lundi 8 août 2011

La valeur (de l'or) n'attend pas le nombre des années

Je vous emmène en voyage, entre Grande-Bretagne et Espagne, avec "El Sid", de Chris Haslam (en grand format au Masque, disponible depuis peu en poche chez 10/18).









Sidney, un vieil homme, presque nonagénaire, recrute deux losers avec une promesse bien alléchante : s'ils l'aident dans son projet, ils leur lèguera tous ses biens... Les deux gugusses, tout juste sortis de taule, voient là une belle occasion à saisir. Sauf que l'héritage en question n'est pas à portée de main. Pire, Sidney n'est même pas tout à fait sûr de l'endroit où il se trouve.

Car, l'héritage est en fait un trésor inestimable : des caisses et des caisses d'or ayant appartenu aux Républicains durant la guerre d'Espagne et mises à l'abri pour les empêcher d'être volées par Moscou ou de tomber aux mains des Franquistes.

Débute alors une espèce de voyage initiatique et de retour aux sources. Car, 70 ans plus tôt, Sidney a vécu de près la guerre d'Espagne, puisqu'à 18 ans, il s'était engagé dans les Brigades Internationales pour "tuer des Allemands" (alliés des Franquistes) et venger son père, tué pendant la 1ère Guerre Mondiale.

Haslam alterne alors le récit de ce voyage grand-guignolesque par moment (le voyage en ferry pour rejoindre l'Espagne et le braquage foireux d'une station-service sont deux moments de gloire !) et la rétrospective, beaucoup plus sérieuse, de la vie de Sidney, son engagement militaire et son rôle dans la disparition de l'or.

Sur la fin de sa vie, Sidney va tenir les promesses faites des décennies plus tôt, comme s'il sentait sa fin prochaine. Malgré l'imbécilité crasse et la maladresse désolante de ses deux acolytes, Sidney entend retrouver cet or. Mais son épopée prend parfois des allures donquichottesques, dans le drame, comme dans le ridicule.

Après "Alligator Strip", Haslam élargit sa palette romanesque. Car, si le récit contemporain conserve sa verve, son humour et ses situations délirantes, la partie historique est beaucoup plus sombre, violente, dure, n'épargne rien au lecteur des horreurs de cette abominable guerre civile.

"El Sid", surnom donné au vieil homme par les deux taulards, est un personnage attachant dont le mystère se dévoile petit à petit. On comprend aussi progressivement ce qui le motive à entamer ce voyage pénible pour lui et on réalise que, si l'appât du gain pousse les deux nigauds, le noble vieillard (quoi qu'un brin alccolique) veut simplement chasser enfin les souvenirs qui le hantent.

Chris Haslam, voilà un auteur à suivre !

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