dimanche 21 janvier 2018

Blog "Drille & Fils", maison fondée le 8 août 2011...

Bonjour à tous !

Quel chemin parcouru, depuis l'été 2011, lorsque j'ai franchi le pas et décidé de lancer un blog ! Il y a désormais plus d'un millier de livres chroniqués et vous êtes de plus en plus nombreux à appuyer sur la touche "lecture"... Immense merci pour vos commentaires et vos encouragements, je compte bien continuer encore un bon moment, tant je m'amuse à écrire des billets pour partager mes lectures...

Car, oui, ici, ce sont les livres qui priment. Le décorum peut paraître austère, on ne trouve que peu de fioriture, pas de concours ni de recherche d'influence. Non, on avance, on fait son petit bonhomme de chemin et, lecture après lecture, on essaye de vous faire découvrir des livres qui, je l'espère, vous émouvront, vous intéresseront, vous feront aussi réfléchir, mais qui, tous, vous feront passer de bons moments de lecture...

En trois années, j'ai essayé d'être le plus éclectique possible, c'est ma vision des choses qui veut ça, en matière culturelle, mais aussi de ne pas seulement m'en tenir au premier degré, à l'histoire telle qu'on la lit, page après page, mais bien d'aller voir entre les lignes, dégager des thématiques, des aspects forts qui structurent les ouvrages, de nourrir mes billets autrement qu'avec de simples avis lapidaires, mais bien de vous fournir des arguments qui vous donnent envie de lire.

Mon avis importe peu, même si l'enthousiasme d'une lecture ressort forcément d'un billet sur un livre qu'on a apprécié. Mais, l'ambition est de vous donner des arguments peut-être moins subjectifs qu'un avis personnel afin de vous aider à faire vos choix en connaissance de cause...

Je ne cherche pas à me démarquer de la blogosphère, à me comparer à d'autres blogs, je ne vous dis pas que ce que je propose est meilleur ou plus intéressant qu'ailleurs. Non, j'essaye simplement de faire ce que je sais faire, d'y prendre du plaisir et de vous le communiquer, si possible... Sérieux, mais sans se prendre au sérieux, voilà une belle devise à suivre. Et avec une valeur qui surpasse tout le reste : la sincérité.

Le cap des 400 000 vues est franchi, désormais ! Je n'en reviens même pas. Pas plus que des commentaires laissés par certains auteurs et les liens qui se sont créés avec certains lecteurs. Les débuts, en plein été, furent laborieux, puis il y eut quelques périodes creuses, pour des raisons indépendantes de ma volonté. Depuis, le blog s'est installé, a trouvé son rythme de croisière et je vous en suis reconnaissant !

Merci, à toutes et à tous, de tous horizons, d'avoir le réflexe de plus en plus régulier de venir appuyer sur la touche "lecture" !



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"Les grues innombrables sont des seringues ; le béton une drogue. Plus la ville se pique, mieux elle se sent. Et pourtant, c'est par là qu'elle meurt".

Qui habite en ville, petite, grande ou en pleine expansion, est régulièrement le témoin de chantiers de construction qui donnent naissance à de nouveaux immeubles flambant neufs. La ville ne cesse de grignoter l'espace, avec son sillage de béton. Notre roman du jour s'attaque à ce phénomène avec humour, mais non sans férocité. Et non sans recourir aux codes du fantastique (avec un clin d'oeil appuyé à un maître du genre), bien qu'il s'agisse, ah, ces querelles de chapelles, d'un roman de littérature générale. Dans "l'Affaire Mayerling", de Bernard Quiriny (aux éditions Rivages), pas de princes et de princesses dansant la valse, pas de Catherine Deneuve et d'Omar Sharif se suicidant dans un pavillon de chasse, mais un immeuble, que dis-je, une résidence de standing qui en fait voir de toutes les couleurs, et pas seulement du gris béton, à ses habitants... On rit, mais un peu jaune, et quand on vit dans un immeuble, comme c'est mon cas, on regarde son propre quotidien avec un tout autre regard...



Le narrateur et son ami Braque sont des fondus d'urbanisme, des amateurs éclairés de bâtiments divers et de monuments variés, des collectionneurs de brochures d'agence immobilières et des spécialistes du décryptage de panneaux publicitaires vantant les mérites de la prochaine résidence bientôt en construction.

C'est donc en toute logique, et avec l'oeil des experts qu'ils sont devenus, qu'ils s'intéressent à l'histoire du Mayerling, une résidence de standing qui voit le jour à Rouvières, une ville de 250 000 habitants hors agglomération (l'équivalent de Strasbourg ou de Bordeaux, tout de même), au croisement de la rue Mayerling et du boulevard Voltaire.

Ce nouveau bâtiment qui s'annonce magnifique doit être érigé à l'emplacement où se dressait jusque-là un petit manoir à la riche histoire, au milieu d'un parc bucolique à souhait. Mais cela faisait longtemps que cette perle était laissés à l'abandon, aiguisant l'appétit des promoteurs. Aussi, lorsque, enfin, ses propriétaires acceptèrent de vendre, ce fut la ruée...

C'est une entreprise espagnole qui a décroché la timbale, à la grande surprise de tous, y compris celle de Braque et de son narrateur, car personne ne connaissait cette société. Mais, cela n'a pas empêché cet énigmatique maître d'oeuvre de construire un immeuble de fort belle allure, dont les appartements ont rapidement trouvé preneurs.

Et tant pis si c'est tout un quartier qui change subitement de décor, perdant le cachet incomparable du vieux manoir pour se retrouver avec un immeuble de plus, qui ressemble tout de même beaucoup aux autres, de plus en plus nombreux, à Rouvières, comme dans la plupart des villes... Le béton, cette matière première hégémonique, s'impose et personne n'a rien à dire...

Bientôt (enfin, avec un peu de retard sur les délais initiaux, mais c'est toujours comme ça, non ?), une partie des heureux propriétaires s'installent dans leur nouvel home, sweet home qui sent encore le neuf. Les autres louent leur nouvelle acquisition, moyennant des loyers confortables, couvrant les charges et laissant une bonne marge.

Jusqu'ici, rien d'extraordinaire, le Mayerling ne se distingue guère des autres résidences, barres d'immeubles ou autres constructions à forte densité de population qui ont poussé à Rouvières ces dernières années comme partout ailleurs. Mais, très vite, ceux qui y habitent vont être dérangés par des phénomènes plus ou moins explicables. Plus ou moins agréables, enfin, surtout moins que plus...

Quelques malfaçons apparaissent, des places de parking trop étroites, quelques fissures, une isolation sonore qui fait défaut, surtout quand le voisin du dessus aime écouter de la musique à fond les enceintes, des odeurs méphitiques atteignent des narines sensibles... Les petits désagréments de la vie en communauté, quand tout le monde ne vit pas au même rythme, quand tout le monde n'attend pas la même chose de ses soirées...

Mais, il y a plus grave, plus inquiétant, aussi. Les Lemoine, couple tellement amoureux qui rêvait d'un nid d'amour rien qu'à lui, ne se supportent plus depuis qu'ils ont passé le seuil de leur nouvel appartement. Mme Chopard croit voir des fantômes, et il n'est pas certain qu'ils lui veuillent du bien... Quant à la si sage Mme Camy, elle semble atteinte d'une dévorante envie de séduire et plus si affinités...

Rien ne va plus au Mayerling : le rêve qui a été vendu aux propriétaires (et loué aux autres) prend des allures de cauchemars. A tous les étages, des vies sont allègrement gâchées par des événements qu'on ne parvient pas à régler. En très peu de temps, les tensions entre habitants montent et certains n'en peuvent déjà plus. Au Mayerling, on est sur les nefs...

Les copropriétaires essayent bien de s'organiser, de faire appel à un syndic étonnamment discret, d'un seul coup. On cherche à régler les différends à l'amiable, souvent en vain, ou alors, on se résigne, en attendant des jours meilleurs. Au fil des jours, des semaines, l'atmosphère se dégrade, les phénomènes se renforcent et une question commence à poindre :

Et si c'était l'immeuble qui en voulait à ses habitants ?

Un mot, avant d'aller plus loin, sur Bernard Quiriny, romancier pas encore quadragénaire (il est né en 1978), mais à la bibliographie déjà bien remplie. De nationalité belge, possédant un riche cursus universitaire, il a reçu de nombreux prix, dont le Rossel (équivalent belge de notre Goncourt) et un Grand Prix de l'Imaginaire, eh oui, pour son recueil de nouvelles "Une collection très particulière".

Car Bernard Quiriny a beau être présenté comme un auteur de littérature générale, son travail comme ses influences lorgnent sérieusement vers le fantastique. A son sujet, on évoque Borges, Poe, Aymé et d'autres noms tout aussi flatteurs, ce n'est quand même pas rien. A quoi il faut ajouter un humour qui oscille entre la satire et l'humour noir, comme dans "l'Affaire Mayerling", d'ailleurs.

Ce ne sont d'ailleurs pas les références littéraires qui manquent dans ce roman très amusant, où les lecteurs qui vivent dans des immeubles devraient se reconnaître à un moment ou à un autre (mais pas dans tous les habitants non plus, ou alors...). On croise Paul Guth, J.G. Ballard, Georges Perec, Jean-Jacques Rousseau, Marcel Aymé, encore lui, et quelques autres (les titres en lien).

Car la ville, l'urbanisme, la concentration des populations dans une zone géographique de plus en plus réduite, tout cela a inspiré, et depuis longtemps, les philosophes, les historiens, les romanciers (on pourrait ajouter les cinéastes, bien sûr, mais restons à l'écrit, pour l'instant). Et Bernard Quiriny, lui aussi, vient mettre son grain de sel dans tout cela. Critique, forcément critique, mais très drôle, aussi.

L'accumulation de catastrophes qui entoure la construction et les premiers mois d'existence du Mayerling font forcément sourire le lecteur, qui compatit, mais pas trop, il ne faudrait pas que lui tombe sur le coin du crâne le même genre de malheurs... A chacun ses soucis particuliers qu'on cherche à résoudre isolément, avant de trouver LE coupable et de se liguer contre lui...

Il y a, dans le ton employé par Quiriny, un détachement et une légèreté qui contrastent avec la situation de plus en plus précaires des habitants du Mayerling. La narration est très particulière, avec des chapitres très courts, qui font penser à des articles qu'on aurait collectés au fil du temps pour constituer un dossier quelconque.

De temps en temps, on digresse, on retrouve Braque, le narrateur et leurs lubies. Ils ont un petit côté Bouvard et Pécuchet des villes, ces deux-là, avec le regard débonnaire, mais plein de curiosité pour les événements qui frappent le coin de la rue Mayerling et du boulevard Voltaire, à Rouvières, craignant la théorie des dominos, la contagion, la pandémie...

Mais quel vent de folie souffle donc sur cet immeuble de standing (et s'il y a bien quelque chose qui garantit que tout ne soit qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté, c'est bien la mention "de standing", non ?), quelle malédiction pèse-t-elle sur ce lieu pourtant tranquille ? Et que faire pour contrarier cette insupportable situation ?

Oui, on s'amuse bien, car la gamme de misères qui s'abat sur le Mayerling est variée, souvent originale, un mélange de soucis domestiques hélas très courants et d'autres beaucoup moins, franchissant allègrement les limites de la rationalité. Que cela aboutisse à des situations dangereuses ou pouvant le devenir, ou que cela reste certes pénible, mais sans risque, la coupe est vite pleine...

On regrette presque que les architectes n'aient pas doté le Mayerling d'une salle de bal, si vous me voyez venir. Eh oui, en introduction, j'ai évoqué une référence évidente qui vient naturellement à l'esprit lorsqu'on avance dans la lecture de "l'Affaire Mayerling", il est temps d'en parler : l'immeuble rouviérois ressemble fort à un lointain cousin de l'Overlook, le sinistre hôtel de "Shining".

