lundi 10 août 2015

"Quand le goût de l'aventure te prend, il n'y a pas grand-chose d'autre à faire que d'y céder".

Voici un roman étiqueté "Young adult", pas mon genre préféré, moi qui suis depuis toujours un Old adult... Mais, j'y ai retrouvé avec plaisir un univers très original que j'avais apprécié lors d'une précédente lecture (qui, curieusement, ne portait pas alors le même label). Et cet univers s'est élargi, complété, approfondi, pour mon plus grand plaisir. D'autant qu'on renoue là avec des lectures mêlant fantastique, science-fiction, aventures, un vrai bain de jouvence, le genre de livres que j'aurais certainement aimé dévorer dans ma lointaine jeunesse... Après "Dresseur de fantômes", Camille Brissot nous ramène dans son monde dystopique si particulier pour un roman qui n'est pas tout à fait une suite, plutôt un spin-off, pour reprendre un terme audiovisuel. C'est en effet Tom qui est le personnage central de "Vagabonds des airs", publié à l'Atalante, celui qui va vivre des aventures extraordinaires et sortir profondément changé de cette histoire...



Quelques années ont passé depuis que les Werenfeld, Valentine et Théophras, ont reformé leur couple en parvenant à faire revenir la jeune femme du monde des fantômes. Depuis, ceux qu'on considère encore comme les plus grands aventuriers du moment ont pris du recul et profitent de l'existence, découvrant les joies du sédentarisme.

Tom, le gamin pris sous leur aile à l'occasion de leur précédente aventure, a bien grandi. Désormais, il est le second du Capitaine Peck, qui commande aux destinées de l'Odorante, ce navire qui traverse un océan Atlantique que les récentes catastrophes climatiques ont sensiblement modifié. Mais, le jeune homme, lorsqu'il est à quai, ne manque jamais l'occasion de retrouver ceux qui sont devenus ses parents adoptifs.

Pourtant, depuis peu, il se sent un peu de trop chez les Werenfeld. En effet, Valentine et Théophras viennent de devenir parents d'une petite fille qui accapare, à juste titre, leur attention et Tom, même s'il n'est en aucun cas jaloux du bébé, sent que sa naissance change la donne entre lui et le couple. Et puis, il doit aussi le reconnaître, l'appel du large se fait sentir...

Alors, Tom regagne La Rochelle pour reprendre son poste... En attendant un signe du destin. En effet, ce qui le démange, le grattouille, le titille, va bien au-delà des traversées à bord de l'Odorante, des responsabilités qui lui incombent et de la perspective de succéder un jour au Capitaine Peck à la barre de ce prestigieux navire.

Tom espère autre chose de la vie, Peck n'est pas dupe, il sait pertinemment qu'un jour, il perdra son second, parce que celui-ci voudra voler de ses propres ailes. Et il ne lui fermera pas la porte, au contraire. Lui aussi est passé par là, il sait bien de quel bois est fait ce jeune homme et que, comme ses parents adoptifs, un jour, l'aventure le prendra.

Plus rien ne retient Tom à la vie quotidienne, désormais : la naissance de sa demi-soeur l'a fait entrer dans l'âge adulte, son père biologique, qu'il a été voir dans sa taverne avant de regagner l'Odorante, ne l'a même pas reconnu et, s'il doit beaucoup à Peck, il n'a pas envie, à son âge, d'envisager une carrière unique et routinière comme capitaine.

Le  signe du destin s'appelle Solus Ackermann. Un aventurier, comme les Werenfeld. Membre, comme Valentine et Théophras, de la prestigieuse Société des aventuriers. Et personnage aussi excentrique que peu sympathique de premier abord... Pourtant, lorsque l'homme évoque ses recherches du moment, cela fait tilt dans l'esprit de Tom.

Ackermann, comme la plupart des membres de la Société des aventuriers, à l'exception notable des Werenfeld, occupés à pouponner, s'est lancé sur la piste de ceux qu'on appelle "les Sculpteurs de chair"... Un terme que Tom a déjà entendu. Un mythe, pense-t-il, des chirurgiens capables des interventions les plus extraordinaires, dont on ne sait pas grand-chose de concret.

Ces personnages ont disparu depuis des années sans laisser de traces, et rien n'indique qu'ils existent encore ou que leur savoir-faire ait été transmis, que quelqu'un pratique encore le type d'intervention qui ont fait leur légende. Mais, si Ackermann et les autres les cherchent, alors, il y a anguille sous roche. Et soudain, Tom comprend quel sera son avenir : retrouver avant tout le monde les Sculpteurs de chair.

Se lancer dans une aventure digne de celles que lui ont narrées Valentine et Théophras ces dernières années. Oui, lui aussi sait qu'il a en lui ce besoin de se lancer dans des aventures ébouriffantes et passionnantes, à la découverte de nouveaux lieux, à la rencontre de nouveaux personnages extraordinaires...

Immédiatement, Tom fait part de sa volonté de quitter son poste et obtient l'autorisation résignée de Peck. Le voilà lancé à l'aventure et, pour ce qui est des lieux et des personnages hors du commun, il ne sera pas déçu, car il n'en manque pas dans ce roman. Je ne vais parler que de deux d'entre eux, car ils sont, avec Tom, les personnages centraux de "Vagabonds des airs".

