mercredi 10 avril 2013

"Conduis-nous dans un endroit sûr. Ramène nous à la guerre."

La littérature a ceci de formidable que, sur un même sujet, elle produit d'infinies variations, dans les histoires autant que dans la manière de les raconter. Nouvel exemple autour de la guerre d'Irak. Dernièrement, je vous ai proposé un billet sur "Yellow Birds", premier roman sombre et violent signé Kevin Powers ; mais le conflit irakien a aussi inspiré un autre primo-romancier, comme on dit, Ben Fountain, qui a choisi de traiter le sujet sur le thème d'une satire politique et sociale de cette Amérique ultra-conservatrice qui s'est enflammée pour soutenir cette guerre fondée sur le mensonge. Et, pour asseoir son propos, il élabore une étonnante métaphore sportive qui met en parallèle rêve américain et guerre pour le Liberté... Découvrons "Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn", de Ben Fountain, publié en France chez Albin Michel après avoir connu un fort succès critique aux Etats-Unis.


Couverture Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn


Ils sont huit, huit soldats américains que le pays, en quelques heure, a surnommé "la compagnie Bravo" ou, en abrégé, "les Bravos". Huit GI's revenus (provisoirement) d'Irak pour être présentés dans tous les Etats-Unis à une foule en liesse qui acclament ces héros de la liberté, au cours de ce qu'on appelle, sans grandiloquence aucune, "la Tournée de la Victoire"... Une tournée qui va s'achever à Dallas, au Texas, l'Etat du président Bush, grâce à qui ces garçons sont partis risquer leurs vies en Irak.

Il y a les sergents-chefs David Dime et Kellum Holliday (alias Day), les soldats Lodis Beckwith (alias Cum Load ou Load), Brian Herbert (alias A-Bort), Robert Earl Koch (alias Crack), William "Billy" Lynn, Marcellino Montoya (alias Mango) et Kenneth Sykes (alias Sucks). Je vous passe la traduction de ces surnoms fort classieux... Manquent à l'appel deux "Bravos", l'un, surnommé "Shroom", tué au combat, et l'autre, Lake, grièvement blessé, qui, s'il s'en sort, rejoindra la cohorte des vétérans mutilés.

En quelques images, dont on ne connaît pas vraiment la teneur, Fox News a fait de ces garçons des stars qu'on s'arrache, qu'on veut voir, avec qui on veut parler, mais surtout, qu'on veut exposer, mettre en avant, comme des acteurs, des chanteurs ou des sportifs. Sauf que, aux Etats-Unis, ces gars-là, la plupart autour de la vingtaine, sont dans un élément où ils ne peuvent montrer un savoir-faire. Bref, cette "Tournée des Vainqueurs", c'est une espèce de cirque ambulant dont ils sont les Freaks.

Après deux semaines à se faire trimbaler aux quatre coins du pays, en version grand luxe, les Bravos s'apprêtent à repartir au front. Eh oui, la gloire n'a qu'un temps et ils ont signé un contrat en s'enrôlant : ils ont encore 11 mois à passer dans le désert à risquer chaque jour de se faire tuer, tout en n'oubliant pas de dézinguer son prochain en retour, au nom de la Liberté et de la Nation américaine reconnaissante.

Ce sont ces dernières heures, cette dernière virée texane que nous allons suivre. Une dernière escale avant de repartir au combat qui va se dérouler dans un stade, celui des Dallas Cowboys, une des plus célèbres équipes de football américain du pays. Les Bravos seront les invités vedettes de la franchise à l'occasion d'une rencontre contre les Bears de Chicago. On leur a préparé un planning aux petits oignons, on va les mettre en valeur comme jamais, avant, pendant, à la mi-temps du match, pendant laquelle les Destiny'sChild doivent donner un mini-concert, et peut-être même après...

En attendant, accueil VIP pour les héros de l'Amérique, et surtout open-bar, parce qu'entre deux séjours en Irak, les jeunes gens, qui, pour la plupart, n'auraient pas le droit de commander une bière dans un bar ou un resto en raison de leur âge, en profitent pour enchaîner les bitures aux frais de différentes princesses, et généreuses, les princesses en question...

