter" la scène de crime et le cadavre martyrisé de la victime. Certes, la jeune femme n'a aucune expérience dans le domaine du grand reportage, mais elle en veut et elle connaît son job.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Torkan n'est pas très chaud, au départ. Mais, pressentant aussitôt que cette affaire pourrait cacher quelque chose d'énorme, il finit pas accepter de rempiler, mais en free-lance, car ses anciens collègues, déjà sur la brèche, n'ont pas l'air ravi de le voir revenir dans le jeu. C'est donc presque clandestinement que Torkan et Jeckson commencent leur enquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, pendant que les gendarmes explorent des pistes alléchantes (un groupe sataniste, un homme qui se prétend druide), bref des pistes capables "d'exciter le peuple et les folliculaires", comme le chantait Brassens, Torkan et sa nouvelle alliée vont découvrir un élément décisif : la soeur jumelle et les amis de la victime ont menti aux enquêteurs... Ils n'ont pas passé toute la nuit en boîte de nuit mais sont allés la terminer au Teknival, une rave-party organisée en Bretagne ce week-end-là. C'est une fois sur place qu'ils ont perdu de vue leur amie, retrouvée ensuite dans un sale état...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et si l'assassin était à chercher dans l'entourage de ce festival si décrié et propice, si l'on en croit la rumeur et les informations, aux pires turpitudes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Torkan et Jeckson ont l'intuition qu'ils tiennent quelque chose, mais la piste est froide, désormais, et, avant de se donner de grandes tapes dans le dos, il va falloir étayer cette théorie avec des faits. Torkan, avec son expérience des faits divers, se dit qu'une telle barbarie ne peut, hélas, être une première. D'autres meurtres identiques ont peut-être déjà été perpétrés... Et grâce à internet, c'est en Thaïlande que leur idée va trouver un écho.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, là encore, un festival techno se déroulait tout près au même moment...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Torkan et Jeckson en sont certains, ils sont sur la piste d'un tueur en série. Mais comment retrouver sa trace alors qu'il semble exercer "ses talents" macabres dans le monde entier ? Avec l'aide d'une charmante DJette, Jillian, alias Lady J, ils vont plonger dans ce milieu techno qu'ils connaissent si mal et qui vit en vase clos, tant par conviction que pour se protéger des bruits, rumeurs et détracteurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout en slalomant entre les exigences des gendarmes, les impatiences de leur magazine et l'hermétisme du milieu techno, le trio va devoir beaucoup voyager pour remonter la piste d'un tueur aux motivations terrifiantes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si je vous dis que Frédérick Rapilly est à la fois grand reporter et DJ, serez-vous surpris ? Sans doute pas, c'est tout son savoir-faire et sa culture personnelle que l'auteur met en scène dans ce roman. Un livre très musical (on trouve en fin d'ouvrage de quoi se concocter une belle petite play-list, même lorsqu'on n'est pas un fan de techno...), qui nous fait entendre aussi de la pop, du rock, du classique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'ailleurs, toutes les têtes de chapitres sont assurées, si je peux dire, par Nick Cave et les Bad Seeds, des textes extraits de l'album&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.deezer.com/fr/music/nick-cave-the-bad-seeds/murder-ballads-2011-remaster-1028393"&gt;"Murder Ballads"&lt;/a&gt;, ce qui vient accroître encore le côté sombre de ce "chant des âmes"...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Connaissant lui-même bien le milieu techno, Rapilly nous en propose un portrait certes sans concession, mais qui évite aussi les clichés qui sont souvent véhiculées sur cette musique et ces festivals, souvent organisés dans la clandestinité, voire l'illégalité... Autrement dit, on ne nie pas la présence de drogues ou d'évènements un peu glauques souvent inhérents aux grands rassemblements humains, mais on s'attache aussi à mieux faire comprendre la créativité des artistes technos (parfois hard-core, certes) ainsi que la si étrange et si contagieuse attraction que peut avoir cette musique, cette rythmique, plutôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le rythme lui aussi est assez musical, avec des mouvements rapides et des mouvements lents, mais on est plus dans un roman noir que véritablement dans un thriller à l'américaine. C'est une enquête minutieuse, hors des sentiers battus, plus qu'une course-poursuite dératée, que nous propose Rapilly, avec une touche d'exotisme, même si les touristes que l'on croise ne vont guère découvrir les cultures locales...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Intéressant roman aussi sur les us et coutumes de la presse dite à sensation en France. La chasse au scoop, les rivalités, les délais de plus en plus courts car une actu en chasse une autre de plus en plus vite... A travers Torkan, on découvre le métier de grand reporter, là encore loin des clichés du baroudeur au visage buriné et tanné par le soleil. Non, c'est parfois un véritable métier de bureau, contacts, recherches, rendez-vous... Torkan est tout sauf une tête brûlée : intuition et réflexion sont aussi importantes pour lui que le passeport et la débrouillardise sur le terrain. Foncer dans la précipitation assure de se jeter dans la gueule du loup, et quand le sujet est potentiellement dangereux, c'est sa vie qu'on met en danger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dans nos époques où l'on prône à tous crins le "Made in France" ou l'exception culturelle française, un livre qui nous rappelle que les DJ sont les artistes qui exportent le mieux leur production, y compris sur le si difficile marché américain, ça remet bien les choses en perspectives... Il y a là un savoir-faire hexagonal qu'on s'arrache dans le monde entier, cocorico !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Premier volet d'une série qui mettra en scène Marc Torkan (et Katie Jackson ?), "le chant des âmes" est un roman noir de qualité, que je rapprocherais, même si l'évidence ne sautera pas aux yeux de ce qui ne l'ont pas encore lu, du "Parfum", de Patrick Suskind.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, la véritable qualité de ce roman, c'est, je pense, qu'il saura vous intéresser même si vous n'y connaissez rien en techno, même si vous ronchonnez en disant que ce n'est pas de la musique, même si vous les considérez encore simplement comme un ramassis de drogués...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Croyez-moi, entrez dans la danse et laissez-vous hypnotiser par "le chant des âmes"...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7Ad"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-1474460662140055919?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/1474460662140055919/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/apres-le-techno-thriller-voici-le.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1474460662140055919'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1474460662140055919'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/apres-le-techno-thriller-voici-le.html' title='Après le techno-thriller, voici le thriller techno !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-1845384478819382612</id><published>2012-01-01T21:53:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:48:22.637+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Polar'/><title type='text'>"Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites" (Marguerite Yourcenar).</title><content type='html'>Tout d'abord, évidemment, je vous souhaite à tous une excellente année 2012, une excellente santé et la réussite dans vos projets. Un grand merci aussi pour votre fidélité à ce blog qui a dépassé hier soir, peu avant minuit et le passage à la nouvelle année, les 5000 vues (en moins de 5 mois d'existence)... Je suis aussi flatté qu'impressionné par ce chiffre et j'espère que 2012 saura maintenir le rythme, avec votre aide mais aussi celle de tous les auteurs qui nous fournissent de si agréables moments.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais revenons à notre premier billet de l'année, qui correspond au dernier livre le en 2011 (suis-je clair ?). Ce livre s'intitule "les cendres froides", il est signé d'un auteur qui commence à faire beaucoup parler de lui, Valentin Musso, et est publié en grand format aux éditions Les Nouveaux Auteurs. L'occasion de découvrir, dans ce roman, un nouveau pan, aussi effrayant que méconnu, des politiques nazies :&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lebensborn"&gt;les lebensborn&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Les cendres froides" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv11098603.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque Nicole Brachet, 80 ans, est retrouvée morte dans sa petite ferme de la Marne, un matin de 1999, la gendarmerie fait aussitôt le lien avec une série de cambriolages qui a lieu depuis quelques mois dans la région. Pourtant, jamais ces "home-jackers" n'avaient été aussi violents. En tout cas, pas au point de laisser un cadavre derrière eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques semaines plus tard, Aurélien Cochet apprend que son grand-père, âgé de 90 ans, est au plus mal après avoir fait un malaise dans son jardin. Le vieil homme décède quelques jours plus tard laissant ses petits-enfants, Aurélien, sa soeur Anna, et sa dernière compagne, Alice, dans une grande tristesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le demeure familiale devenue trop grande (et sans doute trop pleines de souvenirs) pour qu'Alice continue à y vivre seule, la famille décide de la mettre en location. Mais avant cela, il faut bien y faire le tri des affaires appartenant au grand-père. Or, celui-ci était un collectionneur de films. Pas en DVD ou VHS, non, en bobines. Et il y en a beaucoup à répertorier, trier, classer, réparer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Connaissant la passion d'Aurélien pour le cinéma, Alice lui propose de venir procéder à ce tri, de choisir ceux qu'il faut conserver, ceux dont on peut se débarrasser, en les vendant, par exemple, à d'autres collectionneurs. La tâche est énorme mais Aurélien s'y met avec ardeur, malgré la douleur du deuil que cela ravive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au milieu des bobine, Aurélien découvre une boîte dans laquelle repose un film d'un format très particulier et donc assez peu courant. De quoi intriguer le jeune homme qui, après quelques bricolages, parvient à projeter ce film. Quelques minutes qui vont changer sa vie à jamais. Car, sur ces images, Aurélien découvre son grand-père, quelques décennies plus tôt, dans un étrange bâtiment, serrant la main à un officier SS, bien loin de l'image de résistant qu'il connaissait de lui...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur la boîte où se trouvait le film, Aurélien trouve un post-il avec un nom et un numéro de téléphone. Cette personne inconnue, c'est Héloïse, une jeune femme, une étudiante en histoire, qui, pour les besoins de sa thèse, avait pris contact avec le grand-père d'Aurélien. Une thèse qui porte sur ces fameux lebensborn, ces maternités où devaient naître la fine fleur de la race aryenne, capable d'assurer au Reich un règne de mille ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment accepter que son grand-père ait pu travailler pour la machine nazie ? Car, derrière les lebensborn, c'est toute la politique eugéniste du pouvoir hitlérien qui se dessine...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tandis que sa soeur, dépressive depuis la mort de leur père, des années plus tôt, semble encaisser ce nouveau coup du sort tant bien que mal, Aurélien se lance presque à contre-coeur dans la recherche d'une vérité qu'il espère différente des mensonges et des faux semblants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà qu'il est menacé, son appartement saccagé, sa soeur agressée... Comme si quelqu'un ne tenait pas du tout à ce qu'émerge la vérité sur cette période trouble et ces pratiques odieuses... Cette enquête, qui fait le pont entre deux époques séparées de près de 60 ans, va lui en apprendre beaucoup, sur le passé et le présent. Au point de se demander s'il fallait vraiment chercher à en savoir plus...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Les cendres froides" commencent comme beaucoup de thrillers historiques qui jouent avec la possibilité de voir renaître de nos jours le phénix des idées nazies... Les menaces, les violences, tout ça laisse envisager le pire au lecteur. Mais Valentin Musso est bien plus fin dans son écriture et dans sa créativité. Il nous propose autre chose que ces thrillers d'action lus et relus. Sans être trop didactiques ni nuire au rythme de son récit, il nous explique très clairement ce que furent les Lebensborn (dont un a vraiment existé en France).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En alternant les passages contemporains et des épisodes se déroulant pendant l'Occupation, il dessine petit à petit ce qu'ont vraiment été les vies et les actes de Henri Cochet, le grand-père, mais aussi de Nicole Brachet, elle aussi liée à ces évènements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Utilisant des passages narratifs et épistolaires, il nous raconte enfin le destin étonnant d'une jeune femme que des hasards successifs, la volonté de survivre malgré tout et un destin terrible vont placer au coeur de ce roman, qui nous rappelle que le silence a bien souvent succédé à l'horreur et accompagné la culpabilité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En reprenant des thèmes, pourtant beaucoup utilisés dans la littérature, que ce soit dans la littérature générale ou dans le thriller, Valentin Musso parvient à nous tenir en haleine et à nous émouvoir, mais aussi à nous effrayer et nous faire perdre nos repères par un dénouement très fort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était la première fois que je lisais un roman de Valentin Musso, auteur dont je possède également le premier roman, "la ronde des innocents", qui eut déjà beaucoup de très bon échos. Je ne suis pas déçu, j'ai dévoré ce deuxième opus, "les cendres froides" et j'ai adhéré à son univers, à son écriture, en me demandant jusqu'à quel point il y a des points communs entre Musso et Aurélien, qui ont le même âge à peu de chose près (si l'on excepte que le livre se passe en 1999) et qui enseignent tous deux la littérature...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais n'allons pas non plus chercher trop loin, l'histoire se suffit largement à elle-même pour vous procurer des émotions et un très agréable moment de lecture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot pour saluer et remercier les éditions Les Nouveaux Auteurs, qui a publié les deux premiers romans de Valentin Musso, mais qui donne aussi leur chance à beaucoup d'auteurs débutants. Avec un principe intéressant puisque leurs comités de lecture sont composés de lecteurs "lambda" et non pas seulement de professionnels de l'édition. Voilà quelques romans de cette maison que je lis et, si je ne suis pas toujours convaincu à 100%, j'ai aussi pris beaucoup de plaisir à lire ces livres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Valentin Musso fait partie des avis les plus positifs. Nul doute qu'on le retrouvera bientôt sur ce blog, avec "la ronde des innocents"... ou un troisième roman, souhaitons-lui.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7zZ"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-1845384478819382612?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/1845384478819382612/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-silence-est-fait-de-paroles-que-lon.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1845384478819382612'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1845384478819382612'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2012/01/le-silence-est-fait-de-paroles-que-lon.html' title='&quot;Le silence est fait de paroles que l&apos;on n&apos;a pas dites&quot; (Marguerite Yourcenar).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4337255271448555097</id><published>2011-12-30T16:13:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:48:22.645+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Polar'/><title type='text'>"Dix années d'enquête, d'espoirs et de déceptions..."</title><content type='html'>Voilà comment le commissaire Langelier évoque l'affaire qui a changé, que dis-je ?, bouleversé sa vie profondément. Cette enquête, cette décennie d'enquête, ses errements, ses ramifications, ses conséquences douloureuses, est au coeur du dernier roman en date de Jacques Expert, sobrement intitulé "Adieu" (en grand format chez Sonatine). Un livre dont je sors remué, assez violemment, tant à cause de son histoire que de son ambiance, très oppressante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Adieu" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv30234649.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Printemps 2011, le commissaire Hervé Langelier prend sa retraite à l'issue d'une carrière ni vraiment exemplaire, ni vraiment anonyme. Un bon flic, voilà l'image qu'il laissera. Ou plutôt qu'il laisserait si la dernière ligne droite de sa carrière n'avait pas été marquée par une affaire qui a tournée à l'obsession. En ce soir de quille, alors que quelques amis et collègues sont réunis pour le traditionnel pot de départ, Langelier a décidé de leur raconter tout. Le fruit d'une enquête il a tout sacrifié, sa famille, sa carrière, sa vie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 2001, Langelier est appelé sur les lieux d'un crime à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine. 3 corps, une mère et ses deux enfants ont été assassinés chez eux. Du père, aucune trace. L'enquête s'oriente naturellement vers lui, en vain, jusqu'à un nouveau drame. Un mois, jour pour jour après la tuerie de Châtenay, rebelote. De nouveau, une mère et sa fille, assassinées à leur domicile, le père est introuvable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant 4 mois consécutifs des drames identiques vont toucher le sud du département. A chaque fois, les mêmes scènes, les mêmes constatations, la même volatilisation du père. Et très, très peu d'indices. Pour le supérieur de Langelier, son ami de longue date, Jean-Louis Ferracci, mais aussi pour la hiérarchie, pour les politiques, pour les médias, pour l'opinion, il s'agit d'un tueur en série qui s'en prend aux familles. Thèse accréditée peu après par des faits nouveaux et la fin soudaine de la série de meurtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, Langelier ne croit pas à cette thèse. Dès le deuxième assassinat multiple, il s'est fait son idée, il est persuadé de savoir qui est le coupable bien qu'il ne puisse en apporter la preuve matérielle indiscutable ou mettre la main sur ce fameux coupable. Alors, Langelier persévère, s'entête, envers et contre tous, il commence à nourrir pour cette affaire ce qui, au fil des jours, des mois, des années, malgré les avertissements, les mutations, les placards, les ennuis, les menaces, même, va devenir une véritable obsession.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour enfin démasquer le tueur et mettre au jour la vérité, Langelier va rejeter sa hiérarchie, effacer de son esprit sa famille, remettre en cause son amitié avec Ferracci, s'attirer le mépris et la moquerie de nombreux collègues. Mais rien n'y fait, même après le non-lieu prononcé par le juge et qui clôt définitivement l'affaire, Langelier va s'accrocher, clandestinement, devenant l'ombre de lui-même, un reclus effrayant, un quasi clochard halluciné, un parano sur le fil du rasoir, prêt, à chaque instant à basculer dans la folie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, ce soir-là, 10 ans après le début de son calvaire, il jubile, Langelier, car il va clouer le bec à tous ses détracteurs en leur apportant sur un plateau d'argent l'identité du coupable et son adresse. Ferracci et ses hommes n'auront plus qu'à le cueillir. Et, enfin, on reconnaîtra à Langelier tout le mérite dont on l'a privé et qui a rejailli sur Ferracci, alors que celui-ci, Langelier en est certain, n'a rien fait pour résoudre cette affaire, rien fait pour retrouver le vrai coupable et a obtenu, malgré ses erreurs répétées, de l'avancement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cours de cette nuit interminable, dans une salle des fêtes, devant un parterre de flics qui vont passer par toutes les émotions, devant Ferracci lui-même, qu'il entend bien moucher une bonne fois pour toutes, Langelier raconte en détails cette enquête-fleuve et tous ses rebondissements...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le lecteur, comme ces spectateurs involontaires, se retrouve happé dans le récit d'une descente aux enfers, dans le tourbillon de la folie d'un homme, si sûr de lui et de son idée qu'on se met à penser qu'il avait raison dès le départ, seul contre tous. Touchant d'abord, Langelier devient pathétique puis inquiétant, sans jamais pour autant lâcher son auditoire. Un auditoire qu'il tient en haleine et qui, malgré l'épouvantable réputation su bonhomme, est un peu plus enclin à le croire à chaque nouvel élément tangible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, elle se tient, sa théorie, patiemment réfléchie et finalement plus étayée qu'on ne le croit initialement, nous explique-t-il. Mais cette certitude contraste terriblement avec le comportement du commissaire, dont le sens des réalités semble, au fur et à mesure du temps, de plus en plus altéré. Un malade en sursis, rongé par sa quête de vérité, révélant au monde sa thèse encore plus folle que lui, voilà ce que l'on voit se dessiner parallèlement aux développements de l'enquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et s'il avait raison ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà ce que l'on ne peut s'empêcher de penser alors qu'on dévore ces 320 pages d'un polar "à la française", c'est-à-dire reposant non sur le rythme effréné des thrillers anglo-saxons mais sur les détails d'une enquête-puzzle dont on découvre petit à petit chacune des pièces. Le tout accompagné par une ambiance oppressante, de plus en plus lourde et par le malaise que suscite l'obsession de Langelier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parce que, même s'il a raison, cette auto-destruction, cet être profondément asocial qu'il est en train de devenir, ces agissements de moins en moins compréhensibles et de plus en plus marginaux, font peur. Oui, même s'il est le seul à poursuivre vraiment la vérité que les autres ont glissée sous le tapis avec la poussière, trop contents de s'être trouvé un coupable idéal, son acharnement fait peur et l'on redoute le moment où il va basculer dans la folie complète, étape qui semble un peu plus inéluctable à chaque page tournée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a beau nous répéter que ce soir de départ en retraite est la fin annoncé de ce cycle, le point final de son enquête et qu'ensuite, il pourra enfin passer à autre chose, on peine à le croire tant cette enquête semble ancrée en lui et réciproquement. Mais, après tout, s'il peut amener à ce qu'un abominable meurtrier soit arrêté, c'est son problème, non ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien, en fait, non, c'est aussi celui de Ferracci, car, entre les deux amis, du temps de l'école de police, entre le besogneux Langelier et l'ambitieux Ferracci, l'enquête sur le "tueur des familles" a considérablement changé la donne. L'amitié est devenue une rivalité féroce, un duel entre deux hommes, pas entre deux flics, un règlement de comptes dont aucun des deux ne peut sortir indemne. Leur destin est inextricablement lié et, quoi qu'il se passe, l'un entraînera l'autre dans l'abîme. Reste à savoir qui tombera d'abord, et donc, qui aura raison dans ce dossier si sensible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu à peu, alors que se dévoile l'histoire, on pressent cette fin qu'on voudrait refuser tant elle est insupportable. Mais, au final, il faut bien l'accepter telle qu'elle est, brute, violente, folle. Douloureuse pour le lecteur. Je suis sorti de cette lecture comme assommé. Par l'histoire, par le silence qui retombe comme après un violent orage, par le style clinique d'Expert, d'une froideur glaçante dans sa première partie, qu'on regrette presque ensuite quand la folie l'embrase, par le choc des révélations finales. Parce que nous sommes bien peu de choses, ma brave dame !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai pu m'empêcher de songer que "Adieu" aurait pu être un matériau fabuleux pour un film de Jean-Pierre Melville, un tête-à-tête crépusculaire entre Delon et Belmondo, par exemple. Mais, avec ce roman, Expert se place dans la lignée des grands auteurs de romans noirs dont on sort comme poisseux, ensuqués, mal à l'aise de se dire que l'enfer est pavé de bonnes intentions et que la monstruosité et la vérité ne sont pas toujours aussi éloignées qu'on le voudrait...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7zT"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4337255271448555097?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4337255271448555097/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/dix-annees-denquete-despoirs-et-de.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4337255271448555097'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4337255271448555097'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/dix-annees-denquete-despoirs-et-de.html' title='&quot;Dix années d&apos;enquête, d&apos;espoirs et de déceptions...&quot;'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4849394344051682960</id><published>2011-12-29T11:44:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:33:42.442+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Polar historique'/><title type='text'>Quand la police scientifique devait encore faire ses preuves...</title><content type='html'>Bon, autant le reconnaître tout de suite, parfois, j'essaye de faire le malin avec les titres de mes billets, mais là, je m'incline, le titre du livre dont nous allons parler, un premier roman, qui plus est, se suffit à lui-même pour intriguer le lecteur. Et, croyez-moi, vous aurez raison de vous laisser entraîner dans la ville de Lyon, en 1920, car "le sang des Bistanclaques", d'Odile Bouhier (en grand format aux Presses de la Cité) est une vraie réussite dans le genre polar historique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le Sang des Bistanclaques" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv13686500.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mai 1920, à Lyon, donc. En cet immédiat après-guerre, la capitale des Gaules est en émoi. Coup sur coup, deux cadavres viennent d'être découvert dans la ville. Le premier, très décomposé, au bord d'un ruisseau, l'autre, dans le quartier de la Croix-Rousse, le quartier des soyeux. Si ce deuxième cas ne laisse planer aucun doute, il s'agit bien d'une femme âgée, torturée et violée d'affreuse manière, le premier corps, trop dégradé, est difficile à interpréter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pourquoi le procureur choisit d'appeler sur les lieux le commissaire Victor Kolvair et le professeur Hugo Salacan qui sont à la tête du premier laboratoire de police scientifique créé dans le monde. Une fierté pour la cité lyonnaise qui possède enfin le service capable de damer le pion aux fameuses brigades du tigre dont Paris, l'autre capitale, s'enorgueillit avec emphase. A l'aide de méthodes révolutionnaires reposant sur l'observation, l'expérience, le raisonnement scientifique et l'analyse, on espère faire rapidement la lumière sur cette mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car le temps presse : même en ces années lointaine, pressions politiques et médiatiques ne sont pas un vain mot. Et les brigades du Tigre, dont l'équipe est dirigé par l'ambitieux et bien nommé Legone, sont toujours prêtes à reprendre le dossier si l'enquête traîne trop, quitte a utiliser des méthodes plutôt expéditives, voire brutales, qui aboutiront à des aveux en bonne et due forme, quoiqu'un tantinet extorqués, parfois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si Kolvair est un flic classique, Salacan, lui, est le prototype du savant, plongé du soir au matin dans ses expériences, imperméable au temps et aux pressions. Il ne jure que par l'observation des scènes de crime, la collection des indices et leur analyse pour ne rien laisser au hasard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Kolvair, en temps que chef de groupe, fait le lien entre la réalité, parfois dure et poussée par l'urgence, et ce laboratoire de police scientifique qui doit encore démontrer son utilité dans les enquêtes criminelles, dans une époque où les aveux ont plus de valeurs que les preuves elles-mêmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, très vite, même si la première victime, au corps putréfié, reste impossible à identifier, d'autres éléments dans la façon dont elle a été tuée, en particulier, indiquent à Kolvair et Salacan que ces deux femmes âgées ont été victimes d'un seul et même tueur. Un tueur qui pourrait bien tuer à nouveau si on ne le démasque pas rapidement... Seulement, voilà, entre science et police, c'est un peu la fable du Lièvre et de la Tortue. Comme on n'a pas beaucoup de temps, c'est à Legone qu'on demande de prendre le relais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, de fausses pistes en coupables idéaux, Kolvair et son groupe de scientifiques vont remonter la piste d'un tueur dont la personnalité les surprendra au plus haut point.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'idée de départ de ce roman, ce n'est pas uniquement la naissance de la police scientifique, ses balbutiements, les bases qui amèneront 80 ans plus tard aux Experts, non, "le sang des bistanclaques", c'est un remarquable roman sur une société française en pleine mutation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 1920, la France se relève exsangue de l'épouvantable conflit mondiale. Une génération a été rayée de la carte, les hommes qui ont survécu rentrent brisés, parfois dans leur chair : Legone est une "gueule cassée", défiguré, méconnaissable, tandis que Kolvair a été maintenue au sein de la police pour ses qualités de flics, mais à la tête d'une unité plus en retrait, car il a laissé une jambe dans les tranchées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On est à la rupture entre le XIXème siècle paternaliste, celui de la Révolution Industrielle, de l'avènement du capitalisme industriel, siècle dans lequel les soieries ont fait la renommée de Lyon à travers le monde et sa richesse, pas vraiment partagée, et le XXème siècle né dans l'horreur de cette interminable guerre, dans lequel science et raison l'ont emporté, pour le meilleur et pour le pire. 1920, c'est l'entrée dans l'ère d'une modernité qui va bientôt faire chuter de son piédestal la glorieuse industrie soyeuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre changement majeur : le rôle des femmes dans la société. Il est au coeur de ce roman : les hommes au front, les femmes se sont émancipées par le travail et elles n'entendent pas renoncer à ce droit, parmi d'autres qu'elles réclament, ainsi qu'à la place accrue qu'elles entendent prendre dans la société. Odile Bouhier nous propose en illustration, le personnage de Bianca, femme libre, intelligente, pionnière dans un autre domaine en plein essor dans le sillage de Freud et Jung : l'étude des comportements humains. On n'en est pas encore au profilage tel qu'on le définirait aujourd'hui, mais là aussi, des bases sont posées. Eh oui, dans ce roman, il y a autant la soie que le soi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Le sang des bistanclaques", c'est aussi l'avènement d'une police aux méthodes plus justes. D'accord, il faudra encore un certain temps avant que ce type d'enquête s'étendent à l'ensemble du pays, pour que la religion de la preuve surclasse la religion de l'aveu, pour que la matière grise l'emporte sur la force brutale... On se fourvoiera encore, et l'on fourvoiera la science elle-même quelques années plus tard, mais ce tournant de l'immédiat après-guerre sera malgré tout décisif. Sans doute toutes ces belles paroles ne sont-elles pas encore tout à fait entendues aujourd'hui, mais le roman d'Odile Bouhier est aussi la confrontation de deux modes de maintien de l'ordre, l'un basé sur l'autoritarisme, l'autre sur la réflexion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans "le sang des bistanclaques", un coupable idéal apparaît à un moment donné. Coupable, il l'est, mais pas de la totalité des faits qui lui sont reprochés. Cet "imitateur" sera condamné, certes, mais, alors que quelques années plus tôt, sa culpabilité aurait inclus tous les crimes qui sont au coeur de ce polar, Salacan va apporter la preuve irréfutable que ce pauvre type n'est pas l'auteur des meurtres horribles sur lesquels il enquête. Ainsi, la police scientifique va permettre la poursuite de l'enquête jusqu'à la découverte du véritable assassin des deux vieilles femmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce polar, c'est aussi une plongée dans la ville de Lyon, celle d'hier, son histoire, la manière dont elle s'est façonnée, et le Lyon "d'aujourd'hui", enfin, celui du début du XXème siècle, là aussi mélange de tradition et de modernisation. Des usines textiles de la Croix-Rousse aux fameuses traboules, incroyable labyrinthe de ruelles, Lyon est aussi l'un des personnages de ce roman et Odile Bouhier nous y plonge parfaitement. on s'y croirait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot sur le mode narratif. Odile Bouhier choisit, en parallèle de l'enquête (et de quelques autres vicissitudes impliquant ses personnages, flics, magistrats, scientifiques...), de dresser, par une série de flashbacks, le portrait du tueur. Là encore, l'auteure joue à la fois sur cette société mourante du XIXème et les codes de la modernité pour nous mettre face à un tueur qui inspire autant la pitié que la répulsion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Le sang des bistanclaques" est un premier roman, certains pourront sans doute y déceler quelques défauts. Moi, je ne boude pas mon plaisir, je l'ai dévoré. Et j'espère (je le sais, même) qu'il ne s'agit que de la première enquête d'une série qui mettra en scène Kolvair, Salacan, leurs partisans et leurs adversaires pour d'autres enquêtes où la science saura damer le pion à la force, au pied de la colline de Fourvière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui, une dernière chose, depuis que vous avez commencé à lire ce billet, une question doit vous tarauder, non ? Qu'est-ce qu'un bistanclaque, par exemple... Longtemps, j'ai hésité à vous l'expliquer, parce que je trouve que ce mot dans le titre devrait suffire à exciter votre curiosité de lecteur. Mais bon, soyons magnanime, ne vous laissons pas languir plus longtemps : voici un lien pour vous expliquer ce qu'est un &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bistanclaque_(onomatop%C3%A9e)"&gt;bistanclaque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et d'où vient ce mot typiquement lyonnais...