jeudi 16 novembre 2017

"Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie" (Aimé Jacquet).

Un sélectionneur champion du monde pour ouvrir ce billet, rien que ça, ce blog ne se refuse décidément rien... Après "le Mercato d'hiver" et "la Main de Dieu", qui viennent tous les deux de sortir au Livre de Poche, Philip Kerr poursuit son exploration du monde du football professionnel avec une troisième enquête de Scott Manson, ancien défenseur devenu entraîneur, et fin limier à ses heures. "La Feinte de l'attaquant" vient de paraître en grand format aux éditions du Masque (traduction de Johan-Frédérik Hle Guedj) et, plus qu'un polar, c'est une véritable comédie de moeurs, mettant en évidence les travers d'un sport mondialisé, brassant des milliards et réunissant une grande partie de la planète autour d'un rectangle vert et d'un ballon rond. Paru en 2015 en Angleterre, ce roman se montre d'ailleurs assez visionnaire, mettant en scène des événements proches de ceux ayant marqué l'actualité récente, et pas seulement celle du foot. C'est aussi un livre qui pose ouvertement la question de l'image des footballeurs à l'ère d'internet. Et si l'intrigue est très classique, il faut saluer la formidable construction narrative qui joue avec le lecteur...



Après les événements qui se sont déroulés dans "la Main de Dieu", Scott Manson n'a pas eu d'autre choix que de démissionner de son poste d'entraîneur du London City. Depuis son départ, le club connaît d'ailleurs une chute spectaculaire et, de la lutte pour les places qualificatives à la Ligue des Champions, voilà le club du milliardaire ukrainien Viktor Sokolnikov cantonné au bas de tableau.

Ce départ s'est négocié à l'amiable, avec tout de même une clause interdisant à Manson d'en évoquer les raisons précises. Redevenu chômeur, l'ancien défenseur d'Arsenal, qui avait réussi des débuts tonitruants comme entraîneur principal, a décidé de se laisser un peu de temps avant de signer dans un nouveau club.

Il laisse son agent, Tempest O'Brien, une des rares femmes à exercer ce métier, est pourtant sur les dents, essayant de lui dégoter un nouveau poste idéal pour se relancer. Jouant sur ses origines écossaises, elle lui propose de diriger Hibernian, un des deux clubs d'Edimbourg ; puis, elle le met en contact avec les dirigeants de l'OGC Nice, qui cherchent une solution en cas de départ de leur entraîneur...

Enfin, elle lui organise un petit voyage à l'autre bout du monde, en Chine, le nouvel eldorado du football mondial. Un championnat de qualité assez médiocre, certes, mais où l'argent coule à flots. Et le projet que Tempest soumet à Scott est d'autant plus intéressant qu'il pourrait s'agir du prélude avant qu'un puissant homme d'affaires de Shanghai n'investisse massivement dans un club européen...

La proposition est alléchante et Scott est sur le point d'accepter... quand il réalise qu'on s'est joué de lui. Il s'est retrouvé au coeur d'une énorme arnaque dont il ne comprend pas bien les motivations, mais il se retrouve ridiculisé, sali, au point de presque s'enfuir de Chine et de se cacher en attendant que retombe l'effervescence autour de son nom...

Alors qu'il s'apprête à entamer une traversée du désert, il reçoit un appel du F.C. Barcelone, un des plus prestigieux clubs européens. Un club auquel Manson doit énormément. Difficile de refuser quoi que ce soit aux Catalans, même s'il se doute bien qu'on ne lui proposera pas d'entraîner le club, qui marche très bien, merci, dans le sillage de son trio magique, Messi-Suarez-Neymar...

Un trio auquel les Blaugranas viennent d'adjoindre un jeune joueur français extrêmement prometteur, Jérôme Dumas, un attaquant de 22 ans qui avait justement ébloui l'Europe en battant le Barça à lui tout seul lors d'un match de Ligue des Champions. Pourtant, faute de renouveler régulièrement ce type de performance, Dumas se morfond au Paris-Saint-Germain, qui l'a prêté au club catalan.

C'est un moment charnière dans la carrière de ce jeune joueur : s'il s'impose à Barcelone, les Espagnols paieront certainement pour un transfert définitif ; s'il échoue, alors, il devra retourner jouer à Paris, où l'on ne compte plus trop sur lui et où le public du Parc des Princes l'a pris en grippe... Une sorte de quitte ou double.

Scott Manson a suivi cela de l'oeil du professionnel autant que de celui de l'amateur de foot. En se posant pas mal de questions sur ce garçon et sur ses difficultés d'intégration aux côtés de Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani, deux cadors européens dont la présence oblige Dumas à jouer à un poste qui n'est pas son poste de prédilection.