Ils sont aussi tout excités parce qu'il y a des pom-pom girls en nombre et que leur statut d'invités de marque pourrait leur valoir de rencontrer pour de vrai, et de près, Beyoncé, un des sex-symbols du moment... Entre les rasades de Jack Daniel's dans le Coca et les fantasmes que réveillent la chanteuse et sa proximité éventuelle, le moral des troupes est au beau fixe ! Mais la journée s'annonce longue et pleine de rebondissements...

Parmi les promesses qui font naître des étoiles dans les yeux de ces GI's un peu perdus, il y a un projet de film racontant les événement qui ont fait d'eux des héros du jour au lendemain et pour lequel on leur promet un gentil pactole (100 000 dollars, dit avec assurance Albert, le producteur qui les suit à la trace depuis leur retour au pays et passe son temps l'oreille collée au portable pour trouver casting et financement)...

Alors, bon, jouer les attractions à ce prix-là, c'est cadeau, ça vaut le coup de serrer quelques mains manucurées, de regarder quelques visages façonnés par des chirurgiens aux honoraires exorbitants, d'oublier la rude vie de soldat pour retrouver une certaine tenue et un vocabulaire plus châtié qu'à l'habitude... Ils sont intimidés, les p'tits gars, mais gare aux effets de l'alcool, Dime doit veiller au grain pour éviter tout débordement en présence du gratin...

Nos soldats sont donc conviés à boire et à manger, aussi, avant le match, dans les salons privés du stade, à rencontrer quelques figures locales, dont le propriétaire du club et d'autres riches industriels locaux qui s'émerveillent devant les exploits de ces garçons... Tous ces fiers Texans ont soutenu l'administration Bush, lui aussi originaire de l'Etat, et sont de farouches partisans de cette guerre qu'ils suivent de loin, à la télévision, sans se salir ni les mains, ni leurs beaux vêtements...

En fait, partout où ils vont, on les acclame, on les félicite, on salue leur courage, leurs exploits, et, à travers eux, la sagesse des décisions de Bush et de ses soutiens, l'importance de l'action menée en Irak, la lutte contre le terrorisme et pour la liberté, la suite logique du 11 septembre, etc. A chaque fois que ces monologues éclatent, les GI's écoutent, stoïques, puis leur esprit s'évade et il ne reste que quelques mots-clés  jetés sur une page blanche... Comme une espèce de calligramme, qu'on retrouve régulièrement au cours du roman.

Déboussolés, peu habitué dans leur vie d'avant à côtoyer tant de monde, tant de personnalités, tant d'enthousiasme, Billy Lynn et ses potes essayent de se tenir, même si, parfois, leur naturel reprend le dessus. Mais bientôt, voilà leurs noms sur l'écran géant du stade, de nouvelles acclamations pour les saluer, ils descendent sur la pelouse, on leur apprend qu'on leur a réservé une place d'honneur dans le spectacle de la mi-temps du match (ce qui, dans leur esprit, se résume à approcher Beyoncé) et puis, une fois le match terminé, on viendra les chercher dans le même Hummer limousine blanc qui les a amenés au stade, et ils n'auront plus que quelques heures à respirer l'air des Etats-Unis avant de retrouver celui, bien moins sain, de l'Irak.

Au cours de cette journée, comme je l'ai dit, un certain nombre de choses imprévues vont se dérouler, au grand dam des Bravos, dont la joie de (re)vivre va commencer à se déliter à force de voir tout le monde penser, agir; prendre des décisions pour eux, les traiter comme des marionnettes, comme des symboles, pire, comme des hommes-sandwiches parfaits pour promouvoir la guerre en Irak. Depuis que les images de Fox News ont été diffusées, les Bravos sont, bien malgré eux, devenu des outils de propagande en chair et en os, et le film qu'on leur promet ne va pas faire exception...

Parlons de Billy Lynn, dont le nom est dans le titre du roman et qui est le personnage que l'auteur a choisi de sortir du lot. On ne sait quasiment rien des autres, si ce n'est d'où ils sont originaires, en tout cas, où ils ont pu passer leur courte permission obtenue en marge de "la Tournée des Vainqueurs". Mais c'est fugace, alors que Billy Lynn a droit à un chapitre entier se déroulant dans sa famille, qu'on en sait plus sur lui et son engagement dans l'armée et que sa vie privée est un des éléments moteurs du roman.