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7zi"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4849394344051682960?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4849394344051682960/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/quand-la-police-scientifique-devait.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4849394344051682960'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4849394344051682960'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/quand-la-police-scientifique-devait.html' title='Quand la police scientifique devait encore faire ses preuves...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-3847536393632154896</id><published>2011-12-27T22:56:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.108+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Souviens-toi de ne pas m'oublier..."</title><content type='html'>Des jours, des semaines que je vois sur un célèbre réseau social Stéphane Marchand parler des fluctuations des ventes en ligne de son dernier roman. Quoi, un thriller français que je ne connais pas ? Pas une minute de plus à perdre, me dis-je, participons à la hausse du cours de ce livre en l'achetant illico, si possible avant la fin de l'exercice 2011 ! Et voilà comment "Maelström" (en grand format chez Flammarion) a rejoint il y a quelques jours ma bibliothèque, d'abord comme livre à lire puis comme lecture du moment et enfin comme sujet de post sur ce blog.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Maelström" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv29479675.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un incident spectaculaire réveille San Francisco en pleine nuit, laissant la police dans le doute : meurtre ou suicide ? Deux hommes ne vont pas se poser la question longtemps, puisqu'ils sont contactés dans la foulée par l'assassin, qui se fait appeler "le Maestro". Et les deux hommes, éberlués, vont apprendre que ce crime n'est que le début d'une série...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le premier, Dexter Borden, est un agent du FBI ; le second, Harold Irving, est un romancier à la dérive, chez qui les abus d'alcool et de stupéfiants ont laissé des séquelles. Ils ne se connaissent pas, n'ont aucun point commun et, après une première rencontre qui vaut son pesant de cacahuètes, vont devoir s'allier afin de comprendre pourquoi le Maestro les a choisis eux précisément et comment ils vont faire pour empêcher de nouveaux meurtres, si tant est que cela soit possible...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car le Maestro, comme son sinistre surnom l'indique, mène son monde à la baguette. Et il invite (peut-on vraiment parler d'invitation quand on a guère le choix ?), il convoque ces deux hommes à un véritables jeu de piste, jalonnés de victimes bien abîmées, afin de remonter jusqu'à lui et comprendre les raisons de sa soif de vengeance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Borden et Irving se retrouvent donc à mener une enquête clandestine, illégale, même, aidés par une troisième participante involontaire, Franny Chopman, médecin légiste, ex d'Irving, chargée d'examiner discrètement le corps des victimes du Maestro pour y découvrir de nouveaux indices laissés là par ce maître du jeu complètement déjanté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Petit à petit, alors qu'ils ont systématiquement un voire deux temps de retard sur le Maestro, Borden et Irving ne peuvent que constater que leur mystérieux adversaire est implacable avec eux, impitoyable avec ses victimes. Mais, même lorsqu'ils devient évident qu'ils ont un rôle à jouer dans le scénario machiavélique du tueur, ni Borden, ni Irving ne parviennent à saisir dans son ensemble le plan du Maestro...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'ils en comprendront enfin la finalité, il sera bien trop tard, et personne n'en sortira indemne...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difficile de vous en dire plus sur l'histoire de ce thriller haletant que je ne voudrais pas trop déflorer. Mais sachez que c'est un roman à l'écriture très rapide, un vrai "page-turner", comme on dit, avec des chapitres courts et une action qui avance à vive allure. Sacrément efficace, quoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai aimé la construction de ce roman, dont aucun des éléments n'est inutile. Tous sont les pièces du double puzzle qu'est le roman d'une part et le plan du Maestro de l'autre. L'assemblage se fait au fur et à mesure, inéluctablement et, si l'on accepte les postulats de départ, on ne peut que marcher, que dis-je ? courir se jeter dans la gueule du loup...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai fini essoufflé cette lecture, abasourdi par le dénouement et l'explication finale. Pas une seule fois les nombreux rebondissements ne m'ont paru s'accumuler de façon indigeste, comme ça arrive parfois quand un auteur veut trop en faire. Non, ici, c'est de ma mécanique horlogère et, jusqu'à la dernière page, on se dit que rien, dans ces 340 pages n'a été innocent. De la belle ouvrage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evoquons quand même une des thématiques importantes du livre, même si je ne vais encore une fois pas rentrer trop dans les détails pour ne pas risquer de spoiler. Cette thématique a inspiré le titre de ce billet, extrait d'une chanson et qui revient souvent sous la plume du Maestro : l'oubli est-il la solution idéale pour surmonter un drame atroce ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans "Maelström", roman bien plus ordonné que ne le suggère le titre (le maelström, dans son acception littéraire, est un mouvement impétueux, nous rappelle Marchand en exergue), il y a les personnages qui connaissent parfaitement la situation, ceux qui n'en connaissent qu'une partie, ceux qui ont oublié ces évènements funestes et ceux qui vont tout découvrir de cette histoire à laquelle ils se pensaient étrangers...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, tous, au final, vont beaucoup apprendre sur eux-mêmes, sur leur existence passée et la façon dont elle détermine leur vie présente. Avec, au final, la même question qui va se poser une nouvelle fois : après de telles révélations, après les meurtres horribles qui ont été perpétrés pour aboutir à ces révélation, faudra-t-il tout refouler au fond de son esprit jusqu'à oublier pour surmonter ou bien faudra-t-il garder le souvenir de ces actes, malgré le traumatisme ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le vrai thème de ce thriller, c'est la culpabilité. Comment on vit ou comment on ne réussit pas à vivre avec. Chacun des personnages est tourmenté, se reproche, consciemment ou inconsciemment, des choses. Parfois, les causes de cette culpabilité sont très graves, parfois elles peuvent sembler plus bénignes, sans pour autant rendre cette culpabilité moins handicapante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dernière partie du roman s'appelle "rédemption". Ce n'est pas un hasard, tous les participants à ce jeu macabre vont y trouver des réponses pour apaiser, si ce n'est guérir, leurs maux. Radicalement. Mais ces réponses vont apporter des vérités plus fortes que la culpabilité ou le traumatisme. Et ça n'a pas de prix pour ces âmes brisées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir ce billet, un mot de la très belle couverture de "Maelström". Elle m'a intriguée, m'a donné envie de me plonger au plus vite dans ce livre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, je signale la très belle "bande originale" qui accompagne ce thriller. Car la musique joue un rôle particulier dans l'histoire mais aussi dans le rythme que nous impose Marchand. Bien sûr, avant tout, Louis Armstrong (embringué bien malgré lui dans cette histoire) et Ella Fitzgerald, dont le titre&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=GeisCvjwBMo"&gt;"Cheek to cheek"&lt;/a&gt;&amp;nbsp;semble obséder le Maestro. Mais aussi Led Zeppelin, Frédéric Chopin ou Astrud Gilberto. Une musique variée et agréable qu'on entend parfaitement en sourdine pendant la lecture et qui vient adoucir ce récit mené tambour battant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne connaissais pas Stéphane Marchand, j'ai découvert presque par hasard "Maelström" et je ne le regrette absolument pas. Voilà un thriller français qui vaut bien des thrillers anglo-saxons. Persévérez, monsieur Marchand !&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7z2"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-3847536393632154896?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/3847536393632154896/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/souviens-toi-de-ne-pas-moublier.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3847536393632154896'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3847536393632154896'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/souviens-toi-de-ne-pas-moublier.html' title='&quot;Souviens-toi de ne pas m&apos;oublier...&quot;'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-318269779071837306</id><published>2011-12-26T01:37:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:50:07.321+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fantastique'/><title type='text'>Sarkozy reviendra-t-il de Saint-Trailouin ?</title><content type='html'>Mais qu'est-il arrivé à Patrick Senécal ? L'auteur de "Sur le seuil", "5150, rue des Ormes" ou de "les 7 jours du Talion" nous offre en cette fin d'année le premier volet d'un trilogie baptisée "Malphas", premier volet joliment intitulé "le cas des casiers carnassiers" (publié en grand format chez son fidèle éditeur Alire). Un nouveau roman qui devrait surprendre les inconditionnels du romancier québécois qui se lance dans un registre inhabituel jusque-là : le fantastique teinté de... comique. Et ça marche !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Malphas, tome 1 : Le cas des casiers carnassiers" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv64353917.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Julien est professeur de français. Un professeur qui, pour avoir fauté, s'est retrouvé sans poste. Jusqu'à ce qu'un cégep (comprenez un collège d'enseignement général et professionnel) ne l'accepte. Cet établissement n'est pas situé dans une des grandes villes du Québec, ni même à Drummondville, là où se passent tant des romans de Senécal, mais dans une petite cité provinciale éloignée de tout : Saint-Trailouin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un nouveau départ pour Julien qui, outre ses écarts passés, doit faire avec un patronyme pas facile à porter : Sarkozy... Mais un nouveau départ dans un établissement où, très vite, Julien déchante : que ce soit les élèves, au niveau scolaire catastrophique, les professeurs, au passé aussi tumultueux que le sien, sans oublier les dirigeants, à la masse complet, tout le cégep Malphas (le nom de l'établissement, du nom d'un notable de la ville) semble reposer sur une déprimante médiocrité...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Julien adore enseigner, malgré ses défauts (un nette obsession sexuelle qui lui a coûté son mariage et l'a privé de son fils, une légère addiction à l'herbe, un humour au ras des pâquerettes, un certain dédain naturel pour son prochain, une impulsivité qui le met dans des situations parfois inconfortables et... un secret, dont on ne sait rien, à l'origine de son exil professionnel), mais là, il sent très vite qu'il va lui falloir un peu de temps avant d'apprivoiser son nouvel environnement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est alors que, le jour même de la rentrée, se produit un évènement peu ordinaire : alors qu'une élève ouvre le cadenas qui lui a été donné pour verrouiller son casier métallique, de celui-ci s'écoule soudainement ce qui semble bien être... un corps réduit en bouillie. Le corps d'un autre élève, justement le petit ami de la demoiselle à qui appartient le casier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De quoi faire planer dès le premier jour, une ambiance pleine de sérénité et de joie de vivre sur le cégep Malphas de Saint-Trailouin, n'est-ce pas ? D'autant que cette première semaine va confirmer son aspect particulièrement sanglant avec de nouvelles découvertes tout aussi macabres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, le cégep ne ferme pas ses portes et Julien n'y sent pas de véritable choc, de véritables émotions après ces drames qui, partout ailleurs, entraîneraient certainement la fermeture immédiate de l'établissement. Ici, non. Car, apparemment, on en a vu d'autres, au cours des 30 années d'existence du cégep Malphas. Entre le passé nébuleux de ses collègues et ces vagues évènements qu'on évoque devant lui sans jamais être trop précis, il y a de quoi se poser des questions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'autres éléments concourent aussi à l'inquiétude qui commence à étreindre le nouveau prof, comme ces corbeaux dont les apparitions paraissent toujours tomber à point nommé (et jusque sur la couverture du livre...). Et rien dans cette ville, même en dehors du cégep, ne semble tout à fait normal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Julien Sarkozy décide alors de mener sa propre enquête pour comprendre comment des élèves peuvent disparaître brutalement sans laisser de trace un soir pour réapparaître tout aussi soudainement et sous forme d'un épouvantable magma dans des casiers métalliques. Secondé par un élève un peu spécial, Simon Gracq, garçon complètement perché, au langage quelque peu approximatif et qui ambitionne de devenir journaliste (au point de passer plus de temps à peaufiner le journal interne du cégep qu'à tout autre chose), Julien va alors se lancer dans une aventure qui va dépasser son entendement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, il se passe vraiment des choses étranges à Saint-Trailouin et autour de son cégep...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous proposant un univers bien déjanté et une galerie de portraits particulièrement savoureux, Senécal quitte donc son registre habituel du roman d'horreur pur et dur pour un roman fantastico-comique, flirtant avec le grotesque, drôle sans jamais délaisser le suspense de l'intrigue et les moments de tension.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un des ressorts intéressants est de faire de Julien Sarkozy, personnage peu recommandable, horripilant à souhait, vulgaire et cynique, l'un des rares îlots de normalité dans le contexte grand-guignolesque de Saint-Trailouin. Largué là comme un cheveu sur la soupe, sa curiosité et son besoin d'obtenir des réponses vont l'obliger à s'enfoncer un peu plus à chacune de ses initiatives dans la folie ambiante, comme lorsque l'on se débat dans des sables mouvants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fidèle à ses références, Senécal plante petit à petit le décor de sa trilogie et sème dès les premières pages les indices nous indiquant qu'on ne sera pas dans un thriller traditionnel mais qu'on va bien vite franchir les frontières du fantastique. Avis aux amateurs, qui repéreront ces indices au fur et à mesure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans oublier, mais c'est une impression purement personnelle que démentiront peut-être d'autres lecteurs plus connaisseurs que je ne le suis, quelques pics envers une célèbre série romanesque ayant pour cadre un établissement scolaire d'une toute autre tenue et d'un tout autre standing que le désolant cégep Malphas... A bon entendeur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme le lecteur, malgré sa bonne volonté et son intuition, Julien est plus spectateur des évènements, toujours un temps en retard chute qu'à la chute finale, hilarante, qui vient couronner un roman construit presque comme un Midnight Movie, ces fameux films d'horreur de série Z qu'on va voir le samedi soir et devant lesquels on rigole en mangeant du pop-corn, en un peu moins gore, toutefois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques réflexions émises par les personnages (dont Julien lui-même, en tant qu'auteurs de deux romans publiés, étrillés par la critique et ignorés par le public) peuvent laisser penser qu'avec "Malphas", Senécal règle quelques comptes avec des journalistes indélicats. Quitte à aller dans la caricature, autant le faire moi-même, semble-t-il nous dire et il nous sert ce roman en forme de farce (si j'ose dire, vu l'état des malheureuses victimes...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la parodie fonctionne bien et l'on passe un très bon moment en rigolant aux répliques des uns et des autres, aux situations rocambolesques auxquelles se retrouve confronté Julien et à l'effarement de ce garçon qui, en débarquant à Saint-Trailouin, s'attendait à tout sauf à ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un seul avertissement, en guise de bémol, et encore, si vous êtes un aficionado de Senécal, vous risquez d'être dérouté par le ton et peut-être dérangé par la profondeur moindre du récit par rapport à ses précédents romans. Vous voilà prévenus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi, j'ai pris énormément de plaisir à cette lecture. La fin (et non la chute, petite nuance) de ce premier tome nous laisse entrevoir que tout le microcosme du cégep Malphas en général et Julien Sarkozy en particulier, se prépare à des jours sombres. Car, ce qui se trame vraiment dans ce coin perdu de la Belle Province reste encore dans une ombre&amp;nbsp;vénéneuse et qui s'étend...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vivement la suite !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-318269779071837306?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/318269779071837306/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/sarkozy-reviendra-t-il-de-saint.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/318269779071837306'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/318269779071837306'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/sarkozy-reviendra-t-il-de-saint.html' title='Sarkozy reviendra-t-il de Saint-Trailouin ?'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5704393555806349003</id><published>2011-12-23T21:39:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:41:40.216+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Anticipation'/><title type='text'>La nécessité d'une île.</title><content type='html'>Intéressons-nous à un premier roman, qui explore un genre loin d'être évident, le thriller d'anticipation, et en donne une vision originale, dans son fond comme dans sa forme et qui, malgré des défauts, tient en haleine sur plus de 500 pages. Vous êtes d'un naturel optimiste, vous regardez l'avenir d'un oeil serein, vous croyez que, uni, on peut se sortir de la crise et aller vers plus d'humanisme et de solidarité ? Alors, pas sûr que "Genèse de l'enfer", d'Yves Corvair, disponible en grand format aux éditions "les nouveaux auteurs", soit un livre pour vous...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Genèse de l'enfer" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv58456123.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En juin 2027, Ibiza est le théâtre d'un épouvantable attentat terroriste qui fait un grand nombre de victimes au sein de la jeunesse dorée européenne. Déjà inquiètes de la violence croissante sévissant en Europe et ailleurs, les élites politiques et économiques ont entamé des mutations dans les sociétés dont ils ont la charge : les villes ont été isolées de leur banlieue, laissées aux mains de clans plus ou moins affiliés aux pouvoirs en place. Mais ces zones sont devenues des zones de non-droit où violence et pauvreté règnent, tandis que les plus riches sont retranchées dans les coeurs des villes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, suite à l'attentat d'Ibiza, décision est prise de trouver des abris plus sûrs encore pour ces élites possiblement menacées par la révolte des sans-grades, victimes de la famine et de la déchéance matérielle. Une vaste opération d'exode des plus riches familles vers les îles du monde entier où elles pourront vivre dans le luxe sans risque d'être confrontées aux velléités de révolte et aux risque de voir leur statut remis en cause (et avec lui, leur richesse et leur pouvoir).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est dans ce contexte plus que tendu que, début 2028, Stéphane Larrieux, patron d'une entreprise privée de sécurité, secteur en pleine expansion en ces temps incertains, est contacté par la famille Dupont-Raynal, dont le fils, William, trader prometteur, a soudainement disparu. Alors que Stéphane commence tout juste à se pencher sur cette enquête, se produisent des faits divers retentissants (ou qui le seraient si l'information n'étaient pas si étroitement contrôlée, désormais...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un banquier puis quelques jeunes loups de la finance et encore d'autres nantis sont assassinés de façon spectaculaire, des crimes à la forte portée symbolique, d'autant plus marquée que les indices laissent penser à l'action d'un groupe révolutionnaire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La commissaire divisionnaire Estelle de Jong, qui travaille au sein de la section antiterroriste d'Europol, la nouvelle police européenne, se retrouve chargée de cette enquête, un cadeau empoisonné tant la pression politique s'annonce forte sur ce dossier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien vite, les enquêtes de Stéphane et d'Estelle vont se rejoindre et les deux anciens époux (ils ont divorcé 4 ans plus tôt, restent chacun très discrets sur cette union, inconnue des collègues d'Estelle, par exemple...) vont unir leurs forces et leurs moyens pour enrayer cette vague de meurtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré des objectifs et des motivations très différentes au départ, l'ampleur de l'enquête va vite les rapprocher. Mais peuvent-ils se douter alors que cette série de meurtres n'est peut-être que la partie émergée d'un iceberg bien plus complexe et effrayant qu'il n'y paraît...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Surtout que, cette fois, le Titanic pourrait bien être le monde tel qu'on le connaît...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, on comprends d'emblée que, si Yves Corver choisit le roman d'anticipation à court terme, c'est pour dénoncer les abus actuels et non maîtrisés d'un ultra-libéralisme débridé. Mais pas incontrôlable, comme on pourrait le croire au moment où j'écris ces lignes, car, dans "Genèse de l'enfer, c'est une véritable caste qui s'est installée au sommet de la société européenne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'écart entre riche est pauvre n'est plus un fossé mais un gouffre absolument impossible à combler, les politiques sont soumis aux puissances financières, commerciales et industrielles et l'objectif est bel et bien de perpétuer &lt;i&gt;ad vitam aeternam&lt;/i&gt; ce modèle sociétal. L'ascenseur social n'est plus en panne, il a carrément été démonté et sa cage, rebouchée...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La séparation entre une oligarchie omnipotente et soucieuse de son confort et un population affamée, appauvrie, désespérée et en forte ébullition, est officialisée, matérialisée, même, dans une société non plus à deux vitesses mais à deux voies parallèles (et donc, dans l'impossibilité de se rejoindre un jour...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprend, dans ces conditions, que ça chauffe, et sévèrement, en ces années 2027-2028... Mais j'ai été &amp;nbsp;peu convaincu par le contexte installé par Yves Corver, que j'ai trouvé partial, simpliste et manichéen (mais ça reste mon avis, je ne suis pas un adepte des complots quels qu'ils soient)... Pour autant, l'histoire se développe bien dans cet univers incroyablement contrasté, entre oasis de richesse et champs de bataille urbains, malgré encore quelques ficelles un peu commodes (comme les liens qui unissent les deux principaux protagonistes...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus que jamais, les ravages d'une spéculation (en l'occurrence, je devrais même dire de spéculations, au pluriel) dérégulées et visant à un profit maximal par tous les moyens, mènent la société européenne droit dans le mur. Stéphane lui-même a laissé bien loin derrière lui ses idéaux de jeunesse anti-capitalistes pour devenir un notable, très à l'aise matériellement, ne dédaignant pas spéculer lui aussi, et ne souhaitant pas une seconde renoncer à ce confort matériel, même s'il repose indirectement sur un socle d'injustice et sur une activité qui recourt souvent à la violence, et à la violence envers les plus faibles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela ne l'empêche pas de rester plus sensible que la moyenne au monde qui l'entoure, dans une Europe qui a définitivement basculé dans le matérialisme extrême. Mais, la disparition de William Dupont-Raynal, conjuguée aux retrouvailles avec ses vies passées (pardon pour cette expression un peu vague, mais je ne veux pas en dire trop...), va modifier son optique, le rendre mon individualiste, mon égoïste, l'obliger à envisager un avenir à plus long terme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si jamais il ne renie ni ce qu'il est devenu, ni le système dans lequel il évolue, cette enquête va profondément le changer, lui faire prendre conscience des responsabilités qui incombent à un être humain et pas à une vulgaire machine à engranger les millions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Estelle, elle, est directement confrontée à l'horreur. Elle devrait y être habituée, mais cette série de meurtres-là, et tous les évènements qui y sont liés directement ou indirectement, vont l'ébranler. En tant que femme, en tant que mère. Bien que dépositaire de l'autorité (enfin de ce qu'il en reste), elle va sentir la peur s'insinuer dans son esprit. Pas celle de perdre son statut, car elle n'appartient pas elle-même à la classe des nantis, mais de perdre ceux qu'elle aime, de perdre sa vie, tout simplement, la chose la plus importante au monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus elle avance dans son enquête et plus le fil d'Ariane qu'elle remonte lui laisse envisager le pire et l'urgence de se mettre à l'abri... Mais elle ne maîtrise rien, ni de son enquête, qui peine à sortir de l'impasse, ni de sa mission, la violence alentour se répandant comme un traînée de poudre, ne de sa vie, finalement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout autour d'eux pullulent les malhonnêtes, les intéressés, les cupides, recréant ailleurs les microcosmes viciés qui ont abouti à la catastrophe : on ne fait pas qu'exproprier sur les îles convoitées, on expatrie carrément les populations autochtones pour faire place propre aux migrants, on construit à tout va sans se soucier de détruire des littoraux magnifiques, on spécule sur ces chantiers, on exploite pour les faire avancer, &amp;nbsp;on se sert généreusement au passage... Argent et pouvoir étendent leur corruption aux paradis terrestres telle une rouille indélébile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, parmi les aspects originaux de "Genèse de l'enfer", il y a sa fin (que je ne vais pas vous racontez, rassurez-vous), une fin ouverte, où l'on découvre les véritables objectifs des élites, où les réponses sont assez elliptiques et où le sort des personnages que l'on a suivis tout au long du roman est remis entre nos mains de lecteurs...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ou plutôt, à notre imagination...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, une fin qui donne tout son sens au titre du livre.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7yI"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5704393555806349003?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5704393555806349003/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/la-necessite-dune-ile.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5704393555806349003'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5704393555806349003'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/la-necessite-dune-ile.html' title='La nécessité d&apos;une île.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-3107068061244519807</id><published>2011-12-20T12:42:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:50:41.695+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fantastique'/><title type='text'>Début des hostilités</title><content type='html'>Voilà quelques années que je connais Lionel Davoust. D'abord, comme camarade de jeu aux Imaginales, où nous officions lui comme traducteur, moi comme modérateur. Puis, j'ai découvert ses écrits, des nouvelles puis des textes plus longs de fantasy, dont une jolie découverte, "la Volonté du Dragon". Et le voilà qui se lance maintenant dans le thriller, tiens, tiens... Mais, comme le naturel revient au galop, il nous propose non pas un roman mais une trilogie et pas un simple thriller, mais un mélange de genre original entre thriller classique et ingrédients de fantasy... Bref, j'avais hâte de me plonger dans le premier volet de ce "Léviathan", un premier tome intitulé "la Chute" (éditions Don Quichotte).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Léviathan, tome 1 : La Chute" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv24874329.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Michael Petersen a tout pour être heureux. Ce chercheur en biologie marine occupe un poste important à UCLA, sa charmante épouse est un haut cadre d'une grosse entreprise agroalimentaire, son fils de 8 ans est la prunelle de ses yeux et il s'apprête à partir pour une mission scientifique en Antarctique qui devrait déboucher sur de passionnantes études.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, dit comme ça, la vie de Michael Petersen semble idyllique. Mais ce n'est pas le cas. Car la vie de Michael a été marquée par un drame des années plus tôt... Il n'avait alors que 7 ans quand il a vu sous ses yeux disparaître sa mère dans le naufrage d'un ferry, en 1984. Son père a lui aussi péri dans ce terrible accident. Michael, lui, a été sauvé des eaux, mais en a gardé un traumatisme terrible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devenu adulte, père de famille, il nourrit toujours une peur panique et paralysante à l'égard de l'eau de mer. Embêtant quand in est un biologiste marin passionné. Pire encore, quand on doit embarquer prochainement pour une mission majeure à destination d'un continent hostile, entouré d'une des mers les plus agitées du globe, continent qu'on ne peut atteindre qu'en bateau...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la veille de quitter Los Angeles pour l'extrême sud du continent sud-américain où il doit embarquer avec les membres de son équipe à destination d'une base scientifique antarctique, Michael est dans les affres de la &amp;nbsp;réflexion. Doit-il partir et laisser sa famille derrière lui pour plusieurs mois, doit-il affronter la peur qui le ronge et lui donne, chaque nuit ou presque, de très violents cauchemars, doit-il renoncer et perdre une opportunité scientifique comme il ne s'en représentera peut-être plus jamais ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Presque à contre-coeur, malgré les avertissements de Sandra, la jeune femme qu'il considère comme sa soeur et qui ne cesse de lui répéter que cette mission ne peut que mal finir, malgré le déchirement qu'il ressent à laisser derrière lui son fils chéri pour plusieurs mois, malgré son incapacité à savoir s'il pourra monter sur le bateau tant il redoute ce moment, Michael se lance dans l'aventure...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant, ce voyage est vu d'un très, très mauvais oeil par des personnages très puissants qui ne souhaitent pas du tout voir Michael Petersen aborder les côtes antarctiques. Car, sans qu'il le sache, sans qu'il en ait la moindre conscience, il est "l'enjeu et la victime" d'un Jeu Supérieur organisé par une mystérieuse organisation, le Comité, un groupe secret aussi ancien que puissant et bénéficiant de moyens d'action hors du commun.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qu'ignore aussi Michael, c'est que Megan, son épouse; la mère de son fils,, travaille pour cet organisme. Elle a justement épousé le biologiste pour le surveiller de près et s'assurer de la bonne marche du projet. Et le coeur de cette mission, c'était justement de tout mettre en oeuvre pour empêcher Michael Petersen de se rendre un jour ou l'autre en Antarctique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, après presque une décennie de vie commune, Megan a changé. Heureuse aux côtés de son époux, ayant découvert les joies de la maternité, elle s'est attachée plus qu'il ne l'aurait fallu à sa nouvelle vie. Et, au lieu d'obéir docilement aux ordres, elle a fini par vouloir comprendre pourquoi le Comité s'intéressait tant à celui qu'elle considère désormais vraiment comme son époux. Alors, au lieu de le décourager d'entreprendre ce voyage en territoires hostiles (et pas qu'en raison du climat...), elle va l'aider, le convaincre d'y aller, au risque de se mettre elle-même en danger... Ou pire, de mettre en danger leur fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, elle va devoir retrouver au fond d'elle-même des pouvoirs qu'elle refoulait depuis longtemps et se méfier de tous, alliés d'aujourd'hui comme adversaires d'hier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'en dis pas plus sur l'histoire de ce premier tome, qui va crescendo jusqu'à une fin hyper rythmée, comme une respiration qui s'accélère, un coeur qui bat de plus en plus fort sous l'effet de la tension. Lionel Davoust adopte pourtant d'emblée une narration éloignée des cadences effrénées de bon nombre de thrillers actuel. On s'installe, on découvre le contexte, les personnages...