lundi 8 août 2011

Pour devenir un écrivain célèbre et populaire, il vous faut...

"On se fait des illusions. Ecrire un roman est une activité pitoyable et assommante. N'importe quel individu doté d'un minimum de sens commun détestera ça. C'est presque aussi monotone que de jouer au Tetris toute la journée".





Voilà comment Pete Tarnslaw, personnage central et narrateur de "Comment je suis devenu un écrivain célèbre" décrit le métier qu'il a choisi d'embrasser sur un coup de tête. Jusque-là, il vivotait en rédigeant des lettres de motivation pour des étudiants pas malins voulant intégrer les grandes écoles US. Jusqu'au jour où il tombe par hasard sur une émission télé consacrée à Preston Brooks, auteur de romans à succès. Pour Pete, c'est clair, ce mec est un imposteur qui fabrique de l'émotion au kilomètre pour faire pleurer dans les chaumières, sans autre ambition que de vendre sa camelote et récolter un max de droits d'auteurs.

Du coup, depuis son canapé, Pete décide de démontrer qu'on peut écrire et publier un best-seller comme on réalise une recette de cuisine : en accommodant les meilleurs ingrédients. Aussitôt dit, aussitôt fait, le voilà qui se lance dans l'écriture de son immortel chef d'oeuvre, plein de bons sentiments, de personnages attachants, de décors pittoresques, de rebondissements bouleversants, etc. Il a deux motivations : se faire un max de fric et épater la galerie lors du mariage prochain de son ex, où il compte bien se pavaner, tout auréolé de son succès littéraire.

Mais, est-ce si facile de devenir un auteur de best-seller ? Pas si sûr...

"Comment je suis devenu un écrivain célèbre" est une excellente satire du monde de l'édition. Les écrivains, d'abord, qui en prennent pour leur grade. Les vrais, comme ceux qui sont crées pour l'occasion. Amusant d'essayer de reconnaître qui Steve Hely, l'auteur, s'amuse à caricaturer férocement. Les éditeurs, bien sûr, coincé entre l'idéal culturel et l'impératif économique. Les médias, pour qui le livre, ou plutôt son auteur, doit avant tout être un produit d'appel pour vendre de l'espace publicitaire, le milieu universitaire, arbitre des élégances littéraires, les blogueurs, qui se font aussi égratigner, si, si, et plus largement les lecteurs, pas toujours (c'est le postulat de Pete Tarnslaw, alias Hely) inspirés dans leurs choix.

Mais au-delà du sarcasme et de la justesse de la satire, on trouve aussi dans ce roman d'intéressantes pistes de réflexion pour nous lecteurs : qu'attendons-nous vraiment d'un livre ? Ces attentes changent-elles avec les époques, les nouvelles générations ?

Et puis, qu'est-ce qu'un écrivain ? Hély recrée à sa façon les querelles entre anciens et modernes mais aussi entre réalisme littéraire et droit à l'imagination. En gros, un écrivain doit-il ressentir ce qu'il décrit, avoir vécu le même genre de situation, être allé sur le lieu de ses intrigues ou peut-il tout recréer depuis son fauteuil ?

Enfin, la question de la marchandisation de la culture est centrale : les livres qui se vendent le plus sont-ils les meilleurs ? La vocation d'un écrivain est-il de vivre de sa plume ?

Bref, vous qui aimez lire, vous qui, peut-être, écrivez et ambitionnez d'être publié un jour, il y a, au-delà de la drôlerie et du cynisme du propos, bien des sujets qui devraient vous intéresser dans ce livre.

Un livre agréable. Peut-être un poil long. Mais plein de trouvailles très réussies, comme cette pages consacrée aux meilleures ventes du New York Times, où Hely s'en donne à coeur joie, se moquant des best-sellers et de leurs auteurs, tant pour les fictions que les essais, hilarant !

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