Ainsi, on apprend que le soldat Billy Lynn n'a pas choisi de s'enrôler par colère contre les assassins du 11 septembre ou suite à une grande envolée patriotique. Non, c'était l'armée... ou la prison. Comme beaucoup de délinquants, un juge lui a proposé cette alternative qui n'en est pas vraiment une... Attention, Billy Lynn n'est pas une racaille, non, il a agi de façon chevaleresque, par amour pour sa soeur, et a dépassé les bornes une seule et unique fois...

Voilà qui suffit à l'envoyer au front, dont il va revenir héros, ses antécédents subitement effacés, oubliés, comme par magie... Mais, on se demande rapidement si, autant que la prison, Billy Lynn n'aurait pas fui une famille un poil étouffante... Un père handicapé après une attaque qui se conduit en tyran domestique, branché sur Fox News du matin au soir, car, après une carrière honnête de hard-rocker, il s'est soudain découvert une vocation politique à droite, très, très à droite...

La mère, elle, est dépassée par tout, larmoyante, victime expiatoire qui ne réagit jamais aux aléas de son existence et qui continue malgré tout à vivre avec cet époux indigne à qui, parfois, elle rend, sournoisement la monnaie de sa pièce. Et puis, il y a les soeurs de Billy. Dont Kathryn, cette soeur pour qui il est devenu un délinquant et, dans la foulée, un soldat... Celle dont il est le plus proche et celle qui a le plus la tête sur les épaules. Une fille belle et intelligente, dont le destin a été brisé, et qui, sans être devenue aigrie, enfin, je ne crois pas, a développé une certaine forme de rébellion à l'ordre familial établi. C'est la seule membre de la famille de Billy qui va essayer de le dissuader de retourner au front.

Mais, le chapitre passé dans cette famille un peu dingo permet de mieux comprendre que Billy Lynn se sente mieux, plus libre, peut-être pas, mais plus épanoui, émancipé. Et surtout, cette expérience, aussi horrible soit-elle, lui a permis de quitter ce cocon ultra-conservateur et de se faire un avis sans doute moins figé sur la question de la guerre d'Irak que ceux qui n'y ont pas participé, autrement que devant leur télé...

Et la vie de Billy Lynn n'a pas fini de basculer... Lors de la journée à Dallas, ce garçon qui ne connaît rien de la vie mais a déjà tué et a déjà échappé à plusieurs reprises à la mort pour que son drapeau flotte sur l'Irak, va découvrir l'amour... Elle est pom-pom girl, elle s'appelle Manon, elle est à croquer, il ne va plus avoir de cesse de la voir, après une première entrevue torride... Elle sera un des fils conducteurs de cette journée, croisant Billy Lynn à plusieurs reprises, renforçant ce lien invisible qui les relie depuis leur premier regard, échafaudant déjà des plans (sur la comète) d'avenir...

Ah oui, détail important, elle est évangéliste et elle aussi ne doute pas du bien-fondé de la guerre en Irak. Au point de se demander si ce n'est pas la tenue militaire et l'aura du héros qui l'attire d'abord chez le naïf (et puceau) Billy Lynn. Mais, pour des raisons différentes, elle sera la seule, avec Kathryn, à faire vaciller les certitudes du soldat, parce que entre vivre avec une aussi ravissante jeune femme qui a l'air de vous trouver à son goût et repartir à la guerre à l'autre bout du monde, le coeur d'un garçon de 19 ans peut balancer, on le comprend volontiers...

Mais, il faut tout de même parler de l'aspect satirique de ce roman. Une satire qui prend la forme d'une étonnante métaphore entre cette journée sportive au stade des Cowboys de Dallas et la guerre... Comme le rappelle le titre du roman (correctement traduit), l'histoire se passe pendant une mi-temps : les Bravos sont partis en Irak, revenus pour cette pause de 15 jours et vont repartir au front. Comme si la guerre était un match, comme si les personnes que les héros croisent étaient des supporters en liesse (il y a même des hooligans !), comme s'ils étaient des champions...