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, on les découvre, pas vraiment... Car, le thriller made in Davoust rend un poil parano. Au fil des pages, l'apparition de cette étrange société secrète et la mise au jour de certaines de ses ramifications font peser sur le récit une chape d'angoisse larvée très efficace. Car tout est flou (dans le bon sens du terme) : qui sont vraiment les membres du Comité ? Quels intérêts défendent-ils et quels objectifs poursuivent-ils ? Qui travaille pour eux ? Et, plus prosaïquement (même si je soupçonne la &amp;nbsp;problématique davoustienne d'être moins simpliste), on ne sait pas qui sont les gentils et les méchants ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au coeur du récit, les deux personnages centraux que sont Michael et Megan ont aussi leur part d'ombre et leur lots d'ambiguïtés. L'existence de Michael ne se résume sans doute pas au drame épouvantable vécu enfant et qui paraît avoir conditionné toute sa vie. Mais lui-même est dans l'ignorance de ces autres facettes sur lesquelles l'Antarctique pourraient bien agir comme un révélateur. Et nous, lecteurs, sommes dans ces pas, à l'affût de ce dévoilement progressif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à Masha, sous ses airs de jeune femme ayant réussi à concilier son statut de working girl et sa situation de mère de famille, elle aussi cache une personnalité bien plus complexe, un passé mystérieux et des aptitudes qui, je pense, n'ont pas fini de nous surprendre d'ici la fin de la trilogie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un mot pour évoquer la partie du roman qui se déroule en mer. Un conseil, n'oubliez pas, avant lecture, d'avaler une pilule contre le mal de mer... On y est vraiment, on sent le remous, les vagues, les creux, on tangue avec eux et pas qu'un peu. J'ai sans doute été influencé par la très belle couverture du livre, mais j'ai eu la sensation, durant la traversée du Chili vers l'Antarctique, d'un voyage en noir et blanc. Oui, pour moi, la mer était d'un noir d'encre, accentuant son côté hostile, agressif. Mais même elle ne dit pas clairement si elle est amie ou ennemie, tout comme sa faune, qui pour le moment, n'a fait que de brèves mais intrigantes apparitions dans l'histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Allez, une dernière remarque, pas une vacherie, une taquinerie, envers Lionel. Pour ceux qui connaissent déjà son univers de fantasy, vous avez sans doute lu "la volonté du Dragon"... Bizarrement, dans ce premier opus de "Léviathan", j'ai retrouvé des ingrédients déjà croisés dans ce précédent ouvrage : la mer, les bateaux, un jeu dont les pièces sont vivantes, le sort d'une humanité qui se règle dans des parties acharnées qui la dépassent pourtant et des joueurs disposant de pouvoirs extraordinaires...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, en changeant la matière d'accommoder ces ingrédients, Lionel Davoust, pour sa première incursion dans le thriller, nous sert un premier tome de qualité, parfaite introduction à la suite du récit car, la dernière page tournée, on n'a qu'une envie : attaquer le tome 2 !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car le climax final ne nous en dit guère plus sur ce qui se trame réellement et l'on a bien besoin des deux tomes à venir (où, n'en doutons pas, le fantastique se taillera une part bien plus large) pour dissiper les brumes épaisses dans lesquelles ces 400 premières pages nous ont plongés.&lt;script src="http://citriq.net/widget/7yc" type="text/javascript"&gt;&lt;/script&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien, si ça, c'est pas un joli timing !! C'est officiel depuis tout à l'heure, Lionel Davoust sera le "coup de coeur" des Imaginales 2012.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-3107068061244519807?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/3107068061244519807/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/debut-des-hostilites.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3107068061244519807'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3107068061244519807'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/debut-des-hostilites.html' title='Début des hostilités'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-6968035581939673060</id><published>2011-12-16T15:08:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:48:22.653+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Polar'/><title type='text'>Pétoche sur la basoche...</title><content type='html'>&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Chaque année, la fin du mois de novembre ne marque pas que l'arrivée du Beaujolais nouveau, mais aussi l'annonce du&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.editions-fayard.fr/Site/fayard/fayardinfos/fayard-prix-quai-orfevres.jsp#"&gt;Prix du Quai des Orfèvres&lt;/a&gt;. Désigné par un jury composé de policiers, magistrats et journalistes, le polar récompensé doit répondre à des critères de sélection drastiques, comme l'exactitude matérielle des détails et le degré de réalisme avec lequel est décrit le fonctionnement de la police et de la justice. Pour 2012, ce prix revient à Pierre Borromée, pour le roman "l'hermine était pourpre", publié par Fayard, éditeur attitré du Prix du Quai des Orfèvres. De ce Pierre Borromée, on ne sait pas grand chose, si ce n'est que, sous ce pseudonyme, se cache "un auteur quadragénaire issu du monde judiciaire"... Minces indices, dirait-on si nous devions nous-mêmes mener une enquête, mais suffisants pour être certains que ce polar va nous emmener au coeur de ce monde plutôt clos des gens de jutice. Ce que l'on appelle encore&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Basoche"&gt;"la basoche"&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;img alt="Couverture L'hermine était pourpre" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv75167173.gif" /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Dans un village, proche d'une ville importante de province (sans doute en Bourgogne), un crime atroce est commis. La femme de ménage des Robin découvre la maîtresse de maison sauvagement assassinée dans sa chambre. Les Robin sont un couple de notables. Elle était expert-comptable, lui, est avocat. La jeune femme a été étranglée et torturée, dans des conditions aussi horribles qu'inhabituelles dans cette région si calme.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Aussitôt, certains voient l'oeuvre d'un psychopathe, soit de passage, soit tout près de recommencer ; d'autres, plus modérés, se disent que le mari pourrait bien avoir quelque chose à voir là-dedans... Rapidement, la machine légale se met en marche : la police, menée par le truculent commissaire Baudry, enquête, tandis que les magistrats attendent qu'on leur amène un coupable à mettre en examen...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Et puisqu'il faut un coupable, alors, pour ses propres collègues, ce sera Me Robin, époux de la victime. Reste à prouver que c'est bien lui le tueur, puisque la seule certitude de sa culpabilité ne suffira pas devant les Assises...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Pourtant, Baudry, mais aussi Me Dornier, le bâtonnier local qui s'est immédiatement saisi du dossier afin de défendre son collègue, ne croient pas à cette culpabilité trop évidente pour être vraie. Trop d'invraisemblances, trop de correspondances impossibles (à l'heure du crime, Robin était en route pour Nancy où il a plaidé le matin du drame), trop de pistes laissées de côté, trop de précipitation...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Cette enquête hors-norme, eu égard à la gravité du crime, pourrait aussi servir les ambitions des uns et des autres, d'où la nécessité de boucler ce dossier rapidement, coûte que coûte. D'autant que si cette affaire traîne trop en longueur, politiques et médias pourraient bien s'en mêler, des ingérences que des magistrats, pris en flagrant délit d'impasse, ne peuvent voir que d'un mauvais oeil.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Alors, tant pis pour Robin. Tant pis aussi pour Johnny, ce jeune homme, issu de la communauté des gens du voyage. Délinquent, oui, mais assassin, sûrement pas. Pourtant, pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, Johnny, autre cible facile, va se retrouver emporté par le tourbillon d'une justice décidément aveugle, et surtout trop pressée pour bien faire.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Mais les évidences ont bon dos, dans cette histoire... La vérité exige des investigations plus poussées, du temps pour confronter les témoignages, les éléments matériels et les mobiles. Alors, Baudry, insatisfait des coupables qu'on lui impose, continue à bosser et Dornier, persuadé que seule la découverte du véritable meurtrier pourra innocenter son client, s'entête.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;A eux deux, le flics et l'avocat, complices autour de la table de la brasserie locale, vont mettre en branle leurs petites cellules grises afin de laisser de côté les évidences, les trompe-l'oeil et les affabulations qui créent un écran de fumée autour de cette affaire. La seule chose qui leur semble de plus en plus sûre, c'est que la solution se trouve au sein même de la basoche.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Borromée, mêlant fiction et évènements réels ayant défrayé la chronique, nous emmène au coeur du microcosme judiciaire, montrant le travail des avocats et des magistrats, mais aussi les défauts de la cuirasse de cette institution si importante dans notre société. Un procureur ambitieux mais peu aguerri au jeu médiatique, un juge d'instruction individualiste, plein de certitudes et qui, n'ayant personne à qui rendre compte, instruit bien plus à charge qu'à décharge, des avocats bien peu solidaires entre eux quand l'un des leurs est dans l'oeil du cyclone...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;A l'arrivée, l'image d'une institution bien peu humaine, fidèle à sa représentation yeux bandés et balance à la main, mais qui se soucie bien peu de vérité, finalement... Une institution fragilisée par ses propres membres, dont la probité, tant intellectuelle que matérielle, n'est pas toujours la principale qualité.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Mais aussi une institution qui souffre de son manque de moyens. Des dossiers toujours plus nombreux que les magistrats et les avocats se doivent de régler de plus en plus vite... Quadrature du cercle... Et, si cela ne suffisait pas, les politiques puis les médias, dans cet ordre ou dans l'autre, se font une joie, si j'ose dire, de venir rappeler bien souvent à cette basoche débordée, qu'un peu plus de rapidité dans ses actions ne serait pas un luxe...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Et, là encore, c'est un piège sans issue qui se referme sur les magistrats : agissez vite, ou l'on vous montrera du doigt, trompez-vous (chose plus que probable quand on doit se précipiter) et l'on vous clouera au pilori pour incompétence notoire...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;On sent "Pierre Borromée" malheureux de l'état de cette justice qu'il entend défendre. On se doute aussi, à la lecture de son roman, qu'il penche plus du côté de la défense que de celui de l'accusation, le juge d'instruction et le procureur étant gentiment égratignés. Mais on voit aussi à quel point la justice gagnerait à voir police et magistrature mieux collaborer au lieu de se mettre des bâtons dans les roues.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;"L''hermine était pourpre" est un plaidoyer en faveur de cette justice que nous critiquons souvent mais dont nous ne pouvons nous passer, une institution aussi imparfaite qu'indispensable fondement de notre démocratie. Mais c'est aussi un roman bien ficelé, bien construit, qu'on a envie de lire d'une traite pour savoir qui est le coupable...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Un polar qui lorgne vers les romans d'Agatha Christie dans sa partie dénouement et une solution qui devrait vous surprendre, pas tant par l'identité du coupable (après tout, les possibilités finissent vite par se restreindre) mais par le mobile de ce meurtre...&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;span class="Apple-style-span" style="font-family: Times, 'Times New Roman', serif;"&gt;Un bon cru, pour le Prix du Quai des Orfèvres, dont les livres lauréats valent autant par le contexte qu'ils nous présentent que par l'intrigue elle-même... C'est encore le cas ici.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7w9"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-6968035581939673060?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/6968035581939673060/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/petoche-la-basoche.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6968035581939673060'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6968035581939673060'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/petoche-la-basoche.html' title='Pétoche sur la basoche...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-2247027699645458687</id><published>2011-12-14T13:37:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:53:54.453+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature étrangère'/><title type='text'>Dave save the King !</title><content type='html'>De temps en temps, au gré des livres qui s'empilent, des envies et même des défis (n'est-ce pas Céline ?), on se retrouve avec, dans les mains, un OLNI, un Objet Livresque Non Identifié. Autrement dit, un bouquin qui ne ressemble à rien de ce qu'on a pu lire auparavant, soit par son histoire, soit par son style, ou les deux. C'est incontestablement le cas du livre que je viens de terminer après, reconnaissons-le volontiers, 5 jours d'âpre lecture. Ce roman, signé par le britannique Will Self, s'appelle "le livre de Dave" (en grand format aux éditions de l'Olivier, disponible en poche dans la collection Points Seuil depuis cet été).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le livre de Dave" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv8433568.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dave Rudman est né pour être taxi. Depuis sa prime jeunesse, il a été élevé dans cet univers et il a naturellement pris la relève quand il a atteint l'âge. Et, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est doué ; il a... la Connaissance, comme on dit. En fait, il est capable de se déplacer les yeux fermés ou presque dans l'immense capitale britannique. Aucune rue, aucun itinéraire ne lui est inconnu, il est même une mine d'informations sur l'histoire de la ville, de ses artères, de ses bâtiments et monuments.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est plutôt au niveau humain que Dave pèche... A force de transbahuter des gens à travers Londres, des clients pas toujours agréables, souvent radins, mais aussi, à force de côtoyer toute forme humaine, Dave a développé une profonde misanthropie. Un sentiment qu'il exprime en grommelant en permanence pendant qu'il conduit et qui prend par moments, des aspects franchement racistes et misogynes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même au sein de son foyer, Dave n'a pas su se montrer bon mari et bon père. A tel point que sa femme, Michelle, a fini par le chasser, demandé le divorce et obtenu des mesures d'éloignement à l'encontre de Dave...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, Dave est ce qu'on pourrait appeler un sale type.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Dave est surtout quelqu'un de profondément malheureux. Prisonnier de Londres et de ses rues, prisonnier de ce métier de taxi qu'il déteste, finalement, privé de son fils, Carl, qu'il n'a plus le droit d'approcher, Dave fini par dépérir. Car cet enfant, même s'il lui est arrivé de le malmener, c'est la prunelle des yeux de Dave, sa plus grande, peut-être sa seule fierté. Et ne plus pouvoir le voir ou même l'approcher, c'est comme le priver d'oxygène.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dave s'enfonce dans la dépression, s'endette pour trouver des failles juridiques, milite dans une association de père en lutte contre les décisions de justice systématiquement favorables aux mères, se néglige, devient de plus en plus acariâtre et vindicatif... Dave file un mauvais coton...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, comme rien n'y fait, sa dépression devient folie, une folie à la fois délirante et créative au cours de laquelle il va se mettre à écrire à son fils. Attention, pas une correspondance, non un livre. Et pas n'importe quel livre, une sorte d'utopie à la sauce Dave, où il esquisse les traits d'une société idéale à ses yeux (déments, rappelons-le).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un texte écrit dans un langage bien à lui, un argot de taxi londonien très imagé, mâtiné d'un accent cockney à couper au couteau, un texte dans lequel Dave vomit toutes ses rancoeurs, ses haines, son désespoir, tirant à boulets rouges, pêle-mêle, sur les femmes, la religion, le mariage, les avocats, les traders de la City, la société de consommation, l'homosexualité, ses clients, tous sans exception, bref, sur la société dans laquelle il vit, cette Grande-Bretagne post thatchérienne, où le libéralisme à outrance a fait des ravages dans tous les secteurs...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce brûlot, Dave ne peut le remettre à son fils directement, puisqu'il n'a pas le droit de s'approcher de lui. Alors, nuitamment, il s'introduit dans le jardin de la maison où vit Carl avec sa mère et le nouveau compagnon de celle-ci, un prospère homme d'affaires, profil qui cristallise une partie des haines de Dave, et enterre son livre sous leur gazon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faudra attendre 5 siècles pour que resurgisse ce livre de Dave, de façon tout à fait inattendue et, disons-le, assez effrayante... Dans un royaume d'Angleterre transformé en archipel par un déluge, en partie retourné à la primitivité, le livre de Dave, découvert par hasard, est devenu le Livre Saint. Désormais, toute la société du royaume d'Ingleterre, nouvelle appellation du pays, s'organise autour des commandements rédigés à l'orée du XXIème siècle par le chauffeur de taxi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On parle comme lui parlait, son argot et son accent, un poil hermétiques, sont devenu la norme. Le Mokni est le langage le plus populaire, tandis que l'Arpee est sa forme plus soutenue. L'Ingleterre est une théocratie extrêmement rigide dans laquelle les hommes et les femmes vivent séparément, les enfants passant la moitié de la semaine chez les femmes, l'autre chez les hommes jusqu'à leur puberté. La moindre des phrases de Dave est devenue parole sainte, on les répète en guise de prière, de salutation, on se plie à ses lois sous peine de terribles punitions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans cet univers obscurantiste, quasi moyenâgeux, nous allons suivre la quête de Carl Devush, un adolescent qui a grandi sur l'île de Ham, loin de l'agitation de la Nouvelle Londres. Le village auquel il appartient vit proche de la nature et des éléments, dans une foi simple et sincère en Dave qui a tendance à s'écarter du dogme défini par le PCO, le clergé d'Ingleterre. Au point que la population de l'île est la bête noire du pouvoir central, bien décidé à remettre tout ce monde au pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une nécessité pour ces religieux d'autant plus importante que, quelques années plus tôt, le propre père de Carl a affirmé avoir découvert un second livre de Dave, dans lequel le prophète lui révélait une vision du monde bien différente, diamétralement opposée, même, au dogme en vigueur. Depuis, l'homme a disparu et son fils, qui n'a pas eu le temps de le connaître, part à sa recherche. A ses risques et péril.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Will Self alterne les chapitres entre notre époque (1987-2003, pour la partie consacrée à Dave) et le XXVIème siècle (de 510 à 524 après Dave), esquissant deux récits à la fois parallèles et se complétant. Chaque épisode de la vie de Dave vient ajouter des pièces au puzzle de ce futur flippant, à moins que ce ne soit l'inverse... En tout cas, de Dave à son livre, la filiation est évidente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est justement autour de ce thème que tourne le roman de Will Self. La paternité de Dave l'a métamorphosé. Même si, de son propre aveu, il n'a pas été un bon père, la séparation d'avec son enfant a été un déclic, le début de la descente aux enfers, une vraie obsession qui va aboutir d'une part à la folie du chauffeur de taxi, de l'autre à la rédaction du fameux livre ; cinq siècles plus tard, même problématique, mais inversée, puisque c'est un fils qui part à la recherche d'un père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les deux cas, la quête sera pénible voire impossible. La faute à une société qui oppresse, qui aliène. Et, justement, l'autre quête de Dave, de nos jours, comme de Carl, 500 ans après, c'est une quête de liberté. Une volonté de briser des carcans sociaux insupportables pour enfin être soi-même, qu'ils soient religieux, idéologiques, politiques, sociaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais qu'il est difficile dans ces sociétés de moins en moins humaines que sont les nôtres, d'atteindre cet accomplissement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En préambule, je parlais d'OLNI, je vais aussi conclure sur cet aspect en évoquant la forme très originale de ce "livre de Dave". Self a tenu, pour élaborer son univers futuriste, à carrément créer tout un langage. En annexe du roman, un glossaire permet de suivre, mais très vite, on s'habitue à ce langage un peu spécial, où le ciel est un pare-brise, les chauffeurs des prêtres et la création du monde est rebaptisée le "Madeinchina"... Self fait preuve d'une très grande créativité dans le vocabulaire (et j'en profite pour saluer le travail de traduction de Robert Davreu). Car, le langage est complètement déstructuré. Les dialogues en Mokni ressemble à nos sms, mais avec cet accent cockney propre aux Londoniens pure souche. Bref, une galère lors des premières pages, puis on s'amuse à chercher à comprendre ce que se disent les personnages.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Self met le désordre dans la narration, la chronologie, le langage, les repères sociaux... et nous plonge dans la folie Davienne, qu'elle se concentre dans son esprit ou qu'elle s'exprime en devenant tables de la loi pour une société futuriste... Dans sa démarche, Self se rapproche d'un &amp;nbsp;Ballard, auteur modèle pour lui, ou d'un Pynchon. Mais sa critique très virulente de la Grande-Bretagne du tournant du XXIème siècle le rapproche aussi d'auteurs comme Jonathan Coe ou Martin Amis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, mais je ne suis pas un spécialiste, on pourra me démentir si nécessaire, l'univers que crée Self pour illustrer l'instauration de la religion Davine m'a fait penser à un univers de fantasy. Même s'il se situe dans un futur lointain, à des dates qui rappellent plus la SF, ce royaume quasi médiéval fondé sur des castes, tenu d'une main de fer par un pouvoir religieux extrémiste, où superstitions et prophètes font parties du quotidien et où la barbarie n'est jamais loin, m'a rappelé les contextes élaborés par les quelques auteurs de fantasy que j'ai pu lire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec un soupçon de Swift, l'épopée de Carl dans la Niou London pouvant se rapprocher des voyages de Gulliver, avec la même volonté de nous montrer vers où va notre monde si nous n'en prenons pas vite, très vite conscience...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au final, "le livre de Dave" est une lecture exigeante. Il m'a fallu prendre mon temps, persévérer, accepter les &amp;nbsp;contraintes instaurées par Self. Mais, à la dernière page, toutes les pièces du puzzle enfin assemblée, le résultat est très intéressant et très mystérieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, je n'arrive pas à savoir si la partie futuriste du roman est l'application des préceptes du Livre de Dave ou bien, si ce récit est le contenu même de l'ouvrage. Et c'est la force du roman de Will Self, car il laisse libre cours à l'imagination, malgré son enracinement très réaliste.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7vC"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-2247027699645458687?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/2247027699645458687/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/dave-save-king.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2247027699645458687'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2247027699645458687'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/dave-save-king.html' title='Dave save the King !'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4059466498972482117</id><published>2011-12-08T16:16:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.534+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>"Les sang n'est pas de l'eau".</title><content type='html'>Une formule en guise de titre, formule reprise par plusieurs personnages du livre dont nous allons parler maintenant. J'ai découvert Léonora Miano grâce à Alain Mabanckou qui a exigé que j'aille la voir en échange d'une signature, lors d'un salon à Nancy. Grand bien lui en a pris, puisque je suis reparti ce jour-là avec deux livres de Léonora Miano, dont l'un devenait "Goncourt des Lycéens", quelques semaines plus tard. Deux livres que j'ai adorés et qui font que j'ai acquis, en cette rentrée littéraire, le nouveau roman, ou plutôt la nouvelle fable, de Léonora Miano, "ces âmes chagrines", toujours chez Plon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Ces âmes chagrines" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv45311880.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Snow est un dandy. Originaire du Mboasu, pays subsaharien, ce jeune homme se montre dans les soirées mondaines les plus huppées de l'Intra-Muros, capitale de l'Hexagone. Il appartient à cette catégorie de gens, de plus en plus répandue dans l'Intra-Muros, qui ne font absolument rien dans la vie, rien si ce n'est paraître et se montrer. Noir de peau, il est, mais Hexagonal, il se sent, et pas seulement parce qu'il possède le précieux sésame de la carte d'identité. En fait, s'il se sent hexagonal, c'est par rejet de ses racines continentales, par haine de tout ce qui lui rappelle d'où il vient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A commencer par sa mère, Thamar. C'est elle qui est venue s'installer dans l'Hexagone il y a longtemps, avec Antoine (le vrai prénom de Snow), le seul de ses 3 enfants qu'elle a désiré... Car, Thamar, après avoir été violée très jeune, est devenue prostituée... Profession qu'elle a aussi exercée dans l'Hexagone jusqu'à ce qu'elle se mette en ménage avec un Hexagonal, Pierre. Antoine avait 5 ans et s'est alors retrouvé la cinquième roue du carrosse, placé en pension et envoyé pour les grandes vacances au Mboasu, chez sa grand-mère, Modi. Là, il a côtoyé ses deux demis-frères mais a détesté ce pays dès qu'il y a posé le pied, &amp;nbsp;au point de ne jamais vouloir y retourner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Thamar, elle, a perdu son compagnon deux ans plus tôt et a sombré dans la clochardisation. Antoine, le seul de ses enfants à avoir de ses nouvelles, la voit chaque dimanche et lui fait l'aumône, hautain, rendant sous forme de piécettes l'absence d'amour qu'il a ressenti pendant toute son enfance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fils aîné de Thamar, Maxime, lui aussi vit dans l'Hexagone. Il y occupe un poste important dans une grande banque. Il gagne bien sa vie mais reverse la moitié de son salaire à Antoine. Car Maxime n'a pas de papiers et vit illégalement dans l'Hexagone. C'est grâce à la carte d'identité d'Antoine qu'il a pu être embauché et son salaire est directement versé sur le compte en banque de celui-ci, ce qui lui permet de vivre sans se soucier de rien... Un trafic juteux qu'il a pratiqué à plusieurs reprises, après tout, ses papiers sont le principal atouts qu'il possède sur ses congénères, alors pourquoi ne pas en profiter à fond ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car Antoine fait rejaillir sa haine sur tous ses proches et tous ceux qui lui ressemblent, leur faisant payer outrageusement ce statut étrange qui est le sien d'Hexagonal d'origine subsaharienne, avec les inconvénients quotidiens que cela représente malgré la légalité de sa situation. Antoine laisse sa mère sombrer dans la déchéance la plus crasse, escroque son frère et ses rares amis, efface tout lien avec le continent, méprise le milieu dans lequel il évolue, se sert et ne donne rien, à personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà qu'un jour, Maxime est muté par sa banque à la tête d'uns filiale au Mboasu. Il va donc rentrer prochainement au pays. C'est juste à ce moment-là que, par hasard, il tombe sur sa mère, faisant la manche, et qu'il décide de la ramener avec lui sur sa terre natale. Bref, Antoine voit tous ses souffre-douleurs s'éloigner d'un seul coup et surtout, il les voit repartir pour ce pays honni dont il ne veut plus entendre parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà comment les vies d'Antoine, dans l'Hexagone, de Modi, la grand-mère toujours restée au pays et des deux qui reviennent, Thamar et Maxime, vont être bouleversées par ces changements radicaux. Antoine, parce qu'il va devoir changer sa façon de (sur)vivre, Modi parce que revient auprès d'elle sa fille et le petit-fils qu'elle a élevé comme une mère, Thamar parce qu'elle retrouve tout ce qu'elle croyait avoir laissé derrière elle pour une vie meilleure, alors qu'elle revient d'un enfer au lieu d'un eldorado, et Maxime, enfin, parce qu'il se rend compte que cette mère qui lui manquait tant n'aura jamais pour lui les sentiments qu'il escomptait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En nous présentant ces vies difficiles, entre deux mondes, deux continents, deux pays, deux sociétés, presque deux époques, Léonora Miano se fait une nouvelle fois griot, pour dire leurs quatre vérités aussi bien à ses compatriotes subsahariens qu'à nous autres, Hexagonaux trop sûrs de nous, englués dans le politiquement correct et la bien-pensance, indécents dans notre matérialisme, alors que le continent peine à se détacher de ses traditions et des courants religieux divers qui s'y entrechoquent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme dans ses précédents livres, Léonora Miano n'y va pas par quatre chemins pour dire ce qu'elle pense &amp;nbsp;des relations franco-africaine, de l'évolution des mentalités en Europe comme en Afrique, des maux qui empêchent son continent de se développer et de devenir un pôle indépendant et important de ce monde en plein renouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chacun des membres de cette famille endosse un statut de l'évolution de l'homme et de la femme africaine depuis une soixantaine d'années : Modi, la doyenne, a tout quitté pour s'engager auprès de ceux qui voulaient à tout prix l'indépendance, mais qui, une fois celle-ci obtenue, n'ont rien changé, si ce n'est leur patrimoine personnel ; elle n'a jamais quitté le continent, encore moins le pays, elle en est la mémoire, l'âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Thamar est de cette première génération qui a cru au miroir aux alouettes européen et a bientôt déchanté. Mais comment faire ? Revenir au pays en avouant son échec ? Impensable... Alors, on s'entête, on se résigne à vivre dans des conditions parfois pires que celles qu'on a fuies, et loin de chez soi, en plus. La chute a été dure pour Thamar qui, avec la perte de son compagnon, un Français de souche qui n'avait jamais voulu l'épouser, s'est retrouvée fort dépourvue, et pas juste quand la bise est venue. Encaissant les brimades de son fils adoré, Antoine, incapable de se rendre compte de cet amour, elle va se laisser dépérir jusqu'à ce que Maxime, ce fils laissé derrière elle, ne la sauve. Grâce à lui, elle acceptera enfin de rentrer, sans trop de honte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maxime est le prototype de l'Africain qui a réussi. Et pourtant, il n'a bénéficié d'aucun réseau, d'aucun népotisme, juste de ses compétences et de sa ténacité. Mais voilà, les portes de l'Hexagone se sont fermés à lui. Pas de papiers, c'est en clandestin qu'il a dû y vivre, y travailler, même. Et, "grâce" au coup de main de son demi-frère et à sa magouille à la carte d'identité, il a pu trouver ce travail bien placé et bien payé... mais sous le nom d'un autre ! Avec le poste qui lui est proposé, c'est non seulement un retour dans un pays et une société qui lui conviennent mieux qu'il obtient. Mais aussi, un retour aussi à lui-même :là-bas, il retravaillera sous son identité propre et, en plus, il ramène sa mère avec lui, avec la ferme intention de renouer les liens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, Antoine. Africain de nationalité française ou français d'origine africaine ? Ou rien de tout ça, car incapable de se reconnaître dans l'un de ces deux statuts... Persuadé (sans doute à tort) que sa mère ne l'aime pas, le garçon s'est construit dans une misanthropie profonde, sans but, sans rêve, juste dans une volonté de prendre sa revanche en devenant une star... Star, il ne l'est pas encore, juste une figure de la vie nocturne de la capitale, un pique-assiette, une coquille vide ne fonctionnant qu'avec la haine de soi et des autres comme carburant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au travers des vies, présentes et passées de ces quatre personnages, Léonora Miano nous montre les dilemmes cruels qui agitent ces hommes et ces femmes. Il sont fait des choix, même si ce ne sont pas toujours les bons, ils ont décidé de leurs vies en s'affranchissant des normes et des prédestinations. Ils se sont construits tant bien que mal dans le flou de leur identité, coincés qu'ils sont entre deux mondes, dont aucun n'est finalement meilleur que l'autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils sont, à eux quatre, les symboles de ce malaise africain dont Léonora Miano dépeint, livre après livre, les symptômes, avec la liberté de ton que lui donne son africanité. Elle aime ce continent, elle est fière de ses origines mais elle déplore que ce continent stagne, non seulement à cause du mirage de la décolonisation mais aussi de l'incapacité des Africains eux-mêmes à prendre leur destin en main. Le modèle social si fraternel n'est qu'une image d'Epinal qui ne résiste pas longtemps à la soif de pouvoir et à la corruption.