Et ce n'est pas juste une impression. Pas besoin de soeurs jumelles, de tricycle, de vagues de sang ou de buissons animés, mais les clins d'oeil sont là, jusqu'au coeur même de l'intrigue, vous le verrez, où il n'est plus possible d'ignorer la référence à l'un des plus célèbres romans de Stephen King. Mais, pas le King qui fiche les chocottes et vous fait trembler sous la couette.

Non, le King de Quiriny est croisé avec un autre personnage pour donner quelque chose de tout à fait inattendu, puisqu'il s'agit de Jacques Tati. Dans "Mon Oncle" en particulier (qui a pour décor une maison ultramoderne), puis dans "Playtime", l'interprète du mythique personnage de Monsieur Hulot s'intéressait justement à l'urbanisme, à la ville et à l'immobilier pour mieux le tourner en dérision.



On retrouve chez Bernard Quiriny un même sens de l'absurde et de la déraison dans "L'Affaire Mayerling". Entre King et Tati, on oscille sans cesse au long des 300 pages, ne sachant pas vraiment lequel des deux l'emportera : l'horreur ou la folie douce ? La violence ou la rêverie désenchantée ? Le tragique ou le comique ?

Au-delà des péripéties liées au Mayerling, on voit se dégager dans ce roman différents thèmes, dont l'un est diffus avant de prendre forme jusqu'au dénouement. Il s'agit des relations de voisinage. Quand je dis diffus, c'est parce qu'au départ, c'est un peu chacun pour soi au Mayerling, rien de plus normal, puisque c'est un immeuble neuf et que personne ne se connaît encore.

Mais, ensuite, les premières relations sont loin d'être cordiales. On a plus d'occasions de se frictionner, de s'expliquer, voire plus, que d'occasions de fraterniser et de célébrer la fête des voisins autour d'un banquet façon village d'Astérix. La cordialité (ne devrais-je pas écrire l'urbanité ?) ne fait pas partie du règlement de la copropriété, dirait-on.

Et puis, au fil des événements, alors que se passent des incidents à gravité variable, forcément, on se rapproche (sauf les Lemoine, qui n'en finissent plus de se déchirer) et lorsque l'ennemi commun est identifié, aussi fou cela puisse-t-il paraisse, alors, l'union pourrait faire la force... Au final, on a sans doute, grâce au Mayerling, des liens inattendus qui se sont noués, et durablement...

De mon point de vue, outre la dimension écologique (le béton, cette bête noire de Bernard Quiriny !), c'est l'un des aspects les plus intéressants de ce roman que cette question des relations humaines. Avec cette maxime qui en dit long : "la barbarie surgit dans deux types d'endroits : là où la densité démographique est très basse, et là où elle est très forte".

La ville déshumanise, désintègre le lien social, alors qu'elle rassemble, mot si fort, si riche, des populations très différentes. La ville, c'est une émulsion, ses composantes ne se mélangent jamais harmonieusement, chacun reste à sa place, dans son coin, dans sa classe sociale, etc. Et dans un immeuble, c'est un peu pareil (et je sais de quoi je parle...).

La satire de Bernard Quiriny concerne donc aussi ce qu'on appelle, ah, la belle expression fourre-tout, "le vivre-ensemble"... A la fois dans des cadres de plus en plus stéréotypés, aseptisés, souvent très laids et moyennement fonctionnels (sans aller jusqu'aux folies à la Le Corbusier), mais aussi dans la manière dont nous acceptons l'autre, en l'occurrence cette espèce nuisible qu'est le voisin (ce n'est pas de moi, mais de Desproges).

Et ce qui se passe au Mayerling concerne bien sûr tout le quartier alentour, toute la ville, sans doute, et probablement n'importe quelle autre ville, aussi importante que Rouvières ou de bien moindre envergure, mais cherchant à s'étendre. L'un des ressorts comiques est d'ailleurs la manière dont les habitants du Mayerling gèrent leur lutte et ce qui en filtre à l'extérieur, où l'on se demande ce qui se passe derrière ces grilles...

Je me suis énormément amusé à cette lecture, qui m'a permis de découvrir un auteur dont j'avais déjà entendu le nom, mais que je n'avais encore jamais lu. Et c'est un tort, car "L'Affaire Mayerling", si c'est bien un one-shot, est tout de même directement lié à un précédent roman de l'auteur, "le village évanoui", qui était paru chez Flammarion (et qu'on trouve en poche, chez J'ai Lu).

En fait, ce sont les deux volets d'un diptyque, un roman des champs et donc, avec "l'Affaire Mayerling", un roman des villes, avec, à chaque fois, un regard acerbe porté sur la modernité qui s'étend insidieusement et engloutit tout, et pas toujours avec de bons côtés. Partisan du "c'était mieux avant", Bernard Quiriny ? C'est peut-être un peu simpliste, comme vision des choses, mais adversaire d'une globalisation à outrance qui fait perdre de vue l'essentiel et la proximité, certainement.

Sur des sujets qui apparaissent donc très sérieux, il choisit l'option de la satire et de l'humour, sans méchanceté, avec tendresse pour ses personnages, même s'ils ne les ménagent pas. Il fait du quotidien une aventure extraordinaire, débordant dans l'irrationnel, mais c'est une façon de nous rappeler, à nous, lecteurs, que c'est dans notre monde bien réel qu'on sombre dans la folie et l'absurde et qu'il est encore le temps de dire stop.

Alors, on peut se poser une question, de plus en plus tendance : et si, sous ces airs de dystopie, le dernier roman en date de Bernard Quiriny, avec ses phénomènes surnaturels et sa folie contagieuse, son montée dramatique, réelle malgré le comique de situation, était en fait une utopie ? Et s'il nous indiquait la voie à suivre vers plus d'humanité, vers des eaux plus tranquilles ?

samedi 20 janvier 2018

"Le jour n'a qu'un soleil mais la nuit de la mort a des milliards de soleils" (Elie Delamare-Deboutteville).

Le soleil... Omniprésent, indispensable, écrasant, parfois ; un astre qui nous remonte le moral quand il brille, dont on se languit quand il se cache... Notre pourvoyeur de lumière, sans qui la vie serait impossible. Et la lumière, ce sont des particules invisibles qui nous tombent dessus en permanence. Comme tout ce qui compose notre univers, notre planète, des scientifiques étudient le soleil pour comprendre son fonctionnement, ses bienfaits et ses dangers. Mais c'est aussi un élément auquel nous sommes tellement habitué qu'on n'y prête guère attention. Il est là, nous savons que demain, il se lèvera une nouvelle fois, et ainsi de suite... Comme les gens que nous côtoyons sans vraiment les connaître, que nous croisons sans les voir, jusqu'à ce qu'un événement extraordinaire vienne bousculer ces habitudes... "Mille soleils", le nouveau roman de Nicolas Delesalle (à qui l'on doit "Un parfum d'herbe coupée" et "Le Goût du large", désormais en poche), vient de paraître en grand format aux éditions Préludes. Cinq personnages, un accident, une onde de choc, des révélations... Ou comment ces humains, simples particules à l'échelle de l'univers, vont voir leurs destins irrémédiablement bouleversés en pleine pampa argentine...



La ville de Malargüe se trouve en Argentine, au pied de la Cordillère des Andes, tout au sud de la province de Mendoza. C'est là qu'est installé l'observatoire Pierre-Auger, un centre scientifique international où des chercheurs du monde entier travaillent sur les différents rayons cosmiques et étudient, entre autre, le soleil.

Vadim, taciturne, discret, est un spécialiste de la physique des particules et amateurs de death metal (il en a d'ailleurs le look) ; Alexandre, séducteur et macho, mais brisé par une récente rupture avec une femme qu'il aimait sincèrement, a présidé à l'installation les 1600 panneaux solaires de l'observatoire ; Wolfgang, le poissard qui a appris à vivre avec sa malchance proverbiale, étudie les rayons cosmiques d'ultra-haute énergie.

Ces trois scientifiques de grande valeur doivent prendre un avion, ce jour-là. Ils se sont donc levés tôt pour pouvoir préparer leurs bagages, prendre un petit-déjeuner et faire le long trajet en voiture jusqu'à l'aéroport de Mendoza, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Et pas au bout d'une autoroute, mais d'une longue piste, digne d'un rallye-raid.

Un quatrième homme les accompagne : il s'appelle Simon et il est venu jusqu'à Malargüe afin d'écrire un article de vulgarisation scientifique pour le magazine du CNRS. Sa visite à l'observatoire s'achève et il va rentrer au pays, avec les informations qu'il a collectées. Et auxquelles, il faut bien le dire, il ne comprend pas grand-chose, mais ce sujet est vraiment cool !

Il détonne un peu, au milieu de ces trois grosses têtes, lui qui est superficiel, fan de Clint Eastwood qu'il interroge avant de prendre chaque décision, sans cesse branché sur son smartphone ou sa tablette, immortalisant sur les réseaux sociaux chaque moment de sa vie susceptible de lui rapporter des "likes". Une vie virtuelle, par procuration, presque plus importante à ses yeux que sa vie IRL.

Les voilà donc en route pour Mendoza, Vadim au volant du 4x4, et une ambiance particulière dans cet habitacle. Comme si chacun vivait dans son propre monde, s'abîmait dans ses propres pensées et qu'il ne pouvait les partager avec les autres. Quatre univers distincts sans aucune intersection, quatre vies qui se sépareront naturellement lorsqu'ils seront arrivés à l'aéroport.

Dans ce décor somptueux, près de la Lagune du Diamant et du volcan Maipo qui la surplombe, dans ce désert qui ne semble pas avoir de limite, Vadim se laisse emporter par ses rêveries, griser par la vitesse. Et soudaine, une ornière, une courbe, un dévers, il n'en sait rien, il perd le contrôle du véhicule qui sort de la piste et part en tonneaux...

L'accident est très spectaculaire, très violent... La voiture est complètement détruite et, à l'intérieur, les passagers ont souffert. A des degrés divers. Et les voilà mal en point, au milieu de nulle part, le long d'une route très peu fréquentée, avec ce soleil, objet de toutes leurs attentions habituellement, qui pourrait devenir un problème supplémentaire...

Comment vont-ils réagir dans cette extraordinaire situation ?

Il nous faut parler de Mathilda, la cinquième protagoniste de ce roman, malgré elle. A près de 60 ans, elle a envoyé balader sa vie en Afrique du Sud, sa famille, un mari, des enfants, son métier de chirurgien-dentiste qui lui sortait par les yeux. Du jour au lendemain, elle a tout plaqué et s'est envolée pour l'Alaska.

Et de là, elle s'est lancée dans une incroyable aventure : rejoindre le point le plus haut sud du continent américain, au fin fond de la Terre de Feu, équipée seulement d'un vélo... Pourquoi ce défi qui semble surhumain ? Elle ne saurait sans doute même pas l'expliquer, il s'agissait juste de se fixer un but dans l'existence...

Voilà comment, ce matin-là, Mathilda s'est retrouvé sur une route argentine, entre Mendoza et Malargüe, en direction du sud. Voilà comment, ce matin-là, elle a croisé la voiture conduisant Vadim, Alexandre, Wolfgang et Simon à l'aéroport, sans savoir ce qui allait se passer quelques instants plus tard, sans prêter une grande attention à ce véhicule.

Ce contact uniquement visuel a duré quelques secondes à peine, le temps pour la cycliste de regarder passer le 4x4 et de se retrouver enveloppé par un nuage de poussière, le temps pour les passagers de la voiture de remarquer cette femme, dont la présence en pleine pampa leur a semblé certes incongrue, mais qu'ils ont vite oubliée ensuite...

Pourtant, cette fugace rencontre va influer sur le destin des uns et des autres, sans même qu'ils en aient conscience. Exactement comme les rayons du soleil viennent nous réchauffer, et on poursuit ce que l'on est en train de faire, et exactement comme d'innombrables autres particules dont nous ignorons tout viennent nous frapper, parfois sans effet, et parfois avec des conséquences...