D'ailleurs, si vous ne connaissez pas le football américain, il faut savoir qu'une équipe est composée de plusieurs escouades, chacune ayant une mission précise et dont chaque membre à un rôle bien défini. En position offensive, on a même un officier qui dirige ses troupes, le fameux quarterback ; en position défensive, on peut mener des "blitz", des attaques-éclairs visant à capturer le quarterback adverse, etc.

On peut filer la métaphore longtemps si l'on veut, ce sport étant extrêmement stratégique, reposant sur des mouvements de troupes très précis et travaillés à l'entraînement, comme des manoeuvres, avec une grande importance donnée aux actions surprises et, avec comme objectif principal, de gagner continuellement du terrain sur l'adversaire jusqu'à la zone d'embut, qu'on doit franchir le ballon en main comme on brandit un drapeau pris à l'ennemi...

Il y a d'ailleurs dans le roman une scène à la fois drôle et un peu dérangeante, dans laquelle Billy Lynn et ses camarades sont invités à visiter les vestiaires des Cowboys avant le début du match pour y faire dédicacer des ballons par les stars locales. Or, la rencontre, foncièrement ridicule, il faut bien le dire, et qui ramène les Bravos à ce qu'ils sont, de simples gamins qu'on espèrent rendre heureux en leur refilant un joli jouet, va prendre une tournure assez bizarre, quand les sportifs vont demander aux troufions s'ils peuvent les accompagner au front... Surréaliste...

Cette métaphore sportive en dit également long sur la société américaine contemporaine, entièrement tournée vers le spectacle, sous toutes ses formes. Il y a ce spectacle de la mi-temps dans lequel les soldats se retrouvent embringués malgré eux, une espèce de "performance", pour prendre un anglicisme, quelque part entre le show musical ultra-tendance et la parade militaire... Les Destiny's Child accompagnées par une fanfare militaire, je crois que je pourrais payer pour voir ça tellement ça paraît n'importe quoi...

Mais, il n'y a pas que le show qui must go on pendant la guerre. Les affaires, aussi. Et pour que ça marche bien, il faut... de la pub, et à outrance, si possible. "Quelque part en chemin, l'Amérique est devenu un gigantesque centre commercial auquel s'est greffé une Nation", écrit Fountain. Et, comme souligné plus haut, quel plus beau support publicitaire que des héros ?

Avant, Oncle Sam vous pointait du doigt et vous disait les yeux dans les yeux qu'il vous voulait dans son armée ; maintenant, entre les chaînes de télé qui repassent en boucle des images sans contexte, ni explications superflues, et les sites de partages d'images qui font le buzz, on vous formate une opinion publique en quelques jours à peine et à moindre frais.

Et comme, et c'est remarquablement montré dans le roman, tous ces gens formidablement enthousiastes qui soutiennent la guerre les yeux fermés n'ont pas la moindre idée de ce qu'est une guerre, de la violence et de l'horreur que cela représente pour ces soldats, ceux du camp d'en face et ceux qui se retrouvent entre le marteau et l'enclume.

Ceux qui ont vu les images des Bravos les comparent à Rambo, une femme leur explique que ce reportage lui a rappelé les images du 11 septembre et qu'elle les a regardées "comme on regarde un film", sans cesse on leur demande leur avis, "ça valait le coup" ou bien "la situation s'améliore, non ?" Et Billy Lynn de se demander si, un jour, quelqu'un lui dira vraiment ce qu'il est, un tueur, un tueur d'enfants, de femmes, d'innocents, élevés au pinacle au nom d'une liberté entachée de mensonges aussi énormes que les audiences de ces chaînes de destruction massive d'esprit critique.

Et en parlant de mensonge, citons encore le roman : en écoutant parler Norm, propriétaire du club des Cowboys, Billy se dit que ce type devrait faire de la politique parce qu'il est capable d'embobiner n'importe qui en quelques mots... Pourtant, il est évident pour le soldat que Norm fait "un numéro" digne d'un comédien, sauf qu'il semble le seul présent à tenir compte de cela.