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Face à tout cela, les Africains se retrouvent livrés aux politiques ripoux, aux religieux intéressés, aux accapareurs venus désormais des quatre coins du monde et à un fatalisme endémique. Dans "ces âmes chagrines", le statu-quo, fossoyeur d'espoir, est chamboulé par la mutation de Maxime. A partir de cette reconnaissance de la compétence d'un Africain pour gérer sainement des affaires africaines, se produit un effet domino et chacun des personnages va être touché par des changements fondamentaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas forcément immédiatement, pas forcément en bien uniquement... Mais tous vont prendre conscience, s'ils ne le savaient pas ou plus, qu'au-delà des vicissitudes de l'existence, au-delà des malheurs et de la précarité du quotidien, au-delà de la position sociale, au-delà des nationalités, des passeports et des kilomètres qui les séparent, au-delà de leurs différences, ils sont intrinsèquement liés par des liens infiniment plus puissants, les liens de la famille et de l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste, une fois cette révélation comprise, à placer ces liens et ces sentiments au-dessus de tout pour que ce soit la seule chose qui vaille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, bien sûr, ils ne pourront gommer les erreurs du passé, guérir les blessures ou effacer les cicatrices, bien sûr, rien de ce qu'ils ont fait, ou n'ont pas fait, ne pourra plus être modifié. Mais, grâce à ces liens immatériels et pourtant indispensables, il est encore possible de corriger la trajectoire héréditaire et placer l'avenir sous le signe d'une continuité retrouvée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et alors, ils réaliseront, et nous, lecteurs, avec, qu'effectivement, le sang n'est pas de l'eau. Parce qu'en coulant de veines en veines, de générations en générations, le sang est vecteur d'une mémoire commune, d'une fierté commune, d'un avenir commun.&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/7uz"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4059466498972482117?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4059466498972482117/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/les-sang-nest-pas-de-leau.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4059466498972482117'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4059466498972482117'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/les-sang-nest-pas-de-leau.html' title='&quot;Les sang n&apos;est pas de l&apos;eau&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-479219350594127354</id><published>2011-12-05T20:22:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.153+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>" Nul ne voudrait mourir, nul ne voudrait renaître" (Voltaire).</title><content type='html'>Après le grand air des routes de Saint-Jacques de Compostelle et du Sinaï, cadre de&amp;nbsp;&lt;a href="http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/en-quete-de-connaissance.html"&gt;"l'Apothicaire", de Henri Loevenbruck&lt;/a&gt;, voici un thriller, aussi original dans son fond que dans sa forme, qui devrait vous rendre claustrophobe voire un tantinet parano... Chose remarquable, ce roman est signé par une jeune femme, Chevy Stevens, agent immobilier de son état, comme son héroïne... Mais, si on trouve ce livre en France soit sous le titre "la cabane de l'enfer", soit sous celui de "Séquestrée" (en grand format chez l'Archipel, version que je possède), aucun des deux ne me semble mieux résumer l'histoire que son titre original : "Still Missing" (toujours portée disparue). Explications...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture La Cabane de l'enfer / Séquestrée" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv63685678.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Annie O'Sullivan a 32 ans et vit sur&amp;nbsp;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_de_Vancouver"&gt;l'île de Vancouver&lt;/a&gt;, au Canada. Lorsque s'ouvre le livre, dont elle est la narratrice, elle arrive dans le cabinet d'une psy, pour une première séance. On comprend que ce n'est pas sa première tentative thérapeutique mais on pressent que cette fois sera la bonne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutefois, les conditions posées par Annie pour sa thérapie sont très strictes et commence un monologue au cours duquel le lecteur se trouve dans la position de la psy, réduite au rôle d'oreille attentive, tandis que Annie va déverser les terribles raisons qui l'ont amenée dans ce cabinet. Car, la vie de cette jeune femme a basculé plus d'un an auparavant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Annie était alors agent immobilier. ¨Pour vendre une maison, elle avait organisé une journée portes ouvertes durant laquelle elle devait accueillir les visiteurs. Mais la journée s'était avérée plus calme qu'elle ne l'escomptait. Jusqu'à l'arrivée de David, un homme apparemment sympathique et curieux de se renseigner sur la maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Emue par la maladresse du bonhomme, Annie ne s'était pas méfiée. Mal lui en avait pris, car l'homme était loin d'être aussi sympathique qu'elle ne l'avait cru de prime abord : après avoir braqué la jeune femme avec une arme puis l'avoir entraînée dans son véhicule, il avait fini par la droguer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque la jeune femme se réveille, elle se trouve dans une cabane en rondins, mais c'est la seule chose qu'elle peut savoir sur le plan géographique... Quant à son ravisseur, elle est totalement à sa merci.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien vite, l'homme agresse Annie, lui impose des règles de détention draconiennes, dignes d'une véritable prison : pas de sortie, repas, toilettes, besoins naturels à heures fixes, interdiction de faire quoi que ce soit sans autorisation. Et, bien sûr, il la violente, la bat et assouvit (ou tente d'assouvir) ses fantasmes sur sa victime, complètement dépassée par les évènements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette séquestration va durer un peu plus d'une année, année terrible pour Annie qui va essayer tant bien que mal à son geôlier, mais qui ne pourra l'empêcher de la détruire, sans doute plus psychologiquement que physiquement. Elle ne va sortir que deux fois du cabanon, et les deux fois, l'expérience tournera court et s'avérera douloureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an prisonnière de ce fou, à subir ses assauts, ses humeurs... Jusqu'à la délivrance, à la première inattention de son ravisseur. Mais, Annie est-elle pour autant délivrée ? Pas sûr...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne vous en dis pas plus, il faut lire le livre pour ressentir la claustrophobie et les sévices, physiques et psychiques, que la pauvre Annie se voit infliger... Mais, le récit de sa terrible mésaventure n'est pas un récit linéaire, du premier au dernier jour de sa détention. Non, c'est un discours sans fil directeur, qui mêle des éléments datant d'avant, de pendant et d'après le kidnapping.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Annie se raconte, se dévoile à sa psy comme jamais elle ne l'a fait auparavant auprès de quiconque. Elle évoque sa famille, son père et sa soeur, morts accidentellement des années plus tôt, sa mère, remariée et qui a un sérieux penchant pour la bouteille, son ex, Luc, leur relation n'ayant pas survécu à sa disparition, sa meilleure amie, Christina, agent immobilière comme elle, mais dont l'amitié n'avait jamais été mise en danger par la rivalité professionnelle... Evidemment, elle parle de cet inconnu qui lui a fait subir le pire des traumatismes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, elle raconte sa délivrance et sa difficile renaissance à la vie. Car, pour être abîmée, elle est abîmée, Annie. Incapable de retrouver une vie "normale", toujours conditionnée dans sa vie quotidienne par le rythme qui lui a été imposé pendant plus d'un an, inexorablement, incapable de dormir dans son lit, quand elle arrive à dormir, incapable de reprendre le fil de sa vie... Elle sursaute à chaque bruit suspect, craint qu' "il" ne revienne, même en sachant que ce n'est pas possible...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a changé, forcément. Mais tout son univers a changé. Sa famille, ses amis ont changé. Elle est traquée par la presse qui veut son témoignage, par les studios hollywoodiens qui veulent faire un film de sa vie, par ses proches, d'une certaine manière, qui essayent de l'aider comme ils peuvent et obtiennent, inévitablement, l'effet inverse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, elle parle, elle parle aussi de l'enquête, qui avance à tous petits pas, de son besoin de comprendre pourquoi ce drame s'est abattu sur elle, son envie de détester tout cet entourage sans y parvenir, la haine qu'elle ressent pour elle-même de s'être laissée faire, d'avoir été lâche ("ma résistance, ce n'était pas de l'héroïsme, c'était de la lâcheté")...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loin d'être libérée, au sens figuré, Annie reste prisonnière de cette effroyable expérience et, longtemps, on voit mal comment elle va pouvoir briser les chaînes mentales qui l'entravent. Mais, entre la première et la dernière séance chez la psy (comprenez le premier et le dernier chapitre du roman), les choses vont se décanter de façon plutôt inattendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Annie aura des réponses...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Difficile d'évoquer les thèmes sous-jacents de ce thriller réussi sans dévoiler l'intrigue, mais croyez-moi, c'est dur !!! Et ça me plairait d'en discuter avec les visiteurs qui ont déjà lu (et, j'espère, apprécié) "Séquestrée".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saluons quand même le fond et la forme de ce roman. Ce monologue fonctionne, le rythme est bon, on ressent l'angoisse, la violence des faits et des émotions, la douleur peut-être mieux qu'avec un récit raconté de l'extérieur. Disons-le, on sent monter cette hystérie, cette folie que génère en elle l'angoisse a posteriori. Le récit d'Annie est poignant, teinté d'un humour désespéré. On suit son évolution psychologique entre la relation des faits passés, ce qu'elle vit au quotidien entre deux séances et ses réactions devant la mise au jour, petit à petit, de la vérité...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est justement tout ce récit qui donne une puissance remarquable à l'idée narrative de ces séances chez le psy, car, entre désespoir, honte, colère, effarement, Annie est en proie aux émotions les plus rudes à encaisser et ce soutien ne peut que l'aider, si ce n'est concrètement, au moins lui permettre d'expulser ce traumatisme enkysté profondément en elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la catégorie thriller psychologique, "Séquestrée" est une découverte intéressante. Chevy Stevens y raconte manifestement un de ses cauchemars les plus envahissants, mais y ajoute un dénouement terrible et pourtant libérateur pour Annie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus rien ne sera plus comme avant et rien n'effacera jamais totalement les traumatismes subis. PA la dernère page, on n'a pas une mièvre happy end mais juste une lueur d'espoir qui brille enfin...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-479219350594127354?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/479219350594127354/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/nul-ne-voudrait-mourir-nul-ne-voudrait.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/479219350594127354'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/479219350594127354'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/nul-ne-voudrait-mourir-nul-ne-voudrait.html' title='&quot; Nul ne voudrait mourir, nul ne voudrait renaître&quot; (Voltaire).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-3910716937994422810</id><published>2011-12-04T14:33:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:36:28.906+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman historique'/><title type='text'>En quête de connaissance...</title><content type='html'>Pardon pour le manque d'originalité du titre, mais le meilleur ("le nom de la gnose") a déjà été utilisé par un magazine. Alors, on se contentera de ce titre qui n'en dévoile pas trop sur l'histoire du nouveau roman de Henri Loevenbruck, "l'Apothicaire", publié chez Flammarion. Le 13ème roman de Loevenbruck qui a choisi de le situer... en 1313 ! Pas superstitieux, ce garçon... Une lecture qui devrait surprendre les habitués de cet auteur, tant on est loin de ses précédents thrillers (malgré quelques traits communs).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'Apothicaire" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv37073978.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 1313, donc, Philippe le Bel règne d'une poigne de fer sur le Royaume de France. Il a fait démanteler 6 ans plus tôt l'ordre des Templiers, mais Jacques de Molay n'a pas encore été brûlé et n'a pas encore proféré sa malédiction (car, tout cela, c'est un autre livre...). A Paris, rue Saint-Denis, vit Andreas Saint-Loup, un apothicaire connu et reconnu pour sa compétence, qui va bien au-delà de celle d'un simple apothicaire. A tel point que certains voient d'un mauvais oeil ses conseils qui relèvent plus de la médecine, discipline qu'il n'a pas le droit de pratiquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au-delà de ça, Saint-Loup est un personnage mystérieux : orphelin abandonné à la porte d'une église, il a été élevé par l'abbé Bourcel mais, vers 20 ans, il a tout quitté pour partir sur les routes dans un voyage dont on ne sait pas grand chose, sinon qu'il l'a mené à Saint-Jacques de Compostelle, que c'est là que Saint-Loup a fait son apprentissage d'apothicaire et qu'il y a exercé quelques années avant de revenir à Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin comme les autres &amp;nbsp;de janvier, alors qu'il déambule dans sa maison, Saint-Loup découvre une porte qu'il ne souvient pas avoir jamais vue. Etrange, quand même... Ses serviteurs ne sont pas plus capables que lui de lui dire ce qu'il y a derrière cette porte, ni pourquoi elle semble avoir apparue d'un seul coup...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saint-Loup; peu porté sur la religion, est un matérialiste. Un cartésien avant l'heure, si l'on peut dire. Un homme qui a soif de connaissance scientifique, qui cherche à comprendre et expliquer le monde qui l'entoure grâce à la science et non à la théologie. Et le voilà confronté à un phénomène qu'il ne peut pas expliquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'autres indices viennent rendre cette situation plus mystérieuse encore et Saint-Loup entend bien comprendre rationnellement ce qui lui arrive et remettre au jour des pans de sa propre existence qui semble avoir été comme effacés de sa mémoire, mais pas seulement de la sienne...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seulement, l'Apothicaire n'est pas le seul à se poser des questions qui le concernent. Au sommet même du pouvoir, où les rivalités sont exacerbées, on a Saint-Loup dans le collimateur. Ces puissants soupçonnent que l'Apothicaire pourrait savoir ou découvrir des faits compromettants et ils décident de tout mettre en oeuvre pour le faire disparaître avant que ces histoires ne les éclaboussent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saint-Loup va donc goûter de la prison puis, une fois libéré grâce aux relations de l'Abbé Bourcel, son parrain, la pression va s'accentuer et changer de nature puisque, plutôt que de vouloir le faire parler, on va décider de le faire taire. Sentant ce danger se rapprocher, Saint-Loup, accompagné de son jeune apprenti, va quitter Paris. Et comme il pressent que c'est dans son propre passé qu'il peut espérer trouver des réponses non seulement aux questions qu'il se pose mais aussi aux raisons pour lesquelles on le persécute, c'est sur les routes du pèlerinage de Compostelle qu'il fuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ses trousses, puisque religion et politique sont étroitement liées à cette époque, on lance le grand Inquisiteur de France, celui-là même qui a torturé et massacré les Templiers quelques années plus tôt. Car, en ces temps troublés où la religion a parfois bon dos et sert volontiers à camoufler des affaires bien moins avouables, quoi de plus facile que de déclarer Saint-Loup hérétique ? Mais ce fou furieux d'inquisiteur n'est pas le seul à vouloir rattraper l'Apothicaire, qui, décidément, a beaucoup d'ennemis sans même savoir pourquoi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commence alors une fuite, loin des rythmes effrénés actuels, au long de ces chemins et de ces villes qui ne mènent pas à Rome, mais à Saint-Jacques. A chaque halte, des indices supplémentaires, de nouvelles questions et un danger croissant pour Saint-Loup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais c'est aussi le début d'une véritable quête spirituelle et philosophique sur la piste d'un courant philosophico-religieux très particulier : la gnose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui s'attendront à un thriller pur et dur seront déçus, car, contrairement aux précédents livres de Henri Loevenbruck, "l'Apothicaire" est avant tout un roman historique et une quête initiatique. Un excellent roman historique, devrais-je dire, très bien documenté, qui nous donne une description passionnante de ce début de XVIème siècle, de la vie à Paris, à Saint-Jacques de Compostelle et jusqu'au Mont Sinaï où l'histoire va se dénouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, jusque dans le mode narratif, il choisit de nous entraîner dans cette époque lointaine, ce Moyen-Age aussi obscur qu'il peut être brillant. Car tout ce récit nous est conté à la manière des troubadours qui officiaient en ces temps-là et l'on pourrait s'imaginer au coin du feu, spectateur de ces chansons de geste qui agrémentaient les veillées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, le fil conducteur de ce récit, c'est avant tout la quête philosophique qu'entreprend Saint-Loup pour trouver des explications à l'étrange apparition d'une pièce dans sa boutique et aux autres zones d'ombre qui semblent marquer sa vie. En choisissant un personnage rationnel à l'extrême, un homme de science pour qui on ne peut expliquer et comprendre le monde qui nous entoure que par l'expérience et l'observation, Loevenbruck nous présente un personnage en décalage avec son époque et les pensées dominantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rejetant foi et religion, Saint-Loup n'en appelle qu'à la raison, ce qui en fait un personnage en avance sur son temps. Mais les évènements auxquels il se retrouve confronté viennent mettre à mal cette vision du monde : et si un phénomène n'avait pas d'explication scientifique et rationnelle ? Et si la vérité se trouvait ailleurs, pour reprendre un formule célèbre ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais dans sa quête de connaissance, il laisse son orgueil démesuré l'emporter et va jusqu'à s'oublier lui-même. Et Loevenbruck de poser une question fondamentale : peut-on connaître et comprendre le monde qui nous entoure sans commencer par se comprendre et se connaître soi-même ? Or, la gnose repose sur la connaissance de soi. Ce sont donc les repères de Saint-Loup dans leur ensemble que cette quête va remettre en cause au fur et à mesure de son avancée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au-delà de Saint-Loup, deux autres personnages vont connaître un cheminement proche mais sensiblement différent de celui de Saint-Loup. Ces personnages, ce sont Robin, l'apprenti de l'Apothicaire, et Aalis, une jeune fille que les vicissitudes de l'existence ont poussé à l'errance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Robin, fils de paysan, affiche des dispositions intellectuelles particulières que, sans la perspicacité de Saint-Loup, il n'aurait sans doute jamais eu l'occasion d'exprimer. Il aurait dû se contenter d'une vie aux champs ou de service pour lequel il n'a ni goût ni don. La rencontre avec Saint-Loup va lui ouvrir de nouvelles perspectives mais sans l'aventure dans laquelle il va choisir de s'élancer corps et âme à la suite de son maître, peut-être n'aurait-il jamais découvert sa voie, ou en tout cas, dans un temps bien plus long.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aalis, elle, doit fuir sa vie de fille de drapiers à Béziers. Oh, elle rêvait de quitter cette vie qui ne lui plaisait pas, c'est vrai, mais les circonstances vont la forcer à quitter sa ville natale et la jeter dans une grande précarité. Son seul moteur, à cet instant, est le but qu'elle s'est fixée. Ce but, c'est sa rédemption, son unique moyen de prendre un nouveau départ et de laisser derrière elle sa culpabilité. Sauf que ce but, elle ne pourra l'atteindre...&amp;nbsp;Sans doute cet échec aurait-il sonné le glas de l'existence d'Aalis, sans la rencontre avec Saint-Loup et Robin. Là encore, l'Apothicaire va lui redonner des perspectives et cette nouvelle vie qu'elle n'espérait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la foulée de Saint-Loup, ces deux-là vont s'accomplir, s'ouvrir une existence à laquelle ils ne pouvaient même rêver quelques semaines ou mois plus tôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saint-Loup, lui, va devoir modifier considérablement sa vision du monde car chaque étape de son odyssée va affaiblir les certitudes de cet homme si sûr de lui qui va découvrir non plus le doute physique mais le doute métaphysique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loevenbruck replace l'individu au centre de tout, au-delà du divin et du matériel. Son récit se déroule certes en 1313, mais ses problématiques sont très actuelles et c'est aussi de nous qu'il parle dans ce roman. Car, en notre siècle aussi, intégrismes et progrès débridé nous guettent toujours...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les parallèles et les clins d'oeil à l'Histoire plus contemporaine sont nombreux, avec, à chaque fois une réflexion à la clef. En cela, "l'Apothicaire" est un vrai et bon roman historique, puisqu'en nous parlant du passé, c'est notre présent qu'il éclaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le facétieux Henri n'oublie pas de glisser par-ci, par-là quelques références à l'une de ses idoles : Georges Brassens, des références bien amenées et bien placées dans le récit. Sans doute, sur le chemin de Béziers a-t-il fait un détour par Sète pour lui rendre visite...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot pour vous rassurer, amis lecteurs que les mots ésotérisme, philosophie, théologie pourraient effrayer. Evidemment, on doit se familiariser avec les concepts et les courants d'idées qui traversent cette histoire. Mais il n'y a rien d'incompréhensible ou d'hermétique dans tout cela. Jusqu'à l'arrivée à Compostelle, ce roman est d'abord une course-poursuite avant de devenir un véritable roman à clés par la suite jusqu'à une découverte finale qui devrait en surprendre plus d'un...&lt;script src="http://citriq.net/widget/7tj" type="text/javascript"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-3910716937994422810?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/3910716937994422810/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/en-quete-de-connaissance.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3910716937994422810'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3910716937994422810'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/12/en-quete-de-connaissance.html' title='En quête de connaissance...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-2747399739649070923</id><published>2011-11-27T00:48:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:53:54.459+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature étrangère'/><title type='text'>"Si les hommes n'étaient pas aussi seuls, le monde se porterait bien mieux".</title><content type='html'>Voilà une citation qui résume bien la situation de tous les personnages d'un roman-fleuve, lâchons l'expression, une saga familiale, publiée il y a quelques semaines en France par un jeune auteur néerlandais, aussi précoce que controversé et aussi lucide que pessimiste sur l'espèce humaine. "Notre Oncle", paru aux éditions Héloïse d'Ormesson (merci Audrey !), en co-édition avec Actes Sud, est son 7ème roman publié en français et, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il m'a dérouté, intrigué et, s'il ne m'a pas totalement démoralisé, il n'a pas pour autant fait progresser l'estime que je peux avoir en l'espèce humaine...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Notre oncle" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv46510698.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce pavé de 660 pages se déroule dans un pays inconnu (sans doute en Amérique Latine, si l'on se fie à quelques indices), en des temps inconnus mais incontestablement modernes, dans un régime politique que l'on découvre d'emblée et qui va nous accompagner jusqu'au bout : "Notre oncle" a pour cadre une dictature militaire de la pire espèce, où l'armée a les coudées franches pour réduire au silence tout opposant présumé, où l'arbitraire règne en maître, mais où une opposition s'organise et vient mettre un grain de sable dans la belle mécanique totalitaire en place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le major Anthony est l'un des rouages de cette belle mécanique. Son boulot, c'est justement de débarquer chez les opposants présumés, de les arrêter, par la force, si nécessaire, et de remettre ces prisonniers à d'autres militaires qui sauront au mieux, remettre ces victimes désignées au pas, ou, au pire, les empêcher de nuire. Définitivement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un soir, alors qu'il doit arrêter un couple en pleine nuit, l'intervention tourne au drame. Un jeune soldat du détachement commandé par le major Anthony, commet une bavure. Avant même d'avoir été mis aux fers et soumis à la torture, ces opposants présumés sont exécutés pour un geste mal interprété...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Du souci en perspective pour le major, qui aime le travail bien fait et pas cette intervention bâclé par inexpérience... Pire, en fouillant la maison, Anthony découvre la fillette du couple qui vient d'être tué. Elle était dans sa chambre mais elle est sans doute trop jeune pour avoir bien compris ce qui se tramait sous son toit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dilemme pour le major. Lui qui est du genre à appliquer les règles à la lettre, service, service, le voilà déchiré par un sentiment violent... Normalement, il devrait faire subir à la gamine le même sort qu'à ses parents. Dégât collatéral. Mais voilà, le major a aussi une vie privée. Et son mariage avec la plantureuse Paloma va mal. Pour une raison simple : Anthony est stérile et n'a donc pas pu donné à son épouse l'enfant qu'elle désirerait tant avoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà un enfant désormais sans parent qui se trouve juste là, devant lui... La tentation est grande de soustraire l'enfant à l'autorité et de se l'approprier, purement et simplement. Et comme la gamine n'était pas prévue au programme, voilà qui facilite les choses. Anthony "adopte" donc la fillette, Lina.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'il la ramène au foyer conjugal, Anthony se dit qu'il a réussi le coup du siècle et que son couple est sauvé. Lui qui jusque-là n'a comme unique fierté la piscine minable qu'il est parvenue à faire creuser dans son jardin, il est sûr que cette fois, une vraie vie de famille l'attend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais c'est sans compter la réaction des deux autres intéressées : Lina se languit de ses parents et veut rentrer chez elle ; Paloma, elle, voudrait surtout connaître les joies biologiques de la maternité (grossesse, accouchement, etc.). Résultat des courses, Anthony a enfreint ses sacro-saintes règles pour rien, pris le risque de gâcher sa carrière pour une femme neurasthénique et une fillette quasi muette...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tant bien que mal, il va essayer de cimenter cette nouvelle famille, mais c'est lui qui va la faire définitivement exploser quand il va devoir quitter son foyer pour partir au front. Car une partie du pays est tenue par un mouvement de résistance qui semble donner plus que du fil à retordre à l'armée chargée de faire régner sur l'ensemble du territoire sa main de fer (et sans gant de velours).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour avoir trop souvent dit comment il voyait la stratégie à appliquer sur le terrain, Anthony, plus bureaucrate zélé que militaire d'élite, va se voir confier par son supérieurs hiérarchique (et, accessoirement, amant de sa femme) une mission qui devrait, en principe, l'éloigner de sa famille pour une quinzaine de jours maximum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais rien ne se déroule jamais comme prévu et la famille reconstituée du major Anthony va voler en éclats, incapable de résister à son absence. Après cette séparation, nous allons donc suivre le chemin séparé de ces trois personnages, Anthony, Paloma et Lina, en route vers leurs inéluctables destins (que je vous laisse le soin de découvrir plus en détails).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Grunberg se lance dans ce genre si spécial de la saga familial, ce genre qui nous raconte les vies de personnages romanesques que l'on voit traverser les vicissitudes de l'existence. Là, le traitement est un peu... différent. Pour y avoir des vicissitudes, il y en a, c'est certain, de la première à la dernière page. Ce qui change, ce sont les personnages eux-mêmes et leur conception de l'existence (à moi que ce soit justement l'existence elle-même qui ait fait d'eux ce qu'ils sont...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En mettant en scène des personnages désenchantés, sans avenir, espoir ou sentiment, Grunberg étale son profond pessimisme à propos de l'espèce humaine, sur fond de totalitarisme qui s'affrontent. Dans aucun des lieux où vont les personnages, on ne trouve autre chose que froideur, fatalisme et manque d'ambition. Partout, un absent de marque : l'amour. Toute cette société, du côté du pouvoir en place comme du côté de ceux qui s'y opposent, la même carence affective.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le major est un soldat obtus, arc-bouté sur des principes et des valeurs démentis chaque jour par les faits. Lui qui se rêvait en Napoléon dans sa jeunesse n'est qu'un minable exécutant qui s'en prend à des personnes désarmés et abat sur eux le bras d'une justice d'autant plus aveugle qu'elle n'a rien de juste. L'idée même de liberté donne des boutons à ce brave homme, simple participant à la grande machine liberticide. Construit sur des principes, il estime que la liberté abolit tout repère, ce qui la rend dangereuse, et que la seule liberté qui vaille, c'est la guerre, qu'il ne connaîtra enfin de près que pour son malheur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paloma rêve de strass, de paillettes et de célébrité. Ses modèles sont en photo dans les magazines de mode et people. Son principal atout, elle en est certaine, c'est son sex-appeal. Le mariage devait en faire une femme grâce à la maternité, mais la voilà enchaîné à son médiocre et stérile mari pour le pire sans qu'il ne puisse y avoir de meilleur. Son seul espoir, cet amant fertile qui lui promet de l'engrosser dès que la guerre aura pris fin... Sauf que la fin de la guerre est loin d'être proche, si j'ose dire....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lina, enfin, est née dans une famille qu'on suppose heureuse, jusqu'au jour où la bêtise d'un soldat inexpérimenté va la faire basculer. Privée de la seule famille qu'elle aurait jamais dû avoir, la gamine va se renfermer sur elle même, se construire sans cet amour familial aussi indispensable à l'être humain pour se développer que la lumière pour les plantes. D'abord en quête de ses parents (dont elle ignore toujours le sort funeste), elle va ensuite péniblement se chercher un talent à mettre en valeur pour devenir quelqu'un et ensuite, un idéal, ambition qui lui a toujours fait défaut. Mais, lorsqu'enfin, elle aura trouvé sa voie, une nouvelle fois, la Fortune, la Providence, la Destinée, quel que soit le nom qu'on lui donne, réduira ses efforts à néant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous subissent les évènements qui se produise. Seul celui qu'on appelle le chef d'orchestre, dernière rencontre-clef dans la vie de Lina (et dans le roman itou), semble vouloir contrôler cela. Seule autorité visible du livre, puisque jamais on ne voit les dirigeants de la dictature, rien que des sous-fifres, il est le moteur de la révolution en marche chargée de renverser le pouvoir totalitaire. Mais, on le soupçonne de vouloir remplacer le pouvoir déboulonné en en instaurant à terme un autre, tout aussi autoritaire et fondé sur la haine. Car, le chef d'orchestre ne déteste pas que le péché, mais aussi les pécheurs, nous rappelle Grunberg. Une idéologie qui nourrit constamment sa paranoïa au point de voir des espions partout...