Une sorte d'effet papillon à l'échelle de l'infiniment petit... Et une réflexion sur ces particules d'humanité que nous nous échangeons sans en avoir conscience et qui, dans la plus parfaite discrétion, changent nos existences, parfois pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Parce que les relations entre les êtres n'ont pas besoin d'être visibles pour bousculer nos destins...

Après les voyages au long cours et les souvenirs des quatre coins du monde qui étaient au coeur du "Goût du large", Nicolas Delesalle nous invite à une lecture très différente, car, même si le cadre de la pampa argentine est majestueux et dépaysant à souhait, il est l'unique cadre de cette histoire. Et, d'une certaine manière, entre la voiture et cette piste interminable et très peu fréquentée, on est proche du huis clos.

En effet, nos personnages sont livrés à eux-mêmes et ne peuvent compter que sur leur sang froid, leur bon sens. Peut-être aussi sur leur chance, même si, dans de telles circonstances, on hésite à l'évoquer... De leurs réactions dépendra la suite de leur existence, une existence qui va, de toute manière, changer de trajectoire après les événements de ce jour.

De même, l'unité de temps : quelques secondes pour que se noue le drame, façon "les Choses de la vie", une journée pour que l'action se déroule. C'est à la fois long, vous comprendrez pourquoi, et court, à l'échelle de nos existences et plus encore, à celle du temps. Tout est relatif, on y revient sans cesse, à ce constat...

Entre les êtres humains et ces particules gorgées d'énergie qu'étudient les scientifiques de l'observatoire Pierre-Auger, le parallèle est alors saisissant. Nous aussi sommes porteurs d'une énergie qui influe, consciemment ou non, sur ceux que nous rencontrons, par hasard ou non, ou que nous croisons simplement.

Au coeur de cette nature sauvage, imposante, mais qui peut vite se montrer hostile, ces personnes vont toucher à l'essentiel. Les préoccupations qu'ils ressassaient pendant ce voyage vont s'envoler et ils vont se rendre compte de la fragilité de l'existence, de ce qui la rend précieuse et de ce qu'il faut savoir apprécier.

La Laguna del Diamante et le volcan Maipo.


Comme le pense Simon, "il faut se montrer plus modeste, accepter l'évidence et arrêter de vivre plus haut que son cul". Bon, c'est formulé de manière un peu brusque, ça colle parfaitement au jeune journaliste, il faudrait sans doute imaginer des variantes plus... modérées pour les autres, mais c'est valable pour tous, y compris Mathilda.

L'homme n'est pas le centre de l'univers, faut-il encore le rappeler ? Pour ces hommes, le rappel est brutal, sept tonneaux, si je ne me trompe pas... Dans leur comportement, il y a de l'égocentrisme et de l'égoïsme, aussi, à différents degrés. En tout cas, on est bien loin de leurs recherches scientifiques, si profondes, pointues, excitantes. Et même, à leur façon, poétiques.

Chacun, mais ils ne sont pas les seuls, nous sommes tous comme cela, est le soleil de son propre système, une existence qui tourne autour de soi, comme les planètes. Voilà ce qui nous préoccupe principalement, une vision à courte vue à l'échelle de l'univers. Et c'est ce qui nous fait oublier de nous préoccuper des autres, sauf circonstances exceptionnelles.

Chaque personnage de ce roman a une personnalité bien marquée, sensiblement différente de celles des autres, des goûts, des aspirations, des ambitions, des regards différents. En fait, chacun a sa vision du monde, sa philosophie de l'existence, mais une seule vie, fugace, brève, trop pour ne pas en faire quelque chose d'autre qu'un jouet qu'on ne garde que pour soi.

L'altruisme, le désintéressement, des valeurs qui ont tendance à s'effacer dans nos sociétés modernes, sont au coeur de cette histoire. Mais, pour en arriver là, il faut qu'ils se révèlent, et pour cela, il faut que ces êtres soient frappés par ces particules d'humanité à haute énergie, renforcées par d'intenses émotions, encore une fois selon un large spectre.

Il y a beaucoup à apprendre de ce roman, pour le lecteur, qui n'est pas au coeur des événements, mais seulement le témoin. Pour nous aussi, comme pour Vadim, Alexandre, Wolfgang, Simon et Mathilda, cette lecture a des conséquences, doit avoir des conséquences. Nous aussi sommes frappés par ces particules d'humanité émises par ce qui se passe sur cette piste argentine.

Nicolas Delesalle nous met face à nos responsabilités, face à nos existences, face à notre indifférence quotidienne, et nous demande de tirer les enseignements pour notre propre vie, sans avoir à passer par un drame, un choc, une révélation tragique ou existentielle. Oui, à nous d'influer sur nos propres trajectoires, sur celle des particules que nous émettons et qui iront en irradier d'autres, et ainsi de suite...

On passe au cours de cette lecture par de nombreux états d'esprit, du rire aux larmes, selon la formule consacrée. Certains des personnages ont un côté tragique, au contraire d'un Simon, qui incarne le ressort comique (léger, le comique, mais qui apporte un peu de légèreté dans ces moments terribles). On constate les dégâts, on s'inquiète pour eux, on craint le pire...

Quant à Mathilda, je me suis longtemps interrogé à son sujet. Sur ses choix radicaux, sur ce ras-le-bol qui l'a poussée à prendre ses distances et à tout envoyer valser, à se libérer d'un quotidien trop monotone... Que venait-elle faire dans cette histoire ? Elle ne ressemble pas aux autres, à ces quatre hommes enfermés dans leur grosse voiture.

Au contraire des hommes, noyés dans leur quotidien, elle a rejeté son existence, elle a choisi de fuir sa vie. Elle est en quête d'un absolu qui, pour les autres personnages, se limite à leur vie professionnelle. Elle est en quête de quelque chose, un accomplissement, peut-être, dont elle ignore ce qu'il est exactement.

Elle incarne une forme de résilience, d'acceptation de soi. Elle est en quête d'estime de soi, alors qu'elle entre dans la dernière partie de son existence. Pardon d'évoquer son âge, mais c'est sa croix. Ce vieillissement est l'un des éléments qui la minent, son adversaire, c'est le temps, qui avance, inexorable, qui la broie et qui l'érode, à la fois...

Cinq visions du monde et de l'existence, et tant d'autres encore. Cinq destins qui se jouent en quelques instants. Et la confrontation du rêve et de la réalité. Le rêve, quand l'homme relève la tête vers les étoiles, et la plus brillante d'entre elle. La réalité qui enferme, inhibe, écrase, et dont il faut aussi chercher à se libérer...

lundi 15 janvier 2018

"Et une chose était claire : si partir était une grande opportunité, ceux qui restaient étaient des nuls".

L'adolescence est un sujet inépuisable pour la littérature, et sous différents angles. Voici un roman italien qui se penche de façon très habile, mais aussi très dérangeante, sur le mal-être d'un groupe d'ados originaires de la région milanaise et sur les réponses qu'ils y apportent. Avec "Manquent à l'appel" (en grand format aux éditions Liana Levi ; traduction de Marianne Faurobert), Giorgio Scianna traite avec un regard très contemporain, plein d'empathie, mais aussi d'inquiétude, un sujet finalement très classique. Si la construction narrative de ce roman (qui ne facilite pas la tâche de celui qui veut en parler) lui donne un côté roman noir très marqué, il y a en filigrane un regard politique acéré et critique envers une société qui ne prend pas assez soin de sa jeunesse, des forces vives qui seront son avenir... Et cette dimension-là ne vaut pas uniquement pour l'Italie, mais pour l'ensemble des pays occidentaux.



En ce jour de rentrée des classes, quatre sièges restent vide dans une salle de ce lycée proche de Milan. Quatre places qui devraient, normalement, être occupées par les quatre garçons de la classe, majoritairement féminine. Aucun de ces jeunes n'est donc présents, ils ont disparu depuis le mois de juillet, sans aucune explication et laissant leurs familles dans l'angoisse.

Ils s'appellent Anto, Roberto, Ivan et Lorenzo et, depuis leur plus jeune âge, ils sont inséparables. Ils étaient même cinq, mais Simone, le dernier membre de la bande, a quitté l'Italie pour poursuivre ses études en Angleterre, première fissure parmi ces inséparables. Et puis, l'été est arrivé, et les quatre adolescents ont mis les voiles.

Depuis, silence radio, les téléphones portables sonnent dans le vide et les parents sont aux cent coups. La vie de ces famille ne tournent plus qu'autour de ces incertitudes, ces craintes, leur emploi du temps comprend des rendez-vous réguliers au commissariat ou au tribunal, et de douloureuses réunions où tous se retrouvent avec l'espoir de voir les fugueurs revenir.

Vivre sans rien savoir, en imaginant les pires situations, en échafaudant les hypothèses les plus terrifiantes, c'est usant. La tension est forte, et c'est toute la ville qui ressent l'inquiétude des parents. Les autres élèves de la classe sont obnubilées par la situation et les cours se finissent bien souvent en sessions de questions-réponses avec des enseignants, eux aussi impuissants et dépassés...

Une situation qui n'évolue guère jusqu'à un soir de novembre où, à la surprise générale, l'un des garçons rentre au bercail. Il s'appelle Lorenzo et il ne veut rien dire de ce qu'il a vécu ces derniers mois. Enfin, plus exactement, il ne parle pas aux autorités, à ses parents et à ceux de ses amis, à ses camarades de classe... Il ne parle à personne, sauf au lecteur, puisqu'il est le principal narrateur du livre.

Mais ne croyez pas pour autant qu'il va tout vous déballer tout de suite sur les tribulations de son groupe d'amis, non, il va tout de même falloir lui laisser un peu de temps. Ou que ce produise un déclic. Il va arriver, ce déclic, mais pas un déclic heureux, hélas. Alors, il ne peut plus garder pour lui ce qu'il sait et se livre à nous.

Tout en conservant soigneusement les secrets qui unissent ces quatre garçons sans repère...

Qu'il est difficile de parler de ce livre sans trop en dévoiler ! Soyons franc, dans la suite de ce billet, il est fort probable qu'on aborde des aspects du livre et de l'intrigue qui révèlent quelques points clés. Mais, difficile de faire complètement l'impasse sur ces questions centrales et ce qu'elles soulèvent en termes de réflexion.

Je me permets de le faire d'autant plus tranquillement que la quatrième de couverture aussi donne certains éléments qui n'apparaissent pas tout de suite lorsqu'on lit le livre. Alors, allons-y, parlons de ce "Manquent à l'appel" et de ce climat lourd, oppressant, qui entoure la disparition de ces garçons, dans un premier temps, le retour de Lorenzo ensuite...

Où sont-ils, c'est le premier réflexe que le lecteur a devant cette histoire. On est d'abord aussi désemparé que les parents, aussi déboussolé que leurs amis et leurs profs... S'agit-il d'une fugue ? Ou bien de quelque chose de bien plus terrible, encore. Des rentrées scolaires qui se déroulent sous de tels auspices, hélas, il y en a, et trop souvent. Mais cela ne rend pas le malaise moins palpable.

Et puis, les premières informations apparaissent et, aussitôt, on commence à sentir où va nous mener cette histoire. Pourtant, là encore, difficile d'être tout de suite dans cette optique, les signes avants-coureurs n'existent pas, en tout cas, personne ne les a remarqués. Mais bon, personne n'a pressenti que ces jeunes gens allaient disparaître...

L'indice est géographique, et la direction prise par le groupe de quatre mène dans un coin du monde certes renommé pour son tourisme, mais pas uniquement... Car, depuis la Grèce, et selon des témoignages très sûrs, ils sont passés en Turquie. Mais ensuite, on perd définitivement leur trace et l'on ne peut plus faire que des hypothèses.