Mais, lorsqu'il arrive à son rendez-vous avec les responsables du Barça, il tombe des nues : personne ne sait où est passé Jérôme Dumas. Attendu pour la visite médicale qui précède habituellement toute signature dans un club, il ne s'est jamais présenté. Cette fois, il n'est plus question de la qualité de ses prestations, la carrière de Jérôme Dumas est en péril, s'il ne réapparaît pas vite fait.

Et voilà la mission que les responsables barcelonais voudraient confier à Scott Manson, dont les qualités de détective amateur semblent aussi appréciés dans le monde du foot que ses compétences d'entraîneur... Et dire que Scott Manson veut à tout pris éviter de devenir, selon sa propre formule, "l'inspecteur Clouseau du foot" !

Pourtant, bien des choses intriguent Scott dans cette histoire et sa curiosité (mais aussi la confortable rémunération qu'on lui propose) va l'emporter. Profitant de son congé forcé loin des bancs de touche de Premier League et d'ailleurs, Manson se lance à la recherche de Jérôme Dumas, mettant à jour au fil de son enquête, des éléments bien plus inquiétants qu'un simple coup de blues...

Bon, soyons francs, si vous êtes arrivés jusqu'ici alors que le foot n'est absolument pas votre "Cup of tea", vous êtes très méritants. Mais, plus encore que les deux premières enquêtes de Scott Manson, celle-ci parle de foot et nécessite de maîtriser un minimum le sujet. De même, si vous aimez les polars purs et durs, j'ai peur que vous n'appréciiez pas ce roman.

En effet, avant qu'on entre dans le vif de l'enquête, car il y en a bien une, il y a donc un long préambule au cours duquel on suit Scott Manson dans sa recherche d'emploi. On se demande un peu pourquoi ces rencontres à Edimbourg, Paris ou Shanghai, et puis, ça va prendre sens, mais on en reparlera plus loin.

Ensuite, il y a la recherche de Jérôme Dumas, footballeur prometteur disparu sans laisser de trace. On retrouve le côté polar, avec une intrigue très classique, si ce n'est justement le domaine dans lequel elle se développe : le monde impitoyable du football professionnel. Avec une analyse très fine et très pointue des travers que ce sport ne cesse d'emprunter à l'époque actuelle.

L'argent, bien sûr. Les enjeux sont énormes, à chaque match perdu, un club frôle l'accident industriel. London City en est l'exemple parfait : fragilisé par des événements extra-sportifs, le club se retrouve dans une situation très délicate, et l'argent de son richissime patron ne peut suffire à redresser la barre. Eh oui, quoi qu'on en pense, il reste une certaine magie au sport qui défie la simple logique économique.

Malheureusement, la compétition sportive est tout de même devenue aussi une compétition économique, l'argent est le nerf du succès et les clubs bénéficiant des plus gros investisseurs et réussissant les plus gros investissements sont souvent ceux qui, à la fin de la saison, décrochent les timbales et surtout les trophées.

Philip Kerr, en 2015, n'imaginait sans doute pas encore la folie qui s'est emparé, l'été dernier, du marché des transferts, avec un Paris-Saint-Germain sous direction qatari capable de réaliser coup sur coup les deux transferts les plus chers de l'histoire du foot, ouvrant une nouvelle ère. Et peut-être une effarante bulle spéculative...

Mais, ces questions économiques sont déjà très fortes dans le roman, alors que l'unité qui préside à chaque discussion est le million. Réussir un transfert, c'est acheter un joueur qui brille, fait gagner son équipe et attire public, investisseur, annonceurs, etc. A l'inverse, miser gros sur un joueur qui se plante et la perte est sèche, le plus souvent.

Voilà au centre de quoi se trouve Jérôme Dumas. De ce joueur, je ne vais pas vous dire grand-chose dans le billet, car il faut le découvrir au fil de l'enquête de Scott Manson. Je peux tout de même vous dire qu'il est d'une certaine manière l'archétype du joueur du début du XXIe siècle, aussi bien sur le terrain qu'en dehors.

A travers lui, Philip Kerr va aborder différents aspects que les amateurs de football retrouvent assez souvent sur les médias sportifs ou généralistes qui couvrent l'actualité du plus populaires des sports à travers le monde. Je vais en évoquer deux, mais ils ne seront pas les seuls à apparaître dans le cours du livre.

Le premier, c'est la communication. Un domaine qui, à l'ère des réseaux sociaux, vaut pour tous les acteurs du monde du foot, joueurs, entraîneurs, dirigeants... Chaque mot est disséqué, interprété, détourné, parfois, mis en perspective, critiqué, sujet à polémique et, si possible, à scandale, histoire de vendre du papier ou de l'espace publicitaire...