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, comme toutes les figures autoritaires rencontrées au long du roman, le chef d'orchestre n'est qu'un mythe. Les autres autorités sont des mythes, car abstraites, lui est un mythe car tout ce qu'il représente n'est qu'illusion, du flanc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Lina doit se construire, depuis la mort de ses parents, jusqu'à sa rencontre tronquée avec le chef d'orchestre, dans cette absence d'autorité, qui ne peut mener qu'à la désillusion, au désespoir... à l'indifférence, au détachement total de cette vie dont elle a été expulsée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment on en arrive au point final de ce long exposé : l'explication (succincte) du titre, "notre oncle". Cet "oncle", on le rencontre à plusieurs reprises dans le livre. Et à chaque fois, il désigne les figures tutélaires censées présider à l'existence des personnages. Etat, terre ou dieu, notre oncle est partout sans jamais être là, symbole très puissant de l'autre grand absent du livre : le père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas de père, juste des oncles, et des oncles fantoches, hypothétiques, désincarnés, désintéressés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, oui, "Notre oncle" est un roman sombre et pessimiste. Mais le regard de Grunberg sur la vacuité de l'existence est frappant, violemment intéressant. Sans malheur, le bonheur est impossible. Mais, ce bonheur, autre mythe pour nos personnages, est d'abord individuel quand tous ceux qui le recherchent le rêvent collectif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste donc à la pauvre Lina, condamnée par la vie à la solitude, à s'accomplir dans ce qui a brisé définitivement les minces espoirs de ses parents (biologiques comme "adoptifs") : la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La mort que l'on donne autant que celle qu'on attend.&lt;script src="http://citriq.net/widget/7rE" type="text/javascript"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-2747399739649070923?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/2747399739649070923/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/si-les-hommes-netaient-pas-aussi-seuls.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2747399739649070923'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/2747399739649070923'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/si-les-hommes-netaient-pas-aussi-seuls.html' title='&quot;Si les hommes n&apos;étaient pas aussi seuls, le monde se porterait bien mieux&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-7121164482525042556</id><published>2011-11-21T17:40:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.589+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>Recherche Britney désespérément...</title><content type='html'>Autant je suis peu sensible aux couvertures, autant je suis très attentif aux titres des livres, car, parfois, ils m'intriguent et me donnent envie de lire un roman plutôt qu'un autre. Et c'est ainsi qu'en cette rentrée littéraire, je me suis laisser tenter par le nouveau roman de Jean Rolin, "le ravissement de Britney Spears" (paru aux éditions POL). Une vraie découverte, car, si je connais et apprécie Olivier Rolin, je n'avais encore jamais lu de livre de Jean, son frère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le ravissement de Britney Spears" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv36428356.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment un agent des services secrets français peut-il se retrouver au fin fond du Tadjikistan, avec comme mission de noter les plaques d'immatriculation des voitures traversant (dans les deux sens) la frontière chinoise ? Eh bien, parce qu'il a échoué dans sa mission précédente, manquant de provoquer un incident diplomatique international à côté duquel le sabordage du Rainbow Warrior par les faux époux Turenge passerait pour de la gnognote...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette mission, c'est empêcher l'enlèvement de la chanteuse américaine Birtney Spears par des islamistes fondamentalistes. Comment les services français ont-ils obtenu cette information ? Mystère et boules de gomme... Mais une chose est certaine, nos valeureux espions comptent bien profiter de la situation, si jamais elle se produit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, un des meilleurs agents de terrain est envoyé à Los Angeles pour veiller sur la star, ou plutôt, pour se tenir prêt à intervenir avant tout le monde en cas de tentative terroriste. Mais voilà, est-il le vraiment le meilleur pour cette mission tant il semble étranger à l'univers "people" des paillettes hollywoodiennes. Pire encore, cet agent ne conduit pas et doit utiliser taxis, bus et métro dans cette mégapole où tout est fait pour donner la priorité à l'automobile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, voilà un homme qui, du fin fond de son exil asiatique, va nous relater ses (més)aventures dans cet univers qu'il méprise, lui qui préfère Orson Welles ou Bergman aux blockbusters planétaires et aux starlettes pour adolescents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans jamais la rencontrer véritablement, le narrateur va donc passer deux mois aux basques de Britney Spears, essayant de se familiariser avec les us et coutumes des stars, des paparazzis qui ne les lâchent pas d'un pouce, des médias qui font leurs choux gras de n'importe quel incident les concernant et découvrant aussi, de par ses pérégrinations à travers la Cité des Anges, l'envers du décor, bien moins glamour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut préciser que le moment pour surveiller Britney est particulièrement bien choisi car la jeune femme est au quotidien sous le feu des projecteurs, les médias et le public attendant de voir si elle va réussir à se sortir d'une période compliqué (divorce, addictions, pétages de plomb, prise de poids, activité musicale au ralenti...). Mais, peu à peu, comme c'est le sort terrible de métier, elle va se voir remplacée à la une des gazettes (et pas seulement) par une oncurrente plus jeune et plus déjantée, Lindsay Lohan...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme si le ravissement évoqué part Rolin dans le titre de son roman n'était ni l'expression d'une joie quelconque, ni une extase mystique, ni même un kidnapping à la portée retentissante, mais bel et bien, le ravissement de la une des titres de la presse people ou de caniveau...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà qui ne facilite pas la tâche de notre narrateur, obligé de s'acoquiner avec le "gratin" des journalistes people, afin de ne jamais perdre la trace de Britney et, par-là même, le fil de sa mission. Une mission dont la vacuité n'a d'égal que celle de ce monde totalement artificiel (pour eux, même le paradis, l'est...) et vain mais qui focalise l'attention en permanence d'un pays aux mains de la superficialité et de la pudibonderie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, il erre, de quartiers chics en établissements de luxe, mais aussi de zones plus sauvages, moins peuplées, en lieux laissés à l'abandon, comme ceux qui y vivent ou y survivent tant bien que mal, bien loin des fastes des villas de stars. Il joue les pique-assiette, essayant de se rappeler que l'espion qu'il est, malgré tout, se doit de rester discret dans un monde où cette valeur n'existe pas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, comme dans ce monde, tout n'est qu'illusion, le narrateur finit par se demander lui-même si sa mission a vraiment une existence, si on ne se joue pas de lui comme ces stars se jouent de leurs fans et des médias et s'il n'y aurait pas une autre histoire derrière le décor de carton-pâte dans lequel on le force à évoluer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A sa manière, Jean Rolin nous offre un roman qui se situe quelque part entre le roman noir des années 40 et les écrits de Brett Easton Ellis. Le narrateur a beau être un agent secret, il fait penser, par son côté désabusé et fatigué, à ces détectives privés qu'affectionnaient les Chandler ou autres Hammett. Les motels où descend notre agent sont aussi miteux que leurs bureaux étaient délabrés. Et toute l'affaire tourne autour de femmes fatales, blondes (enfin, par toujours...), lointaines et sans doute venimeuses, si on les côtoie de trop près.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le côté Ellis, il y a ce voyage dans les coulisses de la High Society hollywoodienne où seul le paraître compte, où, pour être discret, il suffit de porter d'énoooormes lunettes de soleil qui vous font remarquer encore un peu plus (mais c'est ça, le jeu !!), où les fringues de marque, la coiffure les cosmétiques en disent plus long sur vous que bien des discours (mais moins que les articles de presse et les reportages audiovisuels), où la vulgarité s'étale sans pudeur ni limite, où la violence n'est pas physique mais sociale et morale, où l'alcool et la drogue font partie du quotidien, où tout n'est finalement qu'une gigantesque comédie... pas drôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dernier contraste, celui entre les deux lieux où nous voyons évoluer notre brave agent... Entre Los Angeles et le Tadjikistan, quelle différence d'atmosphère ! La fourmilière californienne est en ébullition permanente quand l'ennui menace de tout ronger sur place comme la rouille une grille en fer forgé... Mais, après à la futilité totale de Hollywood, il se retrouve dans un lieu certes bien moins excitant a priori mais qui concentre tous les maux de la géopolitique mondiale actuelle (le Tadjikistan a des frontières que nous qualifierons poliment de poreuses avec la Chine, le Pakistan et l'Afghanistan).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant, le monde entier se fout éperdument (et lui le premier) de ce qui se passe là-bas tandis que les frasques de Britney, Lindsay et les autres alimentent les conversations devant les machines à café du monde entier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rolin dénonce dans "le ravissement de Britney Spears", cette société otage du people au détriment de toute autre évènement pourtant plus important qui pourrait se dérouler dans le monde. Tout n'y est que toc et bling-bling, mais c'est ce qui fait rouler les affaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après tout, doit-on être surpris de cela ? La règle de notre société (du spectacle) actuelle n'est-elle pas, quoi qu'il se produise par ailleurs : the show must go on ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne me pose qu'une seule question au sujet de ce roman : faut-il le lire au premier degré ou bien peut-on le lire avec un certain recul, qui confinera au mépris de la culture populaire chez certain, à un humour féroce, chez d'autres...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/79W"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-7121164482525042556?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/7121164482525042556/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/recherche-britney-desesperement.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7121164482525042556'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/7121164482525042556'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/recherche-britney-desesperement.html' title='Recherche Britney désespérément...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5481396330916431910</id><published>2011-11-18T21:36:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.164+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Quoi ! Des phalanges mercenaires terrasseraient nos fiers guerriers !" (extrait de... "la Marseillaise").</title><content type='html'>C'est la première fois que je participe à un partenariat proposé par le site Livraddict.com, ça s'arrose, non ? Bon, pas tout de suite, j'ai encore tout un billet à rédiger. Et ce billet va concerner un thriller politique plutôt réussi, en tout cas agréable à lire, publié de façon originale par une maison d'éditions que je ne connaissais pas mais dont je vais me souvenir, Scrinéo. Un thriller signé par... un officier de police (à la Brigade de Répression du Banditisme), Marc Wilhem. Autant dire qu'il sait de quoi il parle dans ce quatrième livre, intitulé "Contractors".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Contractors" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv40523416.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un "contractor", c'est ce que l'on appelait il n'y a pas si longtemps encore un mercenaire. Un contractor est, pour utilisé le mot français équivalent, un contractuel, un soldat qui a signé un contrat avec une Société Militaire Privée (SPM), secteur économique en plein essor depuis ces dernières années.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Stéphane Muller est l'un de ces contractors. Ancien militaire, il est passé dans le privé et travaille pour une boîte française chargée de sécuriser des lieux, des sites industriels, des transports de marchandises ou autres. Pour l'heure, sa mission l'emmène au Brésil où, pour le compte d'une entreprise chinoise, il doit, avec ses hommes surveiller un chantier d'exploitation forestière dans un coin perdu de la forêt amazonienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'objectif des mercenaires : empêcher quiconque d'approcher de trop près ce chantier totalement illégal qui vise à faire transiter des bois précieux jusqu'en Chine sans respecter une seule seconde les conventions internationales et les lois brésiliennes, mais avec l'assurance de dégager au final un copieux bénéfice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment Stéphane et ses acolytes (Johannes, le Sud-Africain, Boris, le Russe ou Boiselet, le Français, &amp;nbsp;en rupture avec l'armée pour cause d'idées d'extrême-droite très affirmées, etc.) vont s'en prendre à une escadre de l'armée brésilienne venue sur place voir ce qui s'y passe. Une escadre dirigée par Thomas, un officier sûr de son fait, conscient de la noblesse de sa mission, persuadé que le pays doit lutter contre ce genre de trafic pour grandir et gagner ses galons de puissance mondiale plus seulement émergente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'embuscade, Thomas va laisser son meilleur ami, tué par les balles des mercenaire. Il va aussitôt se jurer de retrouver ces assassins où qu'ils aillent, où qu'ils se trouvent...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il va devoir en effet traverser le globe sur les traces de Stéphane et de ses hommes. Car, ceux-ci doivent escorter le chargement de bois par les mers jusqu'en Chine, en passant par des secteurs où sévissent des pirates qui ne font pas vraiment de quartier... Une fois le chargement arrivé à destination sans trop d'embûches, si ce n'est une petite bataille navale réglée en deux temps, trois mouvements, Stéphane et son équipe pourront revenir en France.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce retour dans l'Hexagone n'est pas synonyme de vacances, au contraire, une nouvelle mission y attend les contractors, secrète, sensible, dangereuse... et pas que pour Stéphane et ses hommes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes en effet en pleine pré-campagne présidentielle. L'actuel locataire de l'Elysée ne se représentera pas et deux hommes sont favoris pour lui succéder : le premier ministre, Darcourt, et le ministre d' intérieur, Bellestra. Deux hommes qui ne s'apprécient guère, bien que du même bord politique. Alors, tous les coups sont permis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samir est un jeune journaliste. il travaille pour Amicus, une agence de presse indépendante qui réalise des reportages d'investigation assez poussées sur des sujets qui défrayent la chronique. Enfin, indépendante, tout est relatif. Car l'agence appartient à un groupe industriel qui détient également la plus grande chaîne de télé du pays et l'un des quotidiens les plus suivis. Et comme le groupe est plutôt proche du ministre de l'intérieur, trouver deux ou trois trucs pour entamer la popularité et l'aura immaculée du premier ministre serait parfait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samir va s'y coller et trouver la faille... Gagnant ainsi ses galons de grand reporter, le jeune homme va alors se voir confier une autre enquête d'envergure. Mais, entre information et manipulation, il n'y a plus qu'un pas, de nos jours...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc Wilhem a donc choisi de nous éclairer sur ces Sociétés Militaires Privées qui fleurissent depuis la fin de la guerre froide. Pas en nous emmenant dans territoires évidents où l'on sait bien qu'elles sévissent (Irak, Afghanistan...) mais dans des territoires où la guerre qui fait rage est économique ou politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne sommes plus au temps de Bob Denard et de la Françafrique triomphante, mais dans une époque où les intérêts sont tels, aux quatre coins du monde, qu'il faut des hommes capables de défendre mais aussi d'attaquer, d'utiliser la force armée dans la plus totale illégalité ou en état de légitime défense, si l'occasion se présente. Wilhem, entre Brésil, côtes somaliennes, Chine et France, met en place des théâtres d'opération particuliers où le front est économique, diplomatique et politique et plus à proprement parler militaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au-delà de la description des agissements plus ou moins coupables de ces barbouzes du XXIème siècle, Wilhem dessine une trame de fond passionnante à partir de faits réels, que ce soit l'exploitation clandestine des bois tropicaux (j'allais dire le braconnage...), l'interventionnisme discret mais de plus en plus téméraire de la Chine à travers le monde, la piraterie moderne ou encore les relations sulfureuses entre médias, industriels et politiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il utilise pour cela des évènements que le lecteur reconnaîtra parfois aisément, puisque ce sont de vraies affaires, revues et un poil corrigées (enfin, j'espère !) qui sont le cadre de cette affaire. Les intérêts de chacun s'entremêlent et l'engrenage fonctionne parfaitement jusqu'au dénouement et aux révélations finales qui vont s'ensuivre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Wilhem choisit à juste titre, à mes yeux, de ne pas recourir au manichéisme dans le traitement de ces SMP : à tour de rôle, on voit Stéphane et ses hommes agir "bien" ou "mal", selon des valeurs qui ne s'appliquent pas vraiment au monde des mercenaires, qui n'ont en tête que la réussite de la mission qui leur a été confiée. Ils sont payer pour obéir aux ordres, pas pour porter des jugements moraux dessus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, Stéphane Muller est atypique dans sa manière d'appréhender le job, puisque lui, conserve cette espèce de sens du devoir qui lui fut inculqué lorsqu'il était dans l'armée régulière. A contrario, Thomas, l'officier brésilien qui se lance à la poursuite des barbouzes pour venger son ami d'enfance va choisir volontairement de sortir du cadre très ordonné, très carré, qui est le sien au quotidien, de laisser la noblesse de ses idéaux au vestiaire le temps de régler ses comptes. Enfin, Samir, de par sa jeunesse, son inexpérience, a une vision naïve et idéalisée de son métier de reporter. Il fonce tête baissée, sans penser une seconde que les tuyaux qu'il dégote soient un peu percés. Et voilà comment le piège va se refermer sur lui...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, au-delà de leurs erreurs, de leurs défauts, de ces destins si différents, ces trois-là possèdent encore, envers et contre tout (ou tous) quelque chose qui les différencie de tous les autres personnages de "Contractors" parce que ces autres ne l'ont pas ou plus. Et ce quelque chose, c'est le sens de l'honneur, dans une société où cette valeur est plus qu'obsolète...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot, non plus sur le roman, mais sur le livre et sur une excellente initiative des éditions Scrinéo : à la fin de chacun des livres de cette collection de thriller, l'éditeur invite un spécialiste pour proposer un cahier documentaire sur le sujet central du roman. En une douzaine de pages, on a donc un tas d'informations très intéressantes pour mieux nous permettre d'appréhender le coeur du récit qu'on pourrait ne pas ou mal maîtriser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ici, pour "Contractors", la parole est donnée au journaliste Jacques Massey, connaisseur pointu des questions de sécurité. Ils nous donne des explications précises et circonstanciées de ce que sont vraiment les SMP, les cadres législatif et international dans lesquels elles évoluent, les explications sur leur développement exponentiel ces dernières années mais aussi les inquiétudes que ce développement peut légitimement poser et la position des politiques sur ce sujet...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une initiative remarquable et une très bonne idée qui permettent au lecteur d'approfondir la réflexion après avoir fini le roman proprement dit. Encore une fois, c'est un leitmotiv chez moi, c'est bien la preuve que le thriller, genre souvent synonyme de divertissement et de détente, peut aussi être un genre intelligent qui peut faire fonctionner à plein régime les petites cellules grises de ses lecteurs.&lt;script src="http://citriq.net/widget/76U" type="text/javascript"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5481396330916431910?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5481396330916431910/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/quoi-des-phalanges-mercenaires.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5481396330916431910'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5481396330916431910'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/quoi-des-phalanges-mercenaires.html' title='&quot;Quoi ! Des phalanges mercenaires terrasseraient nos fiers guerriers !&quot; (extrait de... &quot;la Marseillaise&quot;).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-1255443481527334196</id><published>2011-11-16T13:15:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:50:07.318+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fantastique'/><title type='text'>Après eux, le déluge...</title><content type='html'>C'est le 7ème titre de Nicolas d'Estienne d'Orves auquel je m'attaque et, comme les 6 fois précédentes, j'ai aimé retrouver son univers bien déjanté, exempt de politiquement correct, rocambolesque à souhait, avec en plus, cette fois, un très intéressant clin d'oeil à Jules Verne qui est un vrai plus. Comment étiqueter, puisque c'est notre grande habitude, presque une passion, ce nouveau roman ? Sur la couverture de "l'enfant du premier matin", qui vient de paraître chez XO, on lit thriller, un terme générique bien insuffisant. Car, outre le rythme du thriller, d'Estienne d'Orves y ajoute le fantastique et l'ésotérisme pour un livre qui se lit comme avance l'intrigue : à 100 à l'heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'Enfant du premier matin" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv23127351.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Valentin est un garçonnet comme les autres. Ou presque. D'abord, parce qu'il est né le 11 septembre 2001. Ensuite parce que son père est mort accidentellement en 2010 et que ce père disparu semble lui avoir transmis une insatiable curiosité pour des sujets bien complexes pour un enfant de son âge. Ensuite, parce qu'il semble posséder des dons étranges, faire des cauchemars horribles et parler dans son sommeil agité une langue inconnue. Enfin parce qu'il est malade, atteint d'un mystérieux syndrome, une maladie orpheline que tout le monde ou presque semble ignorer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lucie, la maman de Valentin, a choisi, à la mort de son époux, de se retirer sur les hauteurs de Carpentras. Evidemment, elle se ronge les sangs devant son fils unique, ses douleurs, ses inquiétudes et ses aptitudes... Elle l'a donc, dès son installation en Provence, emmener consulter un pédopsychiatre, Laurent Soulès, qui semble bien avancer avec l'enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, quand la santé de Valentin se dégrade, à l'approche de ses 12 ans, les deux adultes sont fort désemparés. Ils tentent alors de l'adresser aux spécialistes les plus pointus, ce qui, après un passage par Rome, les envoie à Florence... Pas la capitale de la Renaissance, non, Florence, Wisconsin, trou paumé des Etats-Unis, perdu au milieu d'une dense forêt. Là, se trouve, au milieu des méandres d'un fleuve, un archipel où s'est installée LA clinique qui pourrait soigner Valentin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, quand Lucie, Valentin et Laurent arrivent là-bas, ils sont fort décontenancés. Car Valentin est loin d'être le seul patient de la clinique du professeur Ouspansky. Ils sont une trentaine de gamins a souffrir des mêmes symptômes, à subir des changements physiques impressionnants et... à se parler dans cette langue bizarre dans laquelle Valentin s'exprimait dans ses cauchemars... Enfin, dernier détail, mais pas des moindres, comme Valentin, tous ces petits malades sont nés le 11 septembre 2001...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lucie accepte mal ce que subit son fils (on le serait à moins !) mais trouve que cette clinique a plus des airs de secte que de sanatorium. Alors qu'elle essaye de trouver le moyen de quitter les lieux avec Valentin, la clinique est démantelée, tous les occupants disparaissent sans laisser de trace et la jeune mère, à qui il ne reste que son enfant unique, se lance dans une course désespérée pour retrouver son fils, comprendre qui sont ceux qui lui ont pris et pressent qu'il y a là quelque chose qui la dépasse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et elle a raison...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reprenant des thèmes, des lieux et des situations qui lui sont chers, puisqu'on y retrouve des éléments de chacun de ses précédents romans, Nicolas d'Estienne d'Orves nous emmène dans une course contre la montre, ou plutôt contre le temps, menée à toute vitesse, haletante, ébouriffante, la bataille d'une mère pour sauver son fils adoré d'un danger qu'elle ne comprend pas et assez rapidement, car elle soit aussi tenir compte de la maladie du garçon, qui semble sans cesse empirer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le lecteur, lui non plus n'est pas au bout de ses peines. Car l'auteur, dans son esprit torturé (si, si, un peu quand même...), a conçu un contre-chant qui vient s'entrelacer avec le récit principal comme le ferait une spirale d'ADN. De cette deuxième histoire, je ne vais pas vous parler trop, pour ne pas déflorer l'intrigue. Mais c'est la partie qui fait penser aux romans de Jules Verne, de part l'époque dans laquelle elle se déroule en grande partie, la fin du XIXème siècle, ainsi que par le fantastique et l'aventure qui s'y mêlent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des rites sataniques dans cette époque où l'ésotérisme est en vogue, jusqu'aux confins de l'Himalaya, il voyage, notre "Saint-A", comme tous le monde l'appelle. Et nous le suivons avec curiosité dans ses tribulations, jusque dans des lieux dont l'existence vous surprendra certainement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette deuxième facette est, pour nous lecteurs, la possibilité que n'a pas Lucie, d'entrevoir les enjeux majeurs qui se concentrent autour de Valentin. Des enjeux qui remontent aux origines de la civilisation mais qui demeurent aujourd'hui cruciaux. Quand je dis "entrevoir", c'est évidemment parce que l'histoire d'Yves de Saint-Alveydre, personnage centrale de cette partie se déroulant dans le passé, nous est proposée au compte-gouttes, comme les pièces d'un puzzle qui vont finir par s'assembler pour nous donner enfin accès au véritable décor de cette histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un décor toutefois où les faux semblants abondent, où les croyances , même les plus ancestrales, sont sans cesse remises en cause, où les frontières entre bien et mal sont floues voire entremêlées. Car, en nous faisant voyager aussi bien dans l'espace que dans le temps, d'Estienne d'Orves s'amuse à redessiner tout ce que nous savons de notre histoire et de notre géographie. Ainsi que les valeurs qui sont attachées à ces périodes marquantes de l'humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et si, finalement, &amp;nbsp;rien de ce que nous connaissons, ou croyons connaître, ne venait de là où l'on nous l'a dit ? Et si on nous avait menti ? Dans quel but, alors ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pourquoi il faudrait vite retrouver Valentin et ses ravisseurs, car, malgré ses 12 ans, l'enfant pourrait être la clef permettant d'accéder au Grand Secret de notre Humanité, rien que ça, et donc de le révéler au monde entier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le savais déjà, pour avoir lu "Fin de race" ou "Rue de l'Autre-Monde", mais aussi les thrillers plus récents qu'a publiés chez XO Nicolas d'Estienne d'Orves, l'imagination de ce jeune auteur (37 ans) n'a pas de borne. Une impression que vient confirmer cet "enfant du premier matin", roman passionnant qui mêle histoire biblique, roman gothique du XIXème siècle, thriller ésotérique contemporain et roman d'action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet auteur baroque et empli d'une folie (pas toujours) douce, poétique et proche du surréalisme, explore dans ce nouveau roman une vision humaniste du monde, une vision qui n'appartient qu'à lui (dans le fond, pas forcément, mais dans la forme, c'est certain !), une vision plutôt anticonformiste et quelque peu provocatrice, au final, dans cette époque troublée où la tolérance n'est pas toujours de mise...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré une fin que d'Estienne d'Orves embrouille à merci dans un étourdissant jeu de miroirs (peut-être même un peu trop étourdissant, on peut s'y perdre...), "l'enfant du premier matin" est un livre qui se dévore (630 pages en moins de 3 jours, en ce qui me concerne). On est emporté par cette histoire d'abord intrigante puis qui nous plonge dans le fantastique comme on glisse sur un toboggan : doucement d'abord, puis de façon vertigineuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec un leitmotiv, en guise de conclusion : l'homme est au centre de tout et a son destin entre ses propres mains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un &lt;a href="http://www.ebible.free.fr/livre.php?_id=ge&amp;amp;_chap=6"&gt;texte biblique&lt;/a&gt;, à avoir en tête au cours de votre lecture (pas vraiment un spoiler, mais il vaut mieux lire le roman d'abord)...&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6s3"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-1255443481527334196?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/1255443481527334196/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/apres-eux-le-deluge.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1255443481527334196'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1255443481527334196'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/apres-eux-le-deluge.html' title='Après eux, le déluge...'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-1736116205951398140</id><published>2011-11-13T12:42:00.001+01:00</published><updated>2012-02-06T02:36:28.893+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman historique'/><title type='text'>"L'opéra, c'est moi !"</title><content type='html'>Une citation, non pas du personnage dont nous allons parler, mais extraite de sa biographie romanesque écrite par Vincent Borel. Le personnage en question, c'est Lully, le fameux musicien de l'époque de Louis XIV, personnage central et narrateur (voilà une des originalités de la chose) de "Baptiste", sorti en poche chez Points Seuil, et la phrase fait bien sûr référence à la fameuse phrase du Roi Soleil : "l'Etat, c'est moi !".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Baptiste" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv67557807.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Baptiste", c'est le récit d'une ascension exceptionnelle, celle d'un homme que ni la naissance, ni le caractère, mi les moeurs ne prédisposaient à monter si haut. Car, Baptiste est fils d'un meunier florentin, initié très tôt aux amours contre-nature, se découvrant des talents musicaux par hasard et une prédisposition pour les fêtes bien arrosées et les blagues de potaches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Repéré par un membre de la famille de Guise lors d'une de ces fêtes, le tout jeune Giambattista est acheté à ses parents et offert à la Duchesse de Montpensier, qui va lui donner le prénom sous lequel tout le monde finira par l'appeler : Baptiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, tout doué qu'il soit, voilà Baptiste dans la fosse aux lions : propulsé au sein de la bande des six violons, chargés de jouer pour la Duchesse quand bon lui semble, Baptiste doit se frotter aux jalousies de ses collègues : il est italien, n'a pas appris la musique dans une académie mais est autodidacte et surtout, il n'est pas issu d'une famille de musiciens comme c'est l'usage à l'époque. Pourtant, il fait petit à petit son trou à Paris, grâce à son don, c'est vrai, mais aussi à une capacité de travail et une ambition chevillées au corps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, dès cette jeunesse plutôt insouciante, libertine et alcoolisée, il va se constituer ce clan qui lui manquait jusque-là. Et comme il est dégourdi et malin, c'est cette fois de Mazarin qu'il va parvenir à se faire remarquer. Un soutien tacite, pas uniquement dû aux origines communes des deux hommes, qui va ouvrir les portes de la Cour à Baptiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là encore, son talent mais aussi son tempérament, son intégrité, son ambition et son orgueil vont en faire un homme incontournable du cercle proche du jeune Louis XIV. A la mort de Mazarin, haï par tout le royaume, y compris la Cour, c'est sous l'aile de Colbert qu'il trouvera protection. Oh, pas celle d'un mécène, non, car Colbert et Lully sont bien trop habiles politiques pour se fier à qui que ce soit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'ailleurs, citons ce passage du roman de Borel, lors de la première rencontre entre Lully et Colbert. Ce dernier, ombre de l'éminence Mazarin, a repris ses dossiers et révèle au musicien comment le voyait la cardinal : "talent... nouveauté... volontaire... plaît au Roi... orgueilleux... peu influençable...Homme utile à garder auprès de sa Majesté..."