lundi 8 août 2011

L'impasse Murail.

Un p'tit voyage en 2030 et des poussières, dans un monde en plein bouleversement ou plutôt, en pleine perte de repères. "Nuigrave", de Lorris Murail (grand format, Robert Laffont), se passe dans ce monde violent, redevenu presque primitif.




Les pays occidentaux ont trouvé une méthode pour renvoyer les immigrés dans leurs pays d'origine : ils y renvoient aussi les monuments ou objets culturels exposés dans leurs musées. Echange de bons procédés, en quelque sorte. Arthur Blond est un fonctionnaire français appartenant au service chargé du retour des oeuvres d'art au pays. Mais, voilà qu'au départ pour l'Egypte, il est intercepté à l'aéroport.

Sa faute ? Porter un patch nicotiné, prohibé en France depuis des années, comme tous les produits dérivés du tabac (comme les fameuses nuigraves, ces clopes qui nuisent gravement à la santé). Cette simple infraction va prendre des proportions inattendues, car voici Blond cible d'une étrange enquête policière... Il ne comprend pas bien ce qui lui arrive jusqu'à ce qu'une de ses ex, Sidonie, ne le recontacte. Elle est scientifique et spécialiste d'une plante d'Amazonie, la coarcine. On en extrait une substance qui peut aussi bien être un médicament quasi miraculeux qu'une drogue aux effets étonnants : elle ralentit les effets du temps sur l'organisme.

Alors que la coarcine est prisée par les trafiquants qui en ont fait une drogue récréative à la mode, elle semble surtout être recherchée pour ses effets pharmaceutiques par les hommes devenus les plus puissants du monde : les nouveaux Emirs, qui ont pris possessions des richesses du Moyen-Orient et sont devenus les maîtres de l'économie mondiale. Or, avec la déforestation en Amazonie, la coarcine se fait rare et Sidonie en est l'experte. Blond a juste le temps d'apprendre que Sidonie a mis le feu à son laboratoire et qu'elle est menacée, quand elle est assassinée sous ses yeux en plein Paris. Et le voilà qui se retrouve dépositaire de ce qu'il pense être les deux derniers plants de coarcine encore existant dans le monde. Des plants qui sont convoités autant par ceux qui veulent les exploiter que ceux qui veulent les détruire pour renverser les nouveaux Emirs...

Qui poursuit vraiment Arthur Blond et surtout, que peut-il bien faire de ces plants avec ses faibles connaissances en biologie ? Pour mieux réfléchir à la question, Blond décide de se cacher dans une espèce de bidonville-ghetto où se rassemblent toutes les populations en attente de "désimmigration". On appelle cette enclave le Petit Kossovo et dans son désordre, son bordel ambiant, son absence totale d'autorité, Blond se croit en sécurité pour essayer d'y développer les plants de coarcine.

Il se trompe lourdement...

Murail nous décrit donc un futur bien sombre, sans foi, ni loi, si ce n'est celle du pouvoir et de l'argent. L'homme y est décrit comme un destructeur, plus seulement de son environnement ou de son prochain, mais de son patrimoine culturel et surtout de son propre corps. Car les usages de la coarcine sont carrément hallucinants et leurs conséquences inconnues... En jouant sur la prohibition du tabac, Murail dénonce aussi le politiquement correct qui bannit un produit jugé dangereux pour laisser voire encourager, des pratiques à la mode plus dangereuses encore. Blond, lui, est totalement désabusé, observateur de la politique culturel imbécile de son gouvernement (l'obélisque de la Concorde a été rendu à l'Egypte qui a trouvé le moyen de le détruire accidentellement, tandis qu'il a été remplacé par un obélisque ultra-moderne... support publicitaire pour un grand groupe pétrolier...). Devenu cobaye de cette substance étrange, il en goûte les effets, les bons et les moins agréables (si tant est qu'il y ait des bons effets...) mais doit comprendre pourquoi Sidonie lui a fait confiance au point de penser à lui pour s'occuper des derniers plants.

Et si la solution était de les détruire ? Tenté dans un premier temps, Blond finira par mettre au point un projet bien plus... cynique, à l'image de la société qui l'entoure et quil abhorre.

Le décor dressé par Murail est bien sombre, c'est vrai, mais il y a aussi des côtés assez amusants dans ce qu'il met en place et ce roman est aussi à lire au second voire au troisième degré. Quant aux effets de la coarcine, on croise les doigts pour que jamais, au grand jamais, on ne les découvre...

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