"La Feinte de l'attaquant" s'ouvre d'ailleurs sur les problèmes de Scott Manson sur Twitter, où il est agoni d'insultes depuis son départ de London City. Le petit oiseau bleu sera d'ailleurs une des trames secondaires du roman, lorsque, cette fois, un tweet que Scott Manson pense anodin, lui vaut les foudres des mouvements féministes et une convocation devant sa fédération...

Oui, désormais, la communication d'un acteur du football se travail afin d'être lisse, très lisse, sans aucune possibilité de prise pour les professionnels du buzz... Le mot d'ordre, c'est la diplomatie : surtout, ne froisser personne ! Le corollaire, c'est une communication sans goût, ni odeur, ni couleur, qui vaut ensuite aux footballeurs une réputation de neuneu répétant sans cesse les mêmes mots creux.

Pour Jérôme Dumas, la question de la communication est très importante, aussi. Le jeune homme doit concilier un train de vie très important désormais et des idées politiques de gauche, très à gauche, même. Mais, entre le mannequin fringué par les plus célèbres créateurs, roulant en voiture de sport et vivant dans le luxe et le garçon aux origines modestes qui tient des discours très militants, où est la vérité ?

Là encore, tout cela froisse, crée des remous : d'un côté, le monde du foot qui regarde ce gamin tenir des propos gauchistes qui vont à l'encontre de leurs intérêts et l'on dit qu'il crache dans la soupe ; de l'autre, ceux qui ont du mal à penser qu'on peut être sincère lorsqu'on discourt sur les inégalités et la politique antisociale d'un gouvernement au volant d'une Lamborghini garée devant un appartement du 16e arrondissement.

L'autre sujet qui concerne Jérôme Dumas et qui fait écho à l'actualité du foot, c'est la manière dont ces jeunes garçons vont encaisser la pression qu'implique de jouer pour les plus grands clubs d'Europe, les plus médiatiques, aussi. La dépression est aujourd'hui un sujet très présent dans le football mondial, malgré le confort économique.

Philip Kerr l'évoque, donne des exemples, mais pas l'un des plus terribles, le gardien allemand Robert Enke, qui s'est suicidé en 2009. De plus en plus, on évoque des joueurs qui ont souffert de ce mal pendant leur carrière. Tapez "Footballeur dépression" sur un moteur de recherches et vous verrez pas mal d'articles récents apparaître, dont celui-ci, dans l'excellent magazine "So Foot".

L'idée première suite à la disparition de Jérôme Dumas, c'est qu'il a eu un coup de blues et qu'il a eu besoin de fuir pour se remettre... Ou pire... Si on était cynique, mais ce n'est pas le cas, bien sûr, on dirait que derrière les intérêts économiques, pointe une réelle inquiétude : le prometteur joueur, en échec à Paris, aurait-il pu commettre le pire ?

Une question se pose alors : qui est Jérôme Dumas ? De lui, Scott Manson ne connaît qu'une image. Or, pour le retrouver, il va falloir aller au-delà et entrer dans son existence pour pouvoir le cerner, le comprendre et réfléchir à ce qu'il a pu faire. D'une certaine façon, c'est là qu'est l'un des enjeux majeurs de l'enquête de Scott Manson et donc du roman de Philip Kerr.

Vous verrez que ces questions et l'enquête elle-même vont faire apparaître d'autres sujets que je ne vais pas dévoiler ici, forcément. Mais, là encore, la solution de l'enquête est au coeur des préoccupations du football actuel, activité capitalistique s'il en est. Le rêve des gamins qui jouent dans les cours d'école ou les rues en prend un sacré coup, mais la magie, nourrie par le fric, demeure...

Je suis déjà super long et j'ai encore pas mal à dire... Le titre, d'abord, "la Feinte de l'attaquant", est clair, mais un peu simpliste, par rapport à la version originale : "False Nine". Le faux neuf... Le joueur qui porte le numéro 9, c'est l'attaquant, celui qui est chargé de marquer des buts et qui se trouve donc logiquement le plus proche des cages adverses.

Mais, il arrive qu'un 9, au lieu de courir vers le but adverse, revienne vers son camp pour jouer la balle et offrir de nouvelles solutions à ses partenaires. Il feinte ainsi les défenseurs chargés de le surveiller et peut créer un décalage décisif. Une explication footballistique plus précise est fournie en exergue du roman de Philip Kerr.

Peu importe, dans les faits, en quoi consiste cette feinte. Il faut juste comprendre qu'un attaquant peut surprendre son monde par une action inattendue. Et c'est exactement le cas de Jérôme Dumas, si l'on part du principe que sa défection est volontaire. Ce qui reste à démontrer, ce que Scott Manson doit démontrer. Même si ce qu'il découvre s'avère gênant, dérangeant, délicat à gérer...