Allez, mettons les pieds dans le plat : Grèce, Turquie... Et si la suite logique, c'était la Syrie ? L'idée fait grincer des dents, d'autant qu'à aucun moment, on ne parle de religion, dans le livre. Sous quelque forme que ce soit. S'ils ont suivi ce chemin, on voit mal de quelle manière ils auraient pu se radicaliser, comme on dit.

Alors, qu'en est-il ? Plus on avance dans le récit, dans les confidences de Lorenzo lorsque, enfin, il lâche quelques informations, et plus tout cela devient inquiétant, flippant. Absurde, surtout. Ajoutez à cela l'attitude de celui qui est revenu, renfermé, dur, la boule à zéro... Ce n'est plus le même garçon qu'avant sa disparition. Il a changé... Grandi ou mûri ? Rien n'est moins sûr...

"Manquent à l'appel", un récit sur la radicalisation d'un groupe d'ados sans histoire ? Oui, plus ça va, plus l'hypothèse gagne en crédibilité. A condition qu'on se mette d'accord sur ce terme de radicalisation. Et c'est certainement cette question qui fait le plus froid dans le dos quand on referme le roman de Giorgio Scianna...

Oh, bien sûr, il aurait pu aller dans le sens du courant, donner une version italienne de la mini-série britannique "The State" ou réfléchir sur le basculement vers une idéologie mortifère de garçons que rien ne prédisposaient à devenir des fondamentalistes religieux en graine, comme le fit Bessora, avec "le Testament de Nicolas".

Dans une Europe ébranlée par le terrorisme, qui se replie sur elle-même et se méfie jusqu'au rejet de ceux qui fuient les guerres et les persécutions sur d'autres continents, le sujet reste extrêmement sensible et, on peut le comprendre, plutôt romanesque. Utiliser la fiction pour essayer de comprendre, pour décortiquer une mécanique, c'est classique.

Mais, Giorgio Scianna n'a pas non plus choisi cette optique, il prend une voie différente et elle n'est pas plus rassurante. Elle pourrait presque m'effrayer plus encore, d'ailleurs. Religion et idéologie ne sont pas en cause dans le choix des quatre garçons de quitter leurs familles et de tout laisser derrière eux sans se retourner.

Le mal-être adolescent est bien au coeur de ce roman. Un mal-être qui se caractérise par une espèce de vide effrayant. Un sentiment, qu'il soit justifié ou non, d'ailleurs, qu'il n'y a pas d'avenir dans le monde qui est le leur, qu'on ne leur propose aucune perspective, qu'on les livre à l'inconnu, qu'on ne leur fournit ni les repères ni les armes nécessaires pour progresser dans leur existence, dans la société dont ils sont issus.

Le départ de Simone, qui peut sembler anodin a priori, est à mes yeux l'élément clé de toute l'histoire. Son départ pour l'Angleterre est un paradoxe : il ne l'a pas décidé par lui-même, c'est son père qui décide pour lui et contrôle son destin, mais, dans le même temps, cela lui ouvre des perspectives dont ne bénéficient pas les autres, enracinés peut-être à jamais dans ce coin d'Italie...

Et eux, comment voient-ils leur avenir ? Avec si peu de certitude, si peu d'envie... Ils arrivent à l'heure des choix qui décideront, peut-être, de ce que sera leur vie d'adulte et... rien, ou si peu. En tout cas, pas de projet construit, comme des gamins qui rêveraient d'être pompiers ou vétérinaires. Un vide qui laisse une profonde angoisse existentielle.

Le départ de ces gamins, c'est leur réponse à ce vide. Vous verrez que cette réponse est complètement folle, absurde, presque délirante. L'immaturité de ces adolescents sautent soudain aux yeux et elle fait mal : comment des parents, mais aussi une société peut se montrer aussi incapable de prendre soin de sa jeunesse, de lui inculquer des bases solides pour les amener à des choix aussi irrationnels ?

Dans une brève conclusion, après la fin du roman, l'auteur explique comment lui est venue l'idée de cette histoire et, en quelques lignes, il fait comprendre son incompréhension, son incrédulité, mais aussi sa révolte. Car, et il est évident qu'il a raison sur ce point, ces enfants sont des victimes. Comme la plupart de ceux qui prennent le chemin de la Syrie, qu'il s'agisse ou non d'un embrigadement.

Giorgio Scianna insiste sur la puissance de nuisance d'internet dans ce domaine, quelque chose qui, à mon avis, a toujours été largement sous-estimé. On préfère évoquer les lieux de culte, les prisons, des lieux bien concrets, facilement identifiables, mais qui font aussi de belles cibles électoralistes. Mais le virtuel, avec sa puissance quasi hypnotique, on l'oublie sans cesse.

En lisant "Manquent à l'appel", j'ai ressenti un vrai malaise, moi aussi. Comme l'auteur, je peine à comprendre le raisonnement de ces jeunes. Et, d'une certaine manière, le dénouement du livre renforce cette incompréhension. Leur quête est tout à fait normale, saine, même, mais les réponses qu'ils y apportent, elles, sont à côté de la plaque !

C'est facile à dire depuis mon canapé, moi qui ne suis plus un ado depuis longtemps, qui ne suis pas père de famille, qui ne suis pas un homme politique, un décideur... Reste que Giorgio Scianna mériterait qu'on l'écoute attentivement, parce qu'il touche un point extrêmement sensible avec ce roman, un point qu'on laissera certainement de côté parce qu'il donne moins prise aux polémiques et aux scandales.

Mais c'est aussi un symptôme fort d'un mal profond, qui touche une, des générations, mais qui ronge plus certainement encore nos sociétés occidentales et nos modes de vie désormais incapables de générer de l'espoir, de la passion, de l'enthousiasme, du plaisir, de faire briller les yeux des gamins autrement qu'en leur promettant un statut de star de la chanson ou du sport...

A ce point, un mot du titre original, qui n'a pas été conservé dans la version française, mais qu'on retrouve tout de même sur la couverture : "la regola dei pesci", traduit dans le livre par "la loi des poissons". Tout est là : accepter de suivre docilement le ban là où son instinct, le mouvement, les courants, mais pas sa volonté, le mènent, ou alors, chercher à sortir du rang, à imprimer sa propre trajectoire, à fonder son propre ban qui, lui, suivrait un but précis...

Oui, j'ai ressenti un malaise qui m'a rappelé celui qui m'étreignait lorsque j'ai vu "Elephant", le film de Gus Van Sandt, et plus encore quand j'ai lu "Il faut qu'on parle de Kevin", l'extraordinaire roman de Lionel Shriver. Deux références qui ont d'ailleurs un sujet commun, une autre réponse tout aussi déroutante et angoissante au mal-être adolescent.

Je termine en évoquant une autre Palme d'Or cannoise. En quatrième de couverture de "Manquent à l'appel", on dit qu'un projet d'adaptation cinématographique est envisagé en Italie. Je n'en sais pas plus, mais je trouverais extraordinaire qu'un réalisateur de la trempe de Nanni Moretti prenne en charge ce projet.

Je garde un souvenir bouleversé de "la Chambre du fils", histoire où la famille tient une place centrale, mais dans des circonstances qui l'amènent près de l'implosion. Or, il y a aussi de ça, dans "Manquent à l'appel" : comment ressouder ce qui ne l'est plus ? Comment gérer ce besoin de fuite que ressentent ces garçons, leur rejet du creuset dans lequel ils ont été formés ?

Bon, je me suis un peu écarté du roman avec ces références qui valent ce qu'elles valent. Reste que ce court roman italien (moins de 200 pages et qui se lisent d'une traite) mérite qu'on s'y intéresse, à la fois pour ces quatre personnages et ce qui leur arrive, pour leur persévérance et leur totale déconnexion de la réalité.

Pour l'atmosphère, lourde, pesante, que renforce le choix de Giorgio Scianna de dévoiler au compte-gouttes les motivations de ces jeunes, ainsi que ce qui leur est arrivé au cours de ces mois de fugue. Sans oublier ce pacte qui les unit et qu'ils se refusent à rompre. Je dois dire que la tension est nourrie par ce qu'on imagine, ce qu'on redoute à ce sujet.

Et qu'on ne dise pas que cela retombe comme un soufflé, non, c'est justement ce côté dérisoire des choses qui est le plus effrayant et qui devrait nous questionner plus profondément encore. Parce que ces gamins ne sont pas des monstres, parce que leur ambition n'est pas mortifère, mais, aussi bizarre que cela puisse paraître, elle est porteuse de vie...

"Nous ne sommes qu'un imperceptible rien à l'échelle de l'histoire, mais il ne tient qu'à nous de remplir ce rien de vacarme et de fureur..."

L'exception culturelle à la française, c'est cette rentrée littéraire à double détente (une première en août et la seconde en janvier) que le monde entier nous envie (je plaisante...). Nous voilà donc, entre la galette des rois, les voeux et les bonnes résolutions, face à un nouvel arrivage de romans, dont certains retiennent forcément l'attention, on ne se refait pas. C'est le cas du livre dont nous allons parler aujourd'hui, car il est signé par un auteur qui a un public fidèle en tant que romancier étiqueté littérature jeunesse (ah oui, les étiquettes, c'est aussi l'exception culturelle à la française) et qui propose cette fois un roman de littérature adulte. Avec "Déchirer les ombres" (en grand format aux éditions Calmann-Lévy), Erik L'Homme nous emmène dans un univers bien différents de ceux qu'il met habituellement en scène. Il s'agit d'un roman très particulier dans le fond comme dans la forme, comme nous le verrons dans ce billet, une histoire violente, crue... Sauvage, même, et le mot n'est pas employé à la légère. Une tragédie moderne, où l'antique et l'imaginaire ne sont jamais bien loin.



Comme surgi de nulle part, Lucius Scrofa a débarqué au guidon de sa Harley pétaradante chez Vladimir Ivanov. Ce dernier était sous ses ordres, en Afghanistan, quand Scrofa était capitaine au sein de l'armée française. Il est accueilli par la soeur de Vladimir, Victoire, et la fille de celle-ci, Anastasie, qui reçoivent Scrofa comme un vieil ami de la famille.

Pourtant, cela fait des années que l'officier, aussi tonitruant que truculent, n'est pas venu saluer son ancien subordonné. Et son arrivée surprend tout le monde. Surtout quand il explique qu'il vient chercher Ivanov, puis qu'il ira retrouver Valentini, pour une nouvelle mission, comme au bon vieux temps. Mais sans donner plus de détails.

Face à ce colosse à la voix puissante, au verbe haut, au vocabulaire colorée et à la franchise désarmante, Anastasie est à la fois révoltée et fascinée. Elle provoque le soldat en affichant ses idéaux radicaux, ancrés très à gauches, et en le traitant de facho, mais elle est aussi sous le charme de cet homme qui dégage une aura de force et de mystère.

Après avoir passé la nuit avec lui, elle quitte donc sa famille et sa maison pour l'accompagner sur les routes. Elle monte en selle derrière lui sur la puissante moto, dont les vrombissements ne facilitent guère les conversations. Elle se laisse guider, car elle ignore tout de la destination et des objectifs de Scrofa, qui lui paraît si extravagant.

Elle se fait à toutes ses bizarreries, à ses discours auxquels elle ne comprend pas toujours tout, au fait qu'il n'attende pas toujours de réponse et qu'il semble suivre son plan, sans se soucier du reste. Lucius Scrofa, lui, sait où il va, c'est certain, et sait aussi pourquoi il y va. Sa détermination est évidente, au contraire de ses véritables motivations.

Chaque journée passée sur la bécane les rapproche. Leur amour et leur désir semble exacerbés par le voyage et l'excitation qu'il provoque. Sans doute pas pour les mêmes raisons. Et si l'officier est avare lorsqu'il faut évoquer les sentiments, il sait montrer à Anastasie qu'elle ne le laisse pas indifférent... Quant à la jeune femme, elle est amoureuse comme on l'est à son âge, sans retenue, sans vision à plus long terme.