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré ses origines italiennes très modestes, malgré ses moeurs dissolues et condamnées par la morale de l'époque (quoi que pratiquées par beaucoup d'hommes en vue), malgré son originalité musicale qui heurte les très académiques musiciens de l'époque, Baptiste va devenir indispensable au jeune Roi. D'abord, en en faisant ce roi danseur dont on parle encore, en lui donnant le goût de ces ballets incroyables auxquels toute la Cour participait, ballets pour lesquels il composa des musiques devenues très populaires (ce qui était loin d'être le cas de ses collègues), des mélodies reprises dans les rues par un peuple souvent dans la difficulté matérielle mais en osmose avec son jeune souverain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois devenu LE musicien du Roi, Lully va imposer ses vues musicales et artistiques à tous, éclipsant tous les autres compositeurs du Royaume et tous ceux qui ne voulaient pas de ses directives. Mais Louis XIV apprécie tant la musique de Baptiste qu'il va l'installer, d'abord comme surintendant de la musique royale, puis directeur de l'Académie Royale de Musique (dont il acquerra le privilège, arme absolue contre ses concurrents) puis le corps des secrétaires du Roi, un des postes les plus élevés de la Cour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est justement comme directeur de l'Académie Royale de Musique qu'il va imposer sa patte à tout le royaume : poussé par Colbert qui veut "un opéra à la Française", et non plus l'opéra à l'italienne, Lully va définir le cadre de ce nouveau genre, un genre dont il s'arrogera le monopole, au nez et à la barbe de ses confrères. Une décision indispensable à une époque où Louis XIV commence à délaisser les ballets et attend des spectacles nouveaux pour chanter sa gloire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lully saura parfaitement cela. A sa mort, en 1687, il aura su obtenir des postes et des privilèges (donc transmissibles à ses héritiers) de haute tenue, il aura su faire oublier ses origines étrangères et roturières en devenant le maître de la musique "à la française" et Monsieur de Lully. Il aura su avoir l'oreille de Louis XIV pendant plus d'un quart de siècle, devenant le seul musicien à composer pour lui. Il aura su échapper aux jalousies, aux chausses-trappes politiques et courtisanes, mais aussi à tous les dévots qui réprouvaient son homosexualité et ses débauches. C'est pourtant la religion qui le perdra et le fera tomber en disgrâce, Louis XIV subissant l'influence très religieuse de sa favorite, Mme de Maintenon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En faisant de Lully le narrateur de sa propre vie, Vincent Borel nous en dresse un portrait loin des clichés véhiculés sur lui depuis des siècles et qui en font un véritable tyran. Ambitieux et orgueilleux, oui, courtisan, oui et non, car s'il a su s'approcher bien près du Roi Soleil et si son oeuvre n'a cessé de rendre des hommages appuyés au souverain, il est l'antithèse de ces courtisans qui sont nés nobles, n'ont rien eu à faire pour rejoindre la Cour, n'ont ni talent ni besoin d'en avoir pour être quelqu'un.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son ambition est, c'est vrai, très personnelle (devenir quelqu'un envers et contre tout en partant du bas de l'échelle sociale, devenir plus Français que ces Français qui le raillent) mais aussi artistique. Car c'est lui qui a su casser la tradition musicale, complètement &amp;nbsp;pour régénérer le ballet ou acculturer l'opéra à la culture française. Avec un unique désir : faire du beau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car Lully n'est pas qu'un "simple" compositeur : il est multi-instrumentiste, même si le violon semble être son instrument deprédilection, il est chef d'orchestre, danseur, chorégraphe, comédien, chanteur, se mettant en scène dans ses oeuvres en même temps que le Roi et toute sa Cour... Homme d'affaires, également, qui sait faire valoir ses droits, allant jusqu'à réclamer son dû à Colbert en personne, un poil avare, même, ne jurant que par l'or qu'il amassera tout au long de sa vie, laissant à ses descendants une fortune immense.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et l'on découvre que la musique, en cet Ancien Régime verrouillé (par Richelieu, d'abord, Mazarin ensuite, et enfin, par Louis XIV lui-même),&amp;nbsp;un mode de communication entre grands du Royaume,&amp;nbsp;un outil politique d'importance, un objet de pouvoir, indispensable à maîtriser dans un pays où, même lorsqu'on est en guerre, une seule chose a de l'importance : faire la fête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans cette atmosphère orgiaque quasi permanente, Lully se sent chez lui. La fête fait partie de son caractère, l'abus de vin, de tabac, les liaisons avec des hommes, les blasphèmes, sont son quotidien. L'homme est truculent (attention, on aime ou pas, mais il a un côté paillard et pas du tout hypocrite qui charme en cette époque de Tartuffes), entièrement centré sur son art.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, même si aujourd'hui, son nom n'est pas le premier qui vient à l'esprit lorsqu'on demande de citer un musicien classique, il faut se souvenir que la musique de Lully va influencer tous les compositeurs européens à venir. Son aura posthume brillera longtemps, malgré sa disgrâce finale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour en revenir au livre de Vincent Borel, il s'agit bien d'un roman, presque d'une réhabilitation du personnage. Il n'hésite pas à prendre des libertés avec les biographies officielles : point, par exemple, de coup de bâton sur le pied déclenchant la gangrène, comme on l'apprend à l'école ou comme on le trouve dans la plupart des livres ou sur Wikipedia. Lully devient un véritable personnage de roman au fil des pages et l'on a envie de (re)découvrir sa musique pour accompagner sa lecture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un personnage qui s'adresse directement à nous, lecteurs de 2011, comme s'il nous apparaissait. Ce qui permet à ce garçon espiègle de jouer astucieusement avec l'histoire et la culture de son époque pour des clins d'oeil souvent très drôles. On le suit jusqu'à l'épilogue où il nous emmène dans l'église Notre-Dame-des-Victoires, à Paris, où il repose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, "Baptiste", c'est aussi la passionnante chronique d'un règne, en tout cas de la première moitié du règne de Louis XIV. Arrivé en France juste avant la fronde, Lully meurt en 1687 alors que la Cour s'apprête à prendre ses quartiers à Versailles. Il a connu la meilleure partie du règne du souverain, lorsque celui-ci sut conquérir le coeur de son peuple, être un roi ouvert, joyeux, fin politique, le Roi Soleil dans toute sa splendeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lully disparaît alors que les nuages commencent à masquer le soleil : la révocation de l'édit de Nantes a réveillé les querelles religieuses, un fanatisme catholique gagne la cour (jusqu'à l'entourage proche de Lully, pourtant peu enclin à la dévotion...), les caisses ont bien du mal à se remplir, les impôts écrasent le peuple qui ne mange pas à sa faim, l'ennui a gagné la noblesse, de plus en plus oisive et renfermée sur elle-même et le pouvoir se concentre dans les mains d'un monarque désormais tout-puissant, incarnant seul l'Etat, pour le meilleur et pour le pire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme si l'ère des réjouissances, des fêtes grandioses, des ballets et des opéras magnifiques était morte en même temps que Lully...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, pour finir, écoutons la musique de Lully...&lt;br /&gt;- Son premier grand ballet,&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=6eQfuED0U2o"&gt;"le triomphe de l'amour"&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;- L'un de ses ballets les plus connus, composé pour une des pièces de son complice Molière,&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=DmYkaqX6Zfg"&gt;"le Bourgeois Gentilhomme"&lt;/a&gt;. La relation orageuse entre Lully et Molière est l'un des épisodes marquants de "Baptiste".&lt;br /&gt;- un extrait de son premier grand opéra :&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=IoSDcWVI0O8"&gt;"Alceste"&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;- un extrait d'une de ses oeuvres majeures : l'opéra&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=zqlaYgHa6Ew"&gt;"Atys"&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;- enfin, son&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=Osa7vU2-9m4"&gt;"Te Deum"&lt;/a&gt;, une de ses rares oeuvres sacrées. L'oeuvre qu'il dirigeait lorsqu'il se serait donné un coup de canne fatal sur le pied... Idée non reprise dans "Baptiste"...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6se"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-1736116205951398140?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/1736116205951398140/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/lopera-cest-moi.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1736116205951398140'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/1736116205951398140'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/lopera-cest-moi.html' title='&quot;L&apos;opéra, c&apos;est moi !&quot;'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4435058719668933130</id><published>2011-11-09T23:57:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.131+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais" (Saint Paul).</title><content type='html'>Il y a 40 ans, un roman d'horreur était publié par un auteur connu jusque-là pour ses écrits humoristiques. Ce roman, et plus encore son adaptation cinématographique, sont devenus cultes. L'auteur s'appelle William Peter Blatty et le roman, c'est "l'exorciste"... Blatty, 80 ans passés, vient de publier en France, aux éditions Robert Laffont, son nouveau roman "Dimiter", un thriller ésotérique qui flirte avec le fantastique. Etonnant, non ? Pourtant, même si on ne peut s'empêcher de repenser à "l'exorciste" et même s'il y a des éléments communs, "Dimiter" est un roman bien différent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img height="320" src="http://www.decitre.fr/gi/95/9782221115695FS.gif" width="201" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout commence en Albanie, en 1973. Un inconnu, pas très bavard, est arrêté par la police locale qui enquête sur une vendetta familiale. Dans cet état policier, coupé du reste du monde, un inconnu qui semble arriver de nulle part, ne paraît n'avoir rien à faire là, n'est reconnu par personne et propose une identité plus que floue intrigue, inquiète même : il ne peut être qu'un espion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Transféré dans le service du colonel Vlora, l'homme, qui conserve un parfait mutisme, est alors soumis aux tortures les plus élaborées, physiques et psychologiques. Et pourtant, il ne dit rien. Plus incroyable encore, il semble ne ressentir aucune douleur. Et, pour finir, il réussit à s'évader en laissant derrière lui les cadavres de ses tortionnaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Vlora, le seul homme capable de se sortir d'une telle situation sans une égratignure s'appelle... Dimiter. Un homme que beaucoup connaissent sous un charmant surnom : "l'agent de l'enfer".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an plus tard, à Jérusalem. Simultanément, des évènements inhabituels se produisent dans la ville. Un accident de la route laisse une voiture calcinée après avoir défoncé la pompe à essence d'une station-service, mais il n'y a aucune trace d'un conducteur... Un corps sans vie est découvert au bas de l'escalier qui mène à l'église orthodoxe de l'Ascension... A l'hôpital de la Hassadah, des malades atteints de maladies incurables guérissent soudainement... Un autre cadavre est découvert, ô sacrilège, dans le tombeau du Christ...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aucun de ses évènements ne semble avoir de lien avec les autres, mais ils mettent en émoi deux amis d'enfance, Moses, devenu neurologue, et Meral, flic au commissariat en charge de la Vieille Ville et donc du quartier chrétien de la ville trois fois sainte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, dans cette période de guerre froide, quelques mois à peine après la guerre des 6 Jours, l'Etat d'Israël, qui dit police dit aussi services secrets. L'activité de renseignement connaît une forte intensité, Américains, Russes mais aussi Albanais sont sur les dents, ce qui ne peut qu'inquiéter les pontes israéliens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quels rapports peut-il y avoir entre ces deux séries d'évènements ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est un puzzle de 260 pièces, euh, pages que nous propose Blatty avec "Dimiter". Chacune des pièces nous est distribuée par l'auteur avec une précision... diabolique, sans mauvais jeu de mots. Chaque élément est un rouage de l'engrenage final, chaque détail vient s'insérer dans le dessin final.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, pour mieux brouiller les pistes, Blatty trouble très habilement les frontières entre thriller classique et fantastique. L'utilisation de rêves, l'aspect miraculeux des guérisons, des symboles disséminés ça et là dans le cours du récit mais aussi des personnages aux curriculum vitae assez flous, tout cela contribue à créer une ambiance tendue tout au long du roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne sait absolument pas où nous emmène Blatty, tant sur le fond de l'histoire que sur sa forme jusqu'aux dernières pages. L'utilisation des interrogatoires, à plusieurs reprises, donne un aspect désincarné au récit qui ajoute au trouble ambiant d'un roman, finalement très noir où des thématiques différentes (que je ne vous révélerai pas, of course...) viennent se télescoper.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne peut tout de même laisser de côté l'aspect religieux des choses, au coeur de cette histoire qui se déroule à la fois, et ce n'est forcément pas un hasard, en Albanie, pays qui, dans sa période totalitaire, a vigoureusement prôné l'athéisme d'Etat, et à Jérusalem, ville qui concentre des lieux saints des 3 grandes religions monothéistes, certains servant même de cadre aux rebondissements de "Dimiter".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On se doute bien que cette question religieuse a une importance cruciale dans tout ce qui se passe sous nos yeux de lecteurs, mais Blatty fait tout pour qu'on ne puisse pas soupçonner les mobiles des uns et des autres, qu'ils soient spirituels ou bassement terre à terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dernier point qui n'aide pas le lecteur mais le pousse à vouloir aller au bout pour comprendre, c'est le personnage de Dimiter lui-même. L'insaisissable Dimiter, devrais-je écrire. Une légende de l'espionnage mondial, un tueur impitoyable qui a toujours rempli les missions que lui a confiées son employeur : la CIA.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui est vraiment Dimiter ? Eh bien, on ne le sait pas ! L'avantage du livre sur le film, c'est qu'on peut aisément et sans trucage particulier laisser dans l'ombre un personnage. Dimiter m'a rappelé l'héroïne mise en scène par Ayerdhal dans son thriller "Transparences", un personnage que personne n'est capable de décrire, comme si elle n'imprimait pas la rétine de ceux qui la croise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est comme ça, Dimiter, un caméléon qui ne laisse derrière lui que des photos floues et imprécises et des descriptions banales à souhait. Un fantôme, sacrément efficace dans son job, mais dont personne ne semble vraiment connaître la raison de sa présence en Albanie. Que dire, alors, de son hypothétique présence en Terre Sainte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dimiter a le rôle titre du roman, le rôle central aussi, puisque toute l'intrigue s'articule autour de lui, et pourtant, il faut attendre la fin du livre pour savoir qui il est. Un bel exercice de style !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là encore, Blatty joue avec les symboles, dont le personnage de Dimiter semble être presque composé entièrement. Là encore, je ne peux pas trop en dire, trop d'indices risquant de vous dévoiler trop d'éléments clefs de l'histoire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'elle est frustrante, cette chronique ! Qu'il est difficile de vous parler de ce livre qui m'a intrigué deux jours durant ! Mais on peut dire toutefois qu'il s'agit encore d'un affrontement entre le bien et le mal, comme "l'exorciste", comme si "Dimiter" était le négatif du classique de Blatty.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste que "Dimiter" est une lecture très étrange, très déroutante, sans doute déconcertante pour certains lecteurs. Peut-être le dénouement vous laissera-t-il sur votre faim, car il est assez elliptique, mais voilà bien 4 ou 5 heures que j'ai terminé ce roman et je suis toujours incapable de dire s'il faut ou pas ajouter au mot thriller celui de fantastique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le chemin tracé par Blatty est volontairement tortueux, comme nos vies, comme nos destins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici un &lt;a href="http://www.ebible.free.fr/livre.php?_id=ac&amp;amp;_chap=9"&gt;lien&lt;/a&gt;&amp;nbsp;pour éclairer votre réflexion. Ce n'est pas forcément un spoiler, mais attention tout de même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sr"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4435058719668933130?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4435058719668933130/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/je-ne-fais-pas-le-bien-que-je-veux-mais.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4435058719668933130'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4435058719668933130'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/je-ne-fais-pas-le-bien-que-je-veux-mais.html' title='&quot;Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais&quot; (Saint Paul).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-5816819270380761287</id><published>2011-11-07T17:08:00.002+01:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.546+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>"On n'apprend pas impunément la liberté, l'égalité et la fraternité à des gens à qui on les refuse".</title><content type='html'>Une citation qui résume, je trouve, parfaitement la démarche littéraire adoptée par Alexis Jenni pour son premier roman, "l'art français de la guerre", publié chez Gallimard et récompensé la semaine dernière par le prix Goncourt. Un roman épais (630 pages), dense, complexe, qui donne matière à réflexion, que certains pourront parfois trouver ambigu dans le propos mais qui, s'il m'a donné du fil à retordre, m'a également beaucoup intéressé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture L'Art français de la guerre" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv53604734.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le narrateur, peut-être Jenni lui-même ou un homme de sa génération, en tout cas, né après 1962, est un homme fort désabusé. Au début des années 90, alors qu'éclate la guerre du Golfe, sa vie commence à se déliter et peu à peu, il abandonne tout pour se retrouver sur une pente bien savonneuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une rencontre va, si ce n'est le sauver, en tout cas ralentir cette descente vers les bas fonds. Celle de Victorien Salagnon, "un ancien d'Indochine", comme le présentent les clients du bar où le narrateur avait ses habitudes alcoolisées et où Salagnon venait lire son journal, au calme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans trop savoir pourquoi, le narrateur engage la conversation et les deux hommes passent un marché : Salagnon va apprendre au narrateur à peindre (la passion du retraité depuis toujours) à condition que le narrateur mette sur le papier la vie de Salagnon. Enfin, la vie, pas tout à fait. 20 années de cette longue vie, 20 années qui correspondent aux 20 années de guerre traversées par la France entre les années 40 et le début des années 60.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En 20 ans et trois conflits aussi sauvages que leurs théâtres sont différents, Salagnon aura tout connu, vécu sa vie en échappant sans cesse à la mort, presque par miracle. Il la raconte avec force détails au narrateur qui nous transmet ce témoignage (quoi que ce terme soit contradictoire avec le mot "roman" qui précède les parties historiques). Défendant une Nation à laquelle, de fait, il n'appartient pas, soldat itinérant n'ayant pour cadre de vie que sa bande armée et les champs de bataille, il semble croire de mon en moins aux idéaux qu'on lui propose, préférant la rigueur militaire, oasis d'ordre au milieu du désordre du monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ni héros, ni ordure, agissant le plus souvent possible avec ce côté chevaleresque que nourrit l'armée française depuis le Moyen-Age, mais capable de lâcheté aussi en acceptant l'innommable sans jamais se rebeller, Salagnon est un homme assez ordinaire, finalement, se contentant de vivre comme on le lui a appris. Seul le contexte chaotique de son époque en a fait cet ancien combattant au passé douloureux. Lui, l'artiste, dessinateur de talent, est le fruit de cet "art français de la guerre", de cette génération qui n'a cessé de se battre pour conserver puis imposer sa vision de la liberté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fil conducteur de ce roman, c'est donc un état de fait : la France a bel et bien traversé 20 années consécutives de guerre, deuxième guerre mondiale, puis Indochine, puis Algérie. 20 années, une génération, dont la France contemporaine subit encore les conséquences, une grande difficulté à définir ce qu'est "être français", à accepter l'autre, celui qui ne correspond pas parfaitement aux critères de cette nationalité et finalement à vivre ensemble et même à communiquer au sein de notre communauté nationale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jenni établit un très intéressant parallèle entre deux France, celle d'avant 1962, vaincue mais invitée à la table des vainqueurs du second conflit mondial, un empire colonial qui commence à prendre l'eau de toutes parts mais qui croit encore en sa grandeur passée et se gonfle d'importance ; et puis, la France d'après 1962, réduite à un confetti sur les planisphères, qui traverse une crise morale autant qu'économique et doit appréhender la question de l'immigration, question de plus en plus présente et source de tensions de plus en plus exacerbées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, pour nombre de ceux qui ont participé aux guerres coloniales, à l'image du "meilleur ami" de Salagon, le peu sympathique Mariani, il est difficile de comprendre et plus encore d'accepter que ceux qui ont autrrefois chasser la France veuillent venir y vivre désormais...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le narrateur, bien plus modéré dans ses positions, presque indifférent au monde qui l'entoure mais de sensibilité de gauche, refuse évidemment cette idée d'une France en voie de disparition sous la pression raciale, tandis que Salagnon ne prend pas parti, assumant ce qu'il a fait, ce qu'il a vécu, mais n'en tirant ni orgueil ni déshonneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jenni alterne alors les "commentaires" du narrateur, parties contemporaines du récit, celles où il côtoie Salagnon, et les parties "roman", récit des guerres de Salagnon. Les pièces s'assemblent au final pour former le récit de 60 ans d'histoire de France, une histoire extrêmement politique, extrêmement sensible, d'où émerge, selon lui, ce qu'est "l'art français de la guerre".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce titre fait allusion au plus vieil ouvrage de stratégie militaire connu, "l'art de la guerre", écrit au VIème siècle avant Jésus-Christ par le général chinois Sun Tzu. Pourquoi voir une spécificité française à cet "art" de la guerre ? Parce que, pour Jenni, il est évident que ce tunnel de 20 années de guerre a reposé sur un leitmotiv : le maintien de l'ordre. Et un maintien de l'ordre qui passe par la force militaire pour mater ceux qui refusent la République qu'on veut leur imposer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un "art de la guerre" à la Française qui s'est prolongé bien après la décolonisation pour réapparaître de nos jours sous une forme policière. L'ordre républicain ayant de plus en plus de mal à se faire respecter sur ce territoire national pourtant bien rétréci, la force brutale, jusque-là apanage de l'armée, est de plus en plus souvent confiée à une police qu'on a militarisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La France vit, depuis l'Occupation, sur une culture de l'affrontement, du conflit permanent au sein de la communauté nationale. Un conflit entre "bons" et "mauvais" français, quels que soient les définitions qu'on met derrière ces vocables. Et quoi de mieux que ce que l'on voit pour distinguer les uns des autres ? Voilà comment aujourd'hui, dit Jenni, cette différenciation se fait par la race, abstraction ethnologique mais évidente différence entre les êtres humains...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le point de non-retour a peut-être été franchi lorsque même la langue n'a plus suffi à cimenter la Nation. Seul le sang peut déterminer la Nation, pensent ces patriotes qui ont sacrifié toute leur jeunesse à la grandeur de la France, en vain. Il y a un côté très "gaulois", très "Astérix" chez ces personnages, croisés aussi bien dans la partie roman que dans la partie commentaires du livre : bagarreurs, persuadés de leur importance...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces Gaulois belliqueux qui ont été entourloupés par l'un des leurs, Charles De Gaulle, symbole de cette France immortelle et noble, mais qui, par sa science du langage (ah, l'importance du langage, tout imprégné qu'il est de vocabulaire guerrier !) a su leur faire prendre une vision fantasmée de la France pour la réalité, tout en démantelant l'empire... Quand le mirage s'est dissipé, il était trop tard et la France recroquevillée dans ses frontières métropolitaines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais plus grave, ce que Jenni montre au travers des périodes historiques qu'il relate (l'occupation, l'Indochine, l'Algérie), c'est le paradoxe de notre République qui a voulu imposer ses idéaux (liberté, égalité, fraternité) par la force à des populations dites indigènes pour qui, d'une part, ces valeurs n'avaient pas grand sens (tout comme le fameux "nos ancêtres, les Gaulois"), et qui, d'autre part, n'ont jamais été considérés comme libres, égaux et frères par ces mêmes Français... Une quadrature du cercle qui ne peut mener que droit dans le mur, encore plus quand on est incapables de comprendre que la force a toujours échoué et échouera toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fin de cette analyse peut-être un peu longue, toutes mes excuses. Revenons au livre lui-même. Jenni nous y propose une partie historique passionnante, pas forcément très originale dans le traitement, mais très bien faite. On est vraiment dans le maquis autour de Lyon puis dans la jungle indochinoise et enfin dans la poussière algéroise. On suit surtout un personnage désabusé, Salagnon, entré en résistance à 17 ans, à l'âge où l'on entre dans la vie active, et qui n'a de repères que ceux que lui a donné l'armée, une armée en campagne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Salagnon, à l'image d'une bonne partie de sa génération, enfin de ceux qui ont eu la chance de survivre à ces conflits abominables, se sent incapable de vivre dans un pays en paix. Pourtant, aucun idéal ne semble l'habiter, il n'est que la conséquence de son époque, un militaire, point barre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, Salagnon a un atout que n'ont pas eu la chance d'avoir beaucoup d'autres, un dérivatif qui lui permet de relativiser, d'embellir l'atroce réalité : il sait admirablement dessiner. Face au réel, le dessin lui offre l'abstraction dont il a besoin pour supporter ce qui l'entoure et ne pas succomber au désespoir, au nihilisme. A plusieurs reprises, d'ailleurs, ses supérieurs lui demanderont de faire le portrait de ses camarades, pour les immortaliser, comme on dit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Salagnon est aussi l'archétype sur lequel repose toute l'architecture du livre. Il est celui dont les racines françaises remontent sans doute le plus loin de la plupart des personnages qu'il fréquente. pour autant, il ne s'est pas engagé dans la Résistance puis dans l'armée par idéalisme mais, comme je le disais plus haut, parce qu'il ne connaît rien d'autre, parce qu'elle est son école, sa famille, sa vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est aussi le symbole de ce socle gréco-latin sur lequel repose notre civilisation. Voilà pourquoi Jenni en fait son Ulysse, quittant la femme qu'il aime pour partir faire la guerre très loin de chez lui pendant des années et des années, avant de revenir, fourbu, perdu, sans illusion quant à l'avenir, auprès de celle qui ne l'a jamais oubliée...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutefois, l'Ulysse de Jenni va, après son retour, se muer en Orphée. Car sa bien-aimée s'appelle effectivement Eurydice et, comme il l'explique lui-même, si elle est restée aussi longtemps à ses côtés, c'est parce qu'il ne s'est jamais retourné sur l'enfer qu'il a traversé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui a su, en se créant une bulle où il s'est isolé avec Eurydice, rompre avec ce passé trop lourd, tandis que ses camarades, comme Mariani, vivent sur les rancoeurs et les désillusions accumulées. Loin des questions idéologiques et politiques, il a retrouvé une paix, peut-être relative, mais qui lui convient bien. Un paix qui prend sa source dans cet amour infini qu'il partage avec son épouse. Tandis que les autres n'ont qu'une maîtrsse : la France, ou plutôt, l'image qu'ils se font d'elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En décernant leur prix à "l'art français de la guerre", les jurés Goncourt ont, à 6 mois des présidentielles, fait un choix éminemment politique. Car ils ont choisi un livre dont le centre névralgique est le débat insoluble de l'identité nationale. Débat où l'on oublie allègrement les valeurs de la République que l'on dit vouloir défendre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6ss"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-5816819270380761287?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/5816819270380761287/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/on-napprend-pas-impunement-la-liberte.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5816819270380761287'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/5816819270380761287'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/on-napprend-pas-impunement-la-liberte.html' title='&quot;On n&apos;apprend pas impunément la liberté, l&apos;égalité et la fraternité à des gens à qui on les refuse&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-8130684064001351829</id><published>2011-11-03T10:38:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.208+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"Il n'y a que le souffleur qui sait toute la pièce" (Jean Anouilh).</title><content type='html'>Bon, j'ai un tout petit peu aménagé la citation d'Anouilh (qui évoque le théâtre et le rôle qu'y tient le souffleur), mais, ainsi tournée, elle correspond parfaitement au livre dont nous allons parler ce matin puisque la traduction de son titre original ("Il suggeritore", en italien) signifie "le souffleur". En français, on l'a traduit par "le Chuchoteur", le premier roman d'un criminologue italien, Donato Carrisi. Après une jolie carrière en grand format, "le chuchoteur" est désormais disponible au Livre de Poche, édition dans laquelle je l'ai lu. Et nous avons là un thriller avec des imperfections, certes, mais d'excellente facture pour un premier roman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le Chuchoteur" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv64847471.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La police enquête sur la disparition de 5 petites filles et soupçonne la présence dans la région d'un prédateur sexuel redoutable. Mais l'enquête piétine jusqu'à ce que, par hasard, le chien de deux garçons mette au jour dans une forêt un étrange site : des trous y ont été creusés selon une disposition précise. Dans ce qu'il faut bien appeler des tombes, pas de corps, juste des bras, 5 bras, appartenant probablement chacun à l'une des petites disparues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais un rebondissement inattendu vient rendre cette situation plus déroutante encore : les enquêteurs découvrent en effet sur les lieux un sixième bras, appartenant vraisemblablement à une sixième petite victime, dont on ignorait l'existence...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est une équipe du département des sciences du comportement qui est en charge de l'affaire. A sa tête, un criminologue, Goran Gavila, sous ses ordres, une équipe de flics aguerris (Boris, Stern et Sarah Rosa) mais dépassés, qui ne sait pas où chercher pour trouver la piste de l'insaisissable kidnappeur (qui a agit parfois en pleine lumière, sans jamais être repéré). A croire que ces indices découverts ont été laissés là exprès pour narguer les enquêteurs...