lundi 8 août 2011

Une lecture que vous n'oublierez pas de sitôt !

J'achève à l'instant "Nous étions les hommes", de Gilles Legardinier (Fleuve Noirn, en grand format).



Pfff, beaucoup de choses à dire...

Commençons par l'histoire. Le Dr Kinross est un spécialiste de la maladie d'Alzheimer. Avec une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a trouvé un moyen de calculer l'indice de progression de cette maladie. Une découverte révolutionnaire mais terrifiante : en effet, avec cette méthode, ils découvrent que la maladie s'attaque à des gens de plus en plus jeunes et de façon dévastatrice. L'humanité est peut-être même menacée par cette évolution. Kinross et Cooper, soutenu par un riche philanthrope, décident de breveter leur découverte sans passer d'accord avec quelque multinationale pharmaceutique que ce soit. Mais cette décision ne plait pas à tout le monde, et Kinross se retrouve menacé. Qui se cache derrière ces menaces et surtout, pourquoi vouloir empêcher le médecin de publier son travail ?

Voilà un thriller scientifique très intéressant. On pourrait même parler de thriller d'anticipation, car, malheureusement, Alzheimer reste encore un mal assez obscur. L'idée est simple : et si une maladie comme celui-là pouvait menacer toute l'humanité en se développant de manière exponentielle... Brrr, voilà qui fait froid dans le dos. D'autant que Legardinier a bien étudié son sujet et que la description des malades et de la dégradation de leur état est remarquable et bouleversante.

Mais c'est aussi un roman philosophique. Car, il est question de l'avenir de l'Homme, des choix à faire pour améliorer la vie, de science et de progrès, des épineuses questions du vieillissement et de la surpopulation. Avec quelques paradoxes sous-jacents qui ont de quoi faire réfléchir : les progrès qui ont mené à l'allongement de la vie et à une médecine plus efficaces vont-ils mener l'espèce humaine à sa perte ?

Legardinier brouille encore un peu plus les pistes en faisant habilement intervenir dans le fil du récit l'Eglise et, à travers elle, les différentes religions. On retrouve une nouvelle fois cette opposition très franche, dans les idées comme dans la façon de les appliquer, entre scientifiques et religieux, en particulier concernant le sens de la vie.

Mais, en faisant du projet de brevet le point central de son thriller, Legardinier s'en prend aussi à la merchandisation croissante de la santé qui fait de la maladie, non plus un mal à guérir, mais un marché à conquérir pour des labos, plus intéressés par les chiffres de vente que la volonté de guérir.

L'ambition du roman repose quand même beaucoup sur les paradoxes de l'évolution et sur les motivations du "méchant". Et si l'on est captivé par le rythme du tourbillon qui emporte Kinross, on ressort surtout de cette lecture avec plein de questions en tête, qui vont nécessiter un peu de temps pour y apporter ses propres réponses.

A l'arrivée, "Nous étions les Hommes" est une lecture enrichissante (eh oui, ça arrive aussi pour des thrillers !) mais aussi un bon moment de lecture mené tambour battant, malgré quelques rebondissements un peu prévisibles à mes yeux. Mais peut-être faut-il aussi voir au-delà du thriller et se concentrer sur les interrogations qui en ressortent.


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