Ensemble, ils traversent le pays par les chemins de traverse plutôt que par les grands axes. A croire que Lucius Scrofa aime autant les détours lorsqu'il roule que les digressions lorsqu'il parle. Un parcours jalonné de souvenirs et de lieux qui tiennent particulièrement à coeur au soldat, qui semble poursuivre une espèce de quête, qui devient initiatique pour Anastasie.

Lucius partage avec elle ses expériences, son regard sur la vie en général, sur ses combats, au propre comme au figuré, sur l'homme et ses défauts... Une espèce d'enseignements qui, parfois, prend des formes très surprenantes, et repose sur un mystérieux attelage : ce que Scrofa appelle les Lois et les Mystères... Anastasie ne comprend pas tout de ce discours enflammé. Pas encore, en tout cas.

Et puis, soudainement, la violence fait irruption dans le voyage. Scrofa révèle une nouvelle facette de son caractère : la paranoïa. A cela, la réponse du militaire est sans appel, c'est à l'arme de guerre qu'il la dégomme... L'aventure prend un tour nouveau, l'aura de Scrofa se pare d'une couleur nouvelle, l'inquiétude qu'il suscite, mais cela ne fait que renforcer la fascination d'Anastasie.

Même si elle se refuse encore à l'accepter, il devient de plus en plus évident que l"épopée de Lucius Scrofa, où qu'elle mène, ne pourra pas se terminer par une fin heureuse... Le capitaine est en mission, une mission dont lui seul connaît l'objet, parce qu'il est celui qui l'a définie et conçue et parce qu'il est en train de la réaliser avec ses hommes de confiance... Une mission sans retour...

Si je connais Erik L'Homme de réputation, je dois avouer que je ne l'avais encore jamais lu. Mais, une série telle que "A comme Association" (conçue à l'origine pour être co-écrite avec Pierre Bottero, décédé avant la réalisation complète du projet) connaît un succès qui ne se dément pas. Aussi étais-je curieux d'entamer cette lecture, sans savoir du tout où il allait m'entraîner.

Et, avant même d'aller plus loin, il faut sans doute prévenir les lecteurs habituels des romans jeunesse d'Erik L'Homme qu'il propose avec "Déchirer les ombres" un roman à la tonalité et à la teneur très différentes de ce qu'il a pu faire jusque-là. De quoi dérouter les plus fidèles de ses fans, mais un livre très intéressant à plus d'un titre.

La première chose à dire, et qui, là encore, surprend, c'est que "Déchirer les ombres" propose une expérience de lecture assez inhabituelle : on ne trouve dans ces pages (environ 160, ce qui paraît peu, mais s'explique avec ce qui vient) que des dialogues. Aucune description, hormis ce que les personnages eux-mêmes, essentiellement Scrofa et Anastasie, expliquent.

En fait, ce n'est pas tout à fait juste, car un troisième personnage doit être mentionné, qui ne dialogue pas, mais c'est tout comme : il s'appelle Delmar et il intervient en fin de chapitre, à travers une déposition qui vient en contrepoint du récit principal. Ainsi, le lecteur découvre progressivement un certain nombre d'éléments qui manquent à la compréhension de la chevauchée de Scrofa.

De Delmar, nous reparlerons brièvement un peu plus loin, mais d'abord, il faut refermer la partie consacrée à la forme. Des dialogues, donc... Un peu comme au théâtre, en fait, et c'est loin d'être un détail, car cette dimension théâtrale est tout à fait voulue. Elle est même carrément centrale, puisque nous avons en main, avec "Déchirer les ombres", une véritable tragédie.

Une tragédie plus proche de la vision antique que de la vision classique à française, le tout installé dans un contexte résolument contemporain. Et, si l'on penche d'abord pour une tradition dans la lignée de la tragédie grecque, jusqu'à l'utilisation d'un choeur avec l'intervention des Mystères et des Lois en tête de chaque chapitre (à moins qu'il ne s'agisse des voix intérieures de Scrofa), c'est ailleurs qu'il faut regarder.

Je n'ai pas grand mérite, le nom apparaît sur le bandeau qui ceint le livre, et il en est aussi question dans le cours du livre : Sénèque. On ne pense pas à lui immédiatement comme un tragédien, et pourtant, une dizaine de ses pièces sont parvenues jusqu'à nous, restaurant à Rome la tradition grecque un peu oubliée.

C'est l'occasion pour le philosophe d'exposer sa vision stoïcienne de l'existence, et en particularité, ce qui est aussi l'un des thèmes centraux de "Déchirer les ombres", la fatalité face à la folie humaine. A ce titre, le roman d'Erik L'Homme pourrait renvoyer à "Hercule furieux", Scorfa devenant l'avatar moderne du héros antique.

Il est le héros de guerre que les événements ont rendu fou (ce n'est pas une image) et pour qui la vie ne vaut plus grand-chose, encore moins la gloire. Seule compte la vengeance et la revanche qu'il prendra sur le destin, sur ceux qui l'ont trahi, déshonoré. Voilà la trame véritable qui va apparaître au fil des pages et des kilomètres parcourus.

Fou, oui, c'est certain, même si ce mot recouvre tellement de choses... Utilisons le mot traumatisé, si vous le permettez, car il est certainement question d'un syndrome post-traumatique, pour employer un vocable actuel. Mais, Scrofa est aussi un sage, qui a eu le temps de ruminer une vision de l'existence assez proche de celle de Sénèque et des Stoïciens.

A tout cela, Erik L'Homme mêle d'autres mythes, bien plus contemporain. L'un d'entre eux, il apparaît aussi sur le bandeau, c'est Rambo, le vétéran trahi. En fait, ce n'est pas tant le personnage du roman de David Morrell, et donc, du premier volet de la série cinématographique, mais plutôt celui des suites, où sa relation à la hiérarchie militaire va être bouleversée.

Delmar, en cela, est le Trautman de Lucius Scrofa, à la fois son mentor et celui qui peut, peut-être, le ramener dans le droit chemin. Celui, en tout cas, qui le comprend le mieux, connaît ses failles autant que ses qualités, est capable de le comprendre et donc de décrypter ses intentions à temps. Mais, est-ce si simple, face à un tel soldat, un guerrier absolu aux compétences hors norme ?

La deuxième référence évidente, c'est "Easy Rider", et pas seulement parce que Scrofa roule en Harley, mais parce que le film est clairement évoqué dans le roman, à travers la mythique chanson de Steppenwolf qui fait son ouverture : "Born to be wild" est le titre d'un chapitre du roman et Scrofa lui-même lance à Anastasie : "On est tous nés pour être sauvages !"


Mais, au fil des échanges entre le militaire et la jeune femme, ce sont de nombreuses références littéraires qui apparaissent, dont une bonne partie renvoie au monde de l'imaginaire, ouf, Erik L'Homme n'a pas complètement rompu ses amarres ! Et si, finalement, c'était le monde dans lequel a chois d'évoluer désormais Scrofa qui relevait de l'imaginaire ?

Il est devenu le personnage de sa propre tragédie antique, il écrit sa propre légende, non, sa propre mythologie. Il n'est pas seulement Hercule, il est l'incarnation d'Arès, le dieu de la guerre et de la violence aveugle. L'équilibre du monde, de son monde, a été rompu, désormais, seul un déferlement de violence peut répondre.

Son discours, certains lieux sur lesquels il se rend avec Anastasie, tout concourt à cette impression étrange qu'il est en train de fantasmer sa nouvelle existence, sous l'égide de ces fameux Mystères et Lois, une nouvelle vie libérééééée, délivréééééée de tout carcan social, de toute hiérarchie ou chaîne d'ordre, de toute convention. De toute législation, aussi.

Scrofa est un électron libre, ou plutôt une bombe à retardement, et du genre bombe sale, vous voyez... Programmée pour exploser au moment et dans le lieu où il l'aura décidé. Mais, avant cela, pas la peine d'approcher pour essayer de le désamorcer, le comité d'accueil est musclé, à base de boumboumboumboum. Car, Scrofa ne sort plus sans son arsenal personnel...

Il est libre, Lucius, mais incapable de reprendre une vie "normale" dans une société qu'il rejette, désormais. Anastasie, qui le voyait comme un facho, n'avait pas tort, par certains côtés. Mais le discours du capitaine est bien plus que cela. Des idéologies classiques aussi il est affranchi, et le décrire comme fasciste, anarchiste, nihiliste, n'a finalement pas grand sens.

Scrofa, c'est un coup de semonce, une première explosion qui doit être suivie d'une onde de choc. Une onde susceptible de réveiller, de montrer que le fatalisme n'est pas la solution, qu'il faut ébranler les fondations de cette société qui n'est pas digne de la confiance de ceux qui la compose. Héros ou fou ? Antihéros ou dangereux illuminé ? Qui est vraiment Lucius Scrofa ?

Outre cette particularité narrative évoquée précédemment, "Déchirer les ombres" est un roman âpre, cru, violent, un roman d'action sous le vernis des joutes verbales entre les deux principaux personnages. C'est une quête effrénée de vengeance, de liberté, mais qui ne peut s'acquérir que dans l'accomplissement d'un destin funeste, une sagesse pleine de folie ou l'inverse, allez savoir...

Un ordre donné au lecteur de ne pas rester passif face à l'existence, mais de faire de chaque instant quelque chose d'utile. Pour soi, pour tout le monde. Et de ne pas accepter quelque mainmise que ce soit sur son destin propre, refuser le côté éphémère de l'existence et aspirer, à quelque niveau que ce soit, à laisser d'éternelles traces...

samedi 13 janvier 2018

"La première loi qui domine le Pouvoir est que chaque acte que vous faites à travers lui entraîne automatiquement une compensation. (...) C'est pour cela que la plupart des sorciers... raisonnables ne se mêlent jamais directement de guerre ou de meurtre".

Si vous aimez la fantasy avec plein de magie dedans, alors, lisez ce billet, puisque notre roman du jour repose en grande partie sur ce fameux Pouvoir (l'italique est dans le texte) et les manières dont ceux qui en disposent l'utilisent. Voici un excellent divertissement, dans un univers plutôt original et qui mériterait d'être approfondi, développé, autour de deux personnages que tout devrait opposer, mais qui se sont associés pour monter une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. "Sorcières associées", d'Alex Evans (en grand format aux éditions ActuSF, dans la collection Bad Wolf), nous emmène dans la ville portuaire de Jarta, où la magie est un peu partout et où créatures et esprits sont venues s'installer en conséquence. Seulement, de temps en temps, il faut remettre un peu d'ordre dans tout ça, pour éviter que cela ne déborde et ne dépasse les bornes de l'acceptable. Et celles qu'on vient chercher quand ça déborde, ce sont Tanit et Padmé. Mais, cette fois, c'est du lourd, du très lourd, qui les attend...



Après avoir disparu complètement, la magie a fait son retour à Jarta depuis une vingtaine d'années. Et depuis, la ville accueille nombre de sorciers, mages et autres créatures diverses et variées ayant un lien avec ce Pouvoir. Tous peuvent vivre là en bonne intelligence, en respectant quelques règles tacites, à la fois concernant les recours à la magie, et le vivre-ensemble.

Car, la magie ne s'utilise pas comme ça, sans contrepartie. Comme le dit le titre de ce billet, celui qui en use doit donc savoir et garder à l'esprit que son acte aura des conséquences, qu'un sort, un charme, un tour, ont des effets secondaires... La magie se pratique avec prudence, non, avec raison. Mais, il arrive que certains, sous l'effet de l'ambition, de l'envie ou d'autres émotions si humaines, la perdent.

Quand la magie part en vrille, qu'elle provoque des phénomènes incontrôlés et dangereux, alors, on s'adresse à des spécialistes, capables de comprendre ce qui s'est passé de travers et d'y remédier. A Jarta, une des agences les plus en vue de ce secteur est celle que tiennent Tanit et Padmé, deux femmes qui sont venues vivre dans cette ville pour que leur don se développe.

Mais, elles ont d'autres motifs pour s'être installées là. Leur passé, compliqué, douloureux, dangereux, même, est un secret qu'elles se gardent bien de révéler, si ce n'est au lecteur, et encore, au compte-gouttes. Je devrais même écrire "leurs passés", au pluriel, car Tanit et Padmé ne viennent pas des mêmes horizons et sont aussi différentes qu'on peut l'être.

Tanit est indépendante, intrépide, libre dans tous les domaines et un peu tête brûlée, il faut bien le dire. Au contraire, Padmé est plus posée, plus calme, plus prudente. Il faut dire qu'elle est mère d'une fille en passe d'entrer dans l'adolescence, et que cela demande une attention particulière. Et puis, elle exerce aussi la médecine dans un dispensaire, auprès de ceux qui en ont le plus besoin.

Un duo très complémentaire qui a su, par ses compétences, s'attirer une clientèle fidèle. Mais, sa réputation va au-delà de ce cercle et, de temps en temps, des personnes n'ayant encore jamais eu recours à leurs services viennent les solliciter. Et lorsque nous faisons leur connaissance, ce sont deux nouveaux clients potentiels qui débarquent, avec des affaires pour le moins... originales...

 C'est d'abord Tanit qui reçoit la visite d'un vampire... Voilà qui est bien peu habituel : à Jarta, les vampires n'existent pas en tant que tels, en tout cas, pas dans cette dimension. Mais, un sorcier peut les invoquer, avec les risques que cela représente. Pour lui... et pour les autres, car ce qui ne change pas, c'est qu'un vampire doit se nourrir, et donc tuer pour cela.

Le vampire, qui se présente sous le nom de Watson, n'est pas content. On l'a arraché à son monde pour le plonger dans celui-là et ça ne lui convient pas du tout. Le hic, c'est qu'il ne peut se libérer seul du sort qui l'a conduit là et l'oblige à agir contre sa volonté. Et surtout, il ignore qui en est l'auteur. C'est pour cela qu'il a besoin des services de Tanit : retrouver le responsable et défaire le sort...

Une fois les formalités réglées avec le vampire, il a fallu accueillir un dernier client pour cette drôle de journée. M. Stanford vient lui aussi requérir les services des sorcières. Ce chef d'entreprise dirige deux grandes usines dont l'une a pour particularité de n'employer que des zombies. Une main d'oeuvre à très bas coût (et pour cause), corvéable à merci et finalement, assez efficace.

Pourtant, depuis quelque temps, les incidents se multiplient sur le site et viennent entraver la bonne marche de l'usine. Et, par conséquent, cela coûte beaucoup d'argent à Stanford qui commence à en avoir assez. Pour lui, aucun doute, il s'agit d'un sabotage, mais pas le genre dont peut s'occuper la police ou un détective privé...

Non, pour M. Stanford, il ne peut s'agir que d'une malédiction, et il a bien fallu quelqu'un pour la lancer. Or, sur ce site, les rares humains encore présents sont des employés de longue date en qui leur directeur a toute confiance, et les autres sont des zombies, qui ne sont, par définition, pas capables de grand-chose, à part obéir aux ordres et répéter inlassablement les mouvements qu'on leur a appris...

Ces deux dossiers sont loin de ressembler à ce qui constitue le pain quotidien de l'agence. Pour être franc, Tinat, et plus encore Padmé, se montrent dubitatives, mais les affaires sont les affaires et, dans un cas comme dans l'autre, elles entendent bien obtenir des résultats. Et elles se mettent aussitôt au travail, mais rapidement, elles vont comprendre que ces affaires sont bien plus complexes et dangereuses que prévu.

Avant d'aller plus loin, il nous faut parler de l'univers dans lequel se déroule "Sorcières associées". Nous sommes dans une région qui, par bien des points, rappellent le sous-continent indien. Je ne parle pas de l'Inde seule, car on va découvrir qu'il y a deux Royaumes qui se font sempiternellement la guerre dans le coin, et l'on pense donc au conflit indo-pakistanais.

Mais, pas uniquement. Je crois qu'on pourrait élargir ces parallèles géographiques à tout le Moyen-Orient : le Paras et le Nadihn, ces deux fameux Etats belligérants, sont séparés par un simple détroit. D'ailleurs, les guerres qui les ont opposés sont appelées les Guerres du Détroit. Il y en a eu trois, jusque-là, et même les plus optimistes pensent qu'une quatrième se prépare déjà...

A partir de ces quelques éléments, pas étonnant qu'il flotte sur le roman d'Alex Evans comme un air de Mille-et-une-nuits, à l'image d'un personnage secondaire, que j'évoquerai peu dans ce billet mais qui tient une place importante dans l'histoire, le capitane Rahul Iskander, marchand-aventurier de métier, qui rappelle un certain Sinbad...

Mais, si je souligne ces impressions, ce n'est pas juste pour faire référence à ce classique de la littérature. Non, c'est aussi parce que cette situation géopolitique tient une place particulière dans le roman, et plus encore dans le parcours des personnages. Dans le roman, parce que Jarta est une ville ouverte, au statut particulier, assurant à ses habitants de ne pas trop être concernés par ces guerres.

Et puis, surtout, pour les personnages. J'ai déjà dit plus haut que nos deux sorcières associées ne pouvaient pas être plus différentes, et cela ne vaut pas que pour leurs caractères. Tinat est originaire du Nadihn alors que Padmé vient du Paras. Elles auraient pu être ennemies, mais cela ne fait que renforcer leur complémentarité.

Je ne vais pas vous en dire plus, ce sera à vous de découvrir le reste. Car le passé des deux sorcières est un élément très important de l'histoire et il se dévoile petit à petit, par pans qui nous sont racontés par les principales intéressées. Et si je n'en dis pas plus, c'est parce que nos deux sorcières ont quelques secrets qu'elles entendent bien garder pour elle.

Connaissent-elles les secrets l'une de l'autre ? Je ne le crois pas, mais elles savent sûrement qu'elles ne se sont pas tout dit et respectent cela. Sont-elles amies ? A priori, c'est une question sans intérêt, hors sujet, mais cela change quand même pas mal de choses, je trouve, parce qu'on a alors de simples collègues, certes "corporate" et dévouées, mais pas forcément intimement liées.

Cet univers, très intéressant, et ces personnages, plus complexes qu'il n'y paraît, sont des éléments qu'on aimerait voir approfondis, développés (par exemple le côté steampunk, discret mais s'avérant très amusant, n'est-ce pas, Mesdames ?), à travers, par exemple, une série, dont "Sorcières associées" serait l'épisode pilote. L'allusion aux séries télé n'est pas anachronique : on retrouve dans le roman plusieurs trames entremêlées, certaines en one-shot, d'autres pouvant être étendues.

Or, ce passé, qu'on ne découvre pas en détails, mais à travers des éléments marquants, pourrait tout à fait servir encore une fois de fil conducteur à une possible suite, tout comme le contexte global dans lequel se déroule le roman, pourrait évoluer, avec des pics de tensions entre les deux pays incriminés, et pourquoi pas, une nouvelle guerre...

Bref, il y a beaucoup de possibilités, si Alex Evans en a envie, de prolonger l'aventure avec Tanit et Padmé. Et le mot aventure n'est pas choisi pour rien, ce roman est un vrai roman d'aventures (quelques clins d'oeil à "Indiana Jones", non ?) qui va vite, qui comprend plein de rebondissements et pas mal d'effets très spectaculaires.

La vie de sorcières n'est pas de tout repos, elle peut même s'avérer très dangereuse, lorsqu'on se mêle d'affaires de grande ampleur, lorsque, dans l'ombre, se trament de ténébreux complots... Et si la tonalité globale de "Sorcières associées" est plutôt légère, cela n'empêche pas les intrigues croisées d'être, elles, franchement sombres.

Un des aspects intéressants du roman d'Alex Evans, c'est le mélange d'éléments de fantasy très classiques, comme cet univers imaginaire digne des Mille-et-une nuits, je n'y reviens pas, et d'éléments de fantasy urbaine, comme ces créatures qu'on n'attendaient pas dans cette histoire : les vampires et les zombies.

Deux archétypes qui, en outre, sont traités de manière originale, en respectant les fondamentaux, mais en s'écartant tout de même du profil strict. En fait, en disant qu'on ne s'attend pas à les trouver à Jarta, je n'exprime pas que mon sentiments, mais celui aussi des deux personnages : Tanit et Padmé non plus n'étaient pas franchement préparées à devoir s'occuper de ces créatures-là.

Pour le vampire, j'ai donné un début d'explication, pour les zombies, on est dans un aspect qui, me semble-t-il, est l'un des ingrédients communs aux livres publiés dans la collection Bad Wolf des éditions ActuSF : la dimension politique, critique, toujours, parfois satirique. Dans le cas présent, c'est plutôt dans la première catégorie qu'il faut classer "Sorcières associées".

Des usines délocalisées à Jarta qui n'emploie plus d'ouvrier humains, mais ont opté pour le recrutement de zombies à outrances, pour réduire les coûts de main d'oeuvre. Et ce n'est pas le seul avantage que peut trouver un patron à cette stratégie, on le comprendra rapidement en avançant dans l'histoire.

Alex Evans critique ce capitalisme prêt à tout pour le profit, au détriment de tout le reste, à commencer par ses propres employés. On tire tout vers le bas, salaire, conditions de travail, sécurité, mais aussi qualité de la production... Mais sans doute pas les prix... Nos amies sorcières n'ont pas besoin d'apprécier leurs clients pour faire leur job, mais ce Stanford n'a rien de sympathique...

Une nouvelle preuve, donc, que les littératures de l'imaginaire, si souvent décriées, moquées, regardées de haut, savent se montrer pertinentes à travers le regard qu'elles portent sur le monde. Car imaginaire ne signifie certainement pas être déconnecté de la réalité, au contraire. Et les dystopies, très en vogue actuellement, ne sont pas l'unique sous-genre qui permettent de jeter un oeil critique au monde tel qu'il va.

mercredi 10 janvier 2018

"Quand nous avons décidé de venir ici, nous pensions démarrer un grand jeu d'échecs. Aujourd'hui, j'ai la certitude que nous n'avons fait que sauter les yeux bandés dans une partie en cours depuis longtemps".

Il y a peu, nous évoquions sur le blog "Bertram le baladin", roman de fantasy dans lequel la musique tenait une place centrale. Voici un autre roman où l'art et ceux qui le pratiquent, sous toutes ses formes, sont les moteurs du récit (une image choisie à dessein). On reste dans une fantasy en apparence assez classique, mais pleine d'originalité, de bonnes idées et de personnages mystérieux et ambigus. "L'Appel des Illustres", de Romain Delplancq (qui vient de sortir en poche chez Folio), est le premier tome d'un diptyque, "le Sang des Princes", paru à l'origine aux éditions de l'Homme sans Nom (une maison à suivre). Une plongée dans un monde qui rappelle, par bien des aspects, l'Italie de la Renaissance, avec, au coeur de l'histoire, un clan Austrois, des artistes itinérants qui vivent en marge du reste de la société, assurant simplement le spectacle, sous toutes ses formes, mais également garants du progrès technique, dont ils détiennent les secrets, jalousement gardés. Et puis, il y a la peinture...



A Tandal, la famille Spadelpietra règne en maître. Jana, la Duchesse, est à la tête de la Slasie, une province, qu'elle dirige avec autorité, mais selon une politique très éclairée : depuis toujours, les Spadelpietra ont allié au pouvoir exécutif et militaire, garants de la paix, une activité de bâtisseurs et de mécènes qui en ont fait une famille révérée. On les appelle d'ailleurs les Illustres.