Et Fountain d'écrire, à propos de cet auditoire subjugué : "l'hypocrisie coule sur eux, peut-être parce que le mercantilisme permanent de la vie américaine a engendré des seuils exceptionnellement élevés de tolérance devant l'imposture, la manipulation, l'escroquerie, la connerie et le mensonge éhonté, devant, en d'autres termes, la publicité sous toutes ses formes". On y revient, à cette diablesse de publicité, et surtout l'usage qu'on en fait. Et Billy Lynn de réaliser combien la guerre l'a changé : avant de partir en Irak, il aurait tout gobé, comme les autres, mais là, après quelques mois en enfer, comment croire à tout cela ?

Quant à l'imposture suprême, elle est à Washington où Bush et ses sbires, où tous les faucons les plus ardents assurant la promotion de la guerre en Irak sont tous des hommes qui, quelques décennies plutôt, avaient refusé de partir au Vietnam, usant de toutes les magouilles imaginables pour ne pas aller ramper dans des rizières hostiles. Et ceux sont eux qui se gobergent devant ces jeunes hommes envoyés au casse-pipe pour camoufler et donner une consistance à des mensonges habillés des oripeaux du patriotisme, servir d'avant-poste à une vision de la démocratie galvaudée car reposant d'abord et surtout sur l'ultra-libéralisme économique.

Ben Fountain nous propose un premier roman cynique et souvent drôle, mais aussi très critique envers les Etats-Unis dans leur globalité, et l'administration Bush et ses affidés, en particulier. Il faut s'appliquer à lire ce livre entre les lignes, car il est bien plus sombre qu'on ne pourrait le croire, comme l'expression d'un dépit amoureux de la part d'un citoyen ne cautionnant pas les actions de son pays et leurs justifications assez scandaleuses.

Billy Lynn, gamin immature armé jusqu'aux dents pour jouer les VRP de la Liberté en Irak, revient sur terre à mesure que le retour au front approche. En 15 jours sur le sol natal, les Bravos ont été trimbalés de ville en ville, de réception en réception, de palace en palace (à Dallas, ils logent dans un hôtel dont le nom est... le W, comme la seconde initiale du président... A en devenir cinglé, non ?), mais ils ont aussi vu le décalage entre la réalité de ce qu'ils ont vécu dans le désert irakien et la perception complètement faussée qu'en a le pays. Troublant...

Troublant au point de se poser des questions, envisager la désertion, même. Troublant au point de préférer finalement repartir pour fuir cette folie collective, retrouver la réalité et quitter la fiction, pas celle qu'on leur promet, mais qui s'avère être, au fur et à mesure du démarchage, ressembler à une énième opération de propagande. Pour en arriver à ce terrible paradoxe, partir loin de chez soi et dans un pays à feu et à sang parce que la réalité est là-bas, ça donne une idée du ressenti de ces gars...

En fait, l'effervescence est telle autour d'eux, les passions si exacerbées, la violence si présente, malgré la paix qui règne, que les soldats, tout juste revenus du front ont... peur ! Et, si Billy Lynn, celui qu'on a suivi plus intimement au long du livre, a évolué, a changé, a mûri, a vacillé dans ses certitudes, on réalise à la dernière page, en deux phrases, prononcées par Sykes et Crack, que tous les Bravos se sont sans doute en même temps posés des questions existentielles similaires...

Ah, au fait, les Cowboys ont été écrasés 31 à 7 par les Bears...

Voilà la seule différence entre sport et guerre : en sport, il n'y a qu'un perdant ; à la guerre, tous les camps y perdent forcément quelque chose, à commencer par leur humanité ou leur âme...


Un dernier mot, j'ai choisi de présenter cette lecture en miroir avec "Yellow Birds", mais je n'ai pas fait un billet comparatif des deux livres, ça aurait été fastidieux. Il y a un élément qui résume parfaitement la différence de traitement d'un même sujet par ces deux livres : l'image en couverture. Chacune présente des rangers, l'une, avec un soldat qui les porte sur fond ocre, représentant le désert ; l'autre, sur fond blanc, sans soldat... et avec des confettis... Rien à ajouter...


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