D'abord, il y a Ila, jeune artiste de cirque, la fille du patron du fabuleux Aéro-Circus, troupe dont le chapiteau et tout le convoi, se compose de ballons dirigeables. La piste de l'Aéro-Circus se situe au-dessus du vide, mais Ila ne le défie pas. Son père le lui interdit : la mère d'Ila a en effet disparu lors d'un numéro, suite à une chute qui l'a précipitée dans le vide...

Le père d'Ila en a été détruit et c'est toute la vie de l'Aéro-Circus en a été chamboulée, sans pour autant affecter son succès. Mais, l'ambiance, elle, a changé, différente, moins idyllique, plus tendue, aussi. Et l'image de sa mère ne quitte pas Ila, qui ne rêve pourtant que d'une chose : l'imiter un jour en se produisant sur le fil surplombant le vide... En attendant, elle se console avec d'autres numéros, en particulier comme dompteuse.

Et puis, il y a Sampion. Un homme sans foi, ni loi, celui-là, un gibier de potence, oui ! Capitaine d'un ballon dirigeable appelé le Vagabond des Airs, il est à la tête d'une des plus féroces et redoutables troupes de pirates des airs que ce monde en plein chambardement connaisse. Comme les flibustiers d'antan, il n'hésite pas à aborder et piller les dirigeables commerciaux passant à sa portée.

Rien ne l'arrête, rien ne l'effraye et sa soif de possession est inextinguible. Aussi longtemps qu'il pourra, il mènera ses vagabonds des airs au combat, afin de remplir les soutes de son ballon de richesse diverses et variées, dont ils pourront profiter directement ou revendre. Leur pavillon est célèbre dans tous les cieux du monde et celui qui a le malheur de le voir sait qu'il va passer un mauvais quart d'heure...

D'autres personnages interviennent dans "Vagabonds des airs", mais nous n'en parlerons pas ici. Il vous faudra vous aussi partir à l'aventure de ces pages pour les rencontrer. Mais sachez que ce livre regorge de surprises et de situations tout à fait romanesque. L'Old Adult que je suis a tout de même trouvé l'histoire assez prévisible par moments, mais je me suis laissé emporter par l'aventure, moi aussi.

Comme dans "Dresseur de fantômes", on retrouve des influences qui nous ramènent à la littérature populaire de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. On pense à Verne, évidemment, mais aussi à H.G. Wells. Et surtout, on découvre un peu mieux ce monde que les catastrophes ont radicalement modifié et dans lequel l'homme a appris à faire de l'air et de l'eau des cadres de vie.

Oui, je voudrais particulièrement insister sur cet univers façonné par Camille Brissot qui est vraiment une merveille. Un décor qui stimule l'imagination du lecteur en permanence et l'emmène dans des lieux plus étonnants les uns que les autres. J'avais, je crois, dans le billet consacré à "Dresseur de fantômes", exprimé tout le bien que m'inspirait l'Aéro-Circus, que j'aurais aimé pouvoir visiter plus en profondeur.

Un voeu exaucé dans ce deuxième livre explorant cet univers. L'Aéro-Circus y devient un des lieux importants de l'intrigue et on a droit à une splendide visite guidé qui a aiguisé la curiosité et fait frétiller le non-amateur de cirque que je suis. Je crois que, celui-là, je serais prêt à m'y rendre régulièrement, pour assister au spectacle.

Mais, Camille Brissot ne s'arrête pas là. Je ne peux pas vous emmener dans tous les décors qu'elle crée dans ce roman, certains d'entre eux valant aussi le coup d'oeil, tout en étant très différents de celui que j'ai évoqué précédemment. Mais, parlons alors de ces Vagabonds des airs, qui donnent leur nom au roman.

L'idée de ces pirates des airs donnent l'occasion de scènes très spectaculaires, que ce soit dans la première partie du livre ou lors des moments décisifs, mais chut ! Même s'ils sont de sacrés filous, et particulièrement leur chef, Sampion, je dois dire que cette troupe de malfaiteurs prêts à tout, y compris à tuer, sont, sur le plan romanesque, très intéressants.

J'ai d'autres images en tête, plein, je n'exagère pas. C'est vraiment une des grandes qualités de ce livre que de nous plonger dans ces situations, ces lieux, ces atmosphères, en compagnie de personnages auxquels on s'attache ou dont on se méfie. On est même ambivalent vis-à-vis de certains dont on peut trouver qu'ils chevauchent la ligne de démarcation entre "gentils" et "méchants". J'aime bien ces ambiguïtés.

Et j'aime définitivement bien cet univers. J'y voyage, j'y rêve, j'y ai des émotions diverses, contrastées, il y a des personnages qu'on a envie de suivre, d'autre qu'on voudrait découvrir plus en détails. Et il flotte vraiment sur ce monde si spécial, pourtant très différent de ce que j'ai pu connaître quand j'étais un jeune lecteur, me rappelle ces BD ou ces romans d'aventures que je dévorais.

Il y a encore certainement matière à explorer cet univers, Camille Brissot en aura-t-elle envie ? Ce qu'elle nous laisse au final mériterait une suite directe, à mon avis, mais la possibilité, encore une fois, de proposer un récit connexe n'est pas à exclure. Enfin, vous l'aurez compris, je repartirai volontiers faire un tour dans ce monde-là.

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