Mais, derrière la façade, se déploie une féroce ambition et une mentalité bien plus calculatrice. Et bien moins noble, également. Tous les moyens sont bons, derrière cette image bien propre, bien lisse, bien sage, pour parvenir à des fins clairement définies : étendre le pouvoir des Spadelpietra de la Slasie à l'ensemble du royaume. Et la conquête de la couronne est en bonne voie.

Mais, pour l'heure, les Spadelpietra sont en deuil. Iarma, la jeune cousine de la princesse Jana vient de mourir, à l'âge de 11 ans, seulement. Oh, elle a toujours été fragile, victime de crises d'épilepsie, mais la dernière en date a eu raison d'elle. Et même si on s'y attendait, le choc reste grand. En particulier à cause des conditions dans lesquelles elle a eu lieu...

Trois mois plus tard, autre lieu, autre contexte, autre deuil. Celui-là n'a pas encore eu lieu, mais il est imminent. C'est le premier concerné qui en a fait l'annonce. Blasio en est certain, il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. Et, même si ses proches ont du mal à accepter cette nouvelle, il faut se rendre à l'évidence : le vieux Patron sait parfaitement ce qu'il dit.

En conséquence, c'est tout le clan Dael, que dirige Blasio, qui va se mettre en route au plus vite. Ils vont quitter Liarnes, où ils étaient en train de se produire, et vont regagner Sihil, le fief du clan, là où Blasio rejoindra sa dernière demeure avec les honneurs qui lui reviennent. Un voyage qui s'annonce douloureux, mais c'est la tradition.

Et les Dael y sont attachés, à ces traditions. Ils appartiennent aux Austrois, un peuple nomade qui arpente le royaume pour y donner des spectacles. Les Austrois sont des artistes dans le sang, qui maîtrisent toutes les disciplines et peuvent ainsi proposer au public une large palette de spectacle là où ils s'arrêtent.

A ces talents artistiques, les Austrois ajoutent des dons pour la mécanique : ils fabriquent de formidables automates, qui eux aussi ravissent les foules lorsqu'ils s'animent, et maîtrisent d'autres savoir-faire techniques, comme ces tenseurs, qui permettent à leurs roulottes de se mouvoir de manière autonome.

Tout cela, ces maîtrises des arts et ces secrets techniques dont ils possèdent le monopole et qu'ils se gardent bien de partager avec quiconque n'est pas Austroi, tout cela leur a valu un statut particulier dans tout le royaume. Ils ne sont pas tout à fait soumis aux mêmes règles que les autres citoyens et apprécient cette liberté que leur offre le nomadisme.

Au sein des Austrois, le clan Dael occupe une position dominante. Et c'est sans doute à cause de la personnalité de Blasio, qui est surnommé Sait-Tout-Faire. Autrement dit, il excelle dans tout ce qu'il entreprend, sur le plan artistique comme technique. Un artiste complet et un automaticien de génie, inégalable dans ce domaine.

Autour de lui, Sophia, la future veuve, se prépare à prendre la tête du clan. Mais, à terme, ce sera sa fille Lydie qui deviendra la patronne du clan Dael, lorsqu'elle aura atteint l'âge. Et puis, il y a ses deux frères, Philio, musicien d'exception, mais totalement asocial, et le plus jeune, Basil, au caractère déjà bien affirmé.

La mort annoncée du Patron du clan Dael est un coup dur pour eux, en plus de la dimension affective. Il faudra poursuivre sans lui, sans ses talents multiples, sans son aura et le respect qui l'accompagnait. Il faudra se montrer digne de ce personnage incontournable parmi les Austrois, et ce ne sera pas une tâche aisée, loin de là.

A Meris, petite ville bien tranquille, loin de l'agitation des métropoles que sont Tandal ou Liarnes, se trouve un monastère. Une cinquantaine de moines y prient, sous le regard bienveillant du révérend père Dimtry. Mais, ce ne sont pas eux qui nous intéressent, non. Celui qui importe, c'est ce jeune homme de 19 ans aux yeux vairons qui est hébergé là.

Mical a été confié aux moines et a grandi dans l'enceinte où il a développé un talent remarquable pour la peinture. Il vit pour et par cet art, affinant chaque jour ses techniques, ses dons, aussi, et réalise des tableaux d'une extraordinaire qualité. Des tableaux d'une puissance visuelle comme on n'en a jamais vu, à tel point qu'une de ses fresques, dans l'église, attire les visiteurs d'un peu partout.

Un tel talent ne passe pas inaperçu, Dimtry est bien passé pour le savoir. Il sait aussi qu'on s'intéresse de plus en plus au jeune prodige dans des sphères qui le dépassent. Et il redoute même que ce talent le mette en danger. Alors, il cherche des solutions pour le protéger, en l'envoyant dans différents endroits du royaume et en ignorant les messages comminatoires qu'il reçoit.

Mais combien de temps ce petit jeu pourra-t-il durer ? Meris est à l'écart des jeux de pouvoir, mais pas inaccessible pour autant. Bientôt, il le sait, on viendra chercher Mical, et que pourra-t-il y faire ? Que pourra faire Mical lui-même, d'ailleurs, si pur, si candide, seulement préoccupé par son art ? Face à cette menace diffuse, il lui faudrait un ange gardien...

Pardon, cette présentation est un peu longue, mais elle aura permis de présenter à la fois le contexte dans lequel ce déroule ce diptyque, mais aussi les principaux personnages que l'on y retrouvera, en tout cas les principaux groupes qui y évoluent et sont amenés, on l'imagine bien, à se croiser. Ces liens, je ne les ai pas du tout explicité, c'est volontaire, il vous faudra lire le roman.

"L'Appel des Illustres" est un roman plein de surprises et de rebondissements, et on est encore loin d'avoir tout vu à la fin de ce premier volet. On plonge dans un univers très particulier, qui rappelle donc l'Italie de la Renaissance, avec ces cités-états qui se posent en rivales les unes des autres, chacune avec ses spécificités.

Les Spadelpietra font penser aux Médicis, à la fois facteurs de progrès, mécènes reconnus et pourtant, impitoyables personnalités politiques, prêts à tout pour que le rayonnement de leur nom éclaire le plus loin possible. Autour de Jana, Vittor et Bendetto sont des officiers aguerris, qui mènent leurs hommes à la baguette. Et puis, il y a Amadi, un peu à part, excentrique et déroutant.

Au fil du récit, les projets de cette famille apparaissent, tout du moins leur partie émergée. Mais, on sent bien, sans encore tout comprendre avec précision, qu'il y a des secrets qui se cachent là-dessous. Que la quête de pouvoir ne s'arrête sans doute pas à un simple jeu d'alliances entre familles dirigeantes, entre cités.

Non, les Illustres ne sont pas du genre à partager, dans quelque domaine que ce soit. Pourtant, aussi soudée cette famille nous apparaît-elle, on commence à voir poindre quelques éléments bizarres, mystérieux... Sous l'apparat, l'étiquette et le blason des Spadelpiatra, d'autres secrets affleurent, mais on est loin de savoir qui mène la danse et dans quel but exactement...

De l'autre côté, les Dael, ce clan Austrois. De nos jours, on dirait gens du voyage, auparavant, on les aurait sans doute qualifier de bohémiens... Des artistes itinérants, donc, mais pas seulement, puisqu'ils possèdent ce savoir technologique particulier, lié aux automates et à ces fameux tenseurs, pièces de très grande précision qui portent la signature de ceux qui les mettent au point.

La dimension artistique de ces personnages est très intéressantes et l'on comprend que leurs productions sont tout à fait incroyables : les automates mis au point pas Blasio, les talents des uns et des autres pour donner des pièces et même des opéras, dans lesquels la maestria de Philio fait la différence. Partout dans le royaume, on es adule, on les réclame.

Mais, les Austrois sont aussi un peuple et, malgré le nomadisme, c'est aussi une sorte de nation que composent les différents clans et cela implique des responsabilités politiques qu'assument ceux et celles qu'on appellent les Patrons et les Patronnes. Et, parmi eux, Blasio est le plus éminent, le plus respecté. Ce qui ne rend que plus difficile la tâche prochaine de Sophia, puis de Lydie.

Il faut préciser que ce premier volet s'étend sur une période assez longue, ce qui fait que les plus jeunes personnages au début de l'histoire, atteignent l'âge adulte, ou tout près, dans le courant de ce premier volet. Et cette évolution des personnages et de leurs rôles est particulièrement importante pour le clan Dael.

Et puis, il y a Mical, le dernier à entrer en scène, parmi les personnages que j'ai évoqués jusqu'ici. Le plus mystérieux aussi, et ce, bien malgré lui. Car c'est un bien gentil garçon sur qui le Destin a eu l'idée saugrenue de poser son regard. Il y a ce talent exceptionnel, très particulier, vous le verrez, et puis, il y a ce regard, ces yeux vairons, et en particulier cet oeil gris comme le givre...

Il est touchant dans sa naïveté quand on le rencontre, dans sa passion sincère pour la peinture, sa volonté de toujours améliorer son art, de toujours y apporter une touche supplémentaire. Il vit, sans se poser de questions, sans se douter de ce qui se trame autour de lui. Et quand tout cela va le rattraper, il va tomber des nues...

La suite, on la découvre au fil du livre, mais il reste encore à comprendre l'essentiel : qui est vraiment Mical et pourquoi semble-t-il faire l'objet de tellement... disons... d'attentions ? Un coin du voile va se lever, mais il reste encore beaucoup à découvrir à son sujet, en particulier autour de son extraordinaire talent.

"Le Sang des Princes" est un roman de fantasy avec des thèmes assez classiques, l'ambition, la quête du pouvoir et les moyens d'y parvenir, les manigances et les secrets de famille, les héritages difficiles et les origines mystérieuses, la vengeance... Mais, tout cela se déroule dans cet univers particulier et la différence se fait dans le choix de ces clans Austrois et de l'étrange Mical.

Est-ce parce qu'on est dans un roman où le théâtre tient une place aussi importante que la politique, mais nombreux sont ceux qui jouent double jeu dans cette histoire. Individuellement, autant que collectivement. Car les Austrois sont de pacifiques nomades, qu'on tolère partout où ils passent, qu'on applaudit, aussi, mais qu'on oublie sitôt qu'ils ont repris la route.

Pourtant, ce sont aussi des clans qui ont leurs propres lois, leurs propres règles, mais qui font aussi preuve de solidarité. Et gare à qui voudrait s'attaquer à eux ou venir se mêler d'un peu trop près de leurs affaires. Si on doit faire des parallèles avec notre monde, il n'y a pas chez les Austrois que la dimension gens du voyage, il y a autre chose, et Sihil, leur berceau, pourrait donner un indice...

Bref, ce premier volet va aussi voir monter la colère des Austrois qui ont bien l'intention de se défendre. Mais, à leur façon : ils ne sont pas des guerriers, mais leurs talents leur offrent d'autres possibilités tout à fait intéressantes qu'ils vont devoir déployer, alors que le clan Dael se retrouve dans l'oeil du cyclone.

Unis et solidaires, oui, mais pas exempts de vilains petits secrets. Comme les Spadelpietra, on voit apparaître quelques indices laissant à penser que la vie des Dael n'est peut-être pas aussi parfaite qu'il n'y paraît... D'une génération à l'autre, certains ont des choses à cacher, mais elles finiront sans doute par remonter à la surface. Et semer le doute...

Un premier volet de plus de 500 pages, ce n'est pas rien, mais on s'y plonge allègrement et ensuite, l'histoire fait le reste. Je l'ai dit, rien de révolutionnaire dans les thèmes et les ressorts de l'histoire, mais tout cela est bien agencé, bien amené et on se laisse emporter au gré des déplacements des Austrois et de leur quête de vérité.