Voilà qui nous amène à la construction de ce roman. Je vais être un peu cryptique, parce que si je détaille, je révèle toute l'histoire... Mais, faites-moi confiance. L'intrigue est très classique, je l'ai dit, et je ne le dis pas en l'air, c'est un fait. Pourtant, alors que j'avançais dans ma lecture et que je commençais à voir venir le truc (sans comprendre le pourquoi), j'ai eu un déclic...

Philip Kerr est un petit malin, mesdames et messieurs ! D'un seul coup, alors qu'une bonne partie de l'intrigue se dévoilait, je me suis rappelé tout ce qui avait précédé. Et en particulier ce que j'ai appelé le long préambule. Et même au-delà, car on retrouve dans les recherches de Manson sur Jérome Dumas d'autres éléments.

D'autres jalons, oui, je crois que c'est le mot juste : "la Feinte de l'attaquant" est jalonnée de petits trucs auxquels on ne prête pas vraiment attention et qui, d'un seul coup, prennent sens... Oui, l'intrigue est très classique, c'est vrai, mais la construction pour y parvenir et la manière dont Philip Kerr joue avec nous, ça, c'est fort !

A noter que ce préambule trouvera également son pendant en fin de roman et que rien, non, vraiment rien, n'est inutile dans cette histoire, où Scott Manson va prendre un malin plaisir à prendre à contre-pied toutes les règles tacites du milieu dans lequel il évolue depuis plus de 20 ans. Une sorte de bras d'honneur secret adressé à ceux qui sont aux commandes et décident de règles du jeu, y compris celles qu'ils seront les premiers à enfreindre.

Il est amusant de lire la feinte de l'attaquant aujourd'hui : le PSG est encore celui de Zlatan, Neymar épaule encore Messi à Barcelone. Dès 2015, année de parution du roman, avec le prêt de Jérôme Dumas, Philp Kerr mettait en scène une importante transaction entre le Barça et le club parisien, mais pas dans le bon sens. Restent des négociations délicates, qui rappellent celles de l'été 2017.

De même, il est beaucoup question de l'identité catalane dans le livre, et du rôle que le club blaugrana joue dans ces velléités d'indépendance... On retrouve ensuite ces questions lors du passage qui a pour cadre la Guadeloupe, avec l'amer constat d'un personnage sur le fait que l'île pourrait, sans doute, aligner une équipe nationale compétitive au lieu de céder ses plus grands talents à la métropole... Vaste et épineux sujet...

Tout ce que raconte Philip Kerr, sur la place du foot dans la société, l'argent-roi, la folie permanente et la pression qui entoure les joueurs, le rêve terni mais éternel, est d'une remarquable acuité. Le romancier britannique croque parfaitement ce microcosme, avec ce qu'il a de meilleur, mais surtout ce qu'il y a de pire.

Et il le fait en mettant en scène un personnage principal qui, lui aussi, se comporte exactement de cette façon, oscillant sans cesse entre le meilleur et le pire, entre des gestes altruistes et un regard lucide sur le foot et ses à-côtés, et d'autres moments qu'on résumera assez simplement, là encore en reprenant les mots de Scott Manson lui-même, lorsqu'il "se conduit comme un connard"...

Ah, il est agaçant, ce garçon, malgré son grand coeur. On le présente comme une rareté, parce qu'il a fait des études, contrairement à la grande majorité des footballeurs professionnels, mais il se laisse aller aux mêmes travers que les autres, la vulgarité, l'argent facile, la condescendance (vous verrez son regard sur la Guadeloupe, qui fera sans doute grincer des dents)...

Oui, il y a chez Scott Manson un côté beauf, hélas assez représentatif des joueurs et des supporteurs : il reconnaît qu'il lui arrive d'être sexiste, parfois, ce qui lui vaut bien des soucis dans ce roman, et même raciste (sujet omniprésent dans le monde du foot, hélas), malgré sa propre peau noire. Séducteur, il se montre bien faible lorsqu'il s'agit de rester fidèle, avant de culpabiliser... jusqu'à la prochaine rencontre...

Il y a quelque chose d'assez amusant dans "la Feinte de l'attaquant", car Philip Kerr fait de Scott Manson une espèce d'alter ego footballistique de James Bond. Les femmes, mais aussi le luxe, les tropiques (Antigua d'abord, la Guadeloupe ensuite). Certes, il a un côté beauf, mais il est malin et, comme souvent dans ce monde-là, il n'oublie jamais où se situe son intérêt.

Cette série est celle d'un amateur de foot qui n'aime pas les dérives qui touchent son sport et l'abîment. Philip Kerr parle du foot sans concession, sans épargner personne, joueurs, encadrement, dirigeants, public, médias... Et malgré cela, nous continuons à vibrer pour ces joueurs, ces couleurs, ces rencontres (plus ou moins) spectaculaires... Il y a quelque chose de pourri au royaume du foot, et pourtant, on ne peut s'en passer...

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