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La présence d'un 6ème bras change toutefois la donne : il s'agit maintenant de découvrir l'identité de cette petite inconnue. Pour cela, l'équipe fait appel à une aide extérieure en la personne de Mila Vasquez, jeune flic au palmarès impressionnant, dont la "spécialité" est justement de retrouver les victimes d'enlèvement vivantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Mila est une jeune femme terriblement indépendante, individualiste, même, ses méthodes ne s'embarrassent pas de protocole et elle agit bien souvent comme une tête brûlée. Un comportement déjà difficile à gérer pour ses supérieurs quand elle agit en solo, mais qui peut s'avérer problématique lorsqu'on doit travailler en groupe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résultat, Mila a bien du mal à s'intégrer et, malgré ses qualités et son intuition indéniables, les autres membres de l'équipe, à l'exception de Gavila, ne voient pas forcément d'un bon oeil l'arrivée de ce franc-tireur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, il va falloir que tous allient leur compétence et leur motivation pour déjouer le plan d'un adversaire invisible et insaisissable qui, effectivement, tient les rênes de l'affaire et distille les indices, plus macabres les uns que les autres, pour mieux mener les enquêteurs par le bout du nez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'en dis pas plus, pour ne rien déflorer de cette histoire qui, pour moi, a un énorme mérite : conserver une tension sans temps mort pendant 560 pages. Jamais le lecteur n'a, tout comme les personnages, un temps de répit. Chaque élément proposé par Carrisi finit par trouver sa place dans le machiavélique puzzle final qu'il nous propose. Car, ne vous y trompez pas, aucun fait relaté dans le cours du récit n'est inutile, tous viennent s'assembler comme les rouages d'un engrenage parfaitement huilé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, certes, il y a quelques rebondissements un peu prévisibles, il y a quelques situations auxquelles on a le droit de ne pas complètement adhérer, mais c'est un premier roman, rappelons-le, &amp;nbsp;et l'ensemble, lui, tient bien debout, jusqu'à une fin qui n'apaisera guère les tensions accumulées au long de la lecture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, ne l'oublions pas, Carrisi est un criminologue de formation. Ca se ressent dans la construction du livre, au cours duquel l'auteur utilise la construction du roman et les tournants de l'enquête pour passer en revue toutes les catégories de tueurs en série actuellement recensées, en espérant enfin trouver le profil de l'assassin après qui ils courent sans réussite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, et il est délicat d'évoquer certains aspects du "Chuchoteur" si l'on ne veut pas trop en dévoiler. Pourtant, il me faut bien évoquer un des thèmes majeurs de ce thriller, un thème paradoxal et effrayant : du mal peut-il sortir un bien ? Et quand j'évoque un mal, c'est un mal absolu, sadique, sordide, prêt à toutes les horreurs dans un plan infernal au sein duquel le tueur fait mouvoir tous les acteurs comme un marionnettiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne veux pas trop expliquer cet aspect pour ne pas risquer de dévoiler certains éléments, mais il y a dans ce personnage du chuchoteur une perversité inouïe, très originale dans ce type de récit, loin des tueurs en série classiques qu'on croise à foison ces dernières années dans les thrillers du monde entier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Arrêtons-nous sur le personnage central du récit, Mila Vasquez. Comme je le disais, cette jeune femme est très individualiste dans sa façon de mener ses enquêtes. Elle est très impétueuse, n'hésitant pas à se mettre en danger dans ses interventions. on sent, dès qu'on la rencontre, qu'elle n'a rien à perdre, que c'est une femme blessée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais vraiment intégrée à sa nouvelle équipe (qu'elle ne voulait pas rejoindre et qui ne l'accueille pas à bras ouverts), elle continue à suivre ses intuitions, à prendre des initiatives sans en référer ni à ses supérieurs ni à ses coéquipiers, se fourrant dans des situations périlleuses mais faisant, malgré tout progresser les choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, oui, elle commet des erreurs, mais elle est la seule à s'agiter pour essayer de se défaire du contrôle qu'exerce sur ses poursuivants le chuchoteur. Elle met des coups de pied dans la fourmilière, ne cédant jamais au découragement et c'est sa ténacité qui va permettre de remonter la piste, de rattraper le retard des policiers sur le tueur qu'ils poursuivent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Carrisi, juriste, criminologue, ajoute une dimension politique à son récit qui est très intéressante. Devant une telle affaire, horrible, capable de bouleverser l'opinion publique, les responsables policiers doivent compter avec les médias d'un côté et les pressions des responsables politiques de l'autre. Pendant que les hommes de terrain doivent se dépatouiller avec des pistes très minces, on leur savonne la planche pour être bien vus, ne pas affoler le bon peuple, ne pas perdre la face (et son poste par la même occasion).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Gavila fait le lien entre ces deux facettes de l'affaire. A la fois impliqué dans l'enquête de terrain, il sert aussi d'interface avec ses supérieurs et les conseille dans les aspects communication. Un micmac politique qui vient parfois entraver la progression de l'enquête, lorsqu'on va jusqu'à cacher à une partie de l'équipe, des éléments fondamentaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, il y a fort à faire, en plus d'un adversaire redoutable qui possède toujours un ou plusieurs coups d'avance, avec un contexte extérieur compliqué qui n'arrange rien. Comme si, de toute part, on cherchait à savonner la planche à Mila et ses collègues...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, je vais évoquer un des éléments qui m'a le plus troublé dans ce roman, une technique qui m'a d'abord un peu dérangé, puis désorienté puis qui, au final, a contribué au malaise ressenti tout au long de la lecture et à la tension qui donne envie d'avancer, de tourner les pages, de comprendre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cet élément, c'est le flou... Oui, je sais, dit comme ça, c'est un peu spécial, alors, je m'explique : si Carrisi est parfaitement clair dans le fil du récit, n'utilise peu ou pas d'ellipse pour nous conter l'enquête, en revanche, il nous laisse perdu au milieu de nulle part. Jamais on ne sait où se passe l'action, on ne connaît pas le pays où se déroule l'enquête, les villes ne sont présentés que par des initiales, les lieux sont toujours flous tout comme les distances et la géographie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, les personnages eux-mêmes contribuent à ce flou : on ne sait rien de leurs origines mais enquêteurs, victimes, témoins, des premiers rôles aux figurants, ont tous des noms qui gomment tout repère par des origines très variées, sans point commun apparent entre eux : Mila Vasquez, Goran Gavila, Stern, Klaus Boris, Alphonse Bérenger, J.B. Marin, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lecteur se retrouve donc comme enfermé dans une pièce hermétique, sans les repères habituels qui permettent de s'orienter. Perdu dans une enquête complexe, manipulé comme les personnages, le lecteur n'a rien pour se raccrocher et ça, c'est très fort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sv"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-8130684064001351829?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/8130684064001351829/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/il-ny-que-le-souffleur-qui-sait-toute.html#comment-form' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8130684064001351829'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/8130684064001351829'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/11/il-ny-que-le-souffleur-qui-sait-toute.html' title='&quot;Il n&apos;y a que le souffleur qui sait toute la pièce&quot; (Jean Anouilh).'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-3342669413213119077</id><published>2011-10-30T11:29:00.000+01:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.099+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>"La couleur de la justice n'est ni noire, ni blanche. Elle est verte, comme le dollar !"</title><content type='html'>Le titre est une citation extraite d'un premier roman publié en français, dans une petite maison d'éditions belge, et ce polar judiciaire, qui se déroule à Dallas (dont on découvre une nouvelle facette de son univers impitoyable...) et dénonce la cupidité du petit monde des avocats, plus préoccupés de facturer des heures à des tarifs exorbitants à leurs clients qu'à rechercher la vérité... Ce roman s'appelle "la couleur de la loi" (traduction littérale du titre original, ce n'est pas si courant) et est signé par... un avocat ayant choisi de devenir romancier : Mark Gimenez (en grand format chez Ixelles éditions). Un roman qui recèle une très intéressante originalité...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture La Couleur de la loi" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv43438402.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les années 2000, Scott Fenney est un avocat qui monte. Il travaille pour l'un des plus gros cabinets de la ville, s'occupe de dossiers très rentables, a l'ambition de prendre la tête du barreau de la ville, vit avec sa femme et sa petite fille de 9 ans dans le quartier résidentiel le plus huppé... Bref, ça va bien pour lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lors d'un discours pour convaincre ses pairs de l'élire à la présidence du barreau, Scott, allègrement cynique, car sa seule motivation véritable est l'argent (qui donne pouvoir et position sociale), dénonce les dérives du système judiciaire, où la vérité n'a plus sa place, ou peu de &lt;i&gt;lawyers&lt;/i&gt;&amp;nbsp;travaillent pour faire le bien autour d'eux, mais plutôt pour tirer des bénéfices pas toujours mérités de leur travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, pour illustrer ce discours, Fenney a une figure tutélaire parfaite à mettre en avant : Atticus Finch, un avocat, lui aussi, personnage principal d'un des classiques de la littérature américaine : "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", de Harper Lee. Un livre que la mère de Fenney lui lisait quand il était enfant, espérant lui inculquer le sens de la justice et faire de son fils un nouvel Atticus Finch.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, si le petit Scotty est bien devenu avocat une fois adulte, force est de reconnaître qu'il n'a pas suivi la voie souhaitée par sa mère. Son discours n'est qu'un argument de campagne pour séduire un auditoire et, une fois revenu dans son bureau, il redeviendra un requin sans foi, ni loi, se ce n'est celles de l'argent roi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, une personne dans l'auditoire a pris le discours de Fenney au sérieux : Sam Buford est juge à la cour fédérale, la plus haute instance judiciaire du Texas. En entendant la "profession de foi" de maître Fenney, il s'est dit qu'il pourrait être l'homme de la situation dans une affaire qui s'annonce au combien épineuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, il appelle Scott Fenney et le commet d'office pour défendre Shawanda Jones, une jeune femme noire, originaire des quartiers les plus pauvres de la ville, une héroïnomane qui gagne de quoi se payer ses doses en se prostituant. Là voilà en prison, accusé du meurtre de ses clients, un blanc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pas n'importe quel blanc : la victime, Clark McCall, est en effet le fils du sénateur Mack McCall, favori pour devenir le prochain président des Etats-Unis...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour ne pas perdre la face devant le juge Buford, Fenney n'a pas osé décliner l'offre. Mais il est d'abord un avocat d'affaires, pas un avocat pénaliste, habitué aux affaires, comme celle-ci, où la peine de mort peut-être requise. Et surtout, le temps qu'il va consacrer &lt;i&gt;pro bono&lt;/i&gt; va l'empêcher de se consacrer aux seules affaires qui vaillent le coup, les affaires qui rapportent de l'argent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, il cherche comment se défiler... sans y parvenir, sous la pression du juge. C'est alors qu'il va découvrir qu'il y a bien pire que la pression de Sam Buford : celle de Mack McCall, homme d'influences, qui ne veut pas d'un procès pour la meurtrière présumée de son fils. Alors, il va tout mettre en oeuvre pour détruire la "vie idéale" de Scott Fenney pour qu'il laisse tomber...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà qui va faire tomber les écailles des yeux de Scott Fenney. Certes, il n'est pas encore le digne successeur d'Atticus Finch, car c'est avant tout pour se défendre lui-même des attaques qui le visent. Mais plus on cherche à le détruire, plus il se sent concerné par cette affaire (même s'il ne croit pas une seconde à l'innocence de sa cliente, que toutes les preuves paraissent accuser).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il va alors renoncer à son statut social, à ses signes extérieurs de richesse, à son poste, à tout ce qui faisait le quotidien de Scott Fenney, pour se consacrer à cette affaire et comprendre enfin que le métier d'avocat, c'est aussi de rechercher la vérité et de faire le bien autour de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au-delà de l'histoire, polar judiciaire assez classique, c'est la relecture contemporaine de "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" qui est très intéressante. "La couleur de la loi" ne se déroule pas dans l'Alabama ségrégationniste des années 30, mais dans le Texas du début du XXIème siècle. Officiellement, il n'y a plus de ségrégation raciale. Pourtant, on peut considérer qu'elle s'exerce encore, de manière très différente : par l'argent et le statut social.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'élite texane est blanche, anglo-saxonne et protestante, riche et sans scrupule. Mais aussi raciste de fait : noirs et hispaniques sont une infime minorité à occuper des postes importants, l'accès à nombre de clubs et de résidences ne leur est pas permis, sinon comme employés et, devant la justice, lorsqu'une affaire oppose un blanc à un noir, les préjugés l'emportent bien souvent sur la recherche de la vérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mark Gimenez, avocat lui-même à Dallas, dénonce dans ce livre les dérives de cette élite et fustige le rôle des avocats, parfaits petits soldats, qui n'oublient pas de s'en mettre plein les poches tout en faisant tout pour maintenir cet état de fait. Des avocats qui vivent dans leurs tours d'ivoire et de verre bien climatisée en oubliant complètement qu'il y a une vie différente, difficile, au pied des gratte-ciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et son personnage central lui aussi va redécouvrir cela par la force des choses et se souvenir d'où il vient. Car Fenney n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, il n'est pas un "fils de" (comme ce dépravé de Clark McCall), il ne doit son statut qu'à sa propre réussite. D'abord comme footballeur. Star de son université, il a accumulé les records, obtenant une bourse qui lui a permis de faire son droit. Ensuite, comme avocat, puisqu'il est sorti major de sa promotion avant d'intégrer un cabinet prestigieux et d'en devenir l'un des plus jeunes et prometteurs associés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais jamais il n'a appartenu à cette caste des gens riches. Il s'y est intégré parce que la société dans laquelle il évolue est celle du paraître, de l'aisance étalée à outrance, de "l'inceste social" d'une classe sociale qui vit refermée sur elle même, excluant le reste du monde qui n'a, à leurs yeux, aucune existence propre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a quitté les Ewing et leur empire pétrolier qui avaient déjà fait une belle réputation à Dallas pour découvrir que cette ville est décidément tout sauf l'image d'Epinal du rêve américain. Si tout à changé depuis les années 30, Gimenez montre qu'en fait, la situation reste hélas la même dans les faits. Précisons que le roman est paru en Europe en 2010, mais aux Etats-Unis en 2005, soit avant l'élection de Barack Obama à la présidence. Un évènement historique intervenu entre temps qui ne remet pas du tout en cause, malheureusement, cette situation...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au-delà de ces aspects sociaux et politiques (car la lâcheté et l'ambition touchent évidemment ceux qui briguent des mandats, le seul personnage courageux étant Buford, le juge fédéral, qui n'a rien à perdre puisque nommé à vie), il y a dans ce livre un très intéressant travail autour du roman de Harper Lee pour dessiner un parcours, non pas parallèle mais convergente, entre les destins de Finch et de Finney. Ceux qui ont lu et apprécié "ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" devraient repérer les nombreux clins d'oeil que Gimenez a placé dans son récit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, un mot des deux enfants présentes dans ce livre dur, sans concession. Pam, la fille de Fenney, et Trisha, la fille de Shawanda Jones, l'accusée, sont une oasis de fraîcheur et de candeur dans cet univers de cynisme et de duplicité. Pam, c'est ma voix de la conscience de Fenney ; Trisha, c'est la preuve que de jolies fleurs peuvent éclore sur les pires terreaux. Et, à elles deux, elles vont devenir les moteurs de Fenney, celles dont il a la responsabilité, celles qu'ils voudraient rendre fières, celles pour lesquelles il se doit de devenir l'exemple qu'il n'a pas vraiment été jusque-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Leurs sourires comme leurs larmes n'ont rien des sentiments feints que ne cesse de côtoyer Fenney dans son travail dépourvu de toute humanité. Avec la naïveté de leur jeune âge, elles lui assènent des vérités imparables, mettent le doigt sur la perversité du monde qui les entoure, le mettent en porte-à-faux entre sa situation et ses idéaux oubliés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et tant pis si pour retrouver ces fameux idéaux, que sa défunte mère lui avaient enseignés quand il avait lui-même l'âge de Pam et Trisha, il doit laisser derrière lui irrémédiablement tout ce qui faisait sa grandeur, tout ce qui faisait son statut social, tout ce qui faisait... les apparences. Pour elles, l'être doit reprendre le dessus sur le paraître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas encore Atticus Finch, mais il est désormais sur le bon chemin...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sy"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-3342669413213119077?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/3342669413213119077/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/la-couleur-de-la-justice-nest-ni-noire.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3342669413213119077'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/3342669413213119077'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/la-couleur-de-la-justice-nest-ni-noire.html' title='&quot;La couleur de la justice n&apos;est ni noire, ni blanche. Elle est verte, comme le dollar !&quot;'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4778946221995338203</id><published>2011-10-28T14:31:00.000+02:00</published><updated>2012-02-06T02:30:09.144+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Thriller'/><title type='text'>Le gouffre-douleurs</title><content type='html'>Dixième roman pour Franck Thilliez, auteur qu'on attend impatiemment désormais, auteur prolifique qui revient avec, non pas la suite des enquêtes des inspecteurs Hennebelle et Sharko (ce sera pour 2012), mais avec un one-shot en forme de huis-clos, "Vertige", qui vient de sortir au Fleuve Noir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Vertige" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv36841988.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin de février. Jonathan se réveille... au milieu de nulle part. Il fait noir, froid, humide... Pire, à son poignet, une chaîne le relie à un piquet profondément enfoncé dans la roche. Il est bel et bien prisonnier. A ses côtés, son chien, une espèce de chien-loup. Autour de lui des parois qui lui laissent à penser qu'il se trouve au fond d'un gouffre, sans doute dans les Alpes, pense-t-il, lui qui vit à Annecy. Il a l'habitude de ces endroits plutôt inhospitalier, il a longtemps été alpiniste, l'un des meilleurs, jusqu'à ce qu'il arrête tout près de 20 ans plutôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré la chaîne qui l'entrave, Jonathan commence à explorer les lieux et fait deux rencontres. Deux autres hommes qui, comme lui, se retrouvent là, sans comprendre pourquoi. Il y a Michel, qui travaille dans des abattoirs et Farid, jeune beur de 20 ans. Si Farid est retenu par une chaîne comme Jonathan, Michel, en revanche, est libre de ses mouvements. Mais son visage est enserré dans une espèce de masque de métal et un message écrit l'a averti que ce masque était piégé : s'il s'éloigne trop de ses deux camarades d'infortune, une charge explosive sautera... et sa tête avec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dernier "occupant" des lieux, un cadavre entièrement nu, celui d'un homme abattu d'une balle en pleine tête, ce qui le rend impossible à être identifié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A part ça, peu de vêtements chauds, peu de nourriture, peu de combustible et pas d'eau, il faudra se débrouiller avec la glace qui recouvre les parois. Peu, voire aucun espoir de sortir de là vivant. Un mange-disques comme on n'en fait plus depuis longtemps et qui diffuse des chants d'oiseaux ou "What a wonderful world", par Louis Armstrong. Enfin, 3 messages, "qui est un menteur", "qui est un voleur" et qui est un tueur", collés sur chacun des prisonniers et un mystérieux coffre fermé par un cadenas à code. 6 chiffres, un million de combinaisons possibles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste pour ces trois hommes à comprendre. Comprendre pourquoi ils sont là et qui a bien pu déployer autant d'efforts pour les réunir dans un tel lieu afin, manifestement, de les torturer (ou pire, de les laisser se torturer entre eux dans ce qui pourrait bien être leur tombeau).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une enquête, si l'on peut dire, qui passe par eux, coincés là "à l'insu de leur plein gré". Ils ne se connaissent ni d'Eve, ni d'Adam mais peut-on imaginer que, s'ils sont au fond de ce gouffre inhospitalier, c'est par le fruit du hasard ? Plutôt par la volonté d'un être particulièrement déterminé qui doit bien avoir une raison pour leur faire subir un tel châtiment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seulement, voilà, nos trois hommes sont plutôt secrets et ne se livrent pas facilement à des inconnus. En outre, plus le temps passe et plus les tensions montent entre eux. Le chacun pour soi s'impose en même temps que les secrets se dévoilent. Le huis-clos devient glaçant, et pas seulement à cause de la température au coeur de cette prison naturelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jonathan, celui qui a le plus l'expérience de ces conditions extrêmes, découvre alors la parfaite antithèse de ce qu'il a connu quand il était alpiniste : les profondeurs obscures au lieu de la clarté éblouissante des cimes, l'individualisme au lieu de la solidarité, l'ennui anesthésiant au lieu de l'ivresse de l'euphorie, l'immobilisme au lieu du mouvement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ces conditions, Thilliez réussit le tour de force de nous emmener au fond du gouffre avec ses personnages. On a froid avec eux, on a faim avec eux, on a peur avec eux, on est révolté avec eux et surtout, on veut comprendre les raisons de cette emprisonnement, comme eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si la violence physique est présente, même si certaines scènes sont très dures et sanglantes, c'est surtout psychologiquement que l'on souffre aux côtés de ces hommes que ces conditions de vie si étranges vont pousser à se révéler sans doute plus qu'ils ne le souhaiteraient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Perdant tous leurs repères, laissant de côté les valeurs qui fondent leur humanité, ils vont devoir agir contre toute morale, brisant des tabous puissants et exerçant les uns sur les autres des pressions parfois insupportables afin de faire jaillir la vérité. La vérité comme outil de rédemption.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or, qu'est-ce que la vérité ? Est-elle unique ou bien avons-nous chacun notre vérité, pas forcément compatible avec celle des autres, d'ailleurs ? La vérité peut-elle différer de la réalité ? Ou bien encore, ce que nous croyons être notre vérité finit-elle par nous aveugler ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Thilliez, auteur de thrillers, va pour cela mettre à sa sauce un des plus célèbres passages de la philosophie : l'allégorie de la caverne, que Platon développe dans le livre VII de &lt;i&gt;la République&lt;/i&gt;. Là aussi, les personnages sont enchaînés dans une grotte et croient que les ombres qu'ils aperçoivent, seules représentations qu'ils ont du monde extérieur, sont la réalité. Mais tout est faussé et il faut sortir de la caverne, chose infiniment compliquée, pour comprendre nos erreurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Thilliez n'est pas aussi simpliste, un brin machiavélique, le garçon, alors, il complique les choses pour ses malheureux personnages (et décidément, qu'il aime les martyriser, ses personnages !). Et le chemin pour que la vérité sorte de ce gouffre est long et semé d'embûches, sans aucune certitude que cette vérité finale soit reconnue comme telle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Soyons franc, j'ai été captivé (le mot est choisi à dessein) par la première partie de "Vertige". Mais j'ai eu beaucoup plus de mal à croire à la seconde partie du roman. Je ne peux pas dire que "Vertige" n'a pas été un bon moment de lecture, mais j'en suis sorti un peu frustré, pas convaincu. Même si la lecture en a été agréable, il ne restera pas comme le meilleur roman de l'auteur, malgré un début remarquable par la tension qui s'en dégage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, la fin si particulière de "Vertige" est, je le reconnais, très intrigante, même si j'ai du mal à l'accepter telle qu'elle. Et finalement, elle est parfaitement cohérente avec l'allégorie de Platon, puisque la vérité des personnages n'est pas forcément celle du lecteur, comme si ce dernier était enchaîné dans la caverne constituée par l'histoire et que les ombres que nous apercevons étaient les personnages du livre, manipulés par l'auteur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sA"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4778946221995338203?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4778946221995338203/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/le-gouffre-douleurs.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4778946221995338203'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4778946221995338203'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/le-gouffre-douleurs.html' title='Le gouffre-douleurs'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4104825142343560163</id><published>2011-10-26T16:30:00.001+02:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.537+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>"C'est un être magnifique, capable d'actes monstrueux".</title><content type='html'>Voilà comment un de ses jeunes disciples décrivit un jour à Emmanuel Carrère le héros de son dernier ouvrage, Edouard Veniaminovitch Savenko, alias... Limonov. "&lt;a href="http://www.priceminister.com/offer/buy/127574302/limonov-de-emmanuel-carrere-livre.html"&gt;Limonov&lt;/a&gt;" (en grand format chez POL) tient à la fois de la biographie, du roman épique à la russe et de l'auto-fiction (que je pourrais mettre au pluriel, car si Carrère y parle de lui, il puise beaucoup dans les livres de Limonov qui sont eux aussi des auto-fictions). Une lecture qui me réconcilie avec l'auteur, car "un roman russe" m'avait laissé de marbre. Là, je me suis laisser emporter dans cette histoire qui dépasse, comme toute biographie, le simple récit d'une vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Limonov" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv67217425.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Né en 1943, Edouard grandit dans une famille modeste, mère au foyer, père tchékiste. Lorsque son père est muté à Kharkov, en Ukraine, Edouard comprend alors que sa famille est tout en bas de l'échelle soviétique et qu'ils n'auront jamais l'ambition de s'élever plus haut. Le garçon décide, "lors même qu'il n'est pas le chêne ou le tilleul", de "ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !" (pour paraphraser Cyrano de Bergerace).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il déboulonne les idoles à tour de bras, dénigrant ceux qui sont en vue alors que lui-même survit comme loubard puis comme poète-tailleur. Lorsque ses talents de poète lui valent de rallier Moscou, il fréquente l'underground local sur lequel il porte le même regard plein de morgue, sûr qu'il sera bientôt quelqu'un. En vain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les années 70, il fait partie de cette diaspora russe expulsée d'U.R.S.S. sans espoir de retour, s'installe aux U.S.A., dont la bourgeoisie riche et puissante ne lui inspire que mépris. Il n'est plus poète, il est journaliste, il n'est plus tailleur, il devient clochard, sauvé de la déchéance par une femme qui croit riche mais qui n'est que la bonne d'un homme d'affaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'à cela ne tienne, il sera l'homme à tout faire parfait de ce milliardaire, puis lui crachera dessus dans son livre suivant, une fois qu'il aura quitté l'eldorado US pour rejoindre la vie parisienne. Ce véritable punk y devient une figure du tout Paris qui écrit et qui pétille, mais s'accommode toujours aussi mal de ce rôle de figurant, lui qui rêve de celui d'idole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la chute de l'Union Soviétique, le voilà engagé en politique, fondant un mouvement aussi hétéroclite qu'extrémiste, baptisé le "parti national-bolchévik", tout un programme... Partie prenante des troubles qui ont émaillé la présidence Eltsine, c'est en devenant un guerrier qu'il aura l'impression de s'accomplir. Mais, cette guerre, il ne la fera pas n'import où ni avec n'importe qui : ce sera en Yougoslavie, aux côtés des nationalistes Serbes les plus radicaux...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Persévérant sous Poutine dans ses idées pas toujours très louables, mais restant dans un confondant amateurisme, il connaîtra finalement la prison. Seule la découverte de la sagesse, sur le tard, adoucira ce moujik, mais elle n'apaisera pas ce besoin de reconnaissance, ce besoin d'être au centre des regards et des conversations, de succéder aux idoles qu'il s'est employé à déboulonner. Avec, comme unique peur, celle d'être ignoré, de laisser indifférent, d'où cet art consommé de la provocation, dans ses actes, comme dans ses écrits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Limonov, c'est un personnage fou, truculent, hors norme, sorti droit des classiques de la littérature russe. Un personnage qu'il s'est fabriqué tout au long de sa vie pour surtout ne plus être le fils de Véniamine et Raïa, ne plus être le môme sans avenir que sont restés tous ses amis d'enfance. Un homme qui mélange mépris et envie pour en faire son carburant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un homme qui abhorre autant les élites que la Russie d'en bas, un homme capable d'endosser n'importe quel combat du moment qu'il se retrouve du côté des minorités, du côté des faibles contre les forts, des proscrits contre ceux qui décident (même lorsque ces idées se rapprochent plus de ce camp-là que de celui auquel il dit appartenir...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Limonov, un fasciste ? Possible, oui, mais, à cette question, Carrère nous explique que c'est plus compliqué que ça. Comme toute l'histoire de la Russie, et plus particulièrement, depuis 1917. Plus compliqué, pour nos yeux de Français, peu habitués à cette âme slave, si exotique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Limonov est aussi un personnage fascinant par sa capacité à épouser les 60 années qui viennent de s'écouler et, plus particulièrement, l'histoire de son pays natal pendant cette période. Né sous Staline, devenu adulte sous le régime amorphe de Brejnev, ayant quitté l'U.R.S.S. puis y étant revenu en même temps que Soljenitsyne (aussi opposés l'un à l'autre qu'ils se méprisent et se haïssent), violemment opposé aux décisions de Gorbatchev avant de devenir l'un des plus farouches opposants de Eltsine et de devenir finalement un de ces terroristes que Poutine voudrait chasser "jusque dans les chiottes".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;60 années que Carrère met remarquablement en parallèle. En digne fils de son académicienne de mère, il nous dresse le portrait d'une mosaïque composée de bric et de broc qui finit par se disloquer, et ceux qui y vivent avec, tellement déboussolés par les changements, qu'ils finiraient presque par en regretter le confort (tout relatif) et la stabilité que le régime soviétique leur offrait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;60 années qui, avec le recul, de la guerre froide à la Russie actuelle en passant par l'immobilisme d'un communisme moribond et la révolution culturelle (et économique) de la glasnost, nous montre non pas une super-puissance dangereuse, aux aguets, prête à fondre sur un Occident désemparé, mort de trouille, mais un royaume déliquescent qui ne fait plus peur à personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une Russie inoffensive que dénonce Limonov, qu'il rejette, exècre. Voilà pourquoi ces engagements si peu politiquement corrects à nos yeux d'Européens mais qui résonnent en Russie, nostalgique de sa grandeur passée, effacée, honteuse de son délabrement et en demande d'un pouvoir politique fort pour la tirer vers le haut (à ce titre, le parallèle que fait Carrère entre Limonov et Poutine est très intéressant).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, je n'oublie pas la part d'auto-fiction de ce livre. Car, au long de ces 490 pages, Carrère parle aussi beaucoup de lui. Comme si Limonov, à la fois si proche et si différent de lui, son aîné de 15 ans, était cet aventurier, ce héros n'ayant froid ni aux yeux, ni aux oreilles, capable du meilleur comme du pire mais toujours intègre, jusque dans ses erreurs, extraverti, sorte de Porthos russe, prêt à toutes les expériences parce que sans imagination mais capable de sublimer son vécu, séducteur tout en sachant se montrer insupportable, agissant pour une gloire qu'il n'atteindra jamais mais agissant toujours, parce que, après tous, "c'est bien plus beau lorsque c'est inutile" (Cyrano, encore...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Carrère est presque l'antithèse de tout cela, issu d'une haute bourgeoisie cultivée, modéré en tout ou presque, plutôt introverti, se mettant difficilement en avant, possédant une écriture policée, ne dérangeant pas grand monde...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En côtoyant pendant plusieurs années cet énergumène de Limonov, c'est comme si Carrère cherchait à s'encanailler, voulant se rapprocher, malgré les différences culturelles et idéologiques, malgré le rejet que le Français peut ressentir vis-à-vis des engagements du Russe, de ce qu'il n'a jamais été, ne sera jamais. Un être sur le fil du rasoir, qui méprise le danger et ne peut plus reculer, car ce serait pire qu'échouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que Carrère soit rassuré : il a réussi ce livre. En nous faisant découvrir ce destin extraordinaire et en nous faisant partager sa passion familiale pour cet empire aux pieds d'argile, cette Mère Russie qui n'en a pas fini d'alimenter rêves et cauchemars, ni d'enfanter des génies et des enfants terribles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Merci à Priceminister, qui m'a envoyé ce livre, dans le cadre de son opération "le Match de la rentrée littéraire".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sB"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4104825142343560163?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4104825142343560163/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/cest-un-etre-magnifique-capable-dactes.html#comment-form' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4104825142343560163'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4104825142343560163'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/cest-un-etre-magnifique-capable-dactes.html' title='&quot;C&apos;est un être magnifique, capable d&apos;actes monstrueux&quot;.'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4082055040595249622</id><published>2011-10-23T00:21:00.001+02:00</published><updated>2012-02-06T02:36:28.911+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Roman historique'/><title type='text'>Déruet's Anatomy</title><content type='html'>Un roman historique, qui se passe en Lorraine, par un auteur que je connais pour l'avoir croisé aux Imaginales et qui est encensé par l'un des papes médiatiques de l'univers livresques, Gérard Collard, comment pourrais-je rater cela ? Un livre, qui plus est, avec un très joli titre (que je ne vous expliquerai pas, na !) : "le soleil sous la soie" (en grand format aux éditions Anne Carrière). Un livre signé Eric Marchal qui, après nous avoir faits voyager dans le monde entier en pleine deuxième guerre mondiale (dans "Influenza"), revient dans sa Lorraine natale pour une saga se déroulant au tournant du XVIIème et du XVIIIème siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Le soleil sous la soie" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv9837239.gif" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas Déruet est chirurgien-barbier, puisque, aussi bizarre que cela puisse paraître, ces deux activités apparemment diamétralement opposées n'en faisaient qu'une... En cette année 1694, après avoir passé plusieurs années sur les routes du Duché de Lorraine pour exercer sa profession de façon ambulante, Nicolas revient à Nancy avec l'idée de s'y fixer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le chemin du retour, il croise celles qui vont devenir les deux femmes de sa vie : Marianne, la sage-femme, et Rosa, la Comtesse. Mais, il ne sait pas encore à quel point ces deux femmes, appartenant à des mondes si différents, vont compter pour lui et même influencer sa vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, pour l'heure, il se rend chez celui qui l'a formé, Maître François Delvaux, qui tient boutique à Nancy, dans le quartier Saint-Charles. Ravi de voir son élève le plus doué revenir, il lui propose de s'installer à ses côtés. Une excellente affaire, car Nicolas possède une dextérité remarquable qui en fait un des meilleurs chirurgiens de Lorraine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu'au jour où Nicolas est appelé à soigné un homme puissant, qui souhaite conserver l'anonymat. Dans ce contexte étrange, le chirurgien va retirer à ce haut personnage un gros calcul à la vessie. L'opération se passe idéalement, mais le médecin personnel de ce dignitaire vient s'immiscer dans cette affaire et, en homme de l'art face au vulgaire chirurgien, il prend le relais... Et, quelques jours plus tard, l'homme meurt et le médecin accuse Nicolas d'avoir précipité ce décès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà le jeune homme emprisonné, accusé d'un crime très grave alors qu'il est innocent. Son salut lui viendra de ses amis, qui vont l'aider à s'évader de son cachot, mais Nicolas doit quitter la Lorraine pendant un certain temps afin de se faire oublier. Alors, il s'engage comme chirurgien de guerre dans les troupes du Duc de Lorraine et se retrouve à pratiquer bien différemment son métier, sur le front, dans l'urgence des combats meurtriers, sur d'abominables mutilations et blessures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans se départir de son humanité et de son savoir-faire, Nicolas applique les enseignements du maître Ambroise Paré, se lie avec Germain Ribes de Jouan, autre chirurgien émérite au tempérament d'aventurier, et devient vite un chirurgien renommé au point d'attirer l'attention du jeune duc Léopold, présent à la tête de ses troupes en Hongrie, engagées dans &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_ligue_d%27Augsbourg"&gt;la guerre de la Ligue d'Augsbourg&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après presque 4 années passées loin de sa Lorraine, Nicolas y revient, accompagné d'un jeune tsigane, Aslan, qu'il a commencé à former à la chirurgie. Mais beaucoup de choses ont changé depuis sa fuite. Marianne, qui lui avait juré de l'attendre, s'est mariée ; Rose est veuve et a hérité de son mari, tué en Hongrie ; François a perdu sa femme et a cessé son activité de chirurgien...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas va alors devoir reconstruire sa vie, devenant, malgré d'autres sollicitations plus prestigieuses, le chirurgien de l'hôpital de la Charité, qui accueille tous ceux, mêmes les plus démunis, qui ont besoin de soins. Désormais, c'est la Comtesse Rosa qui occupe son coeur et ses pensées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entre histoires sentimentales, amitiés profondes, rivalités médicales et vicissitudes historiques d'un minuscule Duché coincé entre deux énormes et&amp;nbsp;ambitieux royaumes, la vie de Nicolas Déruet va connaître des hauts et des bas, sans jamais perdre son intégrité, sa curiosité, son savoir-faire et son idéalisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, ce résumé n'évoque qu'une partie infime des 600 pages et quelques de ce roman, construit comme un roman feuilleton et qui couvre une période précise : de 1694, année de retour à l'indépendance de la Lorraine, à 1702, lorsque Léopold Ier et sa cour fuiront Nancy devant l'avancée de l'invasion des troupes françaises, en guerre contre l'Allemagne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une période&amp;nbsp;charnière historiquement parlant pour cette région, constamment malmenée parce qu'enclavée entre les deux grandes puissances de l'époque. Une période, en outre,&amp;nbsp;où les grandes Nations européennes ne cessent de s'affronter, les alliances se font et se défont, les ambitions territoriales sont grandes et difficiles à assouvir. Mais il n'y a pas que sur le plan géopolitique que cette période est fondamentale. Nous sommes au tournant d'un siècle et va débuter ce qu'on appellera "le siècle des Lumières". Et, à sa manière, Nicolas en est un précurseur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au-delà de l'épineuse question religieuse, il y a là une vraie querelle de chapelle entre médecine, d'un côté, une "vraie" science, un art, qui détient le savoir, qui a la légitimité, qui a le pouvoir, et de l'autre, chirurgie, une activité vulgaire, à rapprocher plus de la boucherie que de la science... Mais, les éminents médecins ne sont que des Diafoirus, si bien brocardés par Molière. Leur savoir repose sur des croyances, des superstitions, refuse l'observation et l'expérimentation pour ne pas profaner le corps humain, prône la saignée comme panacée et emploie des méthodes de diagnostic plus que floues...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nicolas incarne ce renouveau de la science. Il observe les manifestation du corps et sait les interpréter avec pragmatisme, il explore, ausculte pour ne pas laisser la vie de ses patients entre les mains de la Providence, comme ces ignorants qui croient tout savoir. Il connaît la pharmacopée, fabrique ses remèdes lui-même et se tient au courant des avancées médicales récentes. Mais surtout, il ne tient pas l'homme pour une simple créature de Dieu, juste bonne à accepter le destin que son divin créateur a décidé pour lui. Pour Maître Déruet, chaque être humain vaut le coup qu'on se batte pour l'aider, le sauver, atténuer sa douleur ou l'aider au mieux dans ses derniers instants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paradoxalement, ces guerres horribles qui se succèdent presque sans répit en Europe depuis des siècles ont contribué à faire progresser les connaissances des chirurgiens sur le corps humain et sur son fonctionnement. Lorsque Nicolas fuit la Lorraine et la justice française, il rejoint les champs de bataille où, malgré son expérience de chirurgien ambulant et ses talents, il va élargir le bagage de ses connaissances. C'est aussi l'une des étrangetés de notre humanité : trouver le progrès dans l'horreur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, la religion aussi tient une grande place dans cette époque. Une religion dogmatique et peu éclairée en matière scientifique. Cette époque charnière sera donc aussi celle de la séparation de la science et de la foi, désormais incompatible. Désormais, c'est la raison qui guidera les scientifiques et, là encore, Nicolas est un précurseur. Non par athéisme forcené, mais par humanisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un paragraphe destiné aux Lorrains qui s'arrêteraient ici. Voici encore un roman historique fait pour vous. Non seulement, il parle mais met en valeur la Lorraine en général et Nancy en particulier, mais vous y apprendrez sans doute beaucoup de choses sur l'histoire de la région. La grande et la petite histoire, les évènements quotidiens qui ont défrayé la chronique de l'époque : vie de la cour, festivités, "faits divers", etc. Un hommage à cette région et à un souverain éclairé, proche et à l'écoute de son peuple, souhaitant faire de son Duché un Etat moderne et indépendant, géré pour que chaque Lorrain puisse profiter de ses richesses et vivre sans peur du lendemain. Pour tout cela, "le soleil sous la soie est un vibrant hommage à cette Lorraine qui fut une sacrée épine dans le pied de Louis XIV.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais je m'en voudrais de finir sans évoquer ces personnages hauts en couleurs qui entourent Nicolas. Maître François, chirurgien devenu vigneron mais rêvant, lui qui n'a jamais mis le pied sur un bateau, de voguer un jour sur la mer à bord du navire qu'il a construit de ses mains ; Germain Ribes de Jouan, grande gueule, la dalle en pente, ne rêvant que d'aventures et de défis ; Azlan, le jeune tsigane, devenu vite un Lorrain comme les autres, malgré ses différences, naïf mais déterminé, joueur de paume émérite quoi qu'inexpérimenté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois puis quatre joyeux lurons qui, tout en excellant dans leurs tâches chirurgicales, sont aussi de grands fêtards, prompts à la rigolade et pratiquant allègrement les blagues de carabins, sur leurs patients comme sur d'autres personnes les prenant de haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des hommes au coeur pur, désintéressés (à part peut-être Germain, plus attaché à la richesse matérielle que les autres) car entièrement dévoués à la pratique de leur métier. La seule ambition qui les anime guérir, soigner, sauver des vies. Et, si Nicolas est un homme libre, indépendant de corps et d'esprit, cela ne l'empêche pas d'être d'une grande fidélité, en amour, malgré son déchirement entre deux femmes, et en amitié. Mais aussi envers le jeune Duc Léopold qui va devenir lui aussi son ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous ajoutez des mensonges, quelques manipulations, une intrigue sur un vol et un soupçon d'alchimie, et voilà tous les ingrédients d'un excellent roman historique, qu'on devrait trouver... dans toutes les bonnes pharmacies !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sD"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4082055040595249622?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4082055040595249622/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/deruets-anatomy.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4082055040595249622'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4082055040595249622'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/deruets-anatomy.html' title='Déruet&apos;s Anatomy'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-6399347642446720270</id><published>2011-10-18T11:18:00.001+02:00</published><updated>2012-02-06T02:41:40.223+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Anticipation'/><title type='text'>"Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée !" (Charles de Gaulle)</title><content type='html'>Une citation du Général de Gaulle, volontairement tronquée de son dernier segment, va servir de titre à ce billet consacré à un roman de la rentrée littéraire dont on parle beaucoup. Et, après lecture, je comprends beaucoup mieux ce que son éditeur, le Seuil, a voulu dire en parlant de "roman noir", en quatrième de couverture de ce livre signé Xabi Molia et intitulé "Avant de disparaître". Car, pour être noir, cet étonnant roman, composite et hommage au genre du roman post-apocalyptique, l'est de la première à la dernière ligne. Mais c'est aussi un roman d'anticipation très original... car il pourrait être un véritable roman historique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Avant de disparaître" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv43712455.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes dans un futur (très) proche. A peine remise d'émeutes terribles qui l'avaient plongée dans le chaos, la France est aux prises avec une nouvelle épreuve : une épidémie mal cernée transforme les êtres humains en bêtes sauvages et féroces. Un retour à l'animalité extrêmement violent et incurable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Privé de son président, tué dans une embuscade tendue par ces "monstres", la France s'en est remise à Joseph Bel, homme politique apparemment intègre mais bien décidé à confisquer le pouvoir et à traquer les "infectés" jusqu'au dernier. Et voilà le pays tombé dans une nouvelle et dévastatrice guerre civile. Car, en plus des victimes de plus en plus nombreuses de l'épidémie, ce pouvoir tyrannique a suscité un mouvement d'opposition très dur, qu'on pourrait presque qualifier de mouvement de résistance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paris résiste à l'envahisseur tant bien que mal. Redevenue une forteresse, privée d'électricité mais subsistant tant bien que mal, la capitale est assiégée et bombardée, les Parisiens survivant comme ils peuvent dans une ambiance d'entre-deux-apocalypses...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi ces Parisiens, il y a Antoine Kaplan. Depuis le début des évènements qui ont fait de la France un champ de ruines, cet homme, jusque-là sans histoire, a connu beaucoup d'aventures et de mésaventures. Médecin, il est désormais chargé de déceler chez ses concitoyens les premiers symptômes de l'infection et d'agir en conséquence. Autrement dit, dénoncer les malades aux instances compétentes qui prendront les mesures (radicales) nécessaires pour ne pas laisser le camp des infectés s'étendre encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, un soir, la vie de Kaplan bascule : sa femme, Hélène, avec qui il est marié depuis 6 ans mais qu'il n'est plus trop sûr d'avoir jamais aimée, disparaît sans explication, sans laisser de trace. Aurait-elle pu "basculer", devenir un animal seulement capable de violence ? La police, en ces temps troublés, a d'autres chats à fouetter et l'enquête semble menée a minima. Kaplan va faire appel à un détective privé pour essayer de savoir ce qu'est devenue Hélène.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, pendant ce temps, la Nature, et l'administration, ayant horreur du vide, une jeune femme vient s'installer chez Kaplan, afin d'occuper les lieux laissés vacants pas Hélène, ce qui, de fait, pousse Kaplan à la porte de chez lui, à plus ou moins long terme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, privé des restes de sa vie "heureuse", il ne reste plus à Kaplan qu'à se lancer lui-même à la recherche de sa femme et, ensuite, de ceux qui l'ont amenée à disparaître. Une enquête périlleuse qui va emmener Kaplan dans l'univers des marginaux, des résistants, des clandestins de ce Paris encerclé, qui va le contraindre à agir comme un de ces opposants, qui va en faire un criminel, lui qui auparavant, avait déjà été injustement considéré comme un paria...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faisant fi de la situation plus que chaotique de Paris et de ses alentours, devant composer avec les différentes tendances politiques qui s'affrontent, avec les profiteurs de tout poil et les extrémistes de tout bord, sans oublier ces humains retournés à l'animalité la plus violente qui peuvent vous sauter à la gorge à tout instant ou presque, Kaplan entame, plus qu'une enquête policière, une véritable quête personnelle. Une poursuite désespérée de la vérité qui devient initiatique, lui révélant brusquement son attachement, si ce n'est son amour, pour cette femme pour qui il ne croyait plus rien ressentir (et qui le lui rendait bien), mais aussi pour son grand fils devenu soldat, avec qui il ne s'est jamais entendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec, pour destination finale, la compréhension de sa propre humanité dans un pays qui est en train, de toutes les manières possibles de perdre la sienne...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette question de l'humanité est au coeur du livre. "Avant de disparaître" est certes un roman d'anticipation, mais il se veut une projection (franchement pessimiste, c'est vrai) de ce que pourrait devenir la France dans quelques années si nous ne remettons pas l'humain au centre de tout. Avec aussi, en filigrane, un message, porté dans le roman par un curieux livre, esquissant le cadre d'une idéologie profondément nihiliste qui n'hésite pas à prôner ouvertement l'éradication de l'espèce humaine, comme si ses errements l'avaient mené dans une impasse ne lui laissant aucune alternative sinon la disparition sous sa forme actuelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Avant de disparaître" est un roman très cinématographique dans sa forme (pas étonnant que Molia, à côté de son travail de romancier, soit aussi réalisateur), avec des changements de plans permanents, matérialisés par des changements permanents de narrateur, une atmosphère très visuelle malgré l'obscurité qui règne tout au long des 300 pages du livre, l'importance des visages, des matières et de Paris, bien sûr, personnage à part entière de l'histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce que j'ai trouvé le plus intéressant dans ce livre, c'est l'espèce d'effet miroir que met en place Molia, comme si nous avions, comme si l'Humanité avaient atteint une apogée et que, désormais, nous ne pouvions plus que régresser, vitesse grand V, vers l'animalité dont nous sommes issus. Comme si notre histoire allait se dérouler dans l'autre sens, symétriquement à l'Histoire que nous connaissons, jusqu'à redevenir Néandertal, aux origines de notre humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résultat, c'est comme si Molia "rembobinait" l'Histoire. Et, son roman d'anticipation devient d'un coup un anti-roman historique, car l'histoire de ce roman aurait très bien pu se dérouler dans le Paris des années 1940-1945. Les clins d'oeil à la vie sous l'Occupation sont d'ailleurs très nombreux et assez réussis, on s'amuse presque à chercher quelle figure se cache sous les traits de tel ou tel personnage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une façon aussi pour Molia de nous lancer un avertissement beaucoup moins romanesque : et si notre début de XXIème siècle n'était qu'un effrayant bégaiement de l'Histoire ? En lisant "Avant de disparaître", je retrouve des réflexions que je me fais depuis quelques années déjà : nous vivons une époque qui fleure mauvais les années 1930. On sait ce qu'il est advenu alors ; il n'est pas encore trop tard pour enrayer cette impression de déjà-vu... ou pas, s'il on est plutôt pessimiste...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, "Avant de disparaître" est un roman composite qui s'inscrit dans la lignée de ce genre si particulier qu'est le roman post-apocalyptique. Et l'on retrouve ainsi des aspects qu'on a croisés ici ou là, au gré de certaines lectures, possibles influences de Molia dans son aventure littéraire : ce Paris rappelle assez celui du "Ravage" de Barjavel, l'épidémie évoque instantanément "la Peste" de Camus. Plus récemment, on se souvient évidemment de "la Route", de Cormac McCarthy, autre quête sans espoir, dans un univers aussi sombre que celui de Molia et où se pose aussi la question du retour de l'humain à une certaine animalité. Enfin, on finit sa lecture en songeant à "l'aveuglement" de José Saramago... Comme si avant de disparaître de ce monde soi-même, on voulait commencer à le faire d'abord disparaître de sa vue, pour ne plus voir ce désastre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant, malgré toutes ces épreuves, ce tunnel sans fin, cette obscurité qui l'engloutit sans doute éternellement, Kaplan semble n'avoir jamais été aussi heureux à la dernière page du livre. Car s'il a compris et retenu une chose de tout ce qui lui est arrivé depuis la disparition d'Hélène, au milieu des décombres, de la violence, de la trahison, de toutes ces faiblesses si humaine, c'est qu'il est capable de ressentir de l'amour, pour cette femme qu'il connaissait finalement si mal mais qui lui était insdispensable. Et puis aussi de l'amour pour son fils, avec qui il entend bien renouer, en guise d'ultime étape de sa quête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, sachant qu'il sait encore aimer, ou plutôt qu'il sait enfin aimer, sans retenue, alors, il sait avec certitude que, quel que soit le sort qu'on lui réserve, que la Vie lui réserve, même s'il lui reste peu de temps à passer ici-bas, malgré tout cela, il sera et restera un être humain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sE"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-6399347642446720270?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/6399347642446720270/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/paris-paris-outragee-paris-brisee-paris.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6399347642446720270'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/6399347642446720270'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/paris-paris-outragee-paris-brisee-paris.html' title='&quot;Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée !&quot; (Charles de Gaulle)'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-4592022412720720200</id><published>2011-10-15T14:57:00.000+02:00</published><updated>2012-02-06T02:50:07.332+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Fantastique'/><title type='text'>"Un cannibale est un homme qui aime son prochain avec de la sauce" (Jean Rigaux)</title><content type='html'>J'essaye de varier mes plaisirs de lecture, de passer d'un genre à l'autre pour ne pas créer de routine et jouer sur les contrastes. Là, j'avais envie de me faire un peu peur, de me mettre sous tension, peut-être aussi de m'amuser avec un roman gore que je pourrais prendre au troisième ou quatrième degré. Pourquoi ne pas alors, me tourner vers un maître du genre horrifique, Mr Graham Masterton en personne. Son "Rituel de chair", paru en 1988 à l'origine, a été publié aux éditions Milady (donc en format de poche) en 2009, et je crois comprendre certaines des raisons qui ont pu pousser cette maison d'édition à proposer ce texte 20 ans après sa sortie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="Couverture Rituel de chair" src="http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv3450807.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charlie McLean est un critique gastronomique consciencieux. Oh, pas un critique qu'on voit à la télé ou entend à la radio, pas un critique qui descend dans les palaces et les établissements étoilés. Lui, son domaine, c'est plutôt les endroits un peu miteux où s'arrêtent les représentants de commerce, dans des bleds paumés, au milieu de nulle part et d'une qualité souvent... aléatoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour cette tournée à travers la Nouvelle-Angleterre, en direction de Boston, Charlie à l'immense plaisir d'être accompagné par Martin, son fils de 15 ans. Père divorcé, Charlie a un peu délaissé le garçon et il se rend vite compte qu'ils se connaissent bien mal et que l'adolescent n'est guère motivé par ces retrouvailles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors qu'ils ont fait halte dans un des restaurants que son père doit critiquer pour le magazine qui l'emploie (un repas bien médiocre...), la serveuse indique à Charlie un restaurant français qui serait, paraît-il, le meilleur de la région. Un endroit qui l'intrigue aussitôt car, malgré ses 15 ans d'expérience, il n'en a jamais entendu parler. Inexplicablement, son fils semble de plus en plus mal à l'aise mais Charlie est décidé, il doit absolument manger dans ce restaurant, même s'il ne s'adresse pas au public habituel de son magazine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pour cause, il ne s'agit pas vraiment d'un restaurant mais d'une société gastronomique dont la majorité des riverains semblent, au mieux, ignorer l'existence, au pire, vouloir éviter à tout prix d'en parler. Une attitude qui ne fait que renforcer la détermination de Charlie, malgré l'angoisse croissante de Martin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais voilà, n'entre pas qui veux au &lt;i&gt;Reposoir&lt;/i&gt;, puisque tel est le nom de cet endroit macabre, qu'on croirait sorti de l'imagination d'Edgar Poe. Et, apparemment, Charlie n'a pas le profil pour rejoindre cette société bien mystérieuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pendant que Charlie s'entête, son fils s'éloigne imperceptiblement de lui. Jusqu'à ce que Martin disparaisse au cours d'une nuit. Pour Charlie, c'est évident, les responsables de cette disparition, ce sont ceux qui dirigent la société gastronomique. Mais dans quel but ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charlie doit alors tout mettre en oeuvre pour retrouver son fils et le tirer de là. Car, ce qu'il va bientôt découvrir ne peut que l'alarmer : derrière la façade du &lt;i&gt;Reposoir&lt;/i&gt;&amp;nbsp;et l'enseigne de cette société gastronomique, se cache en fait un culte terrifiant, dont le rituel repose sur un des pires tabous de nos sociétés occidentales : l'anthropophagie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais comment faire, quand Martin semble être volontaire pour intégrer cette épouvantable secte, quand ni la loi, ni la force, ni la presse ne semble redouter, craindre ou s'inquiéter des activités de ce mouvement religieux ? Et, au final, l'obstination de Charlie ne va que lui attirer la haine des disciples et le mettre en danger. Une poursuite de plus en plus violente qui va obliger Charlie à quitter la Nouvelle-Angleterre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais loin de renoncer, le père privé de la chair de sa chair, si j'ose dire vues les circonstances, va se lancer à corps perdu dans les moyens de sauver son fils. Et pour cela, il va se rendre en Louisiane, où se trouve le siège de la secte. Il n'imagine pas un instant que ce qu'il va trouver là-bas est encore pire que tout ce qu'il pouvait imaginer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ouvrant "Rituel de chair", je m'attendais à lire un roman "gorissime", peut-être grotesque, en tout cas très sanguinolent et à lire avec énormément de recul voire le sourire sardonique aux lèvres pour conjurer l'horreur. Mais, en fait, je me suis trouvé face à un thriller fantastique de facture assez classique, reposant sur le jeu de la proie et du chasseur et inversant les rôles sans arrêt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, il y a bien quelques scènes pour amateurs du genre, des scènes explicites d'anthropophagie, ce n'est donc quand même pas un roman à laisser entre toutes les mains. Mais, en dehors de la scène finale, je m'attendais à bien pire, eu égard à ce que je connaissais de Masterton. Je ne dirai pas que je suis resté sur ma faim, ça serait déplacé, mais on est loin du gore à la Tobe Hooper ou à la Evil Dead.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En revanche, je comprends pourquoi Milady a sorti ce roman 20 ans après sa publication : "Rituel de chair" évoque la montée en puissance d'un courant religieux fanatique et extrémiste capable de rester à l'abri des regards indiscrets, de "tenir" aussi bien les pouvoirs politiques, judiciaires que médiatiques, afin de poursuivre tranquillement son horrible "oeuvre", jusqu'au but ultime, censé redorer le blason de l'Amérique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au-delà de toute comparaison malvenue, étant donné l'activité principale de la secte imaginée par Masterton, on ne peut s'empêcher de penser à ces ultra-conservateurs arrivés au pouvoir avec l'administration Bush au début du XXIème siècle, dont les convictions extrêmes en matière religieuse ont eu de terribles conséquences sur le pays et sur toute une génération d'Américains. Dans la réalité, il est plus question de chair à canon que de garde-manger, mais le raisonnement de Masterton reste pertinent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car, on le voit au travers de Charlie et de son fils, Masterton nous décrit une société désenchantée, matérialiste, une société qui vit pour manger et non plus l'inverse, pour détourner cette fameuse réplique de &lt;i&gt;l'Avare&lt;/i&gt;, une société qui s'est embourgeoisée au point de ne plus proposer d'avenir à ses jeunes générations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, ces "générations futures", que leur reste-t-il, si ce n'est le miroir aux alouettes d'une religion dévoyée, promettant un salut inespéré et capable d'imposer pour y arriver les rites et les préceptes les plus absurdes, voire dangereux ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un pouvoir de persuasion qui peut s'étendre aux notables, aux sphères de pouvoir, par des promesses de retombées inestimables. Naïveté et cupidité sont les deux mamelles de ce genre de mouvement, aux ambitions insatiables et aux leaders persuadés jusque dans leur folie, du bien-fondé de leurs actes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'un abîme à l'autre, on se laisse alors aisément mener, tels des moutons de Panurge destinés à l'abattoir, pour le coup... Et du désespoir provoqué par un avenir en forme d'impasse, on se retrouve propulsé vers un avenir apocalyptique, démentiel mais paré des beaux atours de l'espoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est ainsi qu'on déchante, quand on réalise, mais un pue tard, que sous un décorum grotesque qu'on croirait impossible à gober en temps ordinaires, les routes du paradis mènent droit en enfer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La chair, humaine ou pas, ainsi rôtie aux feux de la Géhenne, devient alors bien moins appétissante...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;script type="text/javascript" src="http://citriq.net/widget/6sI"&gt;&lt;/script&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6544713769324079208-4592022412720720200?l=appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/feeds/4592022412720720200/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/un-cannibale-est-un-homme-qui-aime-son.html#comment-form' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4592022412720720200'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6544713769324079208/posts/default/4592022412720720200'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://appuyezsurlatouchelecture.blogspot.com/2011/10/un-cannibale-est-un-homme-qui-aime-son.html' title='&quot;Un cannibale est un homme qui aime son prochain avec de la sauce&quot; (Jean Rigaux)'/><author><name>Joyeux-drille</name><uri>http://www.blogger.com/profile/01098866609398269881</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/-YMb9XbWYz94/TkAvGaoX0AI/AAAAAAAAAAQ/e3W1iD67JfY/s220/Joyeux-drille.jpg'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6544713769324079208.post-7062747671278046517</id><published>2011-10-13T15:20:00.002+02:00</published><updated>2012-02-06T02:39:07.584+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Littérature francophone'/><title type='text'>"J'aperçois toute la généreuse imposture, les mails, c'était vous" (d'après Cyrano de Bergerac, Acte V, scène 5)</title><content type='html'>On ne perd jamais vraiment de vue les auteurs qui nous plaisent. Mais quelquefois, on laisse passer du temps avant de revenir vers eux. C'est un peu ce qui m'est arrivé avec Bessora, découverte avec "53cm" et "Pétroléum", et dont je viens de retrouver le style, fait de douceur, de candeur et d'une ironie féroce. Voilà que j'apprends récemment que Bessora publie un nouv