Ce premier tome s'achève sur une nouvelle note de mystère, un cliffhanger bien particulier qui ouvre la voie à de nouvelles interrogations. Ah, ça, on s'en pose, des questions, tout au long de ce premier volet, et on a fort envie d'y apporter quelques réponses. Et de comprendre quel est le rôle exact de la plupart des personnages dans cette lutte à fleurets encore mouchetés, mais qui pourrait vite partir en... sucette.

L'imaginaire de Romain Delplancq est riche, plein de vie, de couleurs, de sons, aussi (ah, on aimerait découvrir les musiques qui sortent de l'esprit de Philio !). On imagine le travail des Austrois extrêmement spectaculaires et on voudrait assister à ces spectacles, alliant acteurs vivants et automates. Oui, il y a tout ce qu'il faut pour voyager dans cet univers très original.

Et puis, ces personnages à facettes multiples sont attachants, énigmatiques pour la plupart, et qu'il s'agisse des "gentils" ou des "méchants" (je mets des guillemets, car les limites ne sont pas encore complètement définies, je pense), on a envie de découvrir leurs secrets, peut-être même leur véritable visage.

L'échiquier est dressé, les premières pièces ont été déplacées, il y a eu des mises en échec, des sacrifices et des contre-attaques, mais tout cela n'est encore qu'un prélude. On est face à des parties simultanées, certaines plus avancées que d'autres, et les pièces ignorent encore pour la majorité d'entre elles qui les déplacent et quelle stratégie on veut leur faire suivre.

Deuxième manche dans le deuxième tome, qu'on a très envie de lire une fois la dernière page de ce premier volet tournée. La lutte de pouvoir reprendra, avec des pièges, de nouvelles alliances, des trahisons, des révélations et des personnages qui s'affranchiront de leur rôle de simples pions. Des Dael aux Spadelpietra, en passant par Mical, le pire reste à venir...

lundi 8 janvier 2018

"Dépêchez-vous ! Ne lui laissons pas le temps d'oublier le Chant de notre Mère".

Ah, nous y voilà... Je me demande souvent par quel bout prendre un livre, comment en parler, dans le fond, dans la forme, du texte, de l'objet livre, qu'est-ce qui est intéressant, original, pertinent... A propos de notre livre du soir, j'ai déjà plein de pistes et d'idées. Mais, reste l'histoire, et là, je dois dire que je ne sais pas vraiment comment je vais m'y prendre. Direction un univers très particulier, pour un roman de science-fiction associé à une trame de polar ; c'est tout du moins ce qu'on pourrait attendre en l'attaquant. Mais, ce n'est pas la seule surprise que réserve au lecteur "Celle qui portait l'orylium", de Paladine Saint-Hilaire (en poche aux éditions 1115, qui se présente comme une agence de voyages littéraires, j'aime cette idée). Voici une histoire qu'il faut contempler dans son ensemble pour en comprendre toutes les subtilités ; il faut donc accepter et respecter le pacte que vous propose de signer Paladine Saint-Hilaire (romancier ou romancière, d'ailleurs, je l'ignore...) et se laisser porter, même si vous vous sentez dérouté par le début de ce roman...


Ekkil 546 est originaire de Bsélinor, une petite ville des Terres Hautes de Mara, sur le continent, dont elle n'est jamais sortie jusque-là. Mais, depuis la mort de sa meilleure amie, Denza, Ekkil n'a plus qu'une envie : quitter Bsélinor. Ne surtout pas passer la saison chaude dans cet endroit, à l'écart du monde et à ressasser les souvenirs de la défunte.

Ce qu'il lui faut, c'est de l'action, si possible loin des Terres Hautes, pour pouvoir penser à autre chose, faire son deuil. C'est alors que se présente une affaire qui ne semble emballer personne, loin, très loin des Terres Hautes. Ekkil appartient à la caste des Nageuses, dont l'un des rôles est d'assurer ce que l'on pourrait appeler les affaires de polices.

Le cas en question semble particulièrement intrigant et Ekkil aime ce genre d'histoire délicate, dans laquelle son intuition fait souvent des miracles. Alors, elle se porte volontaire pour aller enquêter sur cette mort mystérieuse et prend aussitôt la route. Un long trajet l'attend, d'abord sur le continent, de Bsélinor jusqu'à la ville portuaire de la Riva.

Ensuite, direction le Grand Galactaire, où cette mort inexpliquée est intervenue. Il s'agit d'une immense ville, surtout lorsque l'on vient de Bsélinor. C'est une gigantesque capitale qui est en fait une cité marine, rassemblement de plusieurs cités autour d'un noyau central. Chaque caste de la société est attachée à un secteur particulier et toutes contribuent à l'activité de la mégapole.

Mais, ce n'est pas tout : le Grand Galactaire est aussi connue pour être un lieu placé sous la domination de l'Institution, une mystérieuse instance qui semble assurer un pouvoir tant politique que religieux. C'est une autorité souveraine qui détient d'énormes pouvoirs et qui ne laisse que des miettes aux autres castes.

Ekkil s'attend donc à une enquête difficile, mais elle a confiance en ses compétences. Pourtant, après une traversée presque sans histoire, elle arrive dans cette impressionnante cité et comprend rapidement que rien ne s'y déroule vraiment comme prévu. Que, dans cet endroit qui devrait pourtant montrer l'exemple, il règne une ambiance particulièrement tendue, presque inquiétante.

Ignorant tout de la manière dont on vit au Grand Galactaire, naïve et un peu perdue, Ekkil va alors trouver du renfort, auprès de jeunes femmes maîtrisant mieux les codes et les règles en vigueur dans la capitale. Mais, à qui faire confiance quand on enquête sur une mort suspecte ? Et  Gazi et Varma, qui n'appartiennent pas à la même caste qu'elle, sont-elles fiables ?

Voilà, je ne vais pas en dire plus, j'ai limité le contexte au maximum, car il faut entrer dans cet univers pour le découvrir peu à peu, comprendre sa structure, ses particularités (en tout cas, avec notre regard de Terrien), son fonctionnement social, mais aussi la physiologie des personnages, sensiblement différente de la nôtre.

Assez rapidement, à travers le nom des différentes castes et d'autres indices, on comprend peu à peu sur quel modèle est construit le Grand Galactaire. Quand je parle de modèle, c'est en pensant à l'auteur et à sa relation de connivence avec le lecteur. Pas en pensant aux personnages qui évoluent dans un contexte qui leur est tout à fait familier. Qui, pour eux, est normal.

Pourtant, si les indices et les éléments se multiplient pour permettre au lecteur de se créer quelques repères, d'autres aspects restent bien plus flou. En fait, la construction même du roman ne permet de dévoiler les choses que petit à petit, comme si chaque élément du fonctionnement de cette société participait directement à l'intrigue.

Il y a des secrets et des zones d'ombre au Grand Galactaire et Ekkil et le lecteur se retrouvent dans cette même position inconfortable, celle qui consiste à ne rien maîtriser et à se sentir étranger à ce monde... Avant de pouvoir espérer élucider la mort suspecte qui a provoqué le départ de la Nageuse de sa petite ville, il va falloir comprendre où tout cela s'est produit...

A ce point du billet, je dois changer complètement d'angle. Car je n'ai pas encore évoqué des éléments très importants de ce livre, à commencer par l'objet. "Celle qui portait l'orylium" est un livre de poche, mais son format est plus petit que celui que l'on trouve habituellement : dans sa hauteur, il mesure 15cm, contre près de 18cm pour des maisons comme Folio ou le Livre de Poche.

Avant même de l'ouvrir, on a donc un livre un peu spécial entre les mains. Et ce n'est pas fini. Ouvrons-le, si vous le voulez bien. Et là, nouvelle surprise : le texte n'est pas écrit de gauche à droite, mais de bas en haut. Il faut donc tenir le livre différemment de l'habitude, comme c'était le cas avec la collection "Points 2" des éditions du Seuil, si cela vous rappelle quelque chose.

On doit donc s'adapter, tout comme on doit s'adapter à un détail : l'absence de numérotation... Chercherait-on à nous perdre ? Car, dans le même temps, ces premières pages nous privent elles aussi de tout repère tangible. On plonge dans une espèce de rêve (ou de cauchemar), un texte étrange, très visuel, mais qu'on ne maîtrise pas.

Où est-on ? De quoi parle-t-on ? Qui sont les... intervenants ? On ne sait que bien peu de choses, à part qu'on se trouve sur Homégare, titre de cette première partie. Mais, avançons encore. Cette histoire est troublante et prenante malgré les questions qu'on se pose et qui ne trouvent pas de réponse. On se demande où l'on va, où nous emmène exactement Paladine Saint-Hilaire. Et puis...

Au premier tiers du roman, rupture. Rien de très surprenant, la première partie du livre s'achève, tournons la page et attaquons la suivante. Mais, là encore, surprise : on est à la fin du livre... En tout cas, les mentions que l'on trouve semblent l'indiquer. Alors, quid des deux autres tiers du livres ? Ne trouverons-nous plus que des feuilles blanches ? Et à quoi rime cette histoire sans queue ni tête ?

Tournons encore quelques pages pour en avoir le coeur net et... soudain, cela s'éclaire : il faut retourner le livre, l'attaquer par la fin, par sa quatrième de couverture. "Celle qui portait l'orylium" est un livre qui se lit par les deux bouts (aucun rapport avec la banane, enfin, je ne pense pas), et l'on attaque alors une deuxième histoire, celle d'Ekkil.

Reste à découvrir le lien entre ces deux parties qui sont plus que distinctes, puisqu'elles sont carrément séparées et même, d'une certaine façon, autonome, puisque, après tout, on peut lire l'une ou l'autre d'abord. Je ne le conseille toutefois pas : l'ordre, même présenté de manière particulière, n'est pas anodin, le premier tiers doit être lu en premier.

La deuxième partie, elle, est donc bien plus traditionnelle, au moins dans la forme. Vous le voyez, les repères existent, même s'il faut les affiner, on retrouve la numérotation des pages, enfin, on se sent dans une position plus confortable, plus habituelle... Mais, on remarque encore quelques détails amusants...

Ainsi, en ouverture de la deuxième partie, quelques éléments pratiques nous sont donnés : les chiffres, les jours de la semaine, l'enchaînement des saisons, les doigts de la main... Des éléments qui diffèrent de ce que nous connaissons dans notre monde terrestre. Et ces petites différences vont se glisser partout, car elles ne relèvent pas que d'une simple question de vocabulaire...

Voilà qui fait beaucoup d'éléments. Peut-être trop, et si c'est ce que vous pensez, je m'en excuse. Je suis parti dans l'idée de vous intriguer, si vous ne connaissez pas cette jeune maison d'édition lyonnaise et ses premières publications, pour cela, il fallait lever un coin du voile. Mais, croyez-moi, j'ai laissé bien des choses dans l'ombre et, si vous vous lancez, ce sera dans une expérience de lecture.

Entre planet opera, polar et thriller ésotérique, "Celle qui portait l'orylium" nous plonge dans un univers d'une grande richesse, où chaque élément qui apparaît va finir par trouver sa place dans un ensemble qui ne se révèle complètement que dans ses toutes dernières pages, pour ne pas dire ses toutes dernières lignes.

C'est aussi un roman que je qualifierais de féministe, je ne pense pas me tromper ni galvauder ce terme. Difficile d'en dire beaucoup plus, d'ailleurs, sur cette question, mais croyez-moi sur parole et suivez Ekkil dans son enquête, qui va la mener bien plus loin qu'elle n'aurait pu l'imaginer en quittant sa bourgade.

On retrouve des thèmes assez classiques, au final, mais l'univers est vraiment très intéressant et la narration permet justement de sublimer ces sujets, de nous les offrir sous un jour différent, renouvelé. A vous, maintenant, de vous lancer dans la quête des secrets du Grand Galactaire, d'aller voir derrière les apparences et élucider le mystère du Chant de la Mère...

Il fallait quand même que je dise un mot du titre de ce billet, sans pour autant ne